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Transcription
00:00La peur de la révolte noire dit souvent plus sur les fantasmes blancs que sur les peuples noirs.
00:06Et si je te disais que le fameux Charles Monson n'avait pas seulement imaginé des meurtres,
00:12il avait imaginé une guerre raciale, une guerre fondée sur un fantasme profondément raciste.
00:17L'idée que les noirs allaient forcément se révolter, se soulever dans le chaos,
00:22tuer les blancs, puis être incapables de se gouverner eux-mêmes.
00:25Dans l'ouvrage Fantôme de la Révolution Noire que tu vois juste ici,
00:28publié aux éditions Rod Bocry,
00:31Grégory Pierrot revient sur cette obsession glaçante de Charles Monson à l'été 1969.
00:37Monson vit alors en Californie, dans un ranch, avec ce qu'on appelle la famille.
00:43Un groupe de disciples qui le suivent partout comme un gourou.
00:47Et dans son esprit, les États-Unis seraient sur le point de basculer dans un concept qu'il appelle le
00:53Helter Skelter.
00:55Une guerre raciale totale déclenchée par des messages qu'il croit entendre dans l'album blanc des Beatles.
01:02Mais ce qui est terrifiant dans cette histoire, ce n'est pas seulement le délire qu'il avait, non.
01:08C'est la logique derrière le délire.
01:10Monson pense que cette guerre, dite, verra la victoire des Afro-Américains et l'extermination des blancs.
01:16Mais dans son imaginaire raciste, les Noirs ne seraient pas capables de diriger le pays après cette victoire.
01:22Ils auraient besoin de maîtres.
01:24Et ces maîtres, selon lui, ce seraient lui et sa famille, cachés dans le désert,
01:29attendant la fin du carnage pour réapparaître.
01:31Autrement dit, quand Charles Monson imagine une révolution noire victorieuse,
01:36il ne peut pas imaginer des Noirs libres, souverains, capables de penser, d'organiser ainsi que de gouverner.
01:41Et Grégory Pierrot, je remonte encore l'ouvrage juste ici, résume parfaitement cette mécanique,
01:46cette rhétorique raciste à la page 279.
01:49Je cite
01:50Cette phrase est importante, essentielle.
01:57Parce qu'elle montre que le racisme ne consiste pas seulement à mépriser, non, il va beaucoup plus loin.
02:02Il consiste aussi à réduire l'autre à une caricature.
02:06Ici, la révolution noire n'est pas pensée comme une lutte politique, non.
02:10Ou sinon, une quête de justice, une réponse à des siècles d'oppression, non.
02:14Elle est réduite à un apocalypse sanguinaire.
02:17Et c'est là que le message devient plus large que Charles Monson lui-même.
02:20Parce que ce fantasme existe encore malheureusement aujourd'hui.
02:23Chaque fois qu'un peuple noir parle de justice, certains entendent directement vengeance.
02:27Chaque fois qu'on parle de réparation, certains entendent guerre raciste.
02:32Chaque fois qu'on parle d'histoire coloniale, certains crient à la haine.
02:36Mais ce n'est pas la mémoire qui crée la peur.
02:39C'est important de le comprendre.
02:40C'est la peur qui révèle ce que certains, certaines personnes projettent sur cette mémoire.
02:45Charles Monson ne craignait pas seulement, je veux dire, une révolution noire.
02:49Il était incapable d'imaginer une liberté noire sans chaos.
02:52C'est important.
02:53Et ça, c'est peut-être l'un des visages les plus profonds du racisme.
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