00:01Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Maxime Liedot.
00:06Il est 7h12 sur Sud Radio et à la une ce matin, la France est-elle prête pour une éventuelle
00:11nouvelle crise sanitaire
00:12dans un contexte où une vingtaine de cas contacts viennent d'être déclarés sur le territoire
00:17et que la situation était suffisamment importante pour que la ministre de la Santé prenne la parole hier soir
00:22au JT de 20h de France 2 face à Laurent Delahousse. Bonjour Gilles Bonnefond.
00:26Bonjour.
00:27Merci beaucoup d'être avec nous ce matin, vous êtes pharmacien, vice-président de la Chambre nationale des professions libérales
00:32et vous êtes également représentant des artisans des professions libérales au CESE.
00:36Première question peut-être, quand on essaye de faire un état des lieux de la situation,
00:40on est face à des risques de pénurie, on a un contexte international étouffant pour certaines matières premières,
00:45indispensables aux matériels médicaux, on a aussi une petite vigilance sur une potentielle nouvelle épidémie.
00:51Est-ce qu'on a de bonnes raisons d'être inquiets ce matin ?
00:54Si le conflit en Iran et le blocage du détroit d'Hormuz continue,
01:00malheureusement l'approvisionnement en matière plastique qui est nécessaire
01:03pour la fabrication de seringues, de cathéters, de sondes, d'équipements de protection individuelle,
01:09tout ce qui est à usage unique peut poser problème aujourd'hui.
01:12Et il est temps de faire une évaluation du risque de pénurie pour tout ce type de matériel,
01:18parce que malheureusement on ne voit pas une issue rapide du déblocage de ce détroit.
01:23Donc comme on est capable de faire une évaluation des pénuries pour certains médicaments,
01:28je pense qu'il faut qu'on le fasse pour tous ces matériels qui sont très différents les uns des
01:33autres.
01:33Les sondes ne sont pas les mêmes quand on fait telle et telle intervention.
01:36Et je pense qu'il faut aujourd'hui évaluer et mettre en place une stratégie s'il y a un
01:41risque de pénurie.
01:42Mais Gilles Bonnefond, je vous entends, quand vous demandez une évaluation des risques,
01:46en tout cas une évaluation des stocks, des capacités françaises,
01:49ça veut dire qu'à l'heure où on se parle, on n'a pas du tout une idée précise
01:52des stocks de la France,
01:54par exemple pour les différents équipements que vous avez évoqués, les gants, les masques, les seringues ?
01:59Normalement il y a des stocks stratégiques qui sont détenus par Santé publique France.
02:05Ces stocks théoriquement devraient être des stocks dynamiques,
02:09c'est-à-dire avant qu'ils périment, ils doivent être restitués à des hôpitaux, etc.
02:15Et aujourd'hui, on voit que ce n'est pas fait.
02:17Mais pourquoi ce n'est pas fait ?
02:19Parce que déjà un texte de loi est passé dans la loi de financement de la sécurité sociale de cette
02:25année,
02:26autorisant Santé publique France à restituer des stocks.
02:29Ça veut dire que jusqu'à maintenant, 5 ans après le Covid,
02:32on était encore dans l'incapacité pour Santé publique France, par un texte de loi,
02:37de ne pas pouvoir céder à des hôpitaux.
02:39Donc on a laissé les produits se périmer.
02:42Donc ça, je disais que c'est du gaspillage, et on n'a pas tiré des leçons.
02:47Deuxièmement, on voit que le ministère de la Santé a décidé de récupérer la gestion des stocks de Santé publique
02:54France,
02:55donc tous les stocks stratégiques,
02:56et ce n'est plus Santé publique France qui va les gérer,
02:59c'est le ministère de la Santé qui va les gérer dès l'année prochaine.
03:02Donc ça veut dire que si on change de gestionnaire, ça veut dire qu'il y avait un petit problème.
03:08Voilà, donc ce n'est pas très rassurant.
03:10C'est bien que le ministère récupère cette gestion,
03:14mais on sent bien qu'il y a une difficulté dans ces stocks stratégiques
03:18et dans cette gestion dynamique absolument indispensable.
03:22Et ce qui est embêtant avec tous ces matériels à usage unique,
03:25c'est qu'ils sont très différents les uns des autres.
03:28Et donc il faut évaluer spécialité par spécialité,
03:31là où on a des risques de tension.
03:33Surtout que quand on regarde ailleurs en Europe,
03:35je pense à nos voisins européens et notamment au Royaume-Uni,
03:39où certains s'en enquêtent publiquement et demandent une évaluation des stocks qui soit public.
03:43Il y a également eu des renseignements,
03:45une volonté pour le ministère de l'économie,
03:48notamment d'avoir en tout cas une évaluation.
03:50Elle n'a toujours pas été rendue publique,
03:51mais pour qu'on comprenne bien, vous nous avez fait des tas des lieux,
03:54dans différents milieux médicaux également.
03:56On parle de difficultés vis-à-vis des seringles en plastique.
03:59Est-ce que vous confirmez ?
04:00Parce que si c'est le cas,
04:01si on doit se préparer à une vaccination très large,
04:04on sait à quel point c'est indispensable.
04:06Et surtout, quand on voit déjà la capacité que nous avons à vacciner
04:10sur des maladies comme la grippe ou sur le Covid,
04:14on sait à quel point c'est indispensable.
04:17Alors, un grand nombre de vaccins aujourd'hui sont fournis avec le matériel pour injecter.
04:23Donc, on n'a pas de difficultés sur la grippe,
04:26c'est en seringles pré-remplies, etc.
04:28La seule difficulté qu'on a aujourd'hui, c'est sur le Covid,
04:31où le vaccin se présente en flacon,
04:34et il est nécessaire d'avoir des seringles pour préparer les vaccins,
04:39et ensuite pouvoir l'injecter.
04:40Et là, l'approvisionnement de Santé publique France,
04:43qui était prévu pour tous les professionnels de santé pour injecter le Covid,
04:47nous ont alerté en disant qu'ils ne fourniraient plus de seringues et d'aiguilles,
04:52tout simplement parce que les stocks qu'ils ont sont périmés.
04:55Donc, on a une vraie alerte.
04:59Alors, c'est vrai que le rythme de vaccination Covid,
05:02malheureusement, n'est pas aussi élevé que ce que l'on souhaiterait,
05:05parce que les personnes se vaccinent peu,
05:08mais je ne comprends pas pourquoi, aujourd'hui,
05:12on n'a pas assez de stocks en Santé publique France
05:15de seringues et d'aiguilles pour continuer la vaccination Covid,
05:18et que l'on demande aux pharmaciens de se débrouiller, d'en acheter.
05:22Ça, c'est absolument sidérant,
05:23surtout quand, en effet, on nous avait promis
05:25qu'on tirait les enseignements de la catastrophe
05:28qu'avait pu être le Covid sur certains plans.
05:30Est-ce qu'on peut aller, dans des scénarios, on va dire,
05:32qui se compliqueraient, jusqu'à des déprogrammations de soins,
05:35par exemple, si la toson se prolonge dans certains endroits,
05:37quand on s'intéresse un tout petit peu à la presse,
05:40un peu spécialisée dans ces dernières heures, dans ces derniers jours,
05:42certains pourraient parler d'une situation
05:44qui serait presque aussi catastrophique,
05:46aussi pénible à vivre que le Covid ?
05:49Alors, je ne pense pas.
05:50D'abord, le virus, l'antivirus des Andes,
05:56n'a pas du tout la même, je dirais,
05:58la même possibilité de propagation que le coronavirus.
06:01Donc, même s'il y a des cas contacts, etc.,
06:03il faut qu'il soit isolé, mais on n'est pas du tout sur le même risque
06:06que le coronavirus.
06:08Ensuite, bon, là, il n'y a pas de vaccin,
06:10contre malheureusement ce virus,
06:14mais ce qui est inquiétant,
06:15c'est la gestion de risques de rupture de stock
06:19de certains types de matériel.
06:21Et quand on voit des opérations très spécifiques,
06:24que ce soit des opérations pour les spécialités de cardiologie,
06:29pour des spécialités de néphrologie, etc.,
06:33on a du matériel qui est vraiment à usage unique et très spécifique.
06:37Et donc, il faut que chaque spécialité puisse évaluer
06:41les besoins qu'ils ont dans un mois, dans deux mois,
06:44et de savoir si l'approvisionnement de ces matériels,
06:47qui peut venir parfois de fabricants
06:50qui sont dépendants du détroit d'Hormuz
06:53ou dépendants de l'Asie du Sud-Est,
06:54où on sait que les bateaux ont du mal maintenant
06:57à repartir sur l'Asie du Sud-Est,
06:59eh bien, on peut être très très très vite en difficulté.
07:03Donc, quand c'est comme ça,
07:05il faut être capable d'anticiper, d'évaluer,
07:08et de connaître les besoins,
07:09et de connaître l'état des stocks,
07:10savoir si on est à deux mois, trois mois de stocks,
07:13ou si on est à 15 mois de stocks.
07:13Mais ça, c'est la priorité ?
07:15Je crois, oui.
07:16Je crois que c'est absolument indisputable.
07:18Merci beaucoup Gilles Bonnefond,
07:19pharmacien, vice-président de la Chambre nationale des professions libérales,
07:22représentant des artisans et des professions libérales au CESE,
07:25et ancien président de l'USPO,
07:26c'est l'union syndicale des pharmaciens d'officine.
07:28On vous a bien compris, l'urgence aujourd'hui,
07:30notamment quand on voit l'inquiétude sanitaire légitime
07:33qui montre l'urgence de connaître les stocks de la France
07:35qui, quand on vous écoute, sont loin d'être publics
07:37et sont loin visiblement d'être totalement à jour.
07:39Merci beaucoup d'avoir été notre invité ce matin.
07:41Il est 7h20.
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