00:01France Inter, la grande matinale.
00:04Notre invité diplomate, ministre délégué auprès de la ministre des armées et des anciens combattants, Alice Ruffaut, bonjour.
00:10Bonjour.
00:11C'est l'information de la nuit, Donald Trump a donc annoncé la prolongation du cessez-le-feu en Iran,
00:15quelques heures après avoir dit qu'une telle extension de la trêve était très improbable.
00:20Pour nous, observateurs et citoyens lambda, honnêtement c'est impossible de suivre les revirements du président américain.
00:28Est-ce que vous, diplomatie et gouvernement français, vous arrivez à suivre ?
00:31On arrive à suivre la nôtre déjà de ligne, c'est quand même le plus important dans ces cas-là.
00:36Sauf que c'est celle de Donald Trump qui décide aujourd'hui d'une crise économique qui touche la totalité
00:43de la planète.
00:44Oui, mais pour défendre nos intérêts, pour défendre notre position, on a une constance depuis le début de la guerre
00:51qui est quand même assez nette et qui permet d'agréger assez largement autour de nous.
00:55Je pense à la réunion qui a eu lieu la semaine dernière, où il y avait quand même une cinquantaine
00:59ou 49 États présents sur le détroit d'Hormuz autour de nous.
01:03C'est parce que la constance, la prévisibilité est une valeur rare, mais sûre, dans le monde contemporain.
01:08Elle n'est pas du côté de Donald Trump.
01:10Est-ce qu'on peut se permettre aujourd'hui, enfin c'est inquiétant quoi,
01:14de constater qu'une crise qui a autant de conséquences directes, y compris pour les Français ici,
01:20sur leur pouvoir d'achat, sur les prix à la pompe, etc., on ne va pas refaire la liste,
01:24est à la merci d'une communication aussi erratique à Washington ?
01:28Oui, bon, là si on part de la dernière annonce de prolongation du cessez-le-feu,
01:32dont on savait qu'il était fragile, c'est pour ça que je pense que pour répondre à cette anxiété
01:36que je comprends bien,
01:37il faut vraiment dire la vérité, l'expliquer, etc.
01:41Là, que le cessez-le-feu se prolonge et qu'on donne du temps aux négociations,
01:45c'est plutôt bien parce que, en fait, d'expérience sur les négociations,
01:49et vous savez que les Européens en ont quand même pas mal d'expérience de négociation avec l'Iran,
01:52c'est compliqué quand même comme négociation, c'est un peu long,
01:55donc il ne faut pas se retrouver dans une situation où une négociation presque trop courte,
02:01avec un délai très court, succède une reprise des hostilités, enfin ça, ça ne marche pas.
02:05Donc il faut donner du temps à...
02:06Donc c'était la seule bonne décision, de prolonger la traite ?
02:08Oui, prolonger le cessez-le-feu, c'est une bonne chose, il faut que ça soit respecté,
02:12plus on aura du temps pour négocier un accord solide, mieux ce sera, évidemment.
02:19Le porte-avions Charles de Gaulle, on le sait, est déployé dans la région
02:23pour des missions officiellement purement défensives,
02:25toujours pas question pour l'armée française d'aider à sécuriser le détroit d'Harmouz ?
02:30Si, il a... Enfin, bon là, ça ne concerne pas le porte-avions.
02:33Le porte-avions Charles de Gaulle est déployé dans une mission de réassurance des partenaires
02:38en Méditerranée orientale avec, j'imagine qu'on va en parler, quand même un rôle pas loin du Liban.
02:44Bon, après, on a des frégates en mer Rouge, où il y a quand même quelques enjeux,
02:49et puis il y a une mission qui est préparée pour permettre la reprise de la liberté de circulation maritime
02:55dans le détroit d'Harmouz, une fois que les conditions seront réunies,
02:57c'est-à-dire une fois qu'il n'y a pas de belligérance intense.
03:01Et puis que ce travail diplomatique sera fait, y compris en déconfliction avec les Iraniens.
03:07Mais pour l'instant, alors qu'on sait un navire de la CMA-CGM, compagnie française,
03:12a été ciblé par des tirs de sommation ce week-end,
03:16le chef de l'agence maritime de l'ONU lance un appel pour venir en aide aux 20 000 marins
03:20qui sont bloqués actuellement dans le détroit d'Harmouz,
03:22pour l'instant, il n'est pas question d'intervenir.
03:24Non mais on soutient les demandes qui ont été faites par l'ONU sur ce plan-là, évidemment.
03:28Après, pour être très précise sur la suite, ce qu'on prépare, c'est d'abord un cadre diplomatique.
03:35Donc là, il y a 49 pays qui se sont engagés pour dire en fait que l'idée,
03:38ce n'est pas d'aller faire la guerre dans le détroit d'Harmouz, c'est le contraire,
03:41c'est de rétablir des conditions qui permettent la reprise de la circulation maritime.
03:45Donc on construit ce cadre, après on verra selon les étapes,
03:49il faut d'abord que ça se calme beaucoup,
03:51ensuite il faut un début de reprise de confiance dans la circulation maritime,
03:54parce que sinon il n'y a pas de bateau qui passe, c'est quand même le contraire.
03:57Et puis, vous avez la question du déminage,
04:00vous savez que les Européens ont des capacités.
04:03Donc c'est étape par étape, mais nous, notre cadre, il est très clair d'action,
04:07ça ne veut pas dire qu'on ne va pas faire,
04:08ça veut dire qu'on essaye de réunir les conditions
04:10pour que ce soit possible de faire en sorte que la liberté de circulation maritime reprenne,
04:13sans péage.
04:14Un mot, puisqu'on parle du Charles de Gaulle avant d'en venir au Liban,
04:18on sait qu'il est escorté par des navires européens,
04:22notamment une frégate de la marine royale hollandaise.
04:24Des journalistes néerlandais ont réussi à piéger cette frégate
04:28en envoyant une carte postale à un marin à bord,
04:31avec à l'intérieur de l'enveloppe une puce Bluetooth à 5 euros.
04:34Ils ont réussi à localiser le navire.
04:35Est-ce que vous avez réprimandé vos partenaires néerlandais ?
04:40Bon, il faut faire attention avec les moyens militaires, il ne faut pas jouer.
04:43Maintenant, pour être tout à fait honnête, vous savez, des moyens militaires de cette nature,
04:48quand ils veulent être vus, ils sont vus.
04:50Parfois même, c'est l'objectif qu'ils soient vus.
04:53Après, quand ils ne veulent pas être vus, je vous assure qu'ils ont des moyens,
04:57et certainement le Charles de Gaulle et les frégates qu'il accompagne, très puissants.
05:00Sauf qu'on voit que certaines technologies, par exemple, un militaire français qui fait son footing,
05:05c'est arrivé sur le compte du Charles de Gaulle avec son application Strava.
05:09Oui, ce n'est pas la même chose.
05:10Mais là, il y a des mesures qui sont prises par le commandement
05:13pour veiller à ce type de comportement.
05:16Mais je veux juste être un peu claire sur le fait que quand le Charles de Gaulle veut être vu,
05:20il est vu.
05:20Et puis ensuite, quand vous savez qu'il y a des moyens de protection qui sont quand même très développés,
05:24donc il faut quand même être sérieux sur ces sujets-là.
05:26J'en viens donc au Liban.
05:27Premier ministre libanais à l'Elysée hier.
05:30Est-ce que vous pouvez nous donner d'abord des nouvelles des soldats français,
05:33trois soldats français de la Force des Nations Unies, la Finule,
05:36qui ont été blessés ce week-end dans une embuscade attribuée au Hezbollah,
05:40embuscade dans laquelle le sergent-chef Florian Montorio a été tué.
05:44Comment vont ces soldats blessés ce matin ?
05:46Oui, je voudrais quand même parler de l'adjudant Florian Montorio une seconde,
05:49à qui il a été rendu hommage à la Finule, aussi par ses frères d'armes,
05:53mais à qui il s'est rendu hommage demain.
05:55Je voulais juste dire que la mission dans laquelle il est tombé est une mission très importante,
05:59parce que pour avoir parlé aussi au chef d'état-major français du contingent de la Finule,
06:05c'est un peu difficile parfois d'entendre les débats quand on regarde du point de vue des armées sur
06:10le thème.
06:10Est-ce que ça sert à quelque chose ?
06:11Enfin, on a perdu l'un des nôtres pour une mission très importante, dont je rappelle la nature.
06:16Si vous me permettez, la France s'est engagée dans la Finule, dans une composante qui est un peu délicate,
06:22parce qu'on est ceux qui passons.
06:24Donc là, il allait ravitailler un autre poste indonésien en l'espèce de la Finule.
06:29Et donc, en fait, nous, on passe parce que le contingent français apporte de l'aide aux autres positions de
06:34la Finule
06:34et apporte de l'aide aux populations civiles.
06:37Donc voilà, il est tombé dans cette mission qui est une mission importante pour la France, pour le Liban, pour
06:41les Nations Unies.
06:41Quant aux blessés, ils ont été, la ministre Vautrin l'a annoncé hier, ramenés en France.
06:48Pour deux d'entre eux, je me permets, parce que j'entends beaucoup de choses là-dessus,
06:53on ne parle pas de l'état des blessés publiquement, pour une raison qui est liée, parfois, quand ils sont
06:58sur place,
06:59à la protection de force, et de manière générale, au respect de leur vie privée.
07:03En tout cas, ils ont été rapatriés.
07:04Il y a 600 militaires français, aujourd'hui, qui appartiennent à cette Finule, la France des Nations Unies, près de
07:10700,
07:11sur 7000 au total. Le président Macron, hier, a dit qu'il pourrait rester,
07:17que la France poursuivrait ses missions sur place, après la fin prévue de la mission de la Finule à la
07:23fin de l'année.
07:23Sous quelle forme ?
07:24C'est une forme qui devra être décidée avec les autorités libanaises,
07:28qui se sont exprimées hier, par la voix de leur Premier ministre,
07:30sur le fait qu'il faudrait un cadre international, peut-être onusien.
07:36En tout cas, le mandat de la Finule, tel qu'elle existe aujourd'hui, expire,
07:39puisque la décision a été prise l'été dernier, à la fin de l'année.
07:42On restera engagés jusqu'au bout de cette mission-là,
07:44et nous sommes à la disposition des autorités libanaises,
07:47pour travailler au cadre qui suivra.
07:49Dans la situation actuelle, ce n'est pas forcément le moment d'avoir ces conversations,
07:53parce qu'il y a beaucoup d'autres choses à traiter,
07:55mais on est disponibles pour soutenir l'agenda des autorités libanaises,
07:59qui consiste à assurer le monopole des armes au Liban, et donc évidemment au Sud-Liban.
08:04Parmi les autres sujets, il y a évidemment ce cessez-le-feu très fragile,
08:07violé manifestement des deux côtés entre Israël et le Hezbollah.
08:10Encore ces dernières heures, négociations sur la zone tampon que veut mettre en place Israël,
08:15durablement dans le sud du Liban, et sur les désarmements du Hezbollah.
08:19Est-ce que la voix de la France porte dans ce dossier ? Israël n'en veut pas.
08:23Ah non, la voix de la France porte sur le dossier libanais.
08:27D'abord, on a toujours été là.
08:32Moi, je l'ai vécu.
08:35En 2020, il y a eu l'explosion du port de Beyrouth, dont on se souvient tous.
08:39On était les premiers sur place.
08:40En 2024, on a travaillé à la mise en place d'un mécanisme pour la surveillance du cessez-le-feu.
08:45On est encore là aujourd'hui, évidemment.
08:46Effectivement, le fait est que la zone tampon, je ne vais pas élaborer là-dessus,
08:53mais en fait, la situation à laquelle il faut arriver,
08:55c'est à restaurer la capacité des autorités libanaises
08:58à avoir le monopole des armes sur leur territoire.
09:00Donc, il faut que les FAL fassent leur travail.
09:03Les forces armées libanaises.
09:04Mais il ne faut pas qu'il y ait d'occupation du sud Liban.
09:06On voit ce que ça donne.
09:07La France ne demande pas expressément, aujourd'hui, immédiatement, à Israël de quitter le sud Liban.
09:12Ce sera à l'issue des négociations, selon ce qu'a dit Emmanuel Macron hier.
09:15Mais en fait, oui, mais il faut faire pardon.
09:17Mais là, il y a des choses qui se passent, quand même.
09:19On a plaidé pour que les États-Unis travaillent avec nous sur ce sujet-là.
09:24C'est le cas.
09:25Ça permet un cessez-le-feu qui, vous avez raison, est fragile.
09:27Et d'ailleurs, il faut condamner quand le Hezbollah,
09:29qui a entraîné le Liban dans la guerre contre sa volonté,
09:33indique qu'il va continuer à attaquer Israël et les nords d'Israël.
09:37Parce que c'est ça qui a entraîné le Liban dans la guerre.
09:40Donc, il faut pouvoir le dire.
09:41Il faut qu'il y ait des négociations directes, qu'on soutient complètement entre Israël et le Liban,
09:46qui sont des décisions courageuses qui ont été prises par les autorités libanaises.
09:49Et il faut préparer les choses pour qu'on puisse apporter un soutien suffisant.
09:54Et c'est ce qu'on a annoncé hier aux autorités libanaises et aux forces armées libanaises,
09:58en particulier parce que là, c'est plutôt mon domaine,
10:00pour qu'elles puissent retrouver la pleine souveraineté
10:04et que l'intégrité du Liban soit complètement respectée.
10:07Mais respecter l'intégrité du Liban, ce n'est pas occuper le territoire.
10:10Pardon.
10:10Donc là...
10:11Merci beaucoup.
10:12Merci.
10:13Alice Ruffeau, ministre déléguée auprès de Catherine Vautre,
10:15ministre des Armées et des Anciens Combattants.
10:18Merci beaucoup.
10:18Merci beaucoup.
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