00:02Bonjour Benjamin Haddad. Hier on a appris que Total a gagné 5,8 milliards de dollars en trois mois, ça
00:08fait pas mal d'argent.
00:10Cinq pays d'Europe dont l'Allemagne et l'Italie qui ne sont pas dirigés par des bolcheviks réclament une
00:14taxation des super profits au niveau européen.
00:17La France se joint-elle à cette demande ?
00:19Alors vous avez vu le Premier ministre s'exprimer hier sur ce sujet en disant qu'on n'excluait pas
00:24ni des mesures nationales ni des mesures européennes.
00:27Bon il faut rappeler quand même que Total fait la majeure partie de ses profits à l'étranger en dehors
00:33du territoire national.
00:34Donc le plus efficace aussi c'est que Total prenne des mesures comme d'ailleurs c'est déjà le cas
00:37aujourd'hui pour faire des mesures de plafonnement par exemple.
00:40Tout le monde a pris une citation service Total près de soi.
00:42Non mais vous avez tout à fait raison et c'est pour ça encore une fois qu'il faut qu
00:44'il puisse y avoir des mesures qui sont prises de redistribution au sein de Total par exemple par des mesures
00:49de plafonnement.
00:50Je rappelle que le gouvernement lui-même a pris des mesures de protection des secteurs qui étaient les plus touchés
00:56que ce soit les agriculteurs avec le GNR, que ce soit les pêcheurs, le transport, le bâtiment, les grands rouleurs
01:03comme on dit.
01:04Donc il y a des mesures à la fois de protection du gouvernement donc il n'y a pas d
01:07'ailleurs de recettes fiscales supplémentaires qui sont générées pour le gouvernement.
01:12Elles sont redistribuées pour protéger et puis après il y a encore une fois...
01:14On dit qu'on n'exclut rien. Il y a un moment la politique c'est pas ne pas exclure,
01:18c'est décider. La France est-elle d'accord avec d'autres pays européens pour taxer ?
01:22Le président de la République dit souvent en matière d'impôts il faut le faire en européen, c'est son
01:27expression, en européen.
01:28C'est précisément ce que précise, c'est ce que proposent ces pays. Pourquoi la France n'est-elle pas
01:34plus alente dans ce domaine ?
01:36Non mais je vous le dis c'est que notre objectif c'est de protéger nos concitoyens de l'augmentation
01:40des prix d'énergie de la façon la plus efficace possible.
01:43Donc il y a à la fois des mesures qui ont été prises par le gouvernement pour les secteurs qui
01:46sont les plus touchés, dès le début d'ailleurs de façon très réactive.
01:49Il y a ce discours qu'on a tenu face à Total parce que, encore une fois, là l'objectif
01:54c'est pas de se faire plaisir en annonçant des mesures, c'est de voir ce qui peut être le
01:57plus efficace.
01:58Donc les mesures qui sont prises par Total et après on examinera et on regardera ce qui sera le plus
02:02efficace, y compris effectivement, comme vous le dites, au niveau européen.
02:05Et puis après, à moyen long terme, il y a tout le travail qu'on fait en France comme en
02:10Europe pour réduire nos dépendances aux hydrocarbures, pour lancer, pour prolonger le plan d'électrification,
02:15pour faire l'investissement dans le nucléaire, dans les renouvelables, pour justement ne pas se retrouver aussi dépendant de situations
02:21géopolitiques à l'étranger
02:23qui ont un impact très concret sur la vie de nos concitoyens, sur le pouvoir d'achat, sur les prix
02:27de l'énergie.
02:27Justement, parlons de la situation géopolitique, Donald Trump convoque une réunion dans la Situation Room de la Maison Blanche
02:33pour se voir présenter des scénarios militaires. Je précise aux téléspectateurs qu'il y a eu une réunion dans le
02:40même format le 26 février
02:42et que le 28 la guerre commençait, donc c'est pas des réunions pour rigoler, si je puis dire.
02:46Donc pour des scénarios militaires, qu'est-ce que la France dit à son allié américain ?
02:49Bon, écoutez, déjà, moi j'ai jamais l'habitude de spéculer sur des scénarios éventuels.
02:53En revanche, vous le savez, depuis le début, la France a appelé à la désescalade, à la négociation avec une
02:58ligne très claire
02:58qui est que l'Iran doit abandonner son programme de nucléaire clandestin, que l'Iran doit aussi abandonner son programme
03:06de missiles balistiques.
03:07Ça d'ailleurs, c'est la position de la France, c'est la position de ce qu'on appelle le
03:10E3, c'est-à-dire la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne
03:12qui avaient négocié sur ces sujets depuis près de 20 ans maintenant et son soutien à des proxys terroristes à
03:19travers la région qui déstabilisent la région.
03:21Mais, encore une fois, il n'y a pas d'issue militaire. L'objectif, c'est d'avoir une solution
03:25négociée.
03:25Ça prendra du temps. Ce sont des sujets extrêmement complexes.
03:28Comme je vous le dis, vous vous en rappelez d'ailleurs, un accord dont la France était partie prenante, les
03:33États-Unis aussi, sur le nucléaire.
03:35Le JCPOA.
03:36En effet, en 2015, les États-Unis puis l'Iran s'en étaient retirés.
03:40Donc, maintenant, il faut retrouver un cadre, mais il faut le dire très clairement, au régime iranien,
03:45que ce soit sur le programme nucléaire, sur le programme de missiles balistiques ou sur son soutien à des proxys
03:50déstabilisateurs à travers la région.
03:51Dans votre domaine de ministre de l'Europe, le président Trump, suite à une déclaration du chancelier allemand qu'il
03:57n'a pas apprécié,
03:58menace de retirer des troupes américaines d'Allemagne.
04:02Quel est votre sentiment ?
04:04Je vais vous dire, franchement, je pense qu'à un moment, il faut entendre le message.
04:07On ne peut pas se retrouver dépendant des soubresauts, des désidératas, des déclarations d'un dirigeant américain, quel qu'il
04:14soit.
04:15Et la vérité, c'est que si on regarde la tendance de long terme, c'était déjà à l'époque
04:19du président Obama que les Américains parlaient de pivot vers l'Asie,
04:22en disant que l'Europe était beaucoup moins centrale pour les États-Unis.
04:25C'était déjà Obama qui disait que les Européens devaient en faire plus pour leur propre sécurité.
04:29Le président Biden, qui disait qu'il était pro-européen, il a pris des mesures protectionnistes contre l'Europe,
04:35que ce soit l'Inflation Reduction Act, le Buy American.
04:37Les conclusions qu'il faut en tirer, c'est de dire...
04:41Mais c'est pas ça, c'est que fondamentalement, ça, c'est une décision qui ne dépend pas de nous.
04:44Ce qui dépend de nous, c'est comment on investit dans notre propre sécurité, dans notre propre défense,
04:49comment on continue le réarmement.
04:50Ce qu'on fait au niveau national, on a doublé le budget de défense de la France sur les deux
04:54mandats du président Macron
04:55et on accélère le déploiement de la loi de programmation militaire.
04:58Et on le fait au niveau européen en investissant massivement dans des coopérations.
05:02Le plan SAFE, par exemple, l'an dernier, 150 milliards d'euros, avec la préférence européenne,
05:06c'est-à-dire que ça va soutenir l'industrie de défense européenne pour avoir des coopérations dans des domaines
05:12où on a des dépendances, des lacunes, les drones, le cyber, les capacités de frappe en profondeur.
05:16Il faut continuer. On rentre dans un monde qui est plus dangereux.
05:19La menace de la Russie et la guerre d'agression de la Russie contre l'Ukraine à nos portes.
05:22L'agressivité commerciale de la Chine, des États-Unis qui nous tournent le dos et parfois nous ciblent.
05:28On l'a vu avec l'épisode du Groenland.
05:29Les conclusions à en tirer, c'est de défendre nos propres intérêts, d'être puissants
05:33et d'investir dans notre souveraineté au niveau national comme au niveau européen.
05:37C'est le message que porte la France en Europe et il y a des mesures très concrètes.
05:40Je vous parlais encore une fois de l'empreinte de 150 milliards d'euros.
05:43On va avancer, on va accélérer. Mais à un moment, il faut écouter et tirer les conclusions.
05:47Lundi, le président de la République a ouvert la question des travailleurs étrangers.
05:50Lui, il parlait des médecins. Il était en Ariège.
05:52Je voudrais élargir le débat, Benjamin Haddad.
05:54A-t-on besoin de plus de main-d'œuvre étrangère en France ?
05:59Écoutez, le président de la République, il s'est exprimé parce qu'effectivement,
06:01il était dans l'Ariège, dans des situations où on a des déserts médicaux.
06:04Il a vu un médecin d'origine algérienne et il a dit effectivement qu'il fallait pouvoir...
06:07On a des mesures en France pour régulariser dans ce qu'on appelle les métiers en tension,
06:11de façon ciblée.
06:13Quand ça faisait partie, par exemple, à la fois des circulaires Valls
06:15et de la mesure de la loi Darmanin,
06:18quand on a des domaines dans lesquels on voit qu'on a besoin de main-d'œuvre,
06:22on peut régulariser de façon ciblée.
06:23Moi, je n'ai jamais été favorable à des régularisations massives.
06:26Je crois qu'il faut que, dans un pays comme ça a été fait en Espagne,
06:29comme ça a été fait en Italie aussi, sous Mme Mélanie,
06:31quand on a des règles, il faut les faire respecter.
06:33Donc, fondamentalement, ce qu'attendent nos compatriotes,
06:37c'est qu'on ait un cadre clair.
06:39Si vous venez, que vous répondez à des besoins économiques qui ont été identifiés,
06:43que vous vous intégrez, que vous respectez les règles,
06:45que vous parlez la langue, vous êtes le bienvenu d'un autre pays.
06:47Donc, l'immigration économique, c'est oui, pour vous ?
06:49Si elle répond à des besoins qui ont été identifiés de façon démocratique,
06:53comme les règles, par exemple, que je viens de vous indiquer,
06:55à ce moment-là, oui, une immigration choisie, économique.
06:59Si vous ne respectez pas les règles, si vous êtes un délinquant,
07:02si vous êtes rentré de façon irrégulière, etc.,
07:05vous n'avez pas vocation à rester sur le territoire.
07:08Quelqu'un qui est rentré de façon irrégulière
07:09et qui, depuis travail, a des enfants, scolarisés, etc.,
07:12n'a jamais vocation à être régularisé.
07:13Je vous l'ai dit, il y a des règles très ciblées
07:17dans les métiers en tension, mais en tout cas,
07:19moi, je ne suis pas favorable, je ne l'ai jamais été,
07:20et d'ailleurs, ce n'est pas ce que fait la France,
07:22à des régularisations massives, comme l'ont fait certains de nos voisins.
07:26Et je souhaite aussi, au niveau européen,
07:28c'est ce que nous portons, par exemple, avec le règlement retour,
07:30qu'on puisse renforcer la maîtrise des frontières extérieures européennes,
07:33qu'on puisse se doter de moyens aussi pour faire partir
07:37les étrangers qui n'ont plus vocation à rester,
07:39qui ne respectent pas les règles.
07:40Ce règlement retour, qui a été adopté récemment par le Parlement européen
07:43et qui devra bientôt être finalisé par l'Union européenne,
07:46c'est ce que je souhaite, il permettra de renforcer les moyens
07:49pour expulser les étrangers qui sont en situation irrégulière,
07:53qui n'ont pas vocation à rester sur le territoire.
07:55Benjamin Haddad, ministre de l'Europe, invité des 4EV.
07:57Très bonne journée à toutes et à tous.
Commentaires