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  • il y a 20 heures
Hier, j’ai assisté pour la première fois à la cérémonie officielle du 10 mai 2026, journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions.

Un moment important.
Émouvant.
Nécessaire.

Mais aussi un moment qui m’a laissé profondément mitigé.

Dans cette vidéo, je reviens sur mon ressenti face aux discours institutionnels entendus pendant cette commémoration, notamment autour de la République, de la loi Taubira, du rôle de Jacques Chirac, des réparations évoquées… mais aussi du manque de place accordé aux résistances des esclavisés eux-mêmes.

Car les abolitions ne sont pas tombées du ciel.
Elles sont le résultat de révoltes africaines, de mutineries dans les bateaux négriers, de marronnages, d’insurrections dans les plantations et d’un combat mené pendant des siècles.

Merci à la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage pour l’invitation et pour le travail mémoriel réalisé.

Catégorie

Personnes
Transcription
00:00Les abolitions n'ont pas été offertes, elles ont été arrachées.
00:04Hier, j'ai assisté à la cérémonie nationale du 10 mai.
00:07C'était une première pour moi.
00:08Et je vais être très honnête et transparent avec vous.
00:10J'en ressors mitigé, partagé.
00:13Parce que oui, ce moment est important.
00:15Le 10 mai, ce n'est pas juste une date au hasard de commémoration dans le calendrier.
00:19C'est la journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions.
00:25Important de le retenir.
00:26Et il faut le rappeler, la France est devenue le premier pays au monde à reconnaître la traite négrière et
00:32l'esclavage comme crime contre l'humanité.
00:35Ça, c'est historique.
00:36Mais ce que j'ai ressenti au plus profond de moi hier, c'est qu'à certains moments, on a
00:41davantage célébré la République française qu'honoré celles et ceux qui l'ont forcée à abolir.
00:47Et c'est là que ça me dérange.
00:48Parce que les abolitions n'ont jamais été un cadeau.
00:50Elles n'ont pas été offertes par bonté de cœur moral.
00:54Elles n'ont pas été déposées gentiment sur la table par les institutions éclairées.
00:59Elles ont été arrachées.
01:01Arrachées par les révoltes.
01:03Arrachées par les fuites.
01:04Arrachées par les insurrections.
01:06Arrachées par les marrons.
01:08Arrachées par les femmes, les hommes et les enfants qui ont refusé d'être réduits à l'état de marchandise.
01:14Avant les décrets, il y a eu les corps jetés à la mer.
01:17Avant les discours, il y a eu les cales des navires.
01:20Avant les hommages officiels, il y a eu les plantations, les coups de fouet, les chaînes, les résistances, les morts.
01:26Et ça, hier, j'aurais voulu l'entendre beaucoup plus fort.
01:29Oui, les révoltes ont été évoquées.
01:31Mais pas assez.
01:32Pas assez pour rappeler que la première abolition de l'esclavage en France en 1794 arrive dans un contexte où
01:38Saint-Domingue est déjà en révolution.
01:40Pas assez pour rappeler que la deuxième abolition de 1848 s'inscrit elle aussi dans un long processus de lutte,
01:47de pression, de résistance et de combat mené bien avant les signatures officielles.
01:52Parce que l'histoire officielle aime beaucoup retenir les noms de ceux qui signent.
01:56Mais elle oublie trop souvent ceux qui ont rendu la signature impossible à éviter.
02:00Alors oui, quand j'entends un discours national qui insiste beaucoup sur le rôle de Jacques Chirac ou qui remet
02:05énormément la République au centre du sujet,
02:07Je comprends qu'il y a un cadre institutionnel national.
02:11Mais moi, ce que j'attends d'une cérémonie comme celle-ci de mémoire, ce n'est pas seulement qu
02:16'on remercie l'État.
02:17C'est qu'on regarde en face celles et ceux que l'État a longtemps déshumanisé.
02:21C'est qu'on dise clairement que l'abolition n'est pas seulement une victoire républicaine.
02:26C'est une victoire des résistants, une victoire des captifs, une victoire des marrons, une victoire des insurgés, une victoire
02:35des anonymes.
02:35Maintenant, je veux être juste.
02:37La question des réparations a été évoquée, oui.
02:39Et ça, c'est très important.
02:40Parce qu'une mémoire sans réparation, c'est souvent une mémoire qui apaise les consciences.
02:45Apaise les consciences sans réparer les conséquences.
02:48Donc oui, il y a encore énormément de travail.
02:50Mais j'espère que cette cérémonie ouvrira une voie.
02:53Et je veux, par contre, remercier énormément la Fondation pour la mémoire de l'esclavage pour ce travail nécessaire.
02:58Je vais aussi saluer le discours de l'ancien Premier ministre, directeur de la Fondation, Jean-Marc Héros,
03:03que j'ai trouvé beaucoup plus cohérent, plus équilibré, plus ancré dans cette mémoire longue.
03:08Parce que commémorer le 10 mai, ce n'est pas glorifier la République.
03:12C'est rappeler que la République, elle-même, doit une partie de son honneur à celles et ceux qu'elle
03:17avait d'abord abandonnés.
03:19Et surtout, ce n'est pas l'État qui doit être placé au centre.
03:22Ce sont les résistants.
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