- il y a 2 heures
Elle va là où vous ne pouvez pas aller. Véronique de Viguerie, journaliste, photographe de guerre, regarde le monde droit dans les yeux.
Depuis plus de 20 ans, elle couvre les guerres et les crises humanitaires aux quatre coins du monde. Son travail, profondément humain, raconte la guerre et ceux qui la vivent.
Lauréate de nombreux prix internationaux (Visa d'or, World Press Photo, Prix Bayeux des correspondants de guerre) elle est connue et reconnue, pour ses reportages puissants et sensibles.
📣 Merci à Sumeria pour la collaboration. Sumeria c'est le compte bancaire, par Lydia. Découvrez le premier compte bancaire gratuit et rémunéré ➡️ http://bit.ly/touswonder01sumeria
📖 À lire aussi "Les Conquérantes" d’Alexia Mayer et Julia Van Aelst, aux éditions Plon, parution le 5 mars 2026, par ici https://bit.ly/les-conquerantes
Tous WONDER, l'émission qui raconte votre point de bascule. Des discussions vraies, avec des personnalités qui font l'époque. Retrouvez tous les mardis les grands entretiens d'Alexia Mayer.
Tous WONDER met en lumière ces héros du quotidien, ces personnalités inspirantes qui ont connu un tournant majeur. L’objectif est d’aller chercher l’instant charnière dans la trajectoire de personnalités issues de la société civile, du monde politique, du CAC 40, de l'entreprenariat, du sport, de la culture, du monde scientifique...
Tous WONDER fait un pas de côté, un format d’interview intelligent qui révèle l’inattendu chez ses invités.
Production /influxProd
© 2025 Tous WONDER | Tous droits réservés.
Depuis plus de 20 ans, elle couvre les guerres et les crises humanitaires aux quatre coins du monde. Son travail, profondément humain, raconte la guerre et ceux qui la vivent.
Lauréate de nombreux prix internationaux (Visa d'or, World Press Photo, Prix Bayeux des correspondants de guerre) elle est connue et reconnue, pour ses reportages puissants et sensibles.
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AmusantTranscription
00:00Tu vas dans des zones où on ne peut pas aller.
00:01Je vais là où vous ne pouvez pas aller et je vais vous montrer des choses que peut-être vous
00:05ne pouvez pas ou que vous n'avez pas envie de voir.
00:07Moi je vous les montre pour qu'au moins on ne puisse pas dire « ah ben on ne savait
00:10pas ».
00:10Mon appareil photo, il pesait tout d'un coup deux tonnes.
00:13Je n'ai pas pu prendre la photo.
00:15La vie n'est pas en noir et blanc, il y a plein de gris, il y a plein de
00:17nuances.
00:18C'est pour ça moi d'ailleurs que je ne prends jamais de photos en noir et blanc.
00:21Qu'est-ce que tu as ramené dans tes valises ?
00:23En fantôme ou en pépite ?
00:24Les deux, pourquoi pas ?
00:26Bonjour à tous et bienvenue dans Tous Wander, le média qui parle de votre point de bascule.
00:31Aujourd'hui, on reçoit Véronique de Vigry.
00:34Elle est photographe, journaliste de guerre, baroudeuse.
00:37Elle a vécu en Afghanistan, elle a survécu à des situations extrêmement dangereuses comme une attaque dans un cybercafé.
00:45Elle a parcouru le monde, l'Iran, l'Irak, le Yémen, la Somalie pour raconter, pour témoigner.
00:51Tous Wander, vous retrouvez nos épisodes tous les mardis sur YouTube.
00:57Abonnez-vous, cliquez sur la petite cloche pour être informé dès qu'un épisode sort.
01:01Commentez les vidéos et puis vous pouvez aussi nous écouter en podcast sur Spotify, Deezer, Amazon et Apple.
01:09Merci à vous et merci aussi à Sumeria, notre sponsor.
01:14Sumeria, c'est qui ?
01:15Eh bien, c'est la même équipe que Lydia.
01:17Vous savez, cette application qui vous permet d'envoyer de l'argent, de partager notes au restaurant ou de participer
01:23à un cadeau commun, par exemple.
01:24Eh bien, Sumeria, c'est un compte courant classique avec une carte bancaire classique.
01:29C'est un compte courant rémunéré et ça, ça n'existait pas en France.
01:32Merci en tout cas à Sumeria.
01:35Tous Wander, ça commence maintenant avec Véronique Devigri, reporter de guerre.
01:50Véronique, t'es photographe de guerre, journaliste baroudeuse, je l'ai dit.
01:55Ton point de bascule, il est au printemps, vers avril 2006.
01:58Tu vis déjà en Afghanistan et il y a un soir, t'es avec des soldats américains.
02:02Il va se passer un truc qui, pour toi, n'a pas été anodin.
02:07Non, en fait, oui, ça fait déjà deux ans que je vis à Kaboul.
02:11Déjà, dans une des questions qu'on se pose dès le début, ils me demandent d'où je viens.
02:15Je dis que j'arrive de Kaboul et il y en a plusieurs qui me demandent où est Kaboul.
02:20Donc, c'est quand même la capitale du pays dans lequel ils sont déployés depuis quelques mois déjà.
02:26Donc, ils ne savent même pas où ils sont.
02:27En fait, ils ne savent même pas où ils sont.
02:29En fait, il y a beaucoup d'attentes quand on est avec l'armée.
02:32Et donc, on passe beaucoup de temps à discuter.
02:35Ils me racontent un peu d'où ils viennent.
02:37Je me rends compte que la plupart, déjà, sont très jeunes.
02:40Enfin, à l'époque, aussi jeunes que moi, une vingtaine d'années,
02:44qui ne sont pas là par désir, ni par idéologie, ni rien.
02:48La plupart, c'est pour payer leurs études.
02:53Et qui sont là vraiment à contre-coeur.
02:56Et donc, aucune envie de connaître cette autre civilisation, cet autre pays.
03:02Et à un moment, après, un peu plus tard dans la soirée,
03:07il y en a un qui me raconte qu'avec une arme lourde,
03:11il a réussi à couper son corps en deux.
03:14Et qu'il a vu les jambes continuer de marcher,
03:18un peu comme un poulet à qui on coupe la tête.
03:21Et là, tout le monde rigole.
03:23Tout le monde rigole, mais moi, je suis sidérée, effrayée.
03:28Et je me dis, mais ce n'est pas possible.
03:30Enfin, on parle d'un père, d'un frère, d'un fils,
03:36enfin, d'un homme, d'un humain.
03:38Et apparemment, je suis presque la seule à penser ça.
03:42Et donc là, je me fais la conclusion un peu glaçante
03:47de me dire qu'en fait, on n'est plus dans la vie réelle.
03:50On est dans un...
03:51Enfin, eux, en tout cas, ils sont dans un jeu vidéo.
03:55Et j'avais rencontré des talibans, des combattants talibans,
03:59du même âge qu'eux.
04:01C'est-à-dire, je ne vous parle pas des grandes têtes talibans,
04:03des petits combattants talibans de 18, 20 ans, tout jeunes,
04:09qui n'ont pas vraiment choisi non plus d'épouser l'idéologie talibane.
04:14C'est qu'ils sont dans le village, le village est sous contrôle des talibans.
04:18Bon, on est recrutés, il n'y a pas son mot à dire.
04:21Et ils avaient aussi une vision complètement déshumanisée
04:26des soldats américains.
04:29Et en fait, j'ai eu ce moment dans ma tête où je me suis dit,
04:35c'est vraiment con, la guerre.
04:37Parce qu'en fait, dans un autre monde,
04:41ils auraient pu tous être potes et se retrouver à jouer,
04:44justement, aux mêmes jeux vidéo, se taper les mêmes délires.
04:48En fait, ils sont tous en train de jouer à la guerre.
04:51Sauf que c'est la vraie guerre.
04:53Tu dis, il n'y a pas de blanc ou noir, c'est souvent une zone grise.
04:57Oui, alors là, ça, je me suis rendue compte de plus en plus,
05:01d'ailleurs, dans ma carrière,
05:02qu'on est noyé, baigné de clichés de noir et blanc
05:09où on adore les héros d'un côté, les méchants de l'autre.
05:13Parce que c'est tellement plus facile pour nos cerveaux
05:16de continuer à avancer comme ça,
05:19en se disant, bon, mais ça, c'est bon, ça, c'est mauvais.
05:22Là, je vais dans le bon chemin.
05:24Et en fait, au fur et à mesure qu'on avance même dans la vie,
05:29quand même, on se rend compte que c'est quand même
05:31beaucoup plus complexe que ça
05:32et que la vie n'est pas en noir et blanc.
05:34Il y a plein de gris, il y a plein de nuances.
05:37C'est pour ça, moi, d'ailleurs,
05:38que je ne prends jamais de photos en noir et blanc.
05:42Ah, c'est pour ça.
05:42Je prends des photos en couleur
05:44parce que déjà, on voit la vie en couleur.
05:46La vie est complexe comme toute la palette des couleurs qui existe.
05:51Et c'est comme je fais du photojournalisme,
05:54je suis censée rendre des informations les plus crédibles,
05:58les plus réelles et donc en couleur.
06:02Quand tu dis, ce n'est pas noir ou blanc,
06:05tu as vécu en Afghanistan,
06:07tu as côtoyé les talibans que tu as rencontrés en 2006,
06:10est-ce que tu t'es sentie parfois, je ne sais pas,
06:14touchée par un taliban ?
06:15Ou est-ce que tu as pu en trouver un sympa ?
06:17Parce qu'on se dit, c'est des monstres, tu vois.
06:20Est-ce que toi, avec ton empathie,
06:22à un moment, tu t'es dit,
06:23c'est dingue, c'est les talibans,
06:24mais ils sont quand même sympas.
06:25En fait, c'est la première fois où je les ai rencontrés.
06:30J'étais avec un autre journaliste et une autre journaliste
06:33et on était les premiers à aller les rencontrer,
06:36les premiers occidentaux depuis très longtemps.
06:38Et franchement, on flippait.
06:40On était dans notre taxi.
06:44La journaliste Claire et moi, on avait la burqa,
06:47on se tenait la main.
06:50Il faisait une chaleur de bête,
06:53un silence de mort.
06:54Et quand on a vu
06:57les motos des talibans
06:58par les fenêtres de la voiture
07:00commencer à nous escorter,
07:01nous demander des téléphones portables,
07:03on s'est serré la main et on était là.
07:05Voilà.
07:06Est-ce qu'on est allé se foutre dans la gueule du loup ?
07:08Oui ou non ?
07:08Est-ce qu'on va sortir de cette
07:10de cette truc dans lequel on s'est mis volontairement ?
07:13Parce que vous auriez pu vous faire enlever.
07:15On savait pas trop.
07:18On était là.
07:19De toute façon, nous, on va rencontrer des gens,
07:21des monstres, quoi.
07:22On va rencontrer des monstres.
07:24Et en fait, ce qui est très bizarre et très choquant
07:28et qui ne devrait pas l'être,
07:29c'est qu'en fait, on se retrouve devant, quoi ?
07:31Des êtres humains, OK ?
07:33Et au début, on est choqué.
07:36Puis après, on se dit, mais en fait,
07:37je veux dire, je ne vous apprends rien
07:39que ce sont des êtres humains quand même, quoi.
07:41Et donc, comme tout être humain,
07:45ils peuvent avoir des côtés qui sont sympathiques.
07:49Ça ne veut pas dire qu'ils sont sympas.
07:51Ce qu'ils font est horrible.
07:53Mais ça ne les empêchent pas d'être, d'autre part, peut-être, peut-être même un bon père.
08:00Qui sait ?
08:01Peut-être un très bon mari, peut-être un mec super drôle qui fait marrer ses camarades.
08:07En fait, l'un n'empêche pas l'autre, finalement.
08:11D'ailleurs, c'est souvent ce qui choque les gens
08:13quand on apprend que, je ne sais pas, un meurtrier a vivé, était son voisin.
08:20Et souvent, les gens disent, c'est bizarre,
08:22parce que c'était vraiment quelqu'un de normal.
08:25Et je pense qu'en fait, avec cette espèce de vision
08:28dont on a parlé de tout en noir et blanc,
08:31on s'imagine que les monstres
08:33ou que les gens qui font les choses monstrueuses
08:36doivent naître de monstres, nés monstres.
08:40Mais en fait, non, on peut devenir monstres,
08:43mais ne pas être un monstre à la base.
08:49Il faut faire une différence entre les choses qu'on fait
08:53et qui on est, je crois.
08:56Il y a aussi des situations un peu cocasses.
08:59Il y a une sonnerie de téléphone, je crois, d'un des talibans.
09:02En fait, c'est Britney Spears.
09:03En fait, ils écoutent les mêmes musiques
09:05que les soldats américains qui sont en face.
09:06Oui, à un moment, je prends les ablutions
09:10avant la prière dans la rivière.
09:12Je suis un peu cachée.
09:14Il y a trois jeunes qui sont en train
09:16de se faire les ablutions,
09:18se laver les pieds et tout.
09:19Et à un moment, effectivement,
09:21sonnerie de portable.
09:22Et c'est,
09:23Oups, I did it again,
09:24de Britney Spears.
09:26C'est improbable.
09:27Complètement improbable.
09:28C'était l'époque,
09:29je ne sais pas si toi, tu l'as eu,
09:32tu es quand même plus jeune,
09:33mais où on achetait les sons de ces portables.
09:39Et donc, il avait acheté,
09:40il s'était offert cette...
09:43Oups, I did it again, de Britney.
09:45Cette sonnerie.
09:46Voilà, mais c'est trop marrant.
09:47Et c'est plein de petites choses comme ça
09:49qui font que vraiment,
09:50c'est les mêmes.
09:52Ils ont juste été déformés par la guerre,
09:57certains d'un côté,
09:58certains de l'autre.
09:59Tu as vécu en Afghanistan
10:01et ce qui est intéressant,
10:02tu as une vision extrêmement précise
10:05de la vie, du quotidien des femmes,
10:06des afghanes.
10:07C'est vrai que nous,
10:08on les imagine,
10:10et elles le sont évidemment,
10:12coupées du monde.
10:13Mais tu as pu les approcher,
10:14tu as pu leur parler.
10:15Il y a quand même des moments d'évasion,
10:17des petits moments.
10:19En fait,
10:21moi, quand je suis arrivée en Afghanistan,
10:23donc il y a très longtemps,
10:24en 2003,
10:25j'avais une vision d'elles
10:28comme des femmes très soumises,
10:32très silencieuses,
10:33drapées sous leur burqa,
10:35qui subissaient leur sort sans moufter.
10:38Et en 2007, je crois,
10:43oui, en 2007,
10:44je dois faire des photos
10:46dans un commissariat de police,
10:47une unité féminine à Kandahar.
10:49Donc, c'est vraiment
10:52là où sont nés les talibans,
10:55hyper conservateurs,
10:56hyper traditionnalistes.
10:57J'arrive dans le commissariat,
11:00dans l'unité de policières,
11:02et là,
11:03elles sont toutes en train de rire
11:05et en train de fumer
11:07des énormes cigarettes.
11:08Et là,
11:10tous mes clichés
11:11de la femme soumise
11:12qui tombent,
11:14et tant mieux.
11:15et depuis,
11:17en fait,
11:17je me dis,
11:19en fait,
11:19c'est complètement stupide
11:20de penser que
11:21parce qu'elles sont afghanes,
11:22elles vont toutes être pareilles.
11:24Bien sûr que non.
11:25Elles sont des femmes d'abord
11:28et comme toutes les femmes,
11:29il y en a qui sont drôles,
11:31il y en a qui sont chiantes,
11:32il y en a qui ont tendance
11:34à être déprimées.
11:36Alors,
11:37elles sont opprimées,
11:38clairement,
11:39mais elles ne sont pas
11:41du tout silencieuses,
11:42elles ne sont pas du tout soumises.
11:44Il y a plein de femmes
11:45hyper fortes,
11:46il y a des femmes
11:47qui font des trucs incroyables.
11:49Encore aujourd'hui,
11:50il y a des femmes
11:51qui ont monté
11:52des réseaux d'écoles
11:55clandestines
11:56à leur risque et péril
11:57pour que les filles continuent.
11:58Donc ça existe encore aujourd'hui ?
12:00Bien sûr,
12:00ça existe.
12:01Il y a encore plein de filles
12:04qui,
12:06en défiance par rapport
12:07aux talibans,
12:08se baladent
12:09avec le visage
12:10non couvert,
12:11maquillé
12:12et qui regardent
12:12les talibans
12:13droit dans les yeux.
12:14Qu'est-ce qui leur arrive
12:15quand elles font ça ?
12:17Elles peuvent se faire
12:21vraiment embêter.
12:22Après,
12:23je ne sais pas
12:24jusqu'où ça peut aller,
12:25mais bon,
12:26elles vont se faire
12:27clairement,
12:27elles vont se faire
12:29embêter.
12:30Embêter,
12:30c'est quoi ?
12:31En fait,
12:32ça va dépendre,
12:33ça va dépendre
12:34et elles le savent
12:35très bien,
12:35ça va dépendre
12:36de à qui
12:37elles le font,
12:38où et tout ça.
12:39Parce qu'en fait,
12:41en Afghanistan,
12:42aujourd'hui,
12:43elles n'ont le droit
12:43de rien du tout.
12:44C'est ça.
12:45Elles n'ont le droit
12:46de rien.
12:46Elles peuvent même
12:47plus parler en fait.
12:48Voilà,
12:48mais en fait,
12:49il y a beaucoup
12:50de règles
12:52qui sont inapplicables.
12:54Quelle est,
12:56comment,
12:57parce que les talibans,
12:58ils sont quand même
12:59sortis du ventre
13:00de leur mère
13:00et ils ont souvent
13:02une épouse
13:03et ils ont aussi
13:03des filles
13:04ou des sœurs.
13:06Donc,
13:06ils ont quand même,
13:08enfin,
13:09ils ont quand même,
13:10ils peuvent penser
13:11quand même
13:11à des femmes
13:12qui leur font prendre.
13:13Ils ont une forme
13:14d'empathie,
13:14tu dis ?
13:15Peut-être pas,
13:16quand même.
13:16Mais ça,
13:17en fait,
13:18il y a les règles
13:19qui sont émises
13:20par des grands leaders talibans
13:24qui, eux,
13:24je pense,
13:25n'ont aucune empathie
13:27envers les femmes.
13:28Après,
13:28elles doivent être appliquées
13:29par,
13:30parfois,
13:31un taliban
13:31qui peut avoir
13:3219, 20 ans
13:33et qui a encore peur
13:35de sa mère.
13:36Enfin,
13:37vous voyez,
13:38ou pas,
13:39ou par un taliban
13:41qui s'entend très bien
13:43avec sa femme.
13:44Enfin,
13:44je veux dire,
13:45en fait,
13:47encore une fois,
13:49on n'est pas dans un truc
13:50en noir et blanc.
13:52Tout est un cas particulier.
13:54Ce que je sais,
13:56par contre,
13:56c'est qu'il y a des femmes
13:58qui font cette résistance
13:59un peu de tous les jours.
14:01Alors,
14:02évidemment qu'elles ne vont pas
14:03se montrer à découvert
14:04devant un grand chef taliban
14:06qui est connu
14:06pour les fouetter en public.
14:09Ça va être plus...
14:10Est-ce qu'il y a encore
14:11aujourd'hui
14:12des petites libertés
14:14ou des moments d'évasion ?
14:16ça existe encore aujourd'hui
14:17quand on est une femme
14:18en Afghanistan ?
14:19Mais oui,
14:20parce qu'elles sont malignes,
14:21donc elles les trouvent,
14:22bien évidemment.
14:24Elles se retrouvent
14:25à des mariages.
14:28il y a plein de petites choses
14:29qui se font un peu cacher
14:31parce que toutes ces règles,
14:33de toute façon,
14:34elles sont tellement...
14:35Presque,
14:35elles n'ont plus le droit
14:36de respirer.
14:37Donc,
14:37de toute façon,
14:37pour vivre,
14:39elles sont obligées
14:40de l'ouvoyer
14:42et elles y arrivent.
14:43Et puis,
14:45c'est...
14:46Tous ces...
14:48Tous ces talibans,
14:50toute la nouvelle génération,
14:51elle est élevée par des femmes
14:52avec des sœurs.
14:54Tu as déjà porté la burqa ?
14:56Oui,
14:56évidemment.
14:57Une fois.
14:57Mais moi,
14:58je l'ai utilisée.
14:59Mais c'est ça.
14:59Comment on se sent ?
15:00Parce que nous,
15:01femmes occidentales,
15:02on n'arrive pas à imaginer...
15:03Est-ce que tu peux nous décrire ?
15:04Parce que moi,
15:04je me suis toujours dit,
15:05mais il fait une chaleur de bête,
15:07en fait.
15:07Enfin,
15:08comment tu te sens
15:08derrière ce grillage ?
15:10Clairement,
15:10c'est hyper désagréable.
15:13Déjà,
15:14on voit très mal
15:15et la chose à laquelle
15:16on ne pense pas,
15:17c'est qu'il y a vraiment
15:18le filet qui se prend
15:20tout le temps
15:20dans les cils.
15:21Donc,
15:23ça fait à force,
15:24ça fait mal aux cils.
15:25En plus,
15:26on doit toujours
15:27regarder derrière
15:28les fils.
15:29Donc,
15:29au bout d'un moment,
15:31j'imagine qu'au bout d'un moment,
15:32on s'habitue,
15:32mais quand on n'est pas habitué,
15:34au bout d'un moment,
15:34ça fait mal à la tête
15:35de devoir toujours
15:36aller plus loin.
15:37Et puis nous,
15:38moi,
15:39j'utilisais la burqa,
15:40pour son effet
15:41baguette magique
15:42« je disparais ».
15:43Et donc,
15:44c'est vrai que ça a servi
15:45beaucoup pour aller
15:45d'un point A
15:47à un point B
15:48sans être remarqué.
15:50Mettre la burqa,
15:51c'est vraiment
15:51disparaître,
15:52plus personne ne vous parle,
15:54les regards glissent sur vous
15:55sans jamais s'arrêter.
15:57Donc,
15:58top.
15:58Et pour que l'effet
15:59soit plus vrai,
16:06on prenait des vodka,
16:09des bourqas de deuxième main
16:11qui avaient déjà été utilisés.
16:13Et alors là,
16:14ce qui est vraiment
16:15très désagréable,
16:16c'est qu'en fait,
16:16la bouche,
16:17ça garde la laine
16:20de la précédente.
16:21Donc,
16:22parfois,
16:22on avait des bourqas
16:23qui sentaient le mouton
16:25ou d'autres fois,
16:25voilà,
16:26c'était…
16:27C'est dur.
16:28Voilà.
16:28Ça peut être assez dur.
16:30Et le fait d'avoir
16:31les yeux bleus,
16:31parce qu'on voit un tout petit peu
16:32les yeux au travers du grillage,
16:33est-ce que ça t'a porté
16:34préjudice ou jamais ?
16:35Non, non.
16:36Franchement,
16:36on ne voit pas du tout
16:37les yeux.
16:38Il faudrait vraiment
16:38que la personne
16:41se rapproche.
16:42Non, non.
16:43Mais ça ne se fait pas.
16:43Mais vraiment,
16:44non,
16:44ça ne se fait pas du tout.
16:44Et vraiment,
16:45c'est bourqa,
16:47le regard de l'autre
16:49glisse sans s'arrêter.
16:51Il paraît que tu écoutes
16:52une musique en particulier
16:53quand on fait une bourqa.
16:54C'est vrai ?
16:55Oui, ça c'était…
16:56Quand on mettait la bourqa
16:58pour aller,
16:59effectivement,
16:59on mettait
17:00« Like a virgin »
17:02avec ma pote journaliste
17:04dessous.
17:05Ça nous faisait
17:05une petite vengeance
17:06pour les souffrances
17:08de justement
17:08la mauvaise haleine et tout.
17:10Bon, mais voilà,
17:11c'était notre petite vengeance
17:12à nous.
17:13Est-ce qu'il y a
17:14des moments
17:16dans ta carrière
17:17en général ?
17:18Parce que là,
17:18on part de l'Afghanistan,
17:19mais tu es aussi allée
17:19dans d'autres pays.
17:21Est-ce qu'il y a des moments
17:22où tu t'es dit
17:22« Je ne peux pas prendre
17:24cette photo,
17:26ou alors je pose
17:28mon appareil photo ? »
17:30Est-ce qu'il y a des moments
17:31où ton empathie de femme
17:32a pris le dessus ?
17:33Ou est-ce que
17:34quand on est là
17:35pour témoigner,
17:35pour raconter,
17:37il faut prendre
17:38toutes les photos ?
17:39Alors,
17:40moi je pense
17:41qu'effectivement,
17:42il faut prendre
17:44toutes les photos
17:44parce que c'est ça
17:46que je sais bien faire.
17:49ça n'empêche pas
17:50d'après expliquer,
17:53prendre dans les bras,
17:55pleurer en prenant
17:55la photo,
17:57ce n'est pas grave.
17:57Mais la personne,
17:59elle ne pleure pas
18:01devant moi
18:02en me racontant
18:03ce qu'elle est en train
18:03de me raconter
18:05pour que je la prenne
18:06dans les bras.
18:07Pour ça,
18:07elle a des gens,
18:08je suis sûre
18:09qu'elle préfère avoir
18:11sa sœur
18:11ou je ne sais qui
18:12qui la prenne
18:13dans ses bras
18:13plutôt que moi.
18:17pour lui rendre
18:21l'appareil,
18:21ce que je dois faire,
18:22c'est vraiment
18:23pour le coup
18:24prendre mon appareil
18:25et rendre la photo
18:26la plus touchante
18:27à la mesure
18:29de l'émotion
18:30qu'elle a subie
18:31et qu'elle est en train
18:32de me faire partager.
18:33Est-ce qu'il y a des moments
18:34où toi tu es rentrée
18:35et tu as des images
18:36qui t'ont poursuivie
18:37parce qu'on ne sort pas
18:38indemne quand même
18:39de tout ce que tu as vu ?
18:40J'en ai plein.
18:42Évidemment qu'il y a
18:44des reportages
18:45où on rentre
18:45avec des valises
18:47avec plein de fantômes
18:49dedans
18:49mais je crois
18:51qu'il faut l'accepter
18:52et je crois
18:52que je le savais
18:54et après,
18:55il y a des fantômes
18:56mais il y a aussi
18:57je ne sais pas
18:58si je peux dire ça
18:59mais il y a aussi
19:00des choses très belles
19:02avec lesquelles on rentre
19:02des espèces
19:03de petites pépites
19:04qui sont des leçons
19:06de vie
19:07pour notre vie
19:08de tous les jours.
19:10Quoi par exemple ?
19:11Qu'est-ce que tu as ramené
19:12dans tes valises ?
19:14En fantômes
19:15ou en pépites ?
19:15Les deux, pourquoi pas ?
19:17En fantômes,
19:20il y a eu une fois
19:21où c'était vraiment dur.
19:23J'étais partie
19:25au Yémen
19:25et j'avais notamment
19:26couvert la...
19:27On avait couvert
19:28la famine
19:29au Yémen
19:30et on avait vu
19:33vraiment des enfants
19:34qui étaient en train
19:35de mourir
19:37de faim
19:38et en fait
19:39en rentrant
19:41chez moi
19:41moi j'ai deux petites filles
19:44on est allé faire
19:44les courses
19:45à Monoprix
19:46je me souviens
19:47et on va choisir
19:48les céréales du matin
19:50et j'ai failli avoir
19:52un tombé dans les pommes
19:53en fait
19:53d'avoir ce...
19:54en train de me dire
19:56mais qu'est-ce que c'est
19:57que ce monde
19:58où là ça fait depuis
19:5910 minutes
20:00que je suis en train
20:01de chercher
20:02quel céréale
20:03pour ma fille
20:04alors qu'avant-hier
20:06j'étais
20:07dans un hôpital
20:08où il n'y a
20:09plus de bouffe
20:10pour les enfants
20:11enfin c'est pas normal
20:12il y a un truc qui...
20:13et donc parfois
20:14quand j'arrive souvent
20:16à imaginer
20:17que c'est deux réalités
20:18qui sont parallèles
20:19et qui se croisent pas trop
20:20et quand ça se croise
20:21ça fait mal.
20:22T'arrives quand même
20:23à le dissocier ?
20:25J'essaye le plus possible
20:27oui.
20:27Ouais c'est pas toujours facile
20:28C'est pas toujours facile
20:29Ouais j'imagine
20:29C'est pas toujours facile
20:30Est-ce que t'as des rêves
20:31parfois ?
20:33Oui
20:33hyper souvent
20:34j'en ai
20:35la nuit ça revient
20:38ouais ouais
20:38hyper souvent
20:39Est-ce que t'as des rêves
20:41qui sont récurrents
20:42par exemple ?
20:44Oui j'en ai plein
20:45mais à force
20:45je vais pleurer
20:46Non mais on veut pas
20:48te faire pleurer
20:48mais c'est juste
20:49de nous raconter
20:49pour qu'on comprenne
20:52Alors c'est pas
20:53ça va
20:53c'est des rêves
20:55où souvent
20:57je me retrouve
21:01genre je peux plus parler
21:03ou je peux plus avancer
21:05je vois quelque chose
21:06qui se passe
21:08que j'ai imaginé
21:09ou qu'on m'a raconté
21:10et je suis figée
21:14et je dois continuer
21:15de regarder
21:15sans rien faire
21:17Il y a une image
21:18que tu pourrais nous raconter ?
21:23Non mais oui
21:25il y en a certains
21:26par exemple
21:26c'est des bombardements
21:28et il faut aller sauver
21:29des
21:30d'ailleurs c'est pas des bombardements
21:32c'est plutôt des
21:32tremblements de terre
21:33et il faut aller
21:35sauver des gens
21:36qui sont coincés
21:37et je suis
21:39glacée
21:39figée
21:40Et ça t'est déjà arrivé
21:41d'être figée ?
21:42En vrai non
21:43En vrai non ?
21:44Non
21:45Non jamais
21:46Est-ce que le fait
21:47d'avoir un appareil photo
21:48ça te permet parfois
21:50d'avoir une certaine distance ?
21:51Je te pose la question
21:52parce que
21:53t'as pris
21:53t'étais auprès des talibans
21:55t'as fait ce reportage photo
21:57pour Paris Match
21:57en 2008
21:59avec cette attaque
22:00qui va tuer
22:0110 soldats français
22:02si je ne me trompe pas
22:03et leurs fixeurs
22:04et leurs fixeurs
22:05c'est un moment
22:06évidemment extrêmement violent
22:07tu es en plus
22:08aux côtés des talibans
22:09ce qui va te porter préjudice
22:11parce que t'as plein de gens
22:11qui après
22:12t'ont critiqué
22:13tu vas nous raconter
22:14est-ce qu'à ce moment-là
22:15d'avoir ton appareil photo
22:16ça t'a permis
22:17d'avoir une distance
22:18avec le réel ?
22:20Franchement
22:21ce n'est pas là
22:21où ça m'a le plus
22:23aidée
22:24parce que
22:24en fait
22:26déjà
22:28je ne savais pas
22:29au moment
22:30où je les ai rencontrés
22:31que j'allais rencontrer
22:34ceux-là
22:36moi mon but
22:37c'était d'aller
22:38dans les villages
22:39à côté
22:39qui étaient
22:40entre leurs mains
22:42et
22:44en fait
22:45l'écran
22:46de l'appareil photo
22:47je trouve que ça sert
22:48mais pas pour la peur
22:50là
22:51ce que j'aurais pu craindre
22:52du coup
22:53c'était la peur
22:54mais en fait
22:54le moment
22:55où je me suis rendu compte
22:56que c'était eux
22:57je savais
22:58qu'il n'allait rien m'arriver
22:59quand tu dis
23:00c'était eux
23:01tu parles des talibans
23:03quand j'ai
23:03en fait
23:04que
23:05là je savais
23:06que c'était les talibans
23:06je savais
23:07que j'allais rencontrer
23:07des talibans
23:09quand j'ai réalisé
23:10au fur et à mesure
23:11de mon interview
23:12que c'était ceux
23:14qui avaient tué
23:15les français
23:16la semaine d'avant
23:19j'avais pas besoin
23:20d'écran
23:21pour me protéger
23:22de quoi que soit
23:22ça sert d'écran
23:24pour l'émotion
23:26plutôt
23:27ça sert d'écran
23:28prendre des photos
23:29continuer à prendre
23:31des photos
23:31là où
23:32effectivement
23:33normalement
23:33on aurait arrêté
23:35par pudeur
23:36ou on aurait
23:37commencé à prendre
23:38dans les bras
23:38c'est un peu
23:39pour qu'on se dire
23:40bon
23:41c'est du travail
23:42il faut le faire
23:42il faut le faire
23:43et se concentrer
23:44sur autre chose
23:45que ce qu'on est
23:46en train de voir
23:47ou d'entendre
23:49et dans ce cas
23:50tu te sens de quoi
23:51sur la technique
23:51sur
23:53ouais
23:53c'est ça
23:54oui oui oui
23:55c'est ça sur la technique
23:55mais ça marche pas
23:56à tous les coups
23:57je me souviens d'une fois
23:58justement
24:00un tremblement de terre
24:02j'étais très jeune
24:03et
24:03c'était en 2006
24:05au Pakistan
24:06et donc
24:07j'étais pas du tout
24:07préparée
24:08et j'ai été
24:09complètement
24:10submergée
24:11par
24:13ce que je voyais
24:14l'émotion
24:15ces corps
24:16morts
24:17cette impuissance
24:19par rapport
24:20aux gens
24:20qui avaient besoin
24:21de tout
24:22et à qui
24:22je n'apportais rien
24:24ni rien
24:25puisque
24:26d'un instant
24:27ils étaient trop nombreux
24:27et tout
24:28et je sais qu'à un moment
24:29j'ai vu cette image
24:31où
24:32il y avait un père
24:34qui se baladait
24:35et il avait
24:36il portait
24:37un enfant
24:39une petite fille
24:40comme ça
24:41sur son bras
24:42et après là
24:43il avait un sac
24:45en toile de jute
24:46et de la toile de jute
24:48dépassait
24:49deux petits pieds
24:51et donc
24:54franchement
24:54il y a eu
24:55tellement de morts
24:56que je sais
24:57c'est le père
24:58avec ses enfants
25:00et j'ai voulu
25:01prendre
25:02une photo
25:02et là
25:03c'est la première fois
25:04et la dernière fois
25:05que ça m'est arrivé
25:06mais
25:06mon appareil photo
25:07il pesait tout d'un coup
25:09deux tonnes
25:10j'ai pas pu
25:10j'ai essayé
25:12et j'ai pas pu
25:13prendre la photo
25:14j'ai pas pu
25:15prendre la photo
25:16et pourtant
25:16c'était une photo
25:17qui aurait été
25:19hyper forte
25:20hyper forte
25:21et après
25:22je l'ai suivi
25:23et il les a enterrés
25:26dans
25:26dans
25:27une espèce de rond-point
25:29avec un autre
25:30homme
25:31qui aussi enterrait
25:32enfin voilà
25:33on en était là
25:34mais
25:36j'ai raté la photo
25:39ça c'est la photo
25:39que j'ai pas prise
25:40et qui me
25:41qui me hante
25:43qui me hantera
25:45toute ma vie
25:45quoi
25:46et c'est peut-être là aussi
25:47où j'ai réalisé
25:48que mon boulot
25:48c'était pas
25:49enfin ça leur sert à quoi
25:51que je lui
25:51que je me dise
25:52c'est horrible
25:53ça lui sert à rien du tout
25:55moi ça lui sert
25:56si j'avais pris la photo
25:58réussi la photo
25:59et qu'ils aient pu
26:01utiliser cette photo
26:02pour qu'il y ait des gens
26:03qui donnent
26:06aux ONG
26:07ou qu'il y ait des gens
26:08qui viennent aider
26:08voilà c'est ça mon boulot
26:09ton boulot c'est ça
26:11tu dis
26:11c'est nous confronter
26:12nous
26:13à la réalité du monde
26:15exactement
26:15je vous la ramène
26:17chez vous
26:18tu vas dans des zones
26:19où on ne peut pas aller
26:20en fait
26:20voilà
26:21je vais là où vous ne pouvez pas aller
26:22et je vais vous montrer des choses
26:24que peut-être
26:24vous ne pouvez pas
26:26ou vous n'avez pas envie de voir
26:27moi je vous les montre
26:28pour qu'au moins
26:29on ne puisse pas dire
26:30ah ben on ne savait pas
26:33il y a des situations
26:34évidemment dangereuses
26:35que tu as vécues
26:35et tu as notamment
26:36survécu à un attentat
26:38dans un cybercafé
26:39c'est en 2006
26:40c'est ça
26:412005
26:412005
26:42tu vis déjà en Afghanistan
26:44qu'est-ce qui s'est passé ce jour-là ?
26:46donc je vis en Afghanistan
26:48depuis plus d'un an
26:51et je suis abonnée au cybercafé
26:54parce qu'à l'époque
26:55il y a un internet
26:57enfin tout le monde n'a pas internet
26:59et donc on passe des heures
27:01des heures et des heures
27:02parfois des jours même
27:03à envoyer quelques photos
27:06et parfois ça s'arrête
27:08parce qu'il y a des pannes d'électricité
27:09il faut recommencer
27:10et c'est aussi le seul endroit
27:12où on peut appeler
27:14nos parents
27:15ou nos familles
27:16avec Skype
27:18ouais
27:19donc tu passes du temps
27:20dans ce genre
27:20donc on y passe
27:21on y passe
27:21tout le monde y va
27:22il y a d'ailleurs
27:23il y a des cybercafés
27:24partout partout
27:25qui fleurissent
27:27et donc je suis dans le cybercafé
27:29où je vais d'habitude
27:30avec une copine
27:32et je ne sais pas
27:33ce qu'on est en train de faire
27:34moi je crois que je suis en train
27:35d'envoyer des photos
27:36et à un moment
27:38juste
27:39on entend
27:40une énorme explosion
27:43derrière nous
27:44le toit
27:46tombe
27:47tombe dessus
27:48donc je ne vois plus rien
27:49j'ai les oreilles
27:51qui sifflent
27:52je pense
27:55personne ne comprend
27:56du tout ce qui se passe
27:57il y a des cris
27:58qui disent
27:59il faut sortir
28:00il faut sortir
28:00il faut sortir
28:01qu'il soit en anglais
28:02tu le comprends
28:03oui je ne sais plus
28:06où il y a là
28:06de toute façon
28:07ça veut dire
28:08voilà
28:09panique
28:10moi j'appelle
28:12ma copine
28:13qui est en face
28:13que je ne vois pas
28:14Paulina
28:15Paulina ça va
28:16elle me dit
28:17oui ça va
28:18il faut sortir
28:19oui on sort
28:21et là je récupère
28:23mon appareil photo
28:26mon truc
28:27enfin ce que je peux
28:28je sors
28:29évidemment
28:29il y a une espèce
28:30de baie vitrée
28:31qui est complètement explosée
28:31donc tout le monde
28:32sort par là
28:34et puis
28:36et puis en fait
28:37à un moment
28:37la poussière
28:39on attend
28:40il y a des personnes
28:41qui sont blessées
28:42qui sortent
28:43il y a des gens
28:45qui viennent
28:46les aider
28:46et quand la poussière
28:48tombe
28:49et bien on voit
28:50qu'il reste
28:52cinq corps
28:52à l'intérieur
28:53qui ne sont pas sortis
28:54quoi
28:55et comment tu
28:57enfin c'est une question
28:58idiote
28:59mais tu fais quoi
29:00enfin tu réagis
29:01et bien alors
29:02je réagis
29:04comment
29:04donc
29:06à l'époque
29:07il n'y avait pas
29:07de
29:09c'est le premier
29:11attentat suicide
29:12ah c'est le premier
29:13en Afghanistan
29:14en Afghanistan
29:15il y en avait
29:15en Irak
29:16il y en avait
29:17beaucoup en Irak
29:18il y en avait
29:18au Pakistan
29:19mais en Afghanistan
29:20il n'y en avait pas
29:23donc
29:24il y a des gens
29:25qui disent
29:26très vite
29:27ah mais c'est la
29:28bonbonne de gaz
29:29qui a explosé
29:30de derrière
29:31et tout
29:31moi comme d'habitude
29:33ce que je fais
29:33je prends des photos
29:34mais je suis tellement
29:36je les ai revues
29:38elles sont toutes floues
29:40tellement je tremble
29:41et tout
29:41avec Paulina
29:43on est un peu
29:45éberlué
29:46de choquer
29:47bon en fait
29:48on est choqué
29:48tout simplement
29:49de ce qui nous est arrivé
29:50on ne sait pas trop
29:52comment le faire
29:53et puis
29:54je ne sais même pas
29:54on rentre
29:55et puis
29:55le lendemain
29:57il y a des
29:59des soldats
30:00de l'armée française
30:01qui viennent nous voir
30:02qui veulent savoir
30:03si on a besoin
30:04d'être accompagné
30:05si on a subi
30:07voilà
30:07moi je crois
30:08que des acouphènes
30:09durent quelques
30:10quelques semaines
30:11et puis
30:11voilà
30:12et donc
30:13c'est le premier attentat
30:14il y en aura d'autres
30:15est-ce qu'après
30:16tu as travaillé différemment
30:17pour te protéger
30:18non en fait
30:19cet attentat
30:20oui après
30:21il y en a eu d'autres
30:23oui mais surtout
30:24cet attentat
30:25m'a donné
30:26bizarrement
30:27je ne sais pas si
30:29moi ça m'a donné
30:30envie de rencontrer
30:31les talibans
30:31je me suis dit
30:32je ne comprends pas
30:33en fait
30:34je ne comprends pas
30:35pourquoi
30:36quelqu'un
30:37donc
30:38parce qu'après
30:38on a appris
30:39que c'était donc
30:39un kamikaze
30:40qui s'était
30:42fait exploser
30:44et je me suis dit
30:45je ne comprends pas
30:46comment quelqu'un
30:47au nom d'une religion
30:49puisse
30:50se tuer
30:51et tuer
30:52d'autres personnes
30:52qu'il ne connaît pas
30:53qui sont
30:55qui sont là
30:56par hasard
30:57enfin
30:58voilà
30:58et donc à partir de là
30:59je me suis dit
31:00moi je veux les voir
31:00donc c'est aussi
31:01un point de bascule
31:02quelque part
31:03c'est aussi un point de bascule
31:04à partir de là
31:05je me suis dit
31:05je veux voir
31:07qu'est-ce que c'est
31:08qu'est-ce qui se cache
31:09derrière ce mot taliban
31:10en fait
31:11et après tu as réussi
31:12à en sortir
31:13parce que
31:13pourquoi tu vas quitter
31:14l'Afghanistan
31:15pourquoi tu vas décider
31:16de rentrer
31:16parce que tu fais
31:17beaucoup de reportages
31:18beaucoup de terrains
31:19tu les rencontres
31:20tu les suis
31:21pourquoi maman
31:21tu vas rentrer
31:22et donc quatre ans après
31:26je
31:27en fait
31:28je vois
31:29un reportage
31:30et son reportage
31:31c'est sur
31:32des petites filles
31:34qui sont mariées
31:35à des vieux
31:36en Afghanistan
31:38et
31:39Stéphanie Sinclair
31:40ça y est
31:41c'est moi revenue
31:42et je vois
31:43son reportage
31:44et je suis
31:45je me dis
31:46mais en fait
31:47je l'ai vu
31:49plein de fois ça
31:50et je suis tellement
31:53imprégnée
31:54dedans
31:54dans la culture
31:55que ça ne
31:57ça ne m'a même
31:58pas choqué
31:59ou ça m'a
32:00en fait
32:01tu dis sur le terrain
32:02j'ai vu des petites filles mariées
32:03avec des hommes plus vieux
32:05et ça m'a même pas
32:06eu quelque chose
32:08qui était
32:09qui valait le coup
32:10d'être
32:10raconté
32:11raconté
32:12et là je me suis dit
32:13ça fait trop longtemps
32:14que tu es en Afghanistan
32:16par
32:16tu as besoin
32:17de prendre du recul
32:18par rapport
32:19par rapport
32:20par rapport
32:21à ce pays
32:22tu es en train
32:22de devenir trop
32:24afghane
32:24pas afghane
32:26mais ouais
32:27habitué
32:28et tu as besoin
32:28de prendre un peu de recul
32:29plus
32:30il faut quand même le dire
32:32j'étais fatiguée
32:33de ces quatre ans
32:34d'Afghanistan
32:35c'est un pays que j'adore
32:37où j'aime toujours
32:38retourner avec plaisir
32:39et tout
32:40mais
32:41c'est bien
32:41de prendre un peu
32:42de recul parfois
32:43tu parles de fatigue
32:44est-ce qu'il y a des moments
32:45où tu es fatiguée
32:46où tu es usée
32:47où tu te dis
32:48que tu pourrais arrêter
32:50alors
32:50jamais
32:51jamais
32:51par rapport au reportage
32:53et tout
32:53je suis toujours contente
32:54il n'y a pas de
32:55il n'y a jamais eu
32:56un reportage
32:57où je me suis dit
32:58alors des reportages
32:59où j'ai peur
32:59il y a des reportages
33:00où je suis
33:00mais je ne suis pas
33:01jamais blasée
33:03non
33:03ce qui me fatigue
33:05parfois
33:06et franchement
33:07je n'ai pas le droit
33:08de me plaindre
33:08parce que truc
33:09mais ce qui est fatigant
33:10c'est
33:12cette précarité
33:13vulnérabilité
33:14dans laquelle
33:16on est
33:17mais par rapport
33:18à la situation
33:20ici quoi
33:21en France
33:21c'est à dire
33:22ben on est
33:25ben voilà
33:25il faut
33:27il faut qu'on soit
33:28content
33:29quelles que soient
33:30les conditions
33:33de partir
33:34parce que
33:35parce qu'en fait
33:36on est beaucoup
33:37à vouloir faire
33:37des reportages
33:38il y a peu
33:39de magazines
33:40qui produisent
33:41encore
33:42et donc
33:43enfin voilà
33:44la balle
33:45n'est pas du tout
33:46du tout
33:47dans notre camp
33:48donc pour comprendre
33:49ce qui te fatigue
33:50c'est la précarité
33:51du métier
33:51oui
33:52oui pardon
33:53photographe
33:53c'est ça
33:54oui
33:54la précarité
33:55du métier
33:55de pigiste
33:57de pigiste
33:58parce que
33:58t'as pas beaucoup
33:59de magazines
33:59qui vont acheter
34:00tes reportages
34:00et tu dois
34:01peut-être parfois
34:02avoir une frustration
34:02avoir envie
34:03de raconter
34:03quelque chose
34:04et personne
34:04te l'achète
34:05ouais voilà
34:06il n'y a pas
34:06c'est certain sur le terrain
34:07mais sur le terrain
34:08jamais
34:08non
34:09j'ai jamais été
34:11j'ai déjà été super
34:12énervée
34:13par certaines personnes
34:15mais j'ai jamais été blasée
34:17non
34:17jamais
34:18non jamais
34:19il y a des situations
34:20cocasses voire dangereuses
34:22que t'as vécues
34:23il y a une situation
34:24c'est au delta du Niger
34:26t'étais avec ta consoeur
34:28oui
34:28Manon Keroui
34:29Keroui
34:29oui
34:29et là
34:30il y a un homme
34:32qui va avoir envie
34:33de l'épouser
34:33c'est ça
34:34oui
34:34est-ce que tu peux nous raconter
34:36ce qui s'est passé
34:36en fait
34:39on venait
34:40on venait d'arriver
34:41donc dans
34:42dans le
34:43l'antre
34:44qui est la mangrove
34:46d'un certain
34:46Attequetom
34:48qui était un
34:49on va dire
34:50un général
34:52qui s'occupait
34:53de
34:53de ses troupes
34:54qui s'appelait
34:55le mouvement
34:56d'émancipation
34:57du delta
34:57du Niger
34:58et qui en gros
35:04faisait du
35:05du racket
35:05à des
35:06des industries
35:08pétrolières
35:09pour pas les attaquer
35:10c'est ça
35:11et donc
35:12il était recherché
35:13par l'armée
35:14et tout
35:14donc en fait
35:15quand on arrive
35:16dans sa mangrove
35:17c'est lui
35:17qui vient nous chercher
35:19et pour repartir
35:21c'est aussi lui
35:21qui nous ramène
35:24dans un point
35:24donc on est quand même
35:25un peu
35:27dépendante
35:27complètement de lui
35:28du mec
35:29évidemment
35:29et donc Manon
35:31très belle
35:33magnifique
35:33et tout
35:34tape
35:35évidemment
35:36lui tape dans l'oeil
35:37et là
35:39il nous dit
35:40bon ben en fait
35:40voilà
35:41en gros
35:42Manon
35:43tu me plais beaucoup
35:44quoi
35:45et donc nous
35:46on est désemparés
35:47il faut réfléchir vite
35:48et avec le fixeur
35:49on est là
35:50ben il n'y a qu'une chose
35:51à faire
35:52c'est dire que
35:54ben
35:54chez nous
35:55ça se fait pas comme ça
35:56il faut se marier d'abord
35:57pour donner un peu
35:59s'acheter un peu de temps
36:00quoi
36:00juste pour préciser
36:01un fixeur
36:02c'est un journaliste local
36:04ou une personne
36:05qui a beaucoup de connaissances
36:06du terrain
36:06c'est un guide
36:07plus plus
36:08plus traducteur
36:10plus qui est
36:12entremetteur
36:12entre les trucs
36:14et là
36:15en plus
36:16c'est un mec
36:18qui est super
36:19enfin bon bref
36:20donc en tout cas
36:20vous êtes toutes les deux
36:21avec un guide
36:22avec un mec
36:23qui vous accompagne
36:24qui est tout aussi bloqué que vous
36:25mais qui connait aussi la culture
36:26qui connait la culture
36:27et qui connait même
36:28le
36:29le personnage
36:31et qui donc
36:32sait à peu près
36:33ce qui va marcher
36:33ou pas marcher
36:34donc on dit ça
36:35pour s'acheter un peu de temps
36:38et donc
36:39il décide que
36:40ben oui
36:40de toute façon
36:41il est tout à fait d'accord
36:42pour ce
36:43pour se marier
36:44avec Manon
36:44il faut savoir que là-bas
36:45il n'y a pas vraiment
36:46de problème de monogamie
36:48donc une de plus
36:49ou une de moins
36:50et que voilà
36:52donc on est là
36:52ben super
36:53donc si tu veux te marier
36:54avec Manon
36:55écoute
36:55il va falloir quand même
36:57qu'on rentre à Port-Arcourt
36:58pour prévenir nos parents
37:00qui vont évidemment
37:01parce qu'on disait
37:01qu'on était des sœurs
37:02qui vont évidemment
37:03être enchantées
37:05de cette nouvelle
37:05et puis acheter une robe
37:07et puis tout un tas de trucs
37:09à préparer quoi
37:09un mariage quoi
37:10et étant donné
37:14qu'il est très mégalo
37:15et que je pense
37:15que peu
37:16de
37:17de
37:17ces demandes
37:19soient refusées
37:20surtout une demande
37:20en mariage
37:21le type
37:22voilà
37:23ne branche pas
37:24elle nous donne
37:25quelques billets
37:26pour aller faire
37:26nos petites emplettes
37:27et tout
37:28et pour repartir
37:29à Port-Arcourt
37:30donc il vous laisse repartir
37:31il nous laisse repartir
37:32tellement sûr
37:33que évidemment
37:34Manon a apprécié ses chars
37:37mais se fait une joie
37:38de rentrer
37:39et vivre sa vie
37:40de jeune marié
37:41dans la mangrove
37:42donc il attend
37:43toujours Manon
37:44jour
37:44sa mariée
37:45évaporée
37:46exactement
37:46c'est hallucinant
37:48mais là
37:49est-ce qu'il y a d'autres
37:49situations comme ça
37:50où en tant que femme
37:51c'est un peu tangent
37:52c'est un peu dangereux
37:53tu vois
37:54est-ce qu'il y a d'autres trucs
37:54où t'as dû inventer
37:55ou en tourloupé
37:57pour t'en sortir
37:57mais en fait
37:59être une femme
38:00c'est avoir
38:00certaines armes
38:02être un homme
38:02c'est avoir
38:03certaines armes
38:05donc évidemment
38:06qu'on
38:07qu'on
38:08qu'on les utilise
38:08donc
38:10alors je dis pas
38:12je dis pas
38:13genre coucher
38:14avec les gens
38:14mais utiliser
38:15par exemple
38:16moi j'utilise
38:17beaucoup
38:19le fait
38:20d'avoir l'air
38:22vulnérable
38:23ou fragile
38:24ou très blonde
38:25parce que
38:27du coup
38:28ça engendre
38:30je trouve
38:30de la part
38:31de l'autre
38:32souvent de l'homme
38:33de la bienveillance
38:33parce qu'il se dit
38:35elle
38:35elle est pas dangereuse
38:37peut-être
38:38avec un peu de chance
38:39elle est stupide
38:40donc
38:40j'ai pas besoin
38:42de trop me méfier d'elle
38:43et du coup
38:44les gens
38:44ils ont plus tendance
38:45à baisser
38:47la garde
38:48plus vite
38:50ça je trouve
38:50que voilà
38:52là où
38:53par exemple
38:54notamment
38:54au delta
38:55du Niger
38:56ça aurait été
38:56une très mauvaise idée
38:58de jouer
38:59avec eux
39:00la camaraderie
39:01genre on rigole
39:02on boit des coups
39:03ensemble
39:03parce que ça serait
39:04tout de suite
39:05aller
39:05beaucoup trop
39:06alors qu'un homme
39:07peut le faire
39:07pourquoi pas si vous auriez vu
39:08ça comme une
39:10réponse positive
39:11aux avances
39:11oui
39:11en plus on nous l'avait dit
39:13on nous avait dit
39:14là-bas
39:14vous allez y aller
39:15vous
39:17vous buvez pas
39:18vous rigoler
39:20à aucune blague
39:21enfin il faut montrer
39:22qu'on est
39:23genre
39:23chiante
39:24pas drôle
39:25pour couper court
39:27et même
39:27bon
39:28on voit que ça n'a pas
39:29coupé court
39:30à tout
39:31mais voilà
39:32enfin voilà
39:33en fait
39:33en fonction des terrains
39:35en fonction des gens
39:36on sort telle carte
39:38ou telle carte
39:39voilà
39:39tu parlais de blonde
39:41sur ton compte X
39:42moi j'ai adoré
39:43t'écris
39:43photographe de guerre
39:44maman de deux enfants
39:46blonde
39:46pas stupide
39:48et sans peur
39:49est-ce qu'il faut être
39:50sans peur
39:51pour faire ce métier
39:52en fait
39:52c'est un peu
39:53c'est un peu
39:55exagéré
39:56bien sûr
39:56parce que j'ai peur
39:57mais juste
39:59j'ai pas peur
40:00d'avoir peur
40:02et la peur
40:03ne me paralyse pas
40:04la peur
40:05est un peu
40:06c'est un peu
40:07quand même
40:07une copine
40:09qui va m'aider
40:10à être
40:12plus attentive
40:13plus
40:15plus
40:16je sais pas
40:17peut-être développer
40:18un peu
40:19ce sixième sens
40:20dont on parle
40:20de s'écouter
40:24donc en fait
40:24c'est pas que j'ai pas peur
40:26c'est que j'aime bien la peur
40:27c'est ça
40:28en fait c'était
40:28ma prochaine question
40:29est-ce qu'il n'y a pas
40:30une sorte de drogue
40:31je sais que moi
40:32pour avoir côtoyé
40:33plein de confrères
40:34qui sont allés
40:34sur les terrains de conflit
40:35ils m'ont souvent dit
40:37j'ai envie d'y retourner
40:38j'ai envie
40:39tu vois il y a un truc
40:40où il y a cette mise en danger
40:41qui parfois
40:42il y a une forme d'adrénaline
40:43qui est très addictive
40:44en fait
40:46bah oui
40:48oui
40:49oui évidemment
40:50après ça c'est un peu
40:51dommage
40:52de réduire
40:53non c'est pas réduire
40:54mais ça en fait partie
40:58ça en fait partie
41:00moi j'aime bien aussi
41:01les sports un peu extrêmes
41:03bon
41:05je crois que
41:06se sentir tellement vivant
41:08après avoir
41:11frôlé
41:12la mort
41:13c'est une réalité
41:14en fait
41:15il y en a un peu
41:16cette espèce
41:17d'adrénaline
41:19de se dire
41:20que
41:21encore une fois
41:23on a remporté
41:25la victoire
41:25sur la mort
41:26c'est un peu
41:27mégalo
41:27de dire ça et tout
41:28mais il y a un petit peu
41:29de
41:31ouais
41:32oui il y a un petit peu
41:33de ça
41:33tes mamans
41:34deux enfants
41:35t'en as parlé
41:36tu parles de remporter
41:37cette victoire
41:38sur la mort
41:38est-ce que t'as un rituel
41:39quand tu pars
41:40est-ce qu'il y a un moment
41:41où tu te dis
41:42quand tu pars
41:42je pourrais ne pas revenir
41:43est-ce que tu leur dis
41:45au revoir
41:45d'une certaine façon
41:46non
41:46je me dis jamais
41:48jamais jamais
41:49que je vais pas revenir
41:50ou
41:51ou qu'il y ait même
41:52une possibilité
41:53que je revienne pas
41:56donc
41:56non
41:57je leur fais pas
41:58de
41:58de rituels
41:59particuliers
42:02et
42:02heureusement
42:03parce que si tout d'un coup
42:04je leur faisais des rituels
42:05particuliers
42:07moi j'ai
42:08rencontré
42:08quelqu'un
42:09qui était sur le terrain
42:10qui me disait
42:11à chaque fois
42:12je leur dis dans les yeux
42:14maman t'aime
42:14en fait elle voulait
42:15que le dernier
42:16tu vois le dernier
42:17contact avec ses enfants
42:18ça soit ça
42:20donc je me demandais
42:20si toi aussi
42:21t'avais un petit truc
42:22non
42:22moi je crois que
42:23vraiment je le fais
42:26banalement
42:27pour que ça reste
42:28quelque chose de banal
42:29je partais au bureau
42:30ouais
42:30et que elle
42:31du coup
42:32elle se fasse
42:32elle le prenne aussi
42:34de manière
42:35plus
42:36banale
42:37non je fais pas de
42:38et vraiment
42:39je crois jamais
42:40que je vais mourir
42:40jamais
42:41et sur le terrain
42:42t'arrives à les appeler
42:44alors
42:44moi je m'étais fait
42:46on s'était fait
42:47on s'était dit
42:49avec leur père
42:50que moi j'appelais pas
42:51ok
42:52par contre
42:53parce que
42:54ça perturbe un peu
42:55dans leur truc
42:56moi ça me fait du bien
42:57mais pas forcément elle
42:58par contre si j'avais
42:59vraiment envie
42:59de leur parler
43:00j'enregistrais un message
43:02que je lui envoyais
43:03à lui
43:04et qu'il leur donnait
43:06quand elle
43:07elle en avait besoin
43:08ou si elle le demandait
43:09ou si elle le voulait
43:10ou si lui jugeait
43:12que c'était le moment
43:12genre à 19h
43:13avant de se coucher
43:14voilà exactement
43:15pas le coup de fil
43:17qui moi me fait du bien
43:18et qui derrière
43:19laisse tout le monde
43:20en truc
43:21donc non
43:23maintenant elles sont plus grandes
43:25c'est des ados
43:26c'est des ados
43:27elles ont quel âge
43:27elles ont 13 et 11
43:29et donc par contre
43:30elle elle m'appelle
43:31je leur dis ça
43:33et franchement
43:34je décroche tout le temps
43:35même si je suis en
43:37en plein
43:39interview hyper importante
43:40et tout
43:41je décroche
43:42ou j'envoie un truc
43:42genre
43:43si c'est urgent
43:44je décroche
43:45rappel
43:46et bon oui
43:47parce que ça m'est arrivé
43:48de décrocher
43:50c'est parce que
43:51je sais pas
43:52loue à des poux
43:53enfin bon voilà
43:54c'est pas très intéressant
43:55mais bon
43:56non mais du coup
43:57ça t'est arrivé d'être
43:58je sais pas quoi
43:58sous un bombardement
43:59et elle te dit
44:00j'ai des poux
44:00non mais c'est l'école
44:01qui m'appelle
44:02et qui me dit
44:03oui c'est pour vous dire
44:05que oui désolé
44:06mais là ça me coûte
44:07déjà 5 euros la minute
44:08oui donc je vais vous passer
44:10non non
44:11appelez le père
44:12non mais c'est pour vous dire
44:13qu'elle a des poux
44:15je fais autre chose
44:16je m'en fiche
44:18et il y a des moments
44:19où t'as fait réciter
44:21une poésie
44:22je sais pas quoi
44:23sur un camp militaire
44:24ou un truc comme ça
44:25t'as du souvenir
44:26de truc
44:27non mais par contre
44:28j'ai
44:29j'étais
44:31entre l'Ukraine
44:34et la Russie
44:35il y a deux
44:36il y a deux ans
44:38pour
44:38et c'était pendant
44:39la rentrée
44:40des classes
44:41de ma fille
44:43et
44:43elle changeait de collège
44:45et je sais que là
44:46ça allait
44:48c'était pas du tout
44:49le bon moment
44:49on était en train
44:50de passer
44:53dans des zones
44:54qui étaient bombardées
44:55enfin il fallait faire
44:56hyper attention
44:56aux drones et tout
44:58et là
44:59elle décroche
45:00et elle m'appelle
45:01et je sais qu'elle vient
45:02d'avoir le
45:04le timetable
45:05et avec qui elle est en classe
45:06et avec ses copines
45:07et tout
45:08et là j'étais là
45:10déso
45:10mais on va devoir
45:11s'arrêter
45:12je dois prendre
45:13cet appel
45:14et donc je l'ai écoutée
45:15qui me racontait
45:17comment elle était désespérée
45:19parce qu'elle était toute seule
45:20dans sa classe
45:20et que c'était horrible
45:22et que en plus
45:23elle avait un emploi du temps
45:24vraiment affreux
45:26et elle pleurait
45:27moi j'étais obligée de dire
45:28je comprends ma chérie
45:29c'est très grave
45:30oui je comprends mon coeur
45:32oui
45:32oui tu dois être très triste
45:34et là t'es où toi ?
45:35et moi je suis vraiment
45:37à deux pas
45:38de la frontière
45:40avec la Russie
45:42où on est
45:43voilà
45:43où on est censé
45:45éteindre
45:45largement
45:46les téléphones
45:48et tout
45:48mais en même temps
45:49je suis là
45:49et j'essaye de couper court
45:51mais en même temps
45:51je peux pas lui dire
45:52je m'en fous de tes
45:53enfin voilà
45:54je suis là
45:54où il faut pas être
45:55avec un téléphone
45:57c'est incroyable
45:57et tes filles
45:58elles se rendent compte
45:59quand même
45:59que tu décroches
46:00comme ça
46:00que t'es disponible
46:01tout le temps
46:01ah mais moi
46:01je vais pas lui faire
46:02tu lui dis pas
46:03non mais est-ce que
46:04tu lui dis
46:04j'ai les pieds dans la bouche
46:06je porte un gilet pare-balle
46:07là je suis à 200 mètres
46:08de la frontière
46:08tu lui racontes pas
46:09pas du tout
46:09je le dis pas du tout
46:10non
46:11d'ailleurs je crois
46:12qu'à un moment
46:12il y a eu un bombardement
46:13pas loin
46:13et j'ai raccroché direct
46:14pour pas qu'elles entendent
46:16oui oui oui
46:17tes filles comprennent
46:18ton métier ?
46:19alors au début
46:20pas du tout
46:22la petite
46:23une fois
46:24je lui avais ramené
46:26parce que j'avais fait
46:26un album
46:27de Reporters sans frontières
46:28où il y avait plein de photos
46:29et tout
46:29et donc je leur ramène
46:31un pour chacune
46:32en disant
46:33ben voilà
46:33comme ça
46:33vous comprendrez mieux
46:34ce que je fais
46:35et elle me balance
46:36l'album à la figure
46:37en me disant
46:38de toute façon
46:38maman
46:39j'aime pas du tout
46:40ce que tu fais
46:40tu prends en photo
46:41que la vie moche
46:43ah ouais
46:44c'est dur
46:44et là j'étais là
46:45ah ouais
46:45mais pas
46:46ok j'entends
46:49du coup j'ai un peu changé
46:50maintenant je suis là aussi
46:51c'est vrai que
46:52j'en ai marre aussi
46:53de raconter que
46:54la vie moche
46:55en vrai
46:56ce qui est publié
46:57c'est souvent
46:57la vie moche
46:59que c'est
47:00il n'y a pas beaucoup
47:01de photos
47:01qu'on peut publier
47:02sur un dix pages
47:03quoi
47:04donc voilà
47:04mais maintenant
47:06je fais aussi
47:07pas mal d'expos
47:08et tout
47:08où je publie
47:09ces photos
47:10de parfois
47:11la vie
47:12bon là moi
47:13je l'appelle
47:13la vie en rose
47:14sur les zones
47:14de conflit
47:15quoi
47:15et c'est quoi
47:16la vie en rose
47:16sur une zone
47:17de conflit
47:17c'est tous les moments
47:19qui existent aussi
47:20dans les zones
47:20de conflit
47:21qui sont beaux
47:23parfois poétiques
47:24où il y a de l'amour
47:25où il y a du rire
47:26où il y a en fait
47:28comme partout
47:29quoi
47:30la vie
47:30quoi
47:31t'as une scène
47:32en particulier
47:32pour qu'on imagine
47:34ben par exemple
47:37quand
47:39je vais en Afghanistan
47:41les talibans
47:41sont déjà
47:42depuis deux ans
47:43il n'y a plus déjà
47:44d'école
47:44pour les petites filles
47:45de 12 ans
47:46il y a encore
47:47elles ne le savent pas
47:49encore trois semaines
47:50pour les filles
47:51à la faculté
47:52au bout de trois semaines
47:53ce sera fini
47:54mais trois semaines avant
47:55on va devant
47:56la faculté
47:57et pourtant
47:58il y a eu quand même
47:59vachement de
48:00donc elles ne peuvent plus
48:01être dans des classes
48:02avec les garçons
48:04elles n'ont plus
48:04le droit de travaux pratiques
48:06enfin bon
48:07ça a commencé déjà
48:08à être un peu dur
48:09et pourtant
48:10je tombe sur trois
48:13étudiantes
48:14en journalisme
48:15qui sont en train
48:16de rigoler
48:17comme des étudiantes
48:19en fait
48:19truc avec leur téléphone
48:20et en train de manger
48:21des énormes barbe à papa
48:23et donc
48:24elles sont avec leur
48:25barbe à papa
48:27maquillées
48:27avec leur petit sac
48:28et en train de se raconter
48:31des petits secrets
48:32des petits secrets
48:32que toutes
48:33les adolescentes
48:35se racontent à leur âge
48:36ou qu'elles soient
48:37en dépit de
48:39cette espèce de couvercle
48:41noir
48:41qui est en train
48:42de leur tomber dessus
48:43est-ce qu'il y a des reportages
48:44que tu aurais aimé faire
48:45que tu n'as pas fait
48:46ou est-ce qu'il y a des reportages
48:47que tu aurais envie de faire
48:48que tu peux nous
48:49divulguer maintenant
48:50par exemple
48:54alors ce que j'aurais envie
48:55de faire
48:56et que je n'ai pas réussi
48:57à faire
48:57j'espère les faire
48:59donc voilà
49:00tu ne peux pas nous raconter
49:01lesquelles
49:01du coup tu gardes
49:02mais il y en a
49:06qui vont arriver
49:07là bientôt
49:09et
49:12ce que j'aurais aimé faire
49:14et que je ne pourrais
49:15jamais faire
49:19en fait
49:19tu as tout fait
49:20non
49:21ce n'est pas
49:21que j'ai tout fait
49:22mais
49:22j'essaye plutôt
49:24de me concentrer
49:24sur ce que je peux faire
49:26ce que je ne peux pas faire
49:28bon ben
49:29je ne vais pas les garder
49:30j'ai des photos
49:31que je n'ai pas faites
49:32qui me restent en tête
49:33ça on en a déjà parlé
49:35et ça
49:35ils resteront
49:36et je n'y peux rien
49:37et c'est comme ça
49:39mais des reportages
49:41bon non
49:41je n'ai pas de
49:42oublié
49:43non je n'ai pas de
49:44et
49:45avant dernière question
49:47est-ce que tu peux
49:48nous raconter
49:48ce qui t'a motivé
49:50pour faire le métier
49:51que tu fais
49:51et est-ce que
49:52ce que tu imaginais
49:53du métier
49:54est une réalité
49:55ou est-ce que tu avais
49:56tu sais
49:57une image
49:57du reporter de guerre
49:59du photographe
49:59et finalement
49:59ce n'est pas la réalité
50:01qu'est-ce qui m'a donné
50:05l'idée
50:08en fait
50:08j'avais envie
50:09de partir
50:10à l'aventure
50:12de voir
50:13plein de monde
50:14moi je suis née
50:15dans une
50:16enfin je ne suis pas née
50:17dedans
50:17mais j'ai vécu
50:18dans une toute petite ville
50:19à Carcassonne
50:21et voilà
50:22j'avais envie
50:22de voir
50:24tout le reste
50:25du monde
50:26qu'il y avait autour
50:27donc je voulais être
50:29au début
50:29je m'étais dit
50:29la bonne idée
50:30c'est d'être militaire
50:32bon après
50:33la discipline
50:34je n'aime pas trop
50:35et tout
50:36donc je me suis dit
50:36dans le militaire
50:37qui fait l'être sportif
50:37ouais
50:39ça à la limite
50:39ça va
50:41donc j'étais là
50:42non
50:44et puis après
50:44je me suis dit
50:45je ne suis pas
50:45aventureur
50:46ce n'est pas vraiment
50:47un métier
50:48donc je me suis dit
50:49journaliste
50:50en fait
50:52écrire et tout
50:53ce n'est pas non plus
50:54mon truc
50:55et j'avais toujours aimé
50:56la photo
50:56et donc je me suis dit
50:57franchement
50:58je ne sais pas pourquoi
50:59je n'avais pas pensé avant
51:00mais ça coule de source
51:01que c'est ça
51:03et pendant
51:04un de mes stages
51:05quand j'étais étudiante
51:07en photo
51:09photojournalisme
51:09j'ai fait un stage
51:10dans un
51:11dans un journal local
51:12en Angleterre
51:14et mais
51:15je ne sais pas
51:16c'est les planètes
51:17qui se sont alignées
51:18ma bonne étoile
51:19je ne sais quoi
51:20pendant mon stage
51:21il me demande
51:22si je veux
51:23mon boss
51:24il me demande
51:24ça te dirait
51:25de partir en Afghanistan
51:26ou pas
51:27pendant un stage
51:28c'est dingue
51:28pendant un stage
51:29j'ai dit
51:29évidemment
51:30que je pars en Afghanistan
51:31mais c'est improbable
51:32voilà improbable
51:33une chance énorme
51:34et en fait
51:35quand j'arrive en Afghanistan
51:38j'ai
51:39un moment d'épiphanie
51:41où je me dis
51:42je suis exactement
51:44là où je veux être
51:45et je fais exactement
51:46ce que je veux faire
51:46et je voudrais être
51:47nulle part d'autre
51:48je suis
51:49voilà
51:49j'ai trouvé mon
51:51ton évidence
51:52mon évidence
51:53et je me suis dit
51:54c'est ça que je veux faire
51:55toute ma vie
51:55trop bien
51:56dans Tous Wonders
51:57on finit toujours
51:58avec un petit conseil
52:00au vu de tout ce qu'on s'est dit
52:01de ton parcours
52:03t'as parcouru le monde
52:04t'as
52:06vu tellement de choses
52:07c'est quoi le conseil
52:08que tu pourrais donner
52:09aux gens qui nous regardent
52:10et qui nous écoutent
52:16moi je crois que le conseil
52:18c'est
52:20quand on veut vraiment
52:22on peut
52:24moi au début
52:25j'ai eu beaucoup de gens
52:27des gens du métier
52:28qui me disaient
52:29mais
52:29alors que j'étais encore étudiante
52:31le métier
52:32il est mort
52:33de photographe
52:34c'est
52:34laisse tomber
52:35trouve autre chose
52:38et c'était il y a
52:4125 ans
52:42même peut-être plus
52:45je connais des photographes
52:46qui en vivent pas
52:47ils sont obligés
52:48de faire d'autres métiers
52:49c'est la fin
52:50du jeu
52:51du photojournalisme
52:52et tout
52:52bon bah
52:54ça m'a super déprimée
52:56et au bout de 3 semaines
52:57je me suis dit
52:58mais merde en fait
53:00pourquoi
53:01je vais les écouter
53:02eux
53:03je vais justement
53:03prouver que c'est possible
53:06et leur nom
53:09et c'est devenu mon moteur
53:10mais je crois que c'est ça
53:11le truc
53:12il ne faut pas
53:13il ne faut pas écouter
53:15les gens qui disent
53:16non mais
53:16ça va être trop difficile
53:18et tout
53:18ouais difficile peut-être
53:20mais pas impossible
53:21il faut foncer
53:22il faut foncer
53:23et parfois
53:23le difficile
53:24le complexe
53:25c'est bien
53:26génial
53:27merci Véronique Deligri
53:28pour tes conseils
53:30pour ta conscience
53:31et pour tout ce que tu nous as raconté
53:33et nous on se retrouve
53:34mardi prochain
53:35à la semaine prochaine
53:36salut
53:37salut
53:37salut
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