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  • il y a 10 heures
Retrouvez « L'invité de 8h20 » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien

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00:00Et un grand entretien ce matin pour réagir à cette soirée de chaos à Washington D.C.
00:05Un homme armé a fait irruption, vous le savez, dans la nuit au Washington Hotel Hilton,
00:10l'hôtel où se tenait le dîner annuel des correspondants de la Maison Blanche.
00:15Donald Trump a été évacué, indemne.
00:18Et pour en parler ce matin, Amy Green, politiste et spécialiste des Etats-Unis,
00:23experte associée à l'Institut Montaigne. Bonjour Amy Green.
00:27Bonjour.
00:28Avec nous en studio, Pierre Aski. Bonjour Pierre.
00:31Bonjour.
00:32Chroniqueur international d'Inter, président du conseil d'administration de reporters sans frontières
00:36et auteur de La fin d'un monde chez Stock.
00:40Et nous venons à l'instant de raccrocher avec Sonia Dridi,
00:43qui est la correspondante d'LCI et de TF1 à Washington,
00:46qui était à ce dîner des correspondants,
00:48puis à la Maison Blanche pour la conférence de presse du président américain.
00:53Question réaction, chers auditeurs, au 01 45 24 7000
00:57ou sur l'application Radio France.
00:59Pierre Aski et Amy Green, je vais vous demander de réagir dans un instant.
01:04Mais d'abord, Sonia Dridi à Washington.
01:07Bonjour Sonia Dridi.
01:08Bonjour.
01:09Merci infiniment d'être avec nous sur France Inter ce matin.
01:11Vous êtes journaliste et correspondante à Washington DC pour LCI et TF1.
01:16Vous étiez dans la salle de balle du Washington Hilton cette nuit.
01:21Racontez-nous à quel moment précis avez-vous compris que ça n'était pas un simple accident,
01:26mais qu'il se passait quelque chose de grave ?
01:29Eh bien, assez vite en fait, parce que j'étais assise à une table qui était très proche des portes
01:33de cette salle de balle.
01:35Et à l'extérieur de ces portes, en fait, il y a un escalier.
01:38Et c'est là où se trouvaient les portiques de sécurité.
01:41Donc, on était assez proches.
01:43Et donc, on a entendu ces coups de feu.
01:46Et très vite, on a entendu des gens dire qu'il fallait se mettre à l'abri.
01:50Là où je me trouvais, on s'est presque tous mis sous les tables.
01:55Il y avait une certaine panique chez des personnes qui étaient autour de moi.
01:59On a aussi beaucoup à avoir pris nos téléphones pour prévenir nos proches,
02:03pour prévenir nos rédactions, parce que sur le coup, on ne savait pas ce qui se passait.
02:06Moi, quand j'ai vu ces agents de sécurité, dans ce silence assez impressionnant, marcher dans la salle,
02:12j'ai au départ pensé qu'il y avait une intrusion, qu'il y avait peut-être que le suspect
02:17était dans la salle.
02:18Et ensuite, on a vu au bout de plusieurs minutes, voilà, qu'en fait, ils étaient en train d'évacuer
02:22des membres de l'administration.
02:24Parce qu'on a lu des récits saisissants des centaines de personnes en tenue de gala qui ont plongé sous
02:29les tables.
02:30Et des journalistes comme vous qui passent instantanément en mode couverture en direct depuis le sol de cette salle de
02:37bal.
02:38Comment est-ce que vous, personnellement, vous avez vécu ces minutes entre la confusion et l'évacuation de Trump ?
02:43Quelle était l'atmosphère autour de vous ?
02:45Alors, c'était quand même assez terrifiant parce qu'on ne savait vraiment pas ce qui se passait.
02:52Moi, j'avais des gens autour de moi qui étaient en train de pleurer.
02:55On est beaucoup, encore une fois, qui avons pris nos téléphones pour essayer de comprendre, pour essayer d'appeler nos
03:01proches.
03:03Voilà, moi, je n'ai pas tout de suite eu le réflexe de filmer.
03:06J'ai filmé un petit peu après en sortant de la table.
03:08Mais au départ, il y avait quand même beaucoup d'interrogations et on est beaucoup à avoir tenté de se
03:15protéger avec des chaises
03:16parce qu'on ne savait pas, en fait, s'il y avait quelqu'un dans la salle ou pas.
03:19Bien sûr, on a vu Donald Trump évacuer.
03:22Les images étaient saisissantes ainsi que le vice-président.
03:25Deux heures plus tard, il était devant les caméras à la Maison Blanche en conférence de presse.
03:30Vous étiez aussi.
03:31Il diffuse lui-même des images du tireur plaqué au sol.
03:35Il vante la réponse du Secret Service.
03:37Comment est-ce que vous expliquez ce passage aussi rapide du chaos à la mise en scène ou au retour
03:43au calme ?
03:44Oui, je dois vous dire que la soirée était de plus en plus surréaliste
03:46parce qu'en effet, au départ, on était tous dans cette salle un peu dans l'attente.
03:50Si on sortait de la salle, on ne pouvait plus rentrer.
03:52Il y a eu ensuite cette annonce que le programme allait reprendre parce qu'il y a eu une hésitation.
03:58On a senti que Donald Trump voulait revenir.
03:59Puis finalement, il a été, pour des raisons de sécurité, poussé à retourner à la Maison Blanche.
04:05Et c'est là où, lorsqu'il fait cette annonce d'une conférence de presse dans les 30 minutes,
04:10du coup, on s'est précipité vers la Maison pour ceux qui le pouvaient.
04:15Et on s'est retrouvés dans cette petite salle de briefing de la Maison Blanche face à Donald Trump.
04:21Il y avait aussi sa femme, la porte-parole de la Maison Blanche.
04:24Il avait l'air ému, le président américain ?
04:26Oui, j'ai trouvé, oui, qu'il avait en tout cas un ton apaisé face à la presse.
04:31Lui qui a souvent des mots durs, qui parfois aime humilier la presse, la critiquer.
04:36Là, il a tout de suite eu des mots pour la présidente, notre présidente de l'Association des correspondants de
04:41la Maison Blanche,
04:42qui est la journaliste de CBS.
04:44Il a eu à deux reprises au moins des mots à son attention pour lui dire qu'elle avait fait
04:48un formidable travail.
04:49Et il a précisé qu'il voulait que cette soirée qu'il a boycottée pendant tant d'années ait lieu
04:55sous 30 jours.
04:56C'est le même hôtel, Sonia Dridi, où Ronald Reagan avait été victime d'une tentative d'assassinat en 1981.
05:03C'est le troisième incident grave autour de Trump en moins de deux ans.
05:08Vous connaissez parfaitement la politique et la vie à Washington.
05:11Est-ce que vous avez l'impression que cette nuit, on a franchi un cap dans la violence politique ?
05:17Alors, j'ai l'impression qu'on a déjà franchi un cap dans la violence politique depuis plusieurs années.
05:22Il y a aussi eu des assassinats de démocrates.
05:25Il y a eu ces tentatives d'assassinat contre le président Donald Trump à deux reprises déjà.
05:32Donc, c'est vrai qu'on sent une société de plus en plus polarisée.
05:36On sait déjà depuis plusieurs années, depuis même la première fois que Donald Trump s'est présenté à une élection
05:42présidentielle en 2015.
05:44Et c'est vrai qu'il y a de plus en plus, on sent dans ce type d'événement, cette
05:48peur de la violence.
05:50Parce que je dois vous dire, quand on était tous sous les tables, j'ai entendu une femme à côté
05:54de moi dire, voilà, j'étais sûre que ça allait arriver.
05:56Donc, il y a quand même ce sentiment chez beaucoup de personnes qu'on est dans une société de plus
06:01en plus violente,
06:03avec des deux côtés très polarisés.
06:07Et puis, Donald Trump a parlé d'un loup solitaire.
06:12Mais on a l'impression de plus en plus de fébrilité.
06:16Merci Sonia Dridi, correspondante, je le rappelle, d'LCI et TF1 à Washington.
06:21Merci d'avoir été avec nous sur France Inter depuis la Maison Blanche.
06:25Amy Green, Pierre Aski, il faut remonter le fil de cette soirée de samedi pour ceux qui nous rejoignent.
06:31Parce qu'il est édifiant, le fil de cette soirée, 20h36, heure de la capitale américaine.
06:37Un homme armé d'un fusil de chasse, d'un pistolet, de plusieurs couteaux, franchi en courant, un point de
06:42contrôle du Secret Service au Washington Hilton.
06:46On en a vu les images, échange de tirs avec les agents.
06:49Un agent touché, sauvé par son gilet pare-balles.
06:52Le tireur est neutralisé avant d'atteindre la salle de balle où se trouvait le président américain.
06:57Et la première dame, le suspect, s'appelle Cole Thomas Allen.
07:01Il a 31 ans, il vient de Californie, diplômé de Caltech, enseignant à temps partiel, développeur de jeux vidéo, client
07:08de l'hôtel.
07:09On ne connaît pas le motif à cette heure.
07:12Même question à tous les deux, Amy et Pierre.
07:15Qu'est-ce qui vous a frappé en découvrant cette scène, Amy Green ?
07:20Oui, mais en fait, on a vraiment l'impression qu'on l'a déjà vu, effectivement.
07:25La première chose qui m'a frappée, c'est que ça représente encore une étape dans un climat, effectivement, de
07:31violence qui existe depuis longtemps.
07:34Et avec un pic de violence en politique qui ne cesse de s'aggraver depuis notamment 2017, avec des faits
07:41empiriques à l'appui.
07:44Et donc, en effet, quand on voit ce genre de situation se produire, à la fois, j'ai effectivement le
07:49sentiment de l'avoir déjà vu et d'assister,
07:51comme toute la société américaine, à une augmentation dans le nombre de menaces, de passages à l'acte et de
07:58choses très graves qui se passent autour du débat politique
08:01qui devient de plus en plus cristallisant et violent.
08:04Et puis, de l'autre côté, effectivement, on voit qu'il y a effectivement une forme de très grande fracture
08:11au sein de la société américaine
08:13avec le sentiment chez un certain nombre d'Américaines qu'il n'y a plus du tout de solutions possibles.
08:20Et donc, il se laisse pousser dans ces dérives-là, dans une société où une majorité, et pardon, j'en
08:26termine là,
08:27où la majorité d'Américaines considère que son opposant politique est une menace existentielle.
08:31Ce type, malheureusement, de résultats n'est plus très, très loin.
08:35Même question, Pierre. Qu'est-ce qui vous a frappé en découvrant cette scène ?
08:38Ce qui est frappant, c'est la réaction de Donald Trump lui-même.
08:42C'est comme à l'été 2024, lorsqu'il avait eu ce réflexe de lever le poing après avoir été
08:47blessé à l'oreille.
08:48C'est un butler en Pennsylvanie pendant sa campagne.
08:52Voilà. Là encore, il reprend le dessus très vite.
08:56L'image du poing levé, on s'en souvient, le sang sur le visage.
08:59Et là, il fait cette conférence de presse dans la briefing room de la Maison Blanche, 30 minutes après l
09:04'incident.
09:05Et de quoi il parle ? De la nécessité de construire sa salle de balle à la Maison Blanche.
09:10Ce qui est quand même surréaliste.
09:12Et de la réorganisation du dîner qui va être reporté.
09:14Voilà, le dîner qui va être reporté, etc.
09:16Et il tweet lui-même des photos de l'assaillant à terre, mis à terre et torse nu.
09:25C'est cette capacité qu'il a de surmonter un événement qui pourrait être traumatisant.
09:33Et qu'il gère d'une manière assez incroyable.
09:37Donc c'est cette normalité très rapide où le politique reprend le dessus.
09:42Que ce soit en août 2024 ou aujourd'hui, c'est le même homme qui a cette capacité à surmonter
09:51un moment incroyable.
09:52Mais d'ailleurs, les images montrent qu'il reste très flegmatique.
09:54En tout cas au moment des coups de feu, au moment où éclatent les coups de feu.
09:57Mais Pierre, c'est vrai qu'il y a eu quand même un certain nombre de tentatives d'assassinat contre
10:02Donald Trump.
10:02Alors celle-là n'est pas encore totalement avérée.
10:04Mais ça ressemble quand même à ça.
10:06Il y en a eu au moins trois.
10:07On parlait notamment à la plus marquante de celle de Butler quand il est en campagne présidentielle.
10:13Est-ce qu'il va finir son mandat en vie ?
10:16C'est assez inédit qu'il y ait autant d'attaques contre un personnage politique, président ou non ?
10:22Oui, il a dit lui-même ce soir, enfin cette nuit, qu'il ne savait pas que ce métier était
10:27aussi dangereux.
10:28Oui, le sien.
10:29C'est le sien, oui.
10:30Donc c'est assez surprenant.
10:31Alors, il faut bien prendre conscience.
10:34Le premier a été une vraie menace puisqu'il a été blessé à l'oreille par le tireur.
10:41Là, c'était une autre salle.
10:41Voilà, c'était en public, c'était en plein air, pardon, quand ça s'est passé, pendant un meeting électoral.
10:48Les deux autres, c'est-à-dire l'homme qui a été découvert dans le golf de Maralago.
10:57Et ce soir, il n'a pas été directement menacé de près.
11:04Puisque là, le tireur n'est même pas entré dans la salle, il a été intercepté avant.
11:10Malgré tout, comment est-ce que c'est possible qu'un homme armé s'approche aussi près d'un dîner
11:16où se trouvait le président, le vice-président et la moitié du gouvernement américain ?
11:22C'est ahurissant parce que l'homme était client de l'hôtel, donc il était à l'intérieur de l
11:28'hôtel.
11:29Il n'y avait pas de portique de sécurité à l'entrée de l'hôtel, il y en avait un
11:31à l'entrée de la salle.
11:33Et donc, on voit bien que malgré les deux tentatives précédentes, la sécurité n'est pas au top autour de
11:40Donald Trump.
11:40Amy Green ?
11:42Oui, effectivement, je pense que dans cette réaction de Donald Trump, on voit une sorte d'instinct de communication politique.
11:48Et puis, cette réaction n'est pas complètement incohérente avec l'exercice du pouvoir de Donald Trump.
11:55C'est-à-dire reprendre tout de suite le récit, on le voit sujet après sujet, que ce soit à
12:00Minneapolis avec l'Aïs ou sur la guerre en Iran.
12:04Il y a une forme d'hypercentralisation de la communication politique autour de la personne du président.
12:09Donc, c'est vrai que ça peut paraître assez spectaculaire, qu'il tient tout de suite une conférence de presse.
12:14Mais on voit que c'est dans une forme d'hypermaîtrise du récit politique, de pouvoir apporter l'effet d
12:21'absolument le récit qu'on avait vu depuis maintenant des mois, voire des années,
12:26d'un Donald Trump qui s'assimile au Jésus, qui évoque un langage religieux, effectivement, pour augmenter la notion de
12:34puissance, de pouvoir autour de lui.
12:36Mais effectivement, je trouve que cette réponse est assez cohérente, en fait, finalement, avec la manière dont la Maison Blanche
12:44communique et qu'en soit même l'exercice du pouvoir.
12:46Alors, ce qu'il faut dire aussi, Pierre, et là, je m'adresse au président de Reporters sans frontières, c
12:51'est que c'est un cadre tout à fait particulier dans lequel se produit cet événement.
12:54C'est celui des dîners des correspondants de la Maison Blanche qui célèbrent la liberté de la presse,
12:59auquel tous les présidents américains ont assisté depuis 1920, sauf Donald Trump qui est très en tension avec la presse
13:07et qui n'arrête pas de contester ce que la presse rapporte.
13:11Et là, c'était la première fois qu'il y assistait.
13:12Oui, c'est d'ailleurs troublant que cette soirée soit perturbée parce que c'était un moment de réconciliation puisque
13:20Donald Trump avait accepté de venir.
13:22Il avait même annoncé qu'il allait faire un discours très dérangeant, très peu politiquement correct.
13:28Mais le fait qu'il aille dans cette soirée qui est destinée à célébrer la liberté de la presse quand
13:34même.
13:34Oui, le premier amendement.
13:36Le premier amendement.
13:36Le premier amendement est célébré, consacré, mis en valeur, juste derrière le président américain dans la salle.
13:43Alors qu'il passe la moitié de son temps à dénoncer les médias fake news.
13:49Chaque journaliste a été couvert d'insultes à un moment ou à un autre dans une conférence de presse.
13:54Donc il y avait ce moment de réconciliation ambiguë puisqu'ils venaient pour dire leurs cas de vérité aux médias.
14:01Mais en venant, ils reconnaissaient...
14:03En général, c'est un exercice d'autodérision, d'humour.
14:06Exactement.
14:07Toutes les punchlines sont écrites à l'avance par des speechwriters, etc.
14:12Même d'Hollywood.
14:12Voilà, et donc ça devait être un grand moment de célébration, à la fois d'auto-célébration par Donald Trump,
14:19mais quand même de célébration de la liberté de la presse.
14:22Et il n'a pas eu lieu.
14:23Émigrine, c'est vrai que ça fait dire à certains de nos auditeurs, alors je rapporte leurs propos,
14:27mais Xavier qui dit qu'on peut s'étonner d'un événement qui survient alors que, comme par hasard,
14:31c'est lui qui le dit, le président a accepté d'assister au dîner.
14:34Monsieur Trump aime jouer les martyrs.
14:37Là, je rapporte vraiment les propos de notre auditeur qui a l'air d'y voir une forme de complot.
14:43Oui, effectivement, la question de la figure de martyr, c'est quelque chose qui suit Donald Trump,
14:48même qui cultive depuis le début de sa carrière politique.
14:52Pendant une campagne électorale, la présidentielle, effectivement, il a dit à ceux qui se sentent malmenés dans la vie,
14:58je suis votre vengeance, je suis votre rétribution.
15:01Et donc, finalement, en fait, ce qu'il va vendre à ses soutiens, ce qu'il va leur proposer,
15:05c'est le sentiment de les incarner ou d'être incarné par quelqu'un qui, du coup, a enfin le
15:11pouvoir dans une société
15:12où un certain nombre de ses soutiens ressentent une absence de puissance.
15:19Donc, en effet, la figure du martyr est quelque chose qui fait partie intégrante de la marque de fabrique de
15:23Donald Trump.
15:24Mais le complot aussi, le complot aussi, Emigrine, parce que ce qui est frappant, c'est qu'il y a
15:28de nombreux auditeurs,
15:29Nicolas, qui se demande si l'attaque n'a pas servi le récit de Trump,
15:33Chantal, qui se demande que ce n'est pas un montage, une mise en scène.
15:37Bref, en tout cas, de nombreuses personnes s'interrogent sur la réalité de l'événement.
15:45Oui, absolument.
15:46Ce qui n'est pas étonnant.
15:47Oh, pardon.
15:48Oui, ce n'est pas étonnant, parce qu'effectivement, sous les réseaux, entre autres,
15:52on va voir ce genre de questionnement.
15:54Mais d'ailleurs, il y a des questionnements sur les autres tentatives, notamment celle de Butler.
15:59C'est assez intéressant, parce que finalement, c'est symptomatique de l'écosystème dont Donald Trump lui-même bénéficie.
16:05C'est-à-dire la question des faits alternatifs, comme on le rappelle, la formule de la première présidence de
16:10Trump,
16:11et la notion d'une vérité alternative, aujourd'hui, clairement, au cœur de la société américaine.
16:16Encore une fois, et j'insiste vraiment sur la division entre Américains,
16:20la plupart d'Américains considèrent qu'il n'y a plus du tout de repères en commun partagés largement dans
16:24la société.
16:25Donc, à partir de là, c'est vrai que la désinformation, la mésinformation,
16:29et cet écosystème du complotisme des réseaux sociaux, etc.,
16:34c'est vrai qu'aussi Donald Trump, il participe à ce type d'informations, de circuits.
16:40Et en effet, comme l'effet de violence, on voit qu'il est à la fois un symptôme, mais aussi
16:44une cible.
16:46Alors, Piraski, c'est le Washington Hotel, vous connaissez l'histoire.
16:49C'est le même hôtel devant lequel John Hinckley Jr. avait tiré sur Ronald Reagan le 30 mars 1981,
16:56et il avait failli tuer le président américain.
16:59Reagan avait été touché à la poitrine par une balle qui avait ricoché sur sa limousine.
17:03C'est aussi l'hôtel où se tient chaque année, depuis des décennies, le dîner des correspondants.
17:08C'est une tradition quasi centenaire.
17:10Et c'est quand même assez frappant de voir l'importance de la figure de POTUS du président américain comme
17:20cible.
17:21Combien de présidents américains assassinés au cours de l'histoire de ce jeune pays ?
17:26Oui, c'est complètement fou, mais c'est vrai que cette histoire est jalonnée d'assassinats, de tentatives d'assassinats
17:35à intervalles réguliers.
17:36Sans même penser à Lincoln, la JFK.
17:38Mais dans le cas de Reagan, par exemple, son porte-parole avait trouvé la mort,
17:44le patron des services de sécurité avait été blessé.
17:47C'est un événement, on n'est pas dans quelqu'un qui approche et qui est arrêté.
17:55On est dans une vraie tentative, le président a une balle dans le poumon.
17:59Mais l'homme a été acquitté pour troubles mentaux.
18:03Troubles mentaux, John Monké.
18:05Et pareil, à chaque fois, on est dans cette zone grise entre l'intention politique et le trouble mental.
18:13Là, de nouveau, Trump, ce soir, a parlé d'un loup solitaire.
18:17Oui, il y a des informations qu'on n'a pas.
18:19Voilà, donc on...
18:20Col Thomas Allen, qui a 31 ans, va comparaître devant la justice dès demain.
18:24Dès demain, absolument.
18:25Et si c'est un loup solitaire, on est dans quelque chose qui ne relève pas, dans ce cas-là,
18:30du complot élaboré, d'opposants, etc.
18:34Cette histoire du complot est intéressante parce que, évidemment, on est à l'heure des réseaux sociaux,
18:39à l'heure du complotisme qui vient très vite à l'esprit.
18:43Et il faut savoir que, ces dernières semaines, dans la base MAGA, qui est très troublée par la politique de
18:49Donald Trump,
18:50notamment par sa guerre en Iran, il y a tout d'un coup la théorie du complot sur l'attentat
18:54de Butler.
18:56Donc le premier en août...
18:57Celui de 2024, celui où il avait été blessé à l'oreille.
19:01Et tout d'un coup, c'est dans les rangs MAGA qu'on suggère que ça aurait été un coup
19:06monté, que c'était organisé.
19:08Mais dans quel but est-ce qu'on suggère ça ?
19:10Pour cultiver le martyr, cultiver cet homme providentiel qui est au service de l'Amérique.
19:16Il a dit lui-même, d'ailleurs, ce soir, on essaye d'abattre ceux qui font le plus pour l
19:23'Amérique.
19:23Donc c'est son cas.
19:25« I studied assassinations », traduction Amy Green.
19:30« I studied assassinations », c'est ce que disait Donald Trump dans sa conférence de presse.
19:36« J'ai étudié les assassinats ».
19:38Et c'est lui-même qui a publié les images du tireur plaqué au sol sur son réseau « Trousse
19:43Social ».
19:44Et il a dit, et c'est assez incroyable, il a dit que c'était d'une certaine manière très
19:49beau, très beau, vraiment très beau, de voir le service secret, le secret de service neutraliser le suspect.
19:57C'est assez incroyable comme expression ?
20:01Oui, c'est assez incroyable.
20:03Et puis même la façon de partager, de communiquer des éléments avant le début, enfin même le début d'une
20:10enquête, d'une traduction en justice.
20:12Donc effectivement, on peut imaginer que des tentatives d'assassinats dans la politique américaine, notamment au niveau présidentiel, ne sont
20:19pas si importantes que ça.
20:20Et donc normalement, il y a des canaux, des circuits pour communiquer, pour diffuser et puis pour ne pas forcément
20:26communiquer tout, tout de suite.
20:27Donc le fait que le président lui-même prend le devant avant son FBI, avant son ministre de la Justice
20:34par intérim et lui-même centralise cette communication, c'est vrai que c'est assez inhabituel.
20:41Mais ce n'est pas inhabituel pour la présidence Trump qui communique de cette façon.
20:45Alors Pierre Aski, on peut s'interroger sur les conséquences que va avoir cette possible tentative d'assassinat.
20:51Alors tout de suite, Trump, il a dit « je ne renoncerai pas à la guerre en Iran après ce
20:55coup de feu ».
20:56Il faut dire que quelques heures plus tôt, il avait rappelé les émissaires qui étaient envoyés pour négocier avec les
21:01Iraniens au Pakistan.
21:03En tout cas, ça ne va pas bouleverser, changer la face de sa politique extérieure.
21:07Non, ça ne changera pas sa politique, ça peut changer sa psychologie.
21:11Et la psychologie est une part importante de la façon de gouverner de Donald Trump.
21:17Souvenez-vous, ces derniers jours, beaucoup de gens s'interrogeaient sur son état mental, sur certains des tweets qu'il
21:23avait faits.
21:24Y compris dans son camp, vous le disiez.
21:25Oui, tout à fait.
21:26Le fameux tweet sur l'effacement de la civilisation perse avait soulevé pas mal de questions, etc.
21:34Et on voit bien…
21:35On l'a vu s'endormir hier ou avant-hier en plein bureau ovale, entouré de ses ministres, etc.
21:43Mais ce qui est frappant, c'est qu'en 2024, lorsqu'il y avait eu l'attentat de Butler, on
21:48avait pensé qu'au début, il avait semblé essayer de jouer les rassembleurs.
21:53Et puis, en fait, très vite, le naturel a repris le dessus et c'est le polarisateur qui a repris
21:58le dessus.
21:59Et je pense que là, surtout avec la perspective des élections de mid-term qui approchent, qui sont en novembre
22:05prochain,
22:07Trump va continuer à polariser pour essayer de rassembler autour de lui son camp qui est ébranlé à la fois
22:15par l'affaire Epstein.
22:15Il faut savoir que pendant que tout ça se déroulait, la photo de Trump avec Epstein était projetée sur les
22:24murs du Washington Hilton Hotel
22:26par des opposants, des activistes qui avaient organisé cette mise en scène.
22:31Donc, on est dans un contexte où il y a l'affaire Epstein, il y a la guerre en Iran
22:34qui n'est pas approuvée par l'intégralité du camp Maga.
22:40Et Trump va essayer de profiter, il faut bien le dire, parce que ça fait partie de son personnage, de
22:47cet événement.
22:48Justement, Amy Green, c'est vrai que sa popularité, elle était en baisse à 33-34%, que ses troupes sont
22:53divisées, on le disait, y compris sa base Maga.
22:56Donc ça, finalement, ça peut, dans un sens, l'aider.
23:00Ça peut avoir des conséquences en termes de politique intérieure, de resserrer les ronds.
23:04C'est peut-être l'espoir.
23:06C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les taux de popularité, de favorabilité, le taux de favorabilité de Donald Trump
23:13frôlent les taux de Nixon juste avant sa démission de la présidence
23:17avec à peu près 20% de la population des électeurs Maga qui s'opposent de plus en plus fortement
23:25à Donald Trump.
23:26Et ça, c'est dans la base électorat, mais c'est aussi un certain nombre de figures politiques très associées
23:32avec l'ascension politique de Donald Trump
23:34comme un Tucker Carlson qui font des méaculpas publics pour regretter justement ce soutien.
23:40Donc, il peut y avoir effectivement un espoir d'une traduction politique qui permettrait à Donald Trump non pas d
23:46'aller chercher les indépendants
23:48et les démocrates qui sont largement en défection de la cause républicaine,
23:52mais plutôt effectivement de rassembler sa base pour ressusciter cette image effectivement de martyr, d'homme fort qui survit à
24:00tout,
24:00à l'image de ce qu'il veut penser.
24:03Mais c'est passionnant. Merci en tout cas infiniment pour votre analyse, Amy Green.
24:07On va vous libérer.
24:09Une dernière question, Pierre Aski, dans La fin d'un monde, vous disiez que c'est la loi du plus
24:13fort qui prime.
24:14Qu'est-ce que cette scène, un président américain évacué d'un dîner de gala sous les tirs,
24:19dit de l'état de la première puissance mondiale, vu de l'extérieur ?
24:22Une fragilité terrible de cette société, à la fois à cause de la prolifération des armes
24:29et de cette culture de l'assassinat politique.
24:33Souvenez-vous de Charlie Kerr qui a été assassiné il y a seulement quelques mois
24:37et qui a été un choc énorme dans le camp républicain.
24:40Et cette multiplication des tentatives.
24:42Le mari de Nancy Pelosi attaqué au marteau des tirs contre un bureau de Kamala Harris.
24:47C'est la troisième tentative contre Donald Trump.
24:50Merci infiniment Pierre Aski d'avoir été avec nous ce matin.
24:53On vous a réveillé dans la nuit et vous êtes arrivé aussitôt.
24:56On vous retrouvera en tout cas demain à l'antenne d'Inter.
24:58Sous-titrage Société Radio-Canada

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