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C'est une belle histoire qui a mal tourné. Marie-Thérèse retrouve son amour de jeunesse à plus de 80 ans, un vétéran de l'armée américaine, qu'elle avait rencontré en France en 1950. Elle fait le voyage l'année dernière aux Etats-Unis et se marie avec lui. Le 1er avril, cette grand-mère française est arrêtée au petit matin par la police de l'immigration américaine, ICE, pour une histoire de visa. Elle passe 17 jours en détention dans des conditions abominables. Marie-Thérèse Ross est l'invitée de RTL Matin.
Regardez Face à Fogiel du 07 mai 2026.
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00:00RTL Matin, Thomas Soto
00:05Il est 8h18, l'interview de Marc-Olivier Fogiel.
00:07Et Marc-Olivier vous recevez ce matin Marie-Thérèse Ross.
00:10Elle vient de sortir des prisons américaines et pourtant c'était une mamie tranquille Marie-Thérèse.
00:14Sauf qu'elle a été arrêtée par la police anti-immigration américaine, la désormais fameuse ICE,
00:19qui lui a donc fait vivre un cauchemar.
00:21Marie-Thérèse Ross qui est donc votre invitée ce matin.
00:23Et bonjour Marie-Thérèse.
00:25Bonjour.
00:26Votre histoire est absolument incroyable.
00:28Une belle histoire mais qui a mal tourné.
00:30Après une vie passée en France, vous avez retrouvé donc votre amour de jeunesse,
00:34un vétéran de l'armée américaine avec qui vous vous êtes marié en 2025 aux Etats-Unis.
00:40Ça faisait presque un an que vous viez avec lui en Alabama.
00:44Il est décédé assez rapidement en janvier dernier.
00:47Et depuis, alors que vous avez 85 ans, votre vie a basculé.
00:51C'était le 1er avril, à l'aube.
00:53Vous entendez des coups de pied dans la porte de votre domicile de l'Alabama aux Etats-Unis.
00:585 agents de la police de l'immigration américaine, la fameuse ICE, pénètrent dans votre maison et vous arrêtent.
01:03Est-ce que vous avez compris ce qui vous arrivait ce 1er avril ?
01:07Non, absolument pas.
01:08Quand ils ont tambouriné partout sur les portes et sur les fenêtres, j'ai eu un moment d'hésitation avant
01:14d'ouvrir déjà.
01:15C'était impressionnant.
01:16Et ensuite, je me suis levée, donc, puisque j'étais couché.
01:19Je leur ai demandé qui ils étaient.
01:21Ils m'ont dit qu'ils étaient de l'immigration.
01:23Aussitôt après, ils sont rentrés.
01:25Ils m'ont poussé pour rentrer.
01:26Ils m'ont demandé mes papiers d'identité que je leur ai donnés.
01:29C'est-à-dire, carte d'identité américaine provenant de l'armée, mon passeport.
01:35Et puis, une carte que m'avait donnée le centre USCIS, donc le centre d'immigration,
01:40m'ont arrivés à travailler aux Etats-Unis et à obtenir une carte de sécurité sociale.
01:45Tout ça, c'était en cours.
01:47Et la carte verte était imminente.
01:49Mais ils m'ont arrêté sous prétexte que j'étais illégale, alors que c'était faux.
01:52Et donc, immédiatement, ils vous arrêtent, vous, cette femme de 85 ans qui sort du lit.
01:56Donc, j'imagine que vous êtes en chemise de nuit, en robe de chambre.
01:59En pyjama, robe de chambre, avec mes pantoufles.
02:02Ils m'ont dit qu'ils m'arrêtaient.
02:03Donc, je leur ai demandé l'opportunité de m'habiller.
02:06Ils ont refusé.
02:07Ils m'ont menotté immédiatement.
02:10Et ils m'ont poussé sans vergogne vers une de leurs voitures,
02:13parce qu'ils étaient à cinq avec trois ou quatre voitures, je me souviens un peu exactement.
02:16Et après, ils m'ont conduit jusqu'à Birmingham,
02:19où je me suis retrouvée dans un espèce de minuscule commissariat.
02:24J'ai attendu me lutter pendant un moment.
02:26Et après, on m'a mis dans une petite pièce.
02:28On vous fait changer, Marie-Thérèse.
02:31Vous déshabillez devant tout le monde.
02:33Oui, on file une salopette.
02:34La pudeur que vous réclamiez, qui était la vôtre, elle n'a pas été respectée.
02:39Absolument pas, non.
02:40En âge, ils s'en moquaient.
02:41J'étais un numéro parmi tant d'autres.
02:43En face de moi, il y avait des toilettes.
02:45Et là, je suis restée toute la journée, jusqu'à pratiquement 4 à 5 heures le soir.
02:50Et tout au cours de la journée, les gens venaient dans les toilettes
02:53et faisaient leurs besoins en face de moi.
02:55C'était très agréable.
02:57À 5 heures, là, on m'a signifié que j'allais transférer dans une prison en Alabama.
03:04Puis ensuite, que j'irais en Louisiane.
03:06À 700 kilomètres de là, donc.
03:09La Louisiane, c'était une deuxième étape.
03:10Parce que la première étape, on m'a envoyée dans une maison en Alabama.
03:13C'était une petite prison d'une petite ville.
03:16Alors, une prison vétuste.
03:18Une prison absolument dans un état épouvantable.
03:21Un taudis, quoi.
03:23Je suis restée 2 jours dans cette petite prison de Pickers.
03:26Et après, le transfert entre Birmingham et la petite prison d'état a été épique.
03:31Parce que je suis montée dans un bus.
03:32Je me suis trouvée manotée et les faire aux pieds.
03:35Je rappelle, vous, la femme de 85 ans, vous avez dû endurer tout ça sans comprendre ce qui vous arrivait,
03:41j'imagine.
03:41Je ne comprenais rien. Je croyais que c'était un cauchemar. J'allais me réveiller.
03:44Mais après, ça a été encore pire.
03:47Quand vous êtes arrivée en Louisiane, c'était carrément une forteresse.
03:50Ah oui, c'était immense.
03:51Parce qu'il y avait, je crois, 1500 détenus.
03:54Et vos conditions étaient lesquelles ?
03:56Vous étiez dans une cellule grillagée avec plusieurs dizaines de détenus, c'est ça ?
03:59On était divisé par unité.
04:02Moi, j'étais dans l'unité Bravo.
04:03C'était des grands hangars, en fait.
04:05Et moi, je me suis trouvée avec 58 autres personnes.
04:08Alors, avec des lits en quinconce, des lits à étage, on était appelés par nos numéros de lit.
04:13Moi, j'étais là, L30.
04:15Et là, il y avait entre 4 ou 6 douches sans porte, 5 ou 6 toilettes, 5 ou 6 petits
04:22lavabos.
04:22Il fallait tout faire dedans.
04:24Et puis, la promiscuité, parce qu'il y a 50 personnes dans une même pièce côte à côte.
04:28Donc, on imagine, Marie-Thérèse, les cris, les odeurs, j'imagine.
04:33Voilà.
04:33Il n'y avait pas moyen de dormir.
04:34En plus, les 3 télévisions restent allumées.
04:36Les lampes restent allumées.
04:39Je n'arrivais pas à dormir, c'est impossible.
04:40Et dans cette prison, vous étiez habillée de couleurs différentes.
04:43Orange pour les migrants, vert pour les homosexuels, rouge pour les criminels.
04:47Vous étiez triée par couleur.
04:49Oui, et du jaune pour celle qui était un peu dangereuse.
04:51Et vous, vous aviez quelle couleur, Marie-Thérèse ?
04:53Moi, je suis orange.
04:54Donc, pour les migrants.
04:55J'avais encore 2 personnes, donc j'étais orange.
04:57Mais comment, en tout, vous êtes restée 17 jours dans les geôles américaines ?
05:02Vous vous êtes dit que l'enfer était arrivé sur Terre ?
05:05Exactement, oui.
05:06Et puis, je n'avais pas de nouvelles de mes enfants pendant presque 8 jours.
05:10J'étais en panique totale.
05:12Je ne croyais jamais que ce genre d'établissement pouvait exister.
05:15C'est-à-dire ?
05:16Parce que c'était donc un établissement pour migrants illégaux.
05:20Vous ne pensiez pas que c'était possible aux Etats-Unis aujourd'hui ?
05:23Non, surtout que moi, j'étais dans la légalité, en fait.
05:25Puisque j'avais fait ma demande de carte verte.
05:28Et normalement, ça vous couvre.
05:30En fait, Marie-Thérèse, si vous avez été arrêtée, alors c'est que vous, vous pensiez être légale sur le
05:35sol américain.
05:35Votre mari avait fait toutes les démarches avant sa mort.
05:38Et en fait, ce qu'on vous a reproché, c'est qu'entre septembre et décembre, vous n'aviez pas
05:41de visa.
05:42Le temps que votre carte verte, qui vous permettait de rester aux Etats-Unis, soit établie.
05:46Mais vous ne saviez même pas qu'en peu dans deux mois, vous aviez en fait deux mois d'illégalité,
05:51mais qui était largement dépassé, puisque depuis janvier, vous étiez légale aux Etats-Unis.
05:54Tout à fait, mais j'étais heureux de mon mari, donc il y a une histoire d'héritage.
05:58Un héritage qui est vraiment dérisoire et minimum.
06:01Mais j'ai un de mes beaux-fils qui était policier, et qui en fait était au courant de ça.
06:07Et il a avoué d'ailleurs, au moment de la mise en place de l'héritage, qu'il m'avait
06:12fait arrêter.
06:13Incroyable. Ces 17 jours interminables, vous vous êtes dit quoi ?
06:16Que c'était un cauchemar qui ne s'arrêterait jamais ?
06:18Tout à fait, oui. J'allais très très mal.
06:22Parce que je ne dormais pas, je ne mangeais pas, et je me demandais si ça allait finir un jour.
06:28Ça a duré 17 jours, on l'entend, interminable.
06:32Physiquement, comment vous l'avez vécu ?
06:34Parce que par exemple, j'imagine, même si vous avez la forme,
06:36mais une femme de votre âge doit prendre des médicaments, vous étiez traitée là-bas aux Etats-Unis ?
06:39Absolument pas, non.
06:40Enfin, ils avaient attrapé un sac de médicaments quand ils sont venus m'arrêter,
06:44mais qui ne correspondaient pas du tout aux médicaments que je prenais normalement.
06:48Donc j'étais sans médicaments, notamment pour l'hypertension, il a fallu que je les réclame.
06:52Et puis après, j'ai des problèmes de jambes, des gros problèmes de dos,
06:56et tous ces médicaments-là, je ne les ai pas eus pendant tout le temps de ma détention.
06:59Et j'ai fait des crises au niveau de mon dos.
07:03Un dimanche, où j'étais vraiment à hurler,
07:04et on m'a dit, on ne dérange pas un médecin le dimanche, mais moi, rien n'a dit.
07:08Ce que vous décrivez, Marie-Thérèse, c'est quand même des conditions inhumaines de détention aux Etats-Unis.
07:13On sait la polémique qu'il y a eu autour de cette police de l'immigration, ICE, les morts même,
07:18mais on ne pouvait même pas imaginer qu'on arrête comme ça une femme de 86 ans, une Française,
07:23et qu'on la laisse croupir dans les geôles américaines.
07:25Ah mais si mes enfants ne s'étaient pas démenés, je crois que j'y serais restés des mois.
07:30Parce que j'ai parlé à d'autres détenus, et il y en a eu, ça va faire trois mois
07:34en juin,
07:34une autre deux ans et demi, une autre un an.
07:37Et donc, elles ne savent pas pourquoi elles sont là, c'est ça qui est dramatique.
07:40Je ne pensais vraiment pas que ça existait, ce genre de police, à part dans les périodes d'après-guerre,
07:46mais je ne pensais surtout pas que ça existait encore maintenant.
07:48Et ils ont été d'une brutalité sans nom.
07:50Aucune humanité ?
07:52Non, non, non, non, parce que quand j'allais faire aux pieds les mains menottées
07:56pour me faire grimper dans les bus et les avions,
07:58eh bien ils m'attrapaient comme un sac à patates, sans aucun respect.
08:02Dramatique, et d'ailleurs ce qui est assez absurde, c'est que vous, avant tout ça,
08:05vous étiez plutôt sympathisante de Donald Trump, partisane de sa politique concernant les expulsions.
08:09Mon mari, surtout, il était très partisan de Donald Trump.
08:12Et moi je ne pensais pas que Donald Trump puisse faire des choses comme ça.
08:15Aujourd'hui, j'imagine que si vous prenez la parole ce matin sur RTL,
08:18c'est pour alerter sur le traitement de ces détenus arrêtés par cette police de l'immigration ?
08:22Moi je me bats pour les petites sud-américaines que j'ai connues en prison
08:26et qui priaient en chantant, ce qui m'avait fortement émue le soir quand elles priaient.
08:30Et je prie pour qu'elles soient libérées,
08:32parce que ce n'est pas possible qu'elles restent dans des prisons pareilles.
08:35Ce n'est pas possible.
08:36Il faut fermer ce genre d'établissement.
08:38Vous, donc, vous l'avez dit, si vous avez réussi à sortir,
08:40c'est grâce à la mobilisation de vos enfants.
08:42On avait suivi cette mobilisation sur RTL.
08:44Vous avez été libérée le 17 avril grâce au consul général de France,
08:47la Nouvelle-Orléans.
08:48Il a fait pression sur le gouvernement américain.
08:50Oui, il m'a rendu visite deux fois là-bas.
08:52Les Etats-Unis vous ont libérée finalement compte tenu de votre âge et votre état de santé.
08:56Depuis le retour en France, ça commence à aller mieux ?
08:58Ou alors, vous avez des cauchemars, Marie-Thérèse ?
09:00Ça va mieux, je ne peux pas dire le contraire.
09:02Mais dire que je ne fais pas de cauchemars, ce serait mentir.
09:04Ce serait ce que la nuit dernière, j'en ai fait.
09:06Ah oui ? Et physiquement, vous avez des séquelles ?
09:09Je suis énormément fatiguée.
09:10Je suis très fatiguée.
09:11Ça va me demander du temps pour retrouver ma santé morale et physique.
09:17Retourner aux Etats-Unis, pour vous, c'est imaginable ?
09:20Oui, pour visiter, pas pour y vivre.
09:22Retourner sur la tombe de mon mari, retourner voir des amis que j'ai laissés.
09:26Mais y vivre, non, c'est fini.
09:28L'Amérique n'est pas le pays que je choisirais maintenant.
09:30Vous retenez quoi de tout ça, Marie-Thérèse ?
09:33Des fois, je regrette d'être partie, en fait, totalement.
09:36J'aurais mieux fait de rester chez moi, j'aurais eu moins de problèmes,
09:38j'aurais pas été en prison.
09:39Et ce matin, vous voulez que les auditeurs retiennent quoi de votre témoignage, Marie-Thérèse ?
09:44Qu'ils retiennent le fait que la liberté, c'est la plus belle chose qui soit au monde,
09:48et puis qu'il faudrait que ce genre d'établissement, ce genre d'arrestation, n'existe plus.
09:54Merci beaucoup de ce témoignage qui interpelle ce matin sur RTL.
09:58Merci beaucoup, Marie-Thérèse Rousse.
10:00Merci.
10:00Vous étiez aux côtés de Mathieu Lopinot, notre correspondant dans la région.
10:04Merci beaucoup.
10:04Au revoir.
10:06Merci à vous, merci Marc-Olivier.
10:07Merci.
10:07Merci.
10:07Merci.
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