- il y a 2 jours
Sébastien Piteau se confie dans Tous Wonder.
Ancien surveillant de prison, il a passé plus de 20 ans dans les établissements les plus sensibles de France. Dans cet épisode, il raconte sans filtre ce qu’il a vu, vécu et ressenti au quotidien.
Dès les premiers instants, il décrit une réalité marquante, une odeur, une atmosphère, un monde à part. Très vite, il est confronté à des histoires d’une violence extrême, des détenus capables d’actes inimaginables, et des situations où tout peut basculer en quelques secondes. Mais au-delà de la violence, il parle aussi de la fatigue mentale. Le rythme, les longues journées, la pression constante, et ce sentiment qui s’installe peu à peu, celui d’être enfermé soi-même. Il évoque également les dérives du système, la corruption, les failles, mais aussi les moments humains, parfois inattendus, qui existent malgré tout derrière les murs.
Après 20 ans, il finit par dire stop. Un jour, il quitte la prison définitivement. Un départ chargé d’émotion, comme une libération. Au cœur de cet épisode, une idée essentielle, ne jamais oublier que derrière les murs, ce sont des hommes qui gardent des hommes.
Un témoignage rare, puissant et profondément humain sur la réalité des prisons.
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📖Livre : Si vous aimez les trajectoires et les destins incroyables, à lire “Les Conquérantes” d’Alexia Mayer et Julia Van Aelst, aux éditions Plon, par ici ➡️ https://bit.ly/les-conquerantes
Tous WONDER met en lumière ces héros du quotidien, ces personnalités inspirantes qui ont connu un tournant majeur. L’objectif est d’aller chercher l’instant charnière dans la trajectoire de personnalités issues de la société civile, du monde politique, du CAC 40, de l'entreprenariat, du sport, de la culture, du monde scientifique... Tous WONDER fait un pas de côté, un format d’interview intelligent qui révèle l’inattendu chez ses invités.
Production /influxProd
Hébergement podcast : Acast
© 2026 Tous WONDER | Tous droits réservés.
Ancien surveillant de prison, il a passé plus de 20 ans dans les établissements les plus sensibles de France. Dans cet épisode, il raconte sans filtre ce qu’il a vu, vécu et ressenti au quotidien.
Dès les premiers instants, il décrit une réalité marquante, une odeur, une atmosphère, un monde à part. Très vite, il est confronté à des histoires d’une violence extrême, des détenus capables d’actes inimaginables, et des situations où tout peut basculer en quelques secondes. Mais au-delà de la violence, il parle aussi de la fatigue mentale. Le rythme, les longues journées, la pression constante, et ce sentiment qui s’installe peu à peu, celui d’être enfermé soi-même. Il évoque également les dérives du système, la corruption, les failles, mais aussi les moments humains, parfois inattendus, qui existent malgré tout derrière les murs.
Après 20 ans, il finit par dire stop. Un jour, il quitte la prison définitivement. Un départ chargé d’émotion, comme une libération. Au cœur de cet épisode, une idée essentielle, ne jamais oublier que derrière les murs, ce sont des hommes qui gardent des hommes.
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AmusantTranscription
00:00Dans les prisons, il y a une odeur.
00:01C'est quoi le plus dur à vivre pour un maton ?
00:03Des fois, on a l'impression d'être en prison.
00:04C'est des hommes qui gardent des hommes.
00:06T'as passé plus de 20 ans dans les prisons les plus tendues de France.
00:09T'as des gens avec des téléphones qui commandent des mœurs à l'extérieur depuis leurs cellules.
00:13T'as croisé des grands bandits, des tueurs en série.
00:15Il avait un morceau de verre à la main et il fouillait dans son ventre quand on est rentré.
00:19Bonjour à tous et bienvenue dans Tous Wander, le média qui parle de votre point de bascule.
00:23Aujourd'hui, un invité exceptionnel, Sébastien Pitot.
00:26C'est un ancien maton, un ancien surveillant de prison.
00:30Il a passé plus de 20 ans dans les prisons les plus dures de France.
00:34Il a côtoyé des terroristes, du grand banditisme.
00:37Il a côtoyé des tueurs en série.
00:39Il va tout nous raconter aujourd'hui sans filtre.
00:42La corruption, la violence en prison et pourquoi il a eu aussi envie de changer de vie et un moment
00:48d'arrêter.
00:49Il est l'auteur de journal d'un maton, la vérité sur la corruption au cœur des prisons, aux éditions
00:55Fayard.
00:56Tous Wander, c'est tous les mardis.
00:59Vous nous retrouvez sur YouTube et sur toutes les plateformes de podcast.
01:02Spotify, Deezer, Amazon et Apple, vous pouvez nous regarder, nous suivre un peu partout et un peu tout le temps.
01:08Si vous voulez sponsoriser l'émission, c'est possible.
01:11Il faut écrire à partenariats.com.
01:15Si vous voulez venir me raconter votre vie, votre destin exceptionnel, là, il faut écrire à émission au singulier.
01:23Et Tous Wander, c'est maintenant avec Sébastien Pitot, ancien maton.
01:38Sébastien Pitot, merci d'être avec nous.
01:40Tu avais un métier hors du commun, maton, comme on dit, surveillant de prison.
01:44J'aime bien commencer par un point de bascule.
01:46Le tien, c'est le 14 mars 2019.
01:50Tu claques la porte de la prison.
01:53Tu décris dans ton livre que tu es encore en tenue.
01:57Tu es dans ta bagnole et tu te mets à pleurer.
01:59Est-ce que tu peux nous raconter ce moment d'émotion où tu claques la porte ?
02:03Tu as passé plus de 20 ans dans les prisons les plus tendues de France.
02:07Après, évidemment, on va raconter tout ce parcours.
02:09Mais peut-être partons de se souvenir de ce moment où tu t'es dit qu'il n'y aura
02:13plus de retour en arrière.
02:15C'en était trop pour moi.
02:18Il fallait que je passe à autre chose.
02:20Après, effectivement, c'est vrai que je suis sorti la tête haute.
02:25Mais une fois dans la voiture, j'ai un peu craqué, c'est vrai.
02:29Parce que d'une part, on ne balaye pas 20 ans de sa vie comme ça d'un verre de
02:32main.
02:34J'ai découvert ce métier quand j'y suis arrivé.
02:38Mais j'ai appris à l'aimer par la découverte de gens complètement différents.
02:44Parce qu'on peut aimer la prison, quoi.
02:46On peut aimer l'univers.
02:48T'as réussi.
02:48C'est marrant ce que tu dis.
02:49C'est pour ça que je l'enlève.
02:50Ce n'est pas l'univers en soi.
02:51C'est les personnes qu'on y rencontre.
02:53C'est passionnant.
02:56Quand on a investi, c'est quelque chose de passionnant.
02:59Après, je pense que ce qui m'a le plus peiné, j'étais chef d'équipe.
03:03Je dirigeais une brigade et j'ai eu, je pense que ce qui m'a le plus blessé, je me
03:09suis dit, ouais, tu ne peux pas y retourner.
03:11Tu ne peux plus.
03:12Mais en fait, tu es un peu un salaud parce que tu viens d'abandonner tes hommes, quoi.
03:17Tu vois, et je l'ai mal vécu.
03:21Puis j'avais le sentiment qu'ils m'en voulaient.
03:24Alors peut-être que certains m'en veulent.
03:25C'est possible.
03:27Je n'ai pas de contact avec tout le monde.
03:29Mais moi, en tout cas, ça m'a fortement blessé.
03:32Mais je ne pouvais plus.
03:33La prison, évidemment, c'est ultra violent.
03:36Moi, la première question que j'ai envie de te poser en préambule, tu vois, on est parti de la
03:40fin, mais j'ai envie de revenir peut-être au premier jour.
03:43Qu'est-ce qu'on entend ?
03:44Qu'est-ce qu'on voit ?
03:45Qu'est-ce qu'on sent même quand on met les pieds dans une prison pour la première fois de
03:48sa vie ?
03:50C'est surprenant.
03:53Alors l'odeur, je n'arriverai pas à la définir, mais dans les prisons, il y a une odeur.
03:57Il y a une odeur qui n'est pas celle de dehors, qui n'est pas celle d'un hôpital
03:59non plus.
04:00Quand on rentre dans un hôpital, il y a une odeur.
04:01Quand on rentre dans un EHPAD, il y a une autre odeur.
04:03Dans une prison, il y a aussi une odeur.
04:05Mais je ne saurais pas la définir, mais voilà, on la prend dans le nez quand on rentre.
04:09Ça pue ?
04:11Je ne dirais pas que ça pue.
04:12Je ne dirais pas que ça pue, mais je ne sais pas.
04:13Il y a quelque chose, c'est différent.
04:16C'est différent et je ne trouve pas les mots pour l'expliquer, quoi.
04:19Je n'en suis pas capable.
04:21Et puis après, ce qui est le plus surprenant, c'est des grilles partout.
04:26Il y a des grilles partout, des verrous partout.
04:29Ça surprend un peu.
04:30Et puis après, les premiers détenus qu'on croise.
04:37Moi, quand j'ai débuté, j'ai fait mes stages à Saint-Martin-de-Ré.
04:41C'était une prison où il y avait des gens relativement âgés, mais malgré tout, des longues peines.
04:49Alors, ils n'étaient pas désagréables, mais ils jouaient un petit peu.
04:52Ils jouaient un petit peu, ils nous regardaient bizarrement et tout.
04:54Et c'est vrai que la première fois...
04:57Et puis en plus, quand on croise les gens, au début, après, on voit les choses différemment.
05:03Mais au début, la question, c'est qu'on observe le mec et on se dit qu'est-ce qu
05:06'il a fait ?
05:07Qu'est-ce qu'il a fait ?
05:08Puis des fois, on ne le sait pas, quoi.
05:10Des fois, on ne le sait pas ou alors on va échanger.
05:13Moi, je me rappelle, pendant cette période de stage, j'avais discuté avec un gars.
05:18Je ne me rappelle plus de son nom, parce que c'est vieux.
05:21J'avais discuté avec un gars.
05:23Il avait peut-être l'âge de mon père, quoi.
05:26Et puis, j'avais vu qu'il était condamné à perpétuité, par contre.
05:30Et puis, un jour, il m'a parlé de ce qu'il avait fait, quoi.
05:32Il avait fait quoi ?
05:34Il m'expliquait qu'il travaillait dans le bâtiment,
05:36qu'il avait fait des travaux au black chez quelqu'un,
05:40qu'il n'avait pas voulu le payer.
05:42Et puis, bon, il l'avait relancé plusieurs fois.
05:44Puis un jour, il a été chez le mec.
05:45Il dit, j'avais mon ceinturon de travail avec marteau, machin, etc.
05:51Et puis, le mec m'a dit, de toute façon, je ne te paierai jamais.
05:54Et là, il me dit, je n'ai pas eu le choix.
05:57Ah, il n'a pas eu le choix de quoi ?
05:59Parce qu'à la fin, il y a perpétuité, quand même.
06:02Il me dit, j'ai pris le marteau.
06:04Il dit, je vais éclater le crâne à coup de marteau, quoi.
06:06Et la première fois où tu entends des propos comme ça, c'est vrai.
06:10Mais la première fois où tu entends des propos comme ça, c'est...
06:13Oh, qu'est-ce qui s'est passé, quoi ?
06:16Ça fait peur ?
06:18Peur, je dirais peur, oui et non.
06:20Parce que, bon, on sait quand même où on est.
06:23On sait qui sont les gens qui sont présents.
06:25Alors, même si on ne connaît pas toujours ce qu'ils ont fait, etc.
06:28Mais on sait qu'il y a des choses très graves.
06:32Mais on a l'impression que, même si on le sait,
06:34on se dit que peut-être que ça n'existe pas.
06:36Pourquoi ?
06:37Et là, je ne sais pas.
06:38Parce qu'on se dit, mais comment on peut poser le crâne de quelqu'un à coup de marteau ?
06:42Ben si, on peut, quoi.
06:43On peut.
06:44Et le mec, il te parle de ça.
06:49Je veux dire, voilà, ni ça lui fait monter une rage en lui,
06:52ni le type, je le vois, s'effondrer.
06:55Non, le mec, il...
06:56Le mec, il est neutre.
06:58Ouais, il est neutre, quoi.
06:59Je veux dire, bon, voilà, j'ai crevé avec la voiture hier, quoi.
07:04Incroyable.
07:05Ouais.
07:05C'est surprenant.
07:06Tu as croisé des grands terroristes, des grands bandits, des tueurs en série.
07:13Et tu dis parfois dans ce livre, tu prends l'exemple de Jean-Claude Romand.
07:18Pour rappel, il a tué sa femme, ses deux enfants,
07:23pour éviter que sa famille ne découvre qu'il n'était pas médecin à l'OMS.
07:26Pour rappel, il a passé sa vie à mentir,
07:29à croire qu'il était médecin, puis médecin à l'OMS,
07:31donc il finit par tuer toute sa famille.
07:33Tu dis Jean-Claude Romand, il n'avait pas la tête de l'emploi.
07:36Non, pas du tout.
07:38Pas du tout.
07:39Type sympathique, discret, presque effacé.
07:43Presque effacé.
07:45Puis quand on communiquait avec lui,
07:47c'était une conversation, comme on peut avoir avec n'importe quelle personne.
07:52Après, je pense que c'est aussi un cas particulier.
07:55C'est aussi un cas particulier,
07:56parce que pour avoir passé des années en prison,
08:00des gens qui un jour tuent toute leur famille
08:04par rapport à un mensonge ou un drame familial,
08:09malheureusement, j'en ai croisé plus d'un.
08:11J'en ai croisé plus d'un,
08:13mais après, tout le monde n'a pas à défrayer la chronique comme Jean-Claude Romand.
08:16Mais je pense, en fait,
08:17c'est pas tant l'acte criminel qu'il a fait
08:21qui a fait que ça a défrayé la chronique.
08:22C'est le mensonge.
08:24Il n'a pas menti parce qu'il avait une double vie avec une autre femme
08:28ou quelque chose comme ça.
08:30Non, il a fait croire à tout le monde
08:31qu'il était médecin-chercheur à l'OMS.
08:34C'est un mensonge qui est lunaire.
08:37En fait, je pense que c'est ça
08:38qui a fait tout le battage médiatique autour de Jean-Claude Romand,
08:42plus que les meurtres.
08:43Et finalement, le plus grave, ça reste quand même les meurtres.
08:45Mais qu'est-ce qui l'a engendré ?
08:46C'est un mensonge hors norme.
08:48Qui sont les détenus qui tournent le plus marqué, justement,
08:51dans ces terroristes, dans ces tueurs en série ?
08:54Est-ce que tu peux en citer quelques-uns ?
08:56Oui, bien sûr.
08:57J'ai croisé, pendant de nombreuses années,
09:02j'ai croisé Marcel Barbeau.
09:04Marcel Barbeau, c'est un tueur en série,
09:07le tueur de l'Oise.
09:08C'était dans les années 70.
09:11Je pense qu'il est plus vieux que mon papa.
09:13À ma connaissance, je crois qu'il est toujours en prison.
09:17Et c'est surprenant,
09:18parce que moi, quand je l'ai connu,
09:19il était déjà âgé.
09:22Mais on voit, c'est un colosse et tout.
09:25Mais la tête du bon papy, quoi.
09:27La tête du bon papy.
09:29Je veux dire, tu le croises dans la rue,
09:31je te dis, c'est lui, c'est un tueur en série.
09:34Non, c'est pas possible.
09:35C'est pas possible.
09:36Mais si.
09:38En fait, des fois, il y a des personnages
09:42qui ne vont pas, on ne s'attend pas à ça.
09:45J'ai croisé aussi en prison des gens,
09:47ils ont la gueule de l'emploi, quoi.
09:48On n'est pas étonné.
09:50Mais souvent, c'est ce que je vais communément appeler
09:53et affectueusement, j'ai envie de dire,
09:54les voyous, quoi.
09:56Des braqueurs, des trucs comme ça.
09:57On n'est pas trop étonné, quoi.
09:58Ils ont un peu le profil.
10:01Ils ont la dégaine, quoi.
10:03Ouais, ouais, ouais.
10:04C'est pas surprenant, c'est pas étonnant.
10:05Mais après, oui, il y a des gens,
10:07c'est vraiment surprenant, quoi.
10:10Alors, qui d'autre t'a marqué
10:12ou quel détenu connu t'a pu croiser ?
10:16Alors, connu, j'ai eu quelques temps
10:19Carlos, le terroriste.
10:22On l'a eu quelques temps.
10:24Alors, une anecdote super drôle avec Carlos.
10:30À la prison où je travaillais,
10:31il y avait un quartier socio-culturel.
10:32Il y avait un surveillant,
10:33c'était toujours le même
10:35qui travaillait au socio-culturel.
10:37Et il avait eu un souci de santé.
10:40Il s'était fait opérer d'un genou,
10:41je crois, le surveillant.
10:43Et puis, donc, il a été absent quelques temps.
10:45Et dans la période où il était absent,
10:48on a un nouveau directeur qui est arrivé
10:50et on a Carlos qui est arrivé.
10:52Mais bon, Carlos,
10:52tout le monde connaît le nom de Carlos.
10:54Mais voilà,
10:55mais Carlos, c'est toujours standing en prison, quoi.
10:58Carlos se baladait toujours,
11:00voilà, un pantalon à pince,
11:02veste de costume.
11:03Dans la prison ?
11:03Dans la prison, oui.
11:04Sa petite sacoche, la chemise et tout.
11:06Mais non.
11:07Et là, on a tapé un fou rire
11:08parce qu'en fait,
11:09il n'avait vu ni le nouveau directeur,
11:11ni Carlos.
11:12Et Carlos arrive au quartier socio-culturel,
11:15en costard et tout,
11:16et le surveillant arrive.
11:16Il dit, bonjour, monsieur le directeur.
11:20Ah, Carlos !
11:21Oui, tout le monde a éclaté de rire,
11:23le surveillant.
11:24Mais il ne pouvait pas savoir.
11:26Mais en fait,
11:27c'est vrai qu'après,
11:27quand on prenait du recul,
11:28par rapport au contexte,
11:30c'est un type qui est charismatique,
11:32un grand bonhomme aussi, Carlos.
11:34Et voilà,
11:35un type qui en impose.
11:36Et puis c'est vrai,
11:37on aurait pu, je pense,
11:39tous se faire piéger.
11:41Mais moi, cette anecdote,
11:41je l'ai trouvé super drôle.
11:43Énorme !
11:43Énorme !
11:44Tu n'en as pas d'autres comme ça ?
11:45J'adore, moi.
11:47Qu'ils viennent comme ça à l'esprit ?
11:49Pas forcément, quoi.
11:50Pas forcément.
11:51Redouane Faïd, par exemple ?
11:52Redouane Faïd.
11:54C'est un braqueur ?
11:55Braqueur, ouais.
11:56Il s'est évadé plusieurs fois ?
11:57Oui, mais je l'ai connu avant ça.
12:00J'ai connu Redouane Faïd
12:02avant qu'il soit un repenti,
12:04qu'il n'était pas un repenti, quoi.
12:06Puisqu'après,
12:06il est retombé pour des affaires de braquage.
12:09Après, Redouane Faïd,
12:11il était beaucoup plus jeune.
12:13C'était le beau gosse,
12:15c'était le bachelor, quoi.
12:17C'était le bachelor, ouais.
12:18Le mec, il a une chatte phénoménale et tout.
12:21Et puis, alors, sympa, quoi.
12:22Très, très sympa.
12:23Très intelligent.
12:24Très, très intelligent.
12:25Après, dommage qu'il ait mis son intelligence
12:29au service de ces faits-là.
12:32Et puis, finalement,
12:35ça a bousillé sa vie
12:36et celle d'autres personnes aussi, quoi.
12:39Et c'est terrible,
12:39parce que c'est un type,
12:41après, si on prend du recul
12:42avec les faits qu'il a commis,
12:45je pense même que c'est quelqu'un de brillant.
12:46De toute façon,
12:47pour réussir certaines de ses évasions et tout.
12:49Mais bon, voilà, quoi.
12:50Après, c'est...
12:52Mais il y en a beaucoup.
12:53Je pense que les gros voyous
12:56sont des gens intelligents.
12:58Alors, il y en a peut-être
12:59des encore plus intelligents,
13:00c'est ceux qui ne se font pas attraper.
13:02Mais aujourd'hui, je pense quand même,
13:04avec les moyens qu'ont la police,
13:07les moyens d'investigation, etc.,
13:10des carrières de voyous
13:11comme il y a pu y en avoir
13:12dans les années 50-60.
13:14Aujourd'hui, c'est plus possible.
13:16Des fois, on était sûr
13:17que c'était tel type
13:18qui avait fait le coup.
13:19Mais il n'y avait pas
13:21de preuves formelles maintenant.
13:22Les ADN, les machins, les trucs,
13:23ça devient quand même très compliqué.
13:25Bien sûr.
13:25Ça devient très, très compliqué.
13:26Ce que tu expliques aussi,
13:28c'est qu'il y a une certaine relation,
13:30finalement,
13:30qui va s'instaurer forcément
13:32entre les surveillants
13:34et les détenus
13:34avec des situations improbables.
13:37t'as assisté à un mariage
13:38d'un bandit corse.
13:40Est-ce que tu peux nous raconter ?
13:42Avec Traiteur le Nôtre,
13:44Alliance de Luxe et tout.
13:45Oui, oui, oui, tout à fait.
13:47Tu peux nous raconter
13:47c'est qui, c'est quoi ?
13:48Oui, il s'est marié
13:49à la prison.
13:51Alors moi,
13:52je n'étais pas présent
13:52au mariage.
13:53Jacques Mariani.
13:54Jacques Mariani.
13:55Bandit corse.
13:56Voilà, tout à fait.
13:57Il s'est marié
13:58à la prison de Saint-Mort.
14:00Alors, je n'étais pas présent
14:01le jour du mariage
14:02ou tout au moins
14:02sur le lieu du mariage.
14:03Après, ça date un petit peu.
14:06Et effectivement,
14:07il s'est marié
14:08dans les parloirs.
14:09J'ai vu d'autres détenus
14:10se marier.
14:12Non, mais ce qui est fou,
14:13c'est qu'en fait,
14:14ce mec-là a fait venir
14:15le nôtre en traiteur
14:17à son mariage
14:17dans la prison.
14:18Voilà, enfin,
14:18le nôtre n'est pas rentré
14:19quand même à l'intérieur.
14:21Le mec avait venu en traiteur.
14:21C'est le nôtre qui a livré
14:23des gâteaux, machin, etc.,
14:26pour le mariage.
14:29Il y avait des gens
14:31que je ne citerai pas,
14:33mais des gens
14:34qui ont sur rue à Paris
14:37sur une très belle place.
14:39Voilà, je ne peux pas donner
14:41les noms des gens qui...
14:42Des bijoutiers, tu veux dire ?
14:43Voilà, éventuellement, oui,
14:45tout à fait,
14:45qui étaient présents.
14:46Qui étaient présents au mariage ?
14:47Oui.
14:47En fait, il y a une vie parallèle
14:49en fait, en prison.
14:51Oui, je la découvrais,
14:52en fait.
14:53Je la découvrais, tout à fait.
14:54Et alors, ce fameux Jacques Mariani,
14:57il y a une histoire
14:57de match de foot
14:58avec un échange de maillots.
15:00Oui, alors ça, moi,
15:02c'était un peu mon délire,
15:04effectivement.
15:06On avait organisé
15:07ce match de foot
15:08et alors nous,
15:11on arrive avec des maillots
15:14décatelons un peu bas de gamme.
15:16Donc, même les surveillants
15:17participent à ce genre d'événement.
15:18Oui, c'était un match de foot
15:19entre détenus et surveillants.
15:21Mais après, bon,
15:22il y a l'anecdote,
15:22mais au-delà de ça,
15:23par contre,
15:24c'est des trucs
15:24qui sont vachement importants.
15:25C'est des trucs
15:26qui sont vachement importants
15:27parce que ça permet de dire,
15:30voilà, bon, en fait,
15:31oui, nous,
15:32on fait peut-être
15:32appliquer le règlement.
15:34On n'a pas le choix,
15:35on est payés pour ça.
15:36Et puis, on doit faire
15:37appliquer la loi.
15:38Mais après, sur le fond,
15:39nous, on n'est pas là
15:39pour vous juger.
15:40Vous avez été jugés
15:41par un tribunal,
15:42par une cour d'assises.
15:44Voilà, on doit passer
15:45du temps ensemble.
15:47Qu'on fasse appliquer
15:48les règles, oui.
15:49Mais après,
15:50si ça peut se passer
15:50dans une bonne intelligence,
15:52ce n'est pas plus mal.
15:53Bien sûr.
15:54Le fait de pouvoir faire
15:55des événements comme ça,
15:56sportifs,
15:57du foot,
15:58un match de volet,
15:59un tournoi de tennis,
16:00une partie de pétan.
16:00Et ce jour-là,
16:01qu'elle raconte-nous
16:01parce que tu fais
16:02un échange de maillots
16:03entre un surveillant de toit
16:05et un bandit corse, quand même.
16:07Exactement.
16:07Alors, en fait,
16:08en plus, je provoque un peu
16:09parce qu'il avait acheté
16:12pour l'équipe des détenus
16:14pour tout le monde
16:14le maillot du FC Barcelone.
16:16Je me rappelle,
16:17c'était le maillot orange et tout.
16:19Et puis, comment ?
16:20Moi, j'étais toujours
16:21un peu dans la provoque,
16:22mais toujours avec de l'humour,
16:23quoi, toujours avec de l'humour.
16:24J'avais cherché dans mes affaires
16:27le tee-shirt le plus pourri
16:28que j'avais, quoi,
16:29et des trous dedans un peu,
16:30un peu vieillot.
16:32Et au marqueur,
16:34j'avais vulgairement écrit
16:37FC Maton
16:38sur le maillot.
16:39Puis, à la fin du match,
16:40je lui ai dit,
16:41Jacques, on échange des maillots
16:42et tout.
16:43Donc là, on a échangé les maillots.
16:44Il a perdu le change.
16:45Et donc, il est reparti
16:46avec mon maillot.
16:47Mais il était mort de rire.
16:48Il n'avait rien à foutre.
16:48Ça l'avait fait rire, quoi.
16:50Mais c'était, voilà,
16:51c'était une anecdote
16:53comme quoi,
16:54il n'y a pas non plus
16:55des tueries
16:56tous les jours en prison.
16:57Et fort heureusement,
16:58parce que, déjà,
16:59c'est quelque chose
17:00qui est compliqué.
17:02Mais s'il n'y a pas
17:03des moments un peu rigolos,
17:05c'est dommage.
17:05Il y a quand même des moments
17:07qui sont très difficiles.
17:08Il y a des dates
17:09que tu n'arrives pas à oublier.
17:11Il y a ce 4 juillet 2004
17:16avec un détenu,
17:18tu vas nous raconter,
17:19qui se jette sur un autre
17:20et qui va l'attaquer
17:22et qui va manger sa cervelle.
17:25Alors, en fait,
17:27moi, je suis arrivé
17:28pour l'intervention.
17:31Il y avait la distribution
17:32du repas ce soir-là
17:34et la distribution du repas.
17:37Donc, il y a un détenu
17:39qui distribue à manger
17:41et celui qui est sorti
17:43de sa cellule
17:44l'a frappé
17:45avec un cendrier
17:46en terre cuite
17:47qu'il avait fait
17:47à l'atelier poterie
17:48ou un truc comme ça.
17:50Et puis, après,
17:51il s'est acharné dessus.
17:53Et quand les renforts
17:56sont arrivés,
17:57les premiers renforts
17:58sont arrivés,
17:58le type baignait
17:59dans une marre de sang,
18:00il avait un trou
18:01dans le crâne.
18:02Moi, j'ai vu le corps
18:03après, par la suite.
18:04Et au moment
18:05où les premiers agents
18:06sont arrivés,
18:07il farfouillait dans sa tête
18:08et il mettait les mains
18:09à sa bouche.
18:12Qu'est-ce qu'il faisait ?
18:14Il mangeait.
18:15Il mangeait ce qu'il trouvait.
18:18De toute façon,
18:18il avait du sang
18:19plein la bouche.
18:22Les agents
18:23qui sont tombés
18:24sur ce truc-là
18:25en live,
18:27je crois qu'ils ne sont plus
18:28dans l'administration
18:28pétentiaire.
18:30Je crois qu'ils n'y sont plus,
18:31ils sont partis.
18:32Et je peux comprendre,
18:33je peux comprendre,
18:34c'est terrible.
18:35Moi, quand je suis arrivé,
18:36après,
18:37je faisais partie
18:38de l'équipe d'intervention
18:39parce que le type
18:40qui a mangé
18:41en fait la cervelle,
18:44les surveillants
18:45étaient un peu déprimés
18:45qui sont arrivés,
18:46ils étaient un peu désarmés.
18:47Alors,
18:48ils ne savaient pas trop
18:48quoi faire.
18:50On prépare à tout,
18:51mais pas à ça.
18:54Et je me rappelle
18:55que les gars ont expliqué,
18:56ils lui ont hurlé dessus.
18:57Et puis finalement,
18:58le type
19:00la regardait
19:01avec un regard
19:01un peu vide.
19:02Il s'est relevé
19:03puis il a été se foutre
19:04dans une salle
19:06où il n'y avait rien
19:06de particulier
19:07qui servait un peu
19:08d'office en fait.
19:09Et moi,
19:09je suis arrivé après,
19:10plus tard,
19:12je faisais partie
19:12de l'équipe d'intervention
19:13pour aller le récupérer
19:15dans cette pièce.
19:16Donc là,
19:16on a vu le corps
19:17de celui qui était décédé.
19:19Il y en a un autre
19:20qui avait été blessé
19:21parce qu'il en aurait
19:23bien pris un deuxième.
19:24Ça ne l'aurait pas dérangé.
19:26C'est un détenu
19:26qui était cannibale ?
19:28Alors,
19:30non,
19:30non,
19:30non,
19:31mais par contre,
19:32il n'était pas bien
19:32dans sa tête.
19:34Il n'était pas bien
19:34dans sa tête.
19:35Mais de toute façon,
19:35il y avait déjà des faits
19:36parce que sincèrement,
19:38je savais qu'il avait
19:39pris une grosse peine.
19:41Je savais qu'il n'était
19:42pas clair dans sa tête,
19:43mais je n'avais pas trop
19:45les détails de son affaire.
19:46Et il avait pris 30 ans
19:47pour un meurtre
19:51un peu
19:52inexpliqué
19:53ou inexplicable.
19:54Il n'y avait pas vraiment
19:55de motif
19:55et ça avait été
19:56quelque chose
19:57d'extrêmement violent.
19:59D'extrêmement violent.
20:01Et en fait,
20:03après,
20:03le type est enfermé
20:05dans cette pièce
20:07et
20:09quand on a dû
20:10aller le chercher,
20:11il y avait un œilleton
20:11parce que c'était,
20:12même si c'était un office,
20:13c'était comme une cellule.
20:15Il avait bouché l'œilleton
20:16et puis on voyait...
20:18Comment il a bouché ?
20:19Avec n'importe quoi,
20:20un bouchon de bouteille,
20:22du papier un peu mouillé,
20:23machin,
20:23je ne sais pas.
20:25Et donc,
20:25on ne pouvait pas voir
20:27où il était,
20:28qu'est-ce qu'il faisait,
20:28etc.
20:29Donc là,
20:29on y va quand même
20:30avec méfiance.
20:32Surtout que depuis un moment,
20:33on voit quand même
20:33de temps à autre
20:34qu'il passe sous la porte.
20:36Je vous rappelle,
20:36c'était assez marquant
20:37de l'eau mélangée
20:38avec du sang
20:38qui passe sous la porte.
20:40Alors,
20:40ce n'est pas non plus
20:42une nappe extraordinaire,
20:43mais bon,
20:44on se dit,
20:44voilà quoi,
20:45on voit ce qui vient
20:45de se passer.
20:47Et en fait,
20:47quand on a ouvert la porte,
20:49il y avait,
20:49je me rappelle,
20:50ces pièces-là étaient vides,
20:51il y avait juste
20:52une petite tablette
20:53au fond,
20:53le long de la fenêtre.
20:54Et quand on a ouvert la porte,
20:55il était pantalon de survêt,
20:57torse nu,
20:59et il avait un morceau
21:00de verre à la main
21:02et il s'était ouvert le bide
21:04et il fouillait dans son ventre
21:06en fait,
21:06quand on est rentré.
21:08Et il n'a strictement rien fait,
21:10on l'a percuté,
21:12on l'a équipé
21:13comme les CRS,
21:15tenu par coup,
21:15bouclier,
21:16etc.
21:17On l'a percuté,
21:18on l'a menotté
21:18et après,
21:19derrière,
21:19c'était fini,
21:20c'était un poids mort.
21:21Et c'était un type
21:22qui faisait,
21:24peut-être,
21:24j'en sais rien,
21:24au moins 100,
21:25120 kilos,
21:28même menotté,
21:28machin,
21:29il a fallu qu'on le porte.
21:30Et il est passé dans un...
21:32Moi, je me rappelle,
21:32on l'a porté,
21:33à un moment,
21:33je dis,
21:33je ne sais pas,
21:34je suis tout mouillé et tout,
21:36il s'est mis à pisser.
21:38Il s'est pissé dessus,
21:39moi,
21:39il m'a pissé sur la jambe,
21:40il a pissé sur tout le monde,
21:41mais il ne l'avait pas fait
21:42de manière volontaire.
21:44Peut-être parce qu'il avait peur,
21:45je n'en sais rien,
21:46je ne sais pas,
21:47parce que là,
21:47on est passé dans une dimension...
21:49Mais des gens comme ça,
21:50ils ne devraient pas se trouver en prison,
21:52mais dans un hôpital psychiatrique.
21:54Oui, je pense.
21:55D'ailleurs,
21:56c'est là où il est parti par la suite.
21:59Il est parti en UMD.
22:02Mais après,
22:04après,
22:04c'est difficile,
22:05pourquoi il n'a pas été mis
22:06en hôpital psychiatrique ?
22:07Parce qu'il y a des gens aussi
22:09qui sont...
22:10Moi,
22:10j'ai vu des gens aussi
22:11se dégrader en prison.
22:12Il y a des gens
22:12qui sont rentrés en prison
22:14pour des faits...
22:15Moi,
22:16je n'ai pas forcément d'exemple,
22:17mais des faits
22:18que je les qualifiais
22:19de droits communs,
22:20des faits qui étaient graves,
22:22et puis par contre,
22:22qui avaient bon pied,
22:24bon oeil,
22:24et puis petit à petit,
22:26la prison les a,
22:27entre guillemets,
22:28rendus fous.
22:29Notamment,
22:29un des membres
22:30du gang de Roubaix.
22:32Ouais,
22:32j'en ai connu un comme ça,
22:33ouais,
22:33ouais, ouais.
22:34Alors,
22:34pas rendu fou,
22:35mais c'est un type
22:36qui est devenu dépressif.
22:37C'était un type
22:38qui avait...
22:38Un type qui était solide,
22:41et puis...
22:42Et puis,
22:42c'est complètement...
22:44de mémoire,
22:45sous réserve,
22:46mais il me semble
22:47qu'il a eu une séparation
22:49avec sa femme
22:50ou quelque chose comme ça,
22:51et derrière,
22:52il a sombré complètement,
22:53quoi.
22:54Et c'est quelqu'un
22:55qui,
22:55alors que...
22:57Il a eu une période
22:58où il était en forme,
23:00machin,
23:00il n'y avait pas de soucis,
23:01voilà,
23:02il faisait sa prison,
23:02il faisait sa prison,
23:03et puis un jour,
23:04voilà,
23:04il s'est passé quelque chose,
23:05il y a un élément déclencheur,
23:06il a craqué,
23:07je pense qu'il a fait
23:08tout simplement de la dépression,
23:10et bon,
23:11tout ce qui s'attrape
23:12en prison
23:14devient toujours plus grave.
23:16La petite dépression
23:17va devenir une grosse,
23:18il y a beaucoup de choses
23:19comme ça,
23:20la prison amplifie
23:22les choses,
23:22en fait.
23:24Et puis après,
23:25c'était un type,
23:26moi je l'ai vu
23:26pendant des mois,
23:28marcher au radar,
23:29tellement il prenait
23:30de cachets,
23:30il marchait un peu
23:31comme un zombie,
23:33il y avait très peu
23:34de communication,
23:35après il n'y a jamais eu
23:36de soucis majeurs
23:37avec lui,
23:38mais voilà,
23:39il avait...
23:40il était tombé
23:41quand même
23:41dans quelque chose
23:43de compliqué.
23:44Et toi,
23:45d'assister à des événements
23:46comme celui
23:47que tu viens de nous décrire,
23:49j'imagine que tu as des images,
23:50des odeurs qui restent,
23:51parce que l'odeur du sang,
23:53là par exemple...
23:53Alors les odeurs,
23:54les images,
23:55moi,
23:55enfin personnellement,
23:56après on ne réagit pas tous
23:58pareil,
23:58bien évidemment,
24:00mais je me rappelle
24:01que ce soir-là,
24:03je suis rentré,
24:04je ne sais pas à quelle heure
24:05je suis rentré chez moi,
24:06en pleine nuit,
24:07machin,
24:08ils avaient laissé
24:10la direction de l'époque,
24:11ils avaient laissé
24:12le messe du personnel ouvert,
24:15l'endroit où on peut se restaurer,
24:16il y avait un petit bar,
24:17je ne te cache pas
24:18qu'on était se poser là-bas,
24:19je ne sais pas,
24:20il était peut-être 3h,
24:213h30 du matin,
24:22les gens qui étaient encore là,
24:24et je pense que le premier truc
24:26à 3h30 du matin,
24:27déjà on s'est mis
24:27quelques whisky dans la gueule,
24:30un, pour se détendre,
24:33et deux,
24:33pour passer l'odeur,
24:35enfin en tout cas,
24:35moi pour passer l'odeur.
24:37C'était quoi l'odeur ?
24:38L'odeur du sang,
24:39l'odeur du sang,
24:41après il s'est passé des heures,
24:42le sang ça coagule
24:44et ça prend une odeur,
24:45c'est très désagréable
24:46l'odeur du sang,
24:47et même en ayant bu
24:48quelques verres,
24:49machin,
24:49moi je me suis,
24:51à l'époque j'habitais
24:52à côté de la prison
24:53parce qu'il y avait des logements
24:54pour le personnel,
24:56et donc je rentrais
24:57chez moi à pied,
24:58et en fait au messe
24:59je me suis déshabillé,
25:00j'ai jeté mon uniforme
25:02à la poubelle
25:02parce que j'avais du sang,
25:03j'avais tout sur mon uniforme,
25:05et je suis rentré
25:06chez moi en caleçon
25:07parce que je n'avais pas envie
25:08de ramener ça chez moi quoi,
25:09et arrivé chez moi,
25:10je sais qu'avant d'aller me coucher
25:11pour me reposer,
25:12alors paradoxalement
25:13ça ne m'a pas empêché
25:14de dormir,
25:15mais par contre,
25:16cette odeur était restée,
25:18j'ai dû me laver les dents
25:19au moins trois fois
25:21avant d'aller me coucher
25:22parce que l'odeur
25:23ne passait pas quoi.
25:23Dans la bouche ?
25:24Tu avais même l'odeur
25:25dans la bouche du sang quoi.
25:27ça restait,
25:28je ne sais pas,
25:28j'avais une gêne.
25:29Alors après,
25:29il était peut-être psychologique,
25:31je n'en sais rien quoi,
25:31mais voilà,
25:33après c'est comme ça,
25:35on croit qu'il y a des choses
25:35qui n'existent pas,
25:36mais même quand on arrive
25:37sur la scène,
25:41en fait on croit
25:43que c'est un film quoi,
25:45il y a tellement de sang partout
25:46qu'on se dit
25:47mais ce n'est pas possible,
25:50je ne vais pas dire
25:50qu'on cherche la caméra cachée,
25:52mais on se pose un peu la question,
25:53on sait que c'est vrai,
25:54mais l'inconscient
25:57dit que ce n'est pas possible.
25:59Ce qui est difficile aussi,
26:01c'est que tu décris très bien
26:02que parfois,
26:03les surveillants sont responsables.
26:05Il y a une autre scène
26:06que tu décris
26:07d'un détenu
26:08qui se fait attaquer
26:09dans le cou,
26:10qui se fait poignarder
26:11dans le cou,
26:13et tu vas nous raconter,
26:15et en fait,
26:17on a fini par te dire
26:18qu'il fallait que tu trouves
26:19une tenue propre quoi.
26:20Enfin, je te laisse raconter
26:21l'histoire,
26:21mais je ne veux pas
26:22te redévoiler en fait
26:23si tu fais une histoire,
26:24mais écoute,
26:24je me souviens très bien
26:25de cette histoire,
26:26mais si tu veux,
26:28on est dans le couloir
26:29du rez-de-chaussée
26:30d'un bâtiment,
26:31c'est le moment
26:32des mouvements
26:34où les gens peuvent passer
26:35de la cour de promenade
26:36à la salle de peinture,
26:38à la salle de sport,
26:40retourner à leur étage,
26:41etc.
26:41Il y a une espèce
26:42de petit quart d'heure américain
26:43où tout le monde
26:44peut circuler
26:46là où il veut
26:47et au bout d'un quart d'heure,
26:48on referme tout,
26:49mais c'est vrai qu'à ce moment-là,
26:50il y a pas mal de surveillants
26:51qui circulent aussi
26:51dans les différents secteurs.
26:54Et moi,
26:54j'étais avec
26:55d'autres collègues,
26:57je crois qu'on devait être
26:59deux ou trois,
27:02et on voit un peu plus loin,
27:03peut-être, je sais pas,
27:0410-15 mètres devant nous,
27:06un couloir, son prénom.
27:08Et on voit un mec
27:09qui tombe contre le mur
27:11et puis qui s'affaisse,
27:12et en fait,
27:13le mec vient de prendre
27:14un coup de pique
27:14en pleine gorge.
27:17Mais c'est quoi comme pique ?
27:18C'est quoi ?
27:19Enfin, c'était un...
27:20Un truc qui était souvent
27:23travaillé comme ça
27:24pour faire un beau pique,
27:25c'était des anses de seau
27:26métalliques.
27:27On les redresse,
27:29on la met bien droite
27:30et puis après,
27:30on taille la longueur
27:31de l'épée,
27:32en quelque sorte.
27:34Mais là,
27:35en l'occurrence,
27:35je pense que c'était plus fin.
27:37C'était plus fin,
27:37mais un bout de ferraille
27:39rond,
27:40qui va être taillé en pointe
27:41et ça rentre tout seul,
27:42il n'y a pas de souci.
27:43Et donc,
27:44le type s'affaisse
27:45et là,
27:46on voit un truc,
27:48en pleine gorge,
27:49un geyser,
27:50il y a du sang,
27:50ça gicle au moins
27:51à ça de...
27:52Au moins,
27:5350 centimètres.
27:5450 centimètres, ouais.
27:55Alors,
27:55ce n'est pas un gros flux
27:56parce que le trou
27:57est tout petit,
27:58mais bon,
27:59enfin,
27:59mec,
27:59et puis c'est la gorge,
28:00quoi.
28:00Mais c'est la carotide
28:01qui est touchée.
28:02Non,
28:03parce que sinon,
28:04il serait mort.
28:04Il n'aurait pas survécu.
28:05Non, sinon,
28:05il serait mort.
28:06Mais on voit,
28:07et puis ça fait des giclés
28:08avec les bâtons de cœur
28:09et tout,
28:10puis on fait quoi et tout,
28:11machin.
28:11Et puis on n'a rien
28:12parce que c'est...
28:13D'une part,
28:14on n'a rien
28:14pour intervenir
28:15à l'instant T
28:16et puis on n'a même pas
28:17des fois l'hiver,
28:18c'est rien,
28:19une écharpe,
28:20un machin
28:20qui traîne dans une poche.
28:21Là,
28:21c'est des beaux jours,
28:22quoi.
28:22On est en t-shirt,
28:24quoi.
28:26Et puis à un moment,
28:26je dis,
28:27on ne va pas
28:27foutre les mains dedans.
28:29Il y avait ma collègue
28:30qui avait commencé
28:30à mettre la main et tout
28:31puis ça ne suffisait pas
28:32à la main,
28:33quoi.
28:34Et donc j'ai enlevé,
28:35par réflexe,
28:35moi j'ai enlevé mon polo
28:36donc j'étais torse du
28:37au milieu du truc
28:39et puis on vient
28:41à comprimer
28:42comme on pouvait
28:43parce que là,
28:44on ne va pas faire
28:44un garros à la tête.
28:46Et puis bon,
28:47on a appelé,
28:48machin,
28:49et puis bon,
28:49on a reçu bien sûr
28:50des projections de sang
28:52par la force des choses
28:54et puis bon,
28:55ça met un peu de temps
28:55alors bon,
28:57moi je m'agace
28:58un petit peu,
28:59j'ai vu qu'est-ce
28:59qu'il fout le toubib,
29:00enfin bon,
29:01et puis c'est vrai
29:01que bon après,
29:02voilà,
29:03on vient quand même
29:04peut-être
29:05de sauver
29:06la vie de quelqu'un
29:08et puis
29:10ben moi je me balade
29:11alors ça n'arrive pas
29:13un surveillant
29:14qui se balade
29:14torse nu
29:15au milieu de la prison,
29:16quoi.
29:17Et puis à un moment,
29:19il y a quelqu'un
29:20de ma hiérarchie
29:20qui est arrivé
29:21et puis au lieu de dire
29:22ben voilà,
29:23super,
29:24j'ai peut-être sauvé
29:25la vie.
29:26Ben tu vas peut-être
29:27pas rester torse nu,
29:27il faudrait peut-être
29:28trouver un t-shirt,
29:28quoi.
29:29Enfin,
29:30voilà,
29:30mais je trouve que c'est
29:32alors après,
29:33c'est pareil,
29:33quand on est en dehors
29:34du truc,
29:34on arrive,
29:35peut-être qu'on n'a pas
29:36la bonne analyse,
29:36je ne veux pas non plus,
29:38mais vous voyez,
29:38c'est des choses,
29:40on vient quand même
29:40de vivre un moment
29:42qui n'est pas dans le quotidien
29:44de tout le monde
29:45et qui n'est pas non plus,
29:47et heureusement,
29:48j'ai envie de dire,
29:48le quotidien de la prison,
29:51mais voilà,
29:52il n'y a pas de...
29:53Mais comment tu t'es senti
29:53quand ta hiérarchie,
29:56en tout cas cette personne
29:56te fait cette remarque-là,
29:57alors que t'as sauvé
29:58la vie du mec ?
30:01Écuré ?
30:02Écuré,
30:04oui et non,
30:04parce que je me suis dit,
30:05dans ma tête,
30:06je me suis dit,
30:07je savais que t'étais
30:08un gros con,
30:08mais je ne pensais pas
30:09à ce point quand même.
30:11Je ne lui ai pas dit.
30:12Je l'ai pensé très fort.
30:13Je l'ai pensé très fort.
30:14Je l'ai peut-être entendu
30:15d'ailleurs.
30:17Il y a un autre moment,
30:18tu vas me raconter,
30:19où on te reproche
30:20d'avoir cassé
30:21les lunettes d'un détenu ?
30:23C'était mon premier poste
30:26en banlieue lyonnaise.
30:31Et en fait,
30:33alors là,
30:34c'était en maison d'arrêt,
30:36donc on était plusieurs surveillants.
30:38Et il y avait une jeune surveillante
30:40qui venait d'arriver.
30:41Moi, j'étais pas là
30:42depuis très longtemps,
30:43mais enfin un petit peu plus.
30:45Et puis elle ouvre une cellule
30:47où en principe,
30:47il y avait deux détenus.
30:49Et là, bon,
30:49il n'y en avait qu'un.
30:50Alors je ne sais pas
30:51si c'est qui,
30:51exceptionnellement,
30:52il était tout seul
30:53ou l'autre était peut-être parti
30:54ailleurs,
30:55je n'en sais rien.
30:57Et elle ouvre.
30:58Et puis elle m'appelle.
30:59Moi, j'étais au milieu du couloir.
31:02Je ne faisais rien.
31:03Elle m'appelle
31:04et elle me dit,
31:05ouais,
31:05tu peux venir.
31:06Elle me dit,
31:06je crois qu'il y a un problème.
31:08Et donc là,
31:10je rentre dans la cellule
31:11et je vois le type.
31:14il était allongé droit
31:16comme un yi sur son lit,
31:19serviette nouée autour du cou
31:20et un sac plastique
31:21sur la tête.
31:22Et le type,
31:23il ne bouge pas.
31:25Donc je dis,
31:26ouais,
31:26il y a un problème.
31:27Je suis en train
31:37qu'il est mort.
31:39Et là,
31:40j'enlève le sac plastique
31:42et au moment
31:43où je veux enlever
31:43le sac plastique,
31:44il me prend la main
31:45et non,
31:45en fait,
31:46je pense qu'il venait
31:46juste de le faire.
31:48Et il a même
31:49bon pied,
31:49bon oeil.
31:50Et puis là,
31:51non,
31:51non,
31:51laissez-moi,
31:52je veux mourir,
31:53machin.
31:53Et puis j'ai dit,
31:53il n'y a pas de,
31:54voilà,
31:55on ne va pas laisser le mec.
31:57Donc j'arrache
31:58un peu plus fort.
31:59Puis bon,
31:59à l'époque,
32:00moi,
32:00j'avais,
32:01je ne sais pas,
32:02j'avais 24 ans,
32:0424,
32:0425 ans,
32:05le type,
32:05il devait en avoir
32:07une soixantaine.
32:08Voilà,
32:08puis bon,
32:09il n'était pas épais,
32:10il n'était pas équipé
32:11pour,
32:12il ne faisait pas la maille,
32:12on va dire.
32:15Et cependant,
32:16il se lève
32:17et puis là,
32:17il commence à se jeter
32:19sur moi
32:20et à m'étrangler,
32:22mais à m'étrangler,
32:23voilà,
32:23plutôt à me griffer
32:25et tout ça.
32:27Et en quelque sorte,
32:28enfin,
32:28voilà,
32:29je veux dire,
32:29le type,
32:29il fait le tiers
32:31de mon physique.
32:33Et en fait,
32:33je m'énerve,
32:34même pas quoi,
32:35je lui dis,
32:36écoute,
32:36lâche-moi
32:37parce que tu vas avoir
32:37un souci là.
32:39Et je sens,
32:39bon,
32:39il commence à planter
32:41les ongles.
32:42Dans ton cou,
32:43ouais.
32:43Donc là,
32:44je mets une tartine quoi,
32:46ça me semble
32:46complètement logique quoi.
32:48Et puis après,
32:48on me maîtrise au sol
32:49et puis après,
32:50bon,
32:50il y a des gens
32:51qui sont arrivés et tout.
32:52Il n'a pas été,
32:54il n'a pas été
32:55mis au mitard
32:55parce qu'on passe
32:57d'une tentative de suicide
32:58à une agression
32:59surpersonnelle.
32:59Oui,
32:59voilà.
33:00Il n'a pas été
33:01mis au mitard.
33:02Alors,
33:02je peux l'entendre
33:03parce que
33:04il y a
33:05le mitard,
33:06le mitard en prison,
33:07c'est un lieu
33:07où il y a beaucoup
33:08de suicides.
33:09Alors bon,
33:09le type vient d'essayer
33:10de se suicider,
33:10on ne va pas en plus
33:11l'inciter à aller dans le truc.
33:12Ça,
33:13à la rigueur,
33:13je peux le comprendre quoi.
33:15Mais par contre,
33:16derrière,
33:16moi je suis appelé,
33:16alors j'ai des traces
33:17de griffures partout
33:18dans le cou et tout.
33:19Et je suis appelé,
33:21effectivement,
33:22peut-être une heure après.
33:23Je suis relevé de mon poste
33:25et je me dis,
33:27bon,
33:27vous êtes convoqué
33:28chez le directeur,
33:29ouais,
33:29ok,
33:29je vais et je me dis,
33:31le directeur m'appelle
33:32pour voir comment ça va,
33:33machin,
33:35non,
33:36non,
33:37vous pouvez m'expliquer
33:38pourquoi les lunettes
33:39du détenu sont cassées ?
33:41Mais vous foutez de ma gueule
33:43ou quoi ?
33:44Et je dis,
33:45regardez mon coup là,
33:46c'est moi qui ai...
33:48Ouais,
33:48mais quand même,
33:50il n'y avait pas besoin.
33:51Il n'y avait pas besoin,
33:51vous étiez dans votre bureau,
33:52qu'est-ce que vous me dites
33:53qu'il n'y avait pas besoin ?
33:54C'est vous qui vous êtes
33:54fait sauter dessus ?
33:55Enfin,
33:56je n'en faisais pas une sinecure,
33:57ce n'était pas l'affaire du siècle.
33:59Mais par contre,
34:00ça commence pour moi
34:01à devenir l'affaire du siècle
34:02à partir du moment
34:03où on vient me demander des comptes,
34:04ouais,
34:04les lunettes du détenu sont cassées.
34:06Alors que tu l'as empêché
34:07de se suicider
34:08et qu'il t'a agressé.
34:09Le détenu ne m'avait pas sauté dessus
34:11et en fait,
34:13en fait,
34:13tu vois,
34:13moi,
34:14à la fin,
34:15je m'en vais,
34:16je m'en vais parce que
34:17j'en ai marre de l'administration.
34:19Je ne m'en vais pas
34:19parce que j'en ai marre des voyous,
34:20je m'en vais parce que
34:21j'en ai marre de l'administration.
34:22Mais il y a eu plein
34:23de petits trucs comme ça
34:24dans ma carrière.
34:24En fait,
34:25tu as écrit dans ce livre,
34:27attends,
34:27une phrase que je cherche
34:28sur mes fiches,
34:30je crois que c'est
34:30« La prison est au bord
34:32de la crise de nerfs ».
34:33C'est ça que tu as écrit.
34:35Oui.
34:36Mais des fois,
34:37on en est là,
34:39mais la crise de nerfs,
34:41on sait que
34:43les gens qu'on garde,
34:45alors oui,
34:46des fois,
34:46on entend
34:47« Les prisons,
34:49c'est devenu des camps de vacances ».
34:52Alors,
34:53quand je vois,
34:54par exemple,
34:55comme j'avais vu à la télé,
34:56je n'y étais pas,
34:57mais les kartings
34:58qui viennent à Frennes,
34:59machin,
34:59ça,
35:00je ne trouve pas ça bien.
35:03Mais après,
35:04il faut aussi
35:05qu'il y ait quand même
35:05des choses,
35:06quand un type,
35:07il est là pendant 30 ans,
35:08si pendant 30 ans,
35:09on le renferme,
35:09on jette la clé,
35:11s'il ressort,
35:11c'est un animal.
35:13À un moment,
35:13il faut quand même
35:13qu'il y ait des choses
35:14de mise en place,
35:15etc.
35:17Mais ce n'est pas non plus
35:17des camps de vacances.
35:19Un type,
35:19il peut péter les plombs
35:20en prison.
35:20C'est quoi les pires violences
35:21en prison ?
35:22C'est les suicides de détenus ?
35:26C'est les pointeurs ?
35:27C'est les violences sexuelles ?
35:28C'est quoi ?
35:29Des gens qui sont incarcérés ?
35:31Oui.
35:33Je pense que
35:33les affaires de mœurs,
35:35c'est dégueulasse.
35:37C'est dégueulasse.
35:38Et puis,
35:39en plus,
35:41il y en a,
35:42on le voit bien
35:42dans leur comportement
35:44du quotidien.
35:44Et là,
35:44je ne veux pas parler
35:45d'un aspect
35:46de violence sexuelle.
35:48On voit le type
35:49dans sa manière d'être
35:51que c'est un pervers.
35:53C'est un pervers.
35:53Il voit ça à quoi ?
35:55Parce qu'il va toujours être
35:58mielleux,
35:59il va toujours être gentil,
36:01il va toujours chercher
36:02à être lisse.
36:03toujours chercher.
36:04On s'approche
36:05pour voir les petits-enfants.
36:06Pareil.
36:07Ils font pareil en prison,
36:08en fait.
36:09Ils font pareil en prison.
36:11Moi,
36:11je préfère,
36:13je vais voir un type
36:14et puis,
36:15il y avait un problème
36:16et puis,
36:16oh, pardon,
36:17surveillant,
36:18ça ne se reproduira pas.
36:20et je préfère
36:22aller voir un braqueur.
36:24Je vais lui dire
36:25la même remarque.
36:26Il va dire,
36:26c'est bon,
36:26tu ne vas pas faire chier
36:27avec tes conneries,
36:28tu nous emmerdes,
36:29machin.
36:30Mais je préfère ça,
36:32quoi.
36:32D'abord,
36:33j'ai l'impression
36:33d'avoir un humain
36:34en face de moi
36:34parce que je vais
36:35à l'encontre
36:36de ce qu'il souhaite.
36:38Donc,
36:39voilà,
36:39ça l'agace.
36:40Mais l'autre,
36:40non,
36:40je vais à l'encontre
36:41de ce qu'il souhaite.
36:42Mais non,
36:42vous avez raison,
36:43je n'aurais pas dû.
36:44Et c'est que ça,
36:45ces gens-là,
36:45ils sont détestables.
36:47C'est quoi le plus dur
36:48à vivre pour un maton,
36:50pour un surveillant
36:50en prison ?
36:53Le plus dur,
36:54c'est des fois,
36:55on a l'impression
36:55en fait d'être en prison.
36:57Et là,
36:58je ne parle même pas
36:58de ce qui se passe autour,
37:01ni de la hiérarchie,
37:03ni des détenus,
37:04etc.
37:04Mais on passe quand même
37:06énormément de temps
37:08à l'intérieur.
37:09On passe énormément
37:10de temps à l'intérieur.
37:11Moi,
37:11j'ai connu des périodes
37:12où on travaillait,
37:13en 13h.
37:15Des fois,
37:15on faisait 3 journées
37:16de 13h d'affilée.
37:187h, 20h,
37:19quand on fait 7h, 20h,
37:203 jours de suite,
37:21quand on sort du boulot,
37:23on rentre à la maison,
37:24on prend la douche,
37:24on dîne et on dort.
37:26Et en fait,
37:27on est presque tout le temps
37:28à l'intérieur.
37:29Et des fois,
37:30c'est fatiguant.
37:33Il y a aussi,
37:35dans ton livre,
37:36j'y fais beaucoup référence
37:36parce que franchement,
37:37je le recommande,
37:37il est fabuleux,
37:38mais c'est un petit pas de côté.
37:41Mais tu expliques
37:42que les surveillants,
37:42ils ont toujours un peu de tabac
37:44parce qu'en fin de mois,
37:46il y a des mecs
37:46qui n'en ont plus
37:48et tu leur files
37:49un peu de tabac
37:49et peut-être que ça évite
37:51aussi une émeute,
37:52un débordement,
37:52un truc.
37:53C'est un petit pas de côté,
37:54tu vois,
37:54mais ça m'inspire ça.
37:55C'est devenu plus compliqué
37:57parce qu'en fait,
37:59je t'explique,
38:00le tabac d'où ils venaient,
38:01les surveillants,
38:01ils n'achètent pas du tabac
38:02pour le distribuer aux détenus.
38:05Il y a ce qu'on appelle
38:06l'indigence en prison,
38:07c'est-à-dire ceux
38:08qui n'ont pas de travail,
38:09qui ne reçoivent pas
38:11de mandat de leur famille,
38:12qui n'ont pas un centime.
38:14Et pendant longtemps,
38:16l'indigence,
38:16presque tous les détenus
38:18fument en prison.
38:19Presque tout le monde fume.
38:21Donc,
38:22il y avait un petit colis
38:23d'indigence
38:23et dans l'indigence,
38:25il y avait un paquet de tabac.
38:27Donc,
38:28des fois,
38:28nous,
38:28on en gardait un ou deux
38:30de côté
38:31et puis,
38:32on dépannait.
38:33Ça permettait de dépanner
38:34un peu en fin de mois.
38:35Même un type qui travaillait,
38:37bon,
38:37il avait été malade,
38:39alors ils n'ont pas de,
38:41comment dire,
38:42ils n'ont pas d'indemnité
38:43de la sécu.
38:43S'ils ne vont pas travailler,
38:44il n'y a pas d'argent.
38:45Donc,
38:46le type a été malade,
38:47ça peut arriver.
38:48Et puis,
38:48parce qu'il y en a
38:49qui géraient
38:50leur petit budget,
38:51quoi.
38:52Et puis,
38:53le type,
38:53il n'a plus de tabac
38:54à la fin du mois.
38:54Mais par contre,
38:56ils rendent.
38:57Moi,
38:58quand je faisais ça,
39:01j'avais un cahier
39:03en tant que responsable
39:04de bâtiment
39:05ou adjoint de bâtiment.
39:07J'avais un cahier,
39:08je mettais,
39:09tel jour,
39:10j'ai donné un paquet
39:12de tabac à un tel.
39:13Et puis,
39:14le mec,
39:14quand il avait la paie,
39:159 fois sur 10,
39:16les types étaient réglo.
39:17Ah oui,
39:17c'est vrai.
39:18Quand il touchait la paie,
39:19il commandait
39:20trois paquets de tabac,
39:22il venait me voir.
39:23Et je préférais faire ça.
39:23Je pouvais aussi dire,
39:24moi,
39:25je le récupère directement.
39:26Non,
39:26je préférais qu'il y ait
39:27cette démarche,
39:28justement.
39:28Je t'ai dépanné,
39:29tu viens,
39:30chef,
39:31c'est le paquet de tabac,
39:32on m'a dépanné
39:32il y a 10 jours.
39:33ok,
39:34donc je rayais sur le cahier
39:35où je m'étais rendu
39:36telle date,
39:37machin,
39:37etc.
39:37C'était pas...
39:38Est-ce qu'il faut être
39:39un peu filou aussi
39:41pour réussir à gérer
39:42les détenus ?
39:43Bien sûr.
39:46Mais c'est ça,
39:47c'est ce que j'ai aimé
39:49dans mon travail.
39:49Alors après,
39:50c'est pareil,
39:51en face,
39:51les gens qui sont incarcérés,
39:52ils ont des années
39:53d'expérience,
39:54c'est des malins aussi.
39:55Mais après,
39:56c'était,
39:56voilà,
39:57quand je dis,
39:57ouais,
39:57t'es un peu filou,
39:58bon,
39:58il y a des choses
39:59qui sont interdites,
40:00on essaye de...
40:02T'as pas un exemple
40:02de filouterie
40:04pour obtenir un truc ?
40:06Non,
40:07après,
40:08tu vois,
40:08c'est...
40:08Genre,
40:09je sais rien,
40:10tu sais,
40:10moi,
40:11j'ai eu une info,
40:11machin,
40:12par un autre voyou,
40:14souvent.
40:15Une fois,
40:15j'ai dit à un détenu,
40:17il me dit,
40:17mais comment t'as fait encore
40:18pour trouver ce truc-là
40:19et tout ?
40:20Et je lui dis,
40:21tant que chez vous,
40:22il y aura encore des balances,
40:23on aura toujours
40:24un coup d'avance.
40:27C'est la réalité.
40:28Le slogan de la prison.
40:29Ouais,
40:29non,
40:29mais voilà,
40:30mais c'était...
40:31Et en fait,
40:32bon,
40:32j'en sais rien,
40:34le type,
40:35le type,
40:36je sais que,
40:36voilà,
40:37on m'a donné l'info,
40:37il a un téléphone portable,
40:39il a une petite cache
40:39avec du fit,
40:40machin et tout,
40:43et on y va
40:43et on le tape.
40:44Mais moi,
40:45ce que j'aimais,
40:45c'est pas...
40:46Tu vois,
40:47le truc,
40:48il y a des fouilles de cellules,
40:49des fois,
40:49le type,
40:50il est sorti de sa cellule,
40:52on retourne sa cellule,
40:53elle est un peu retournée,
40:54du sol au plafond,
40:55tout est contrôlé,
40:56machin et tout,
40:57tu vois,
40:57c'est...
40:58Et des fois,
40:59tu trouves quelque chose
40:59et des fois,
41:00tu trouves rien
41:00parce que c'est ce qu'on appelle
41:02des fouilles de sécurité
41:03qui arrivent régulièrement,
41:04etc.
41:06Mais moi,
41:06ce que je trouvais
41:09dans la filoterie,
41:10c'est quoi ?
41:10C'est dire,
41:11voilà,
41:11tu vois,
41:12mec,
41:12je suis pas venu par hasard,
41:13c'est-à-dire que je rentre
41:14dans ta cellule,
41:15je fous pas ta cellule.
41:17Je vais à un endroit bien précis
41:18et je trouve ce que je suis venu chercher.
41:20Je trouve du shit,
41:21je trouve une arme.
41:22Et là,
41:24tu fouilles,
41:25bon voilà,
41:25tu fouilles un peu des fois au hasard.
41:27Des fois,
41:27c'est pas au hasard,
41:27mais des fois,
41:28c'est au hasard.
41:28Mais je trouvais,
41:31je trouvais...
41:32Et quand t'avais des types en face,
41:34parce qu'il y en a beaucoup
41:34qui sont aussi bons princes,
41:37je rentrais dans un endroit,
41:38ça m'est arrivé,
41:39et hop,
41:39je trouve un peu de shit,
41:41machin,
41:41mais je vais à un endroit très précis
41:43dans une cellule
41:44qui est super encombrée.
41:45Pourquoi je vais à cet endroit-là ?
41:47Et là,
41:47le mec me regarde en rigolant
41:49et il me dit,
41:50tu vas bien baiser,
41:51quoi.
41:52Tu vas bien baiser.
41:54Et après,
41:55ça arrivait aussi dans l'autre sens,
41:57où des fois,
41:58j'étais un peu sur les côtes
41:59d'un mec et tout ça.
42:01Et puis,
42:02et puis bon,
42:03je ratais mon coup,
42:04quoi.
42:05Je ratais mon coup,
42:06alors le mec passait en souriant,
42:07je dis,
42:09c'est toi qu'à marquer aujourd'hui.
42:12Mais voilà,
42:12et puis je rigolais,
42:13parce que bon,
42:14s'il prend comme ça,
42:15je vais te raconter une anecdote,
42:17je ne sais même pas
42:18si elle est dans le livre.
42:19Je ne sais même pas
42:19si elle est dans le livre,
42:20mais elle me vient à l'esprit,
42:21tu vois.
42:21Il y avait un détenu
42:24qui était condamné
42:25à perpétuité,
42:25on l'appelait,
42:27il était surnommé Jésus.
42:29Il était surnommé Jésus
42:30parce qu'il était toujours habillé,
42:32tu vois,
42:32tenu un peu en lin blanc,
42:34la grande barbe,
42:35à un certain âge,
42:38un type un peu perché,
42:40mais pas chiant au demeurant.
42:43Je ne sais même pas
42:43ce qu'il avait fait,
42:44mais il me semble
42:45qu'il était condamné
42:45à perpétuité,
42:46mais je ne sais même pas
42:48si je suis ce qu'il avait fait,
42:49ce mec-là.
42:50Et un jour,
42:50alors qu'il n'était pas habitué
42:52de problèmes disciplinaires,
42:55il se retrouve
42:56en commission de discipline.
42:58Le motif, pareil,
43:00je ne me rappelle pas
43:00parce que ce n'est pas
43:01l'intérêt de la chose.
43:03Et là, il fait quelque chose
43:04qui peut paraître
43:07surprenant, pareil.
43:08Il avait décidé
43:09qu'il ne parlerait pas
43:11en commission de discipline,
43:12donc pour être sûr
43:12de ne pas parler
43:13en commission de discipline,
43:15avec du fil et une aiguille,
43:16il s'était cousu la bouche.
43:19Donc il est arrivé,
43:20il avait été cousu
43:21l'intérieur de la bouche,
43:22il a laissé les coins.
43:22Mais quelle horreur !
43:23Mais t'imagines le truc, quoi.
43:26Et donc là,
43:27il est arrivé en commission de discipline,
43:28et puis quand il est venu
43:29pour aller sur
43:30la commission de discipline,
43:31il s'est cousu la bouche,
43:32machin et tout.
43:33Et puis là,
43:34il s'engage
43:35une discussion,
43:37et puis
43:39il y avait un chef,
43:41il y avait un personnel
43:41de direction.
43:42Une discussion sans lui,
43:43je suis en train de dire.
43:43Je suis en train
43:44de visualiser le truc.
43:45Quand je t'ai dit
43:46une discussion,
43:46c'est que si tu veux,
43:48il y avait un chef,
43:49il y avait une directrice
43:50ou une directrice adjointe,
43:51je ne sais plus,
43:52qui essaye de le raisonner,
43:54en lui disant
43:54écoutez monsieur,
43:55il faut aller à l'infirmerie,
43:57bon voilà,
43:58il faut enlever ça,
44:00ils vont vous faire ça
44:01proprement,
44:02machin, etc.,
44:03les infirmières,
44:04et le mec,
44:05il ne veut rien se voir.
44:08Donc là,
44:09on fait comment ?
44:10Et puis je te parle de ça,
44:12la version courte,
44:13ça a duré trois quarts d'heure,
44:14une heure,
44:14le truc.
44:15C'est dingue.
44:15Puis à un moment,
44:18je dis à mon chef,
44:20je dis,
44:20vous voulez que j'essaie
44:21de lui parler et tout,
44:21parce que j'essaie bien le mec.
44:23Je voulais que j'essaie
44:24de lui parler,
44:24il me dit,
44:26tu vas faire quoi de plus ?
44:28Je dis,
44:29est-ce que vous m'autorisez ?
44:30Il me dit,
44:31ouais,
44:31pas de problème.
44:33Et là,
44:34j'ai simplement été
44:35lui parler à l'oreille.
44:36Tu lui dis quoi ?
44:37Trois secondes.
44:39Il a regardé,
44:39il a fait,
44:41je dis,
44:41c'est bon,
44:41il va à l'infirmerie,
44:42il va les enlever.
44:43Et là,
44:43putain,
44:43ils m'ont regardé.
44:45Et ils m'ont toujours dit,
44:46mais qu'est-ce que tu lui as dit ?
44:47Je dis,
44:47un secret professionnel.
44:49tu vois,
44:49moi je vais te dire
44:50ce que je lui ai dit.
44:50Tu lui as dit quoi ?
44:51Je dis,
44:51écoute,
44:52c'est une plombe qu'on est là,
44:53tu fais chier tout le monde
44:54avec ton truc.
44:55Alors,
44:56tu as deux options,
44:56tu vois.
44:57Soit,
44:58tu descends avec moi à l'infirmerie
44:59et l'infirmière,
45:00elle va t'enlever le truc bien.
45:01Soit que je te promets
45:02qu'avec ma main droite,
45:03je vais tellement t'écraser
45:04les couilles que les fonds,
45:05je vais tellement hurler
45:06que les poings,
45:06ils vont tous sauter.
45:08Et voilà,
45:10bluff !
45:10Je lui ai dit,
45:11je n'aurais pas touché.
45:13Mais tu vois,
45:13il s'est dit,
45:14putain,
45:14ce con,
45:14il va le faire.
45:16Donc,
45:16il m'a dit,
45:18tu vois,
45:19c'est des histoires,
45:21tu vois,
45:22déjà le début du truc,
45:23des histoires qui n'existent pas.
45:24Le mec s'est cousu la bouche.
45:26Mais tu n'as vécu
45:27que des histoires
45:28qui n'existent pas,
45:28comme tu dis,
45:29c'est fou.
45:29Mais le truc,
45:31c'est que si tu veux,
45:31aujourd'hui,
45:32je sais,
45:33ce livre,
45:34il ne va pas plaire à tout le monde,
45:35je vais peut-être prendre des coups,
45:37je vais peut-être...
45:38Mais je suis content
45:39de l'avoir fait
45:40parce que
45:42c'est presque tous les surveillants
45:43qui vivent ça.
45:44Bien sûr, bien sûr.
45:45Sauf que les surveillants,
45:46on ne les entend jamais
45:47parce qu'il y a le droit de réserve,
45:48on n'a pas le droit
45:49à la parole publique.
45:51C'est très, très rare
45:51d'entendre un...
45:52Parce que moi,
45:53j'ai démissionné
45:53et aujourd'hui,
45:54je ne suis plus soumis à ça,
45:56j'ai le droit de m'exprimer.
45:58Il y a aussi quelque chose
45:59de fondamental
46:00dont tu parles,
46:01c'est la corruption.
46:02Tu racontes qu'une fois,
46:03tu as été approchée
46:05par une proche d'un détenu.
46:07Tu es au supermarché.
46:08Oui.
46:09Et qu'est-ce qu'elle va te dire,
46:10cette femme ?
46:11Elle me dit
46:11bonjour,
46:12très gentiment.
46:13Moi aussi, d'ailleurs,
46:14je lui réponds,
46:14on a des gens courtois.
46:16J'étais avec mes enfants
46:17qui étaient petits à l'époque
46:19et puis elle me dit
46:20c'est vos enfants et tout ça.
46:21Je dis ouais.
46:22Qu'est-ce qu'ils ont l'air gentils ?
46:24Et là, tu sais
46:24que c'est une proche de détenu ?
46:26Je le sais
46:27parce que c'est quelqu'un
46:27que je croise au parloir.
46:29C'est pour ça
46:29qu'on se dit bonjour d'ailleurs
46:30parce que sinon,
46:31je ne l'aurais pas connu.
46:32Et elle me dit
46:34ils sont adorables.
46:35Elle dit on va rentrer,
46:36c'était dans le hall du magasin.
46:37Elle me dit on va rentrer,
46:38je vais leur faire un petit cadeau.
46:39Elle dit je vais leur acheter
46:40chacun un iPad.
46:41Tu vois ?
46:42Je dis non, non,
46:43ça va aller.
46:44Mais tu vois,
46:47on peut tenter
46:48de toutes les manières.
46:49De toutes les manières.
46:50la corruption en prison ?
46:53C'est quotidien ?
46:56Quotidien, non.
46:57Non, je n'irai pas jusque-là.
46:59Mais ça existe.
47:01On ne peut pas l'éradiquer
47:02mais on peut la limiter.
47:03On peut la limiter.
47:05Il y a un truc,
47:05moi j'ai décidé
47:07d'être sans filtre
47:07et il y a un truc aussi,
47:10il y a des avocats
47:10qui rentrent des choses
47:11en prison aussi.
47:12Ils n'ont pas le droit non plus.
47:13Ils n'ont pas le droit non plus.
47:15Et ça existe.
47:16Je veux dire après,
47:17l'alcool et le téléphone,
47:19c'est interdit en prison,
47:20ce n'est pas illégal dans le pays.
47:22Le seul truc qui est illégal,
47:24c'est le shit.
47:25Le téléphone.
47:26En fait,
47:27le téléphone,
47:31c'est un problème.
47:32Évidemment.
47:33On a eu malheureusement
47:35l'exemple.
47:36Alors,
47:37il y a 9 téléphones sur 10,
47:39le mec la nuit,
47:40il prend le téléphone
47:41pour appeler sa chérie,
47:42pour appeler maman,
47:43pour appeler sa rien,
47:45son frère.
47:46Il y en a sûrement 8 ou 9 sur 10
47:47qui servent à ça.
47:48Et j'ai envie de dire,
47:50ce n'est pas grave.
47:52Mais il y en a quelques-uns,
47:53ils servent à autre chose.
47:54À quoi ?
47:54Ils servent,
47:55par exemple,
47:56est-ce que tu crois que
47:57l'affaire qui a défrayé la chronique
47:59où deux de mes anciens collègues
48:00ont été abattus,
48:02l'évasion de Hamra,
48:03est-ce que tu crois
48:04qu'elle est aussi bien huilée,
48:06aussi bien organisée
48:07si Hamra,
48:07il n'a pas de téléphone ?
48:09Moi,
48:09j'en doute fortement.
48:10J'en doute fortement.
48:12Comment tu t'es sentie
48:13la première fois
48:14que tu es entrée dans une prison ?
48:15Les odeurs,
48:16le bruit,
48:17etc.
48:17Qu'est-ce que tu as senti
48:19la dernière fois
48:21que tu as mis les pieds
48:22dans une prison ?
48:23Alors,
48:23je te dirais,
48:24ce n'est pas la dernière fois
48:26où j'ai mis les pieds
48:26dans une prison.
48:28C'est quelques mois plus tard
48:29parce que le 14 mars 2019,
48:32j'ai claqué la porte.
48:34Je n'avais pas prémédité.
48:36Donc,
48:36en fait,
48:36le 14 mars,
48:37quand je passe la porte,
48:38je ne reviens pas
48:39mais je ne sais pas encore
48:40ce que je vais faire.
48:41Donc,
48:42je me suis mis
48:42en arrêt de travail.
48:43Je me suis mis
48:44en arrêt de travail.
48:45J'ai été en arrêt de travail
48:45pendant six mois.
48:47Le temps de...
48:48D'une part,
48:49de récupérer
48:50parce que,
48:50tu vois,
48:50pour te dire...
48:52Bon,
48:52ça va,
48:52j'étais encore...
48:54Je me suis refait un peu là,
48:56tu vois.
48:57Mais dans les deux mois et demi
48:59qu'on suivit le 14 mars,
49:01j'ai perdu 20 kilos.
49:02Waouh.
49:02Waouh.
49:02Ah ouais.
49:04Ça m'a un peu abîmé la gueule
49:05quand même,
49:06tu vois.
49:07Mais,
49:09après,
49:09il a fallu que je travaille
49:10mon projet,
49:11etc.
49:12Et j'ai démissionné.
49:14Ça te manque pas,
49:15la prison ?
49:16Non.
49:17Non,
49:18franchement,
49:18ça ne me manque pas,
49:19quoi.
49:19J'ai vu des voyous
49:20être libérés
49:21après 20,
49:2130 ans de placard.
49:23J'avais l'impression
49:24qu'on venait
49:24de m'ouvrir la porte
49:25et que je venais
49:25d'être libéré,
49:26quoi.
49:27Tu vois,
49:27c'est comme ça
49:28que je l'ai ressenti,
49:29quoi.
49:29On arrive à la fin
49:30de cet entretien.
49:31J'aime bien demander
49:31aux gens qui sont
49:32à ta place
49:33un petit mot de la fin.
49:34Au vu de tout
49:35ce qu'on s'est dit,
49:36de ce métier
49:37hors du commun
49:38que tu as exercé
49:38pendant plus de 20 ans,
49:40de ces terroristes,
49:42ces voyous,
49:42ces tueurs en série
49:43que tu as côtoyés.
49:45Toi,
49:45tu as le sentiment
49:46de t'abîmer
49:46et en même temps,
49:47tu as rencontré
49:48des gens extraordinaires,
49:49on l'a compris,
49:49et c'est toute l'ambivalence
49:51de ce que tu as vécu.
49:52Qu'est-ce que tu as envie
49:53de dire pour conclure
49:54aux gens qui nous regardent,
49:55qui nous écoutent ?
49:56Ce que j'aimerais,
49:57c'est que ce livre,
49:59après,
50:00il a une teneur personnelle
50:01pour moi,
50:03mais j'aimerais
50:04qu'il fasse
50:06un peu bouger les lignes
50:07et peut-être
50:09améliorer le système.
50:11Et quand je dis
50:12améliorer le système,
50:13c'est améliorer
50:16la qualité de vie
50:18des surveillants
50:19et améliorer aussi
50:21la qualité de vie
50:21des détenus.
50:22Je pense que pour améliorer
50:23la qualité de vie,
50:24la première des choses,
50:26c'est de garder à l'esprit
50:27qu'en prison,
50:29c'est des hommes
50:29qui gardent des hommes.
50:31Que le centre d'intérêt
50:33de tout ça,
50:34ça reste de l'humanité.
50:35Quand bien même
50:36les types,
50:36ils ont commis
50:37des trucs ignobles.
50:38Il faut garder
50:39une part d'humanité
50:40et aujourd'hui,
50:42on vit dans un monde
50:43où l'humanité a disparu.
50:45On passe notre temps
50:46à faire des statistiques,
50:47machin, etc.
50:48Et finalement,
50:49aujourd'hui,
50:51les matons sur le terrain,
50:53je caricature un petit peu,
50:54met les matons sur le terrain
50:55et les voyous dans les cellules,
50:56c'est devenu des chiffres
50:57et des numéros.
50:59On a oublié
51:00que c'était simplement
51:01des êtres humains.
51:02Et ça,
51:03je trouve que c'est important.
51:04Et je dirais,
51:05voilà,
51:05moi,
51:06la sortie du livre,
51:09j'avais besoin de le faire,
51:10c'était important pour moi.
51:13et si en plus,
51:15il peut servir
51:16à améliorer
51:17la situation
51:18des gens
51:19qui vivent
51:19dans le monde carcéral,
51:21des directeurs
51:22jusqu'aux détenus
51:24en passant
51:24par les surveillants,
51:26alors là,
51:26je lui dirais,
51:27ouais,
51:27c'est une réussite.
51:29Merci Sébastien Pitot,
51:30il faut replacer l'humain,
51:31tu l'as dit,
51:31au cœur des prisons.
51:32Je remonte ton livre,
51:34attends,
51:34je me penche,
51:36journal d'un maton,
51:37la vérité sur la corruption
51:38au cœur des prisons,
51:39c'est chez Fayard.
51:41Vraiment,
51:41c'est un livre
51:41que je recommande
51:42parce qu'il y a
51:43plein d'anecdotes,
51:44tu en as évoqué
51:45un peu ici,
51:46pas toutes,
51:46tu nous as même raconté
51:47les anecdotes
51:47que tu n'as pas mises
51:48dans le bouquin,
51:48donc c'est pour ça
51:49qu'il faut nous écouter
51:50chez Tous Wander.
51:51En tout cas,
51:52merci à toi,
51:54aujourd'hui,
51:54tu as une nouvelle vie,
51:56loin des prisons,
51:57et tu reviens quand tu veux
51:58pour nous parler
51:58de la suite en tout cas.
51:59On écoute,
52:00avec plaisir,
52:00merci à toi.
52:01Merci à vous
52:02pour votre fidélité
52:02et Tous Wander,
52:03c'est tous les mardis,
52:04je vous dis
52:05à la semaine prochaine.
52:06Salut.
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