- il y a 24 minutes
L'ancien président du Medef soutient la décision de l'organisation patronale de déjeuner avec le président du Rassemblement national, qu'il considère comme le "premier parti de France". D'après lui, il faut discuter avec l'ensemble des responsables politique.
Retrouvez "L'invité de 8h20" sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien
Retrouvez "L'invité de 8h20" sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:07Les grands patrons sont-ils en train d'offrir au Rassemblement National le brevet de crédibilité économique que le parti
00:13cherche depuis si longtemps ?
00:15A un an de la présidentielle, les contacts se font en tout cas de plus en plus fréquents et de
00:18plus en plus intenses.
00:19Déjeuner de Jordan Bardella avec le Medef hier, déjeuner de Marine Le Pen avec la crème du CAC 40 il
00:25y a 15 jours.
00:26Pour en parler, c'est l'ancien patron des patrons justement qui est l'invité de ce grand entretien.
00:31Bonjour Pierre Gattaz, président du Medef, principale organisation patronale de 2013 à 2018, président du directoire de Radial,
00:39entreprise fondée par votre père qui fabrique des composants électroniques pour l'aéronautique, pour l'armement, pour les télécoms.
00:45Votre dernier livre, Gagnez plus, c'est maintenant et sorti chez Fayard.
00:49On parlera justement plus largement de la situation de l'économie française que vous décrivez comme catastrophique.
00:56Pour dialoguer avec nous, auditeurs de France Inter, comme d'habitude, le standard 0145 24 7000 et l'application de
01:02Radio France.
01:03Ma langue à fourcher tout à l'heure, j'ai dit application de France Inter, c'est bien l'application
01:06de Radio France qui est la référence maintenant, vous le savez.
01:09Pierre Gattaz sur ses relations avec l'ERN et le patronat.
01:11Marie-Lise Léon, secrétaire générale de la CFDT dit cynisme.
01:16Votre successeur à la tête du Medef, Patrick Martin, répond pragmatisme.
01:20Et vous, que dites-vous, cynisme ou pragmatisme ?
01:22Par pragmatisme, bien sûr, je pense qu'il faut rencontrer tout le monde.
01:25On n'a pas, nous on est, je dirais, on écoute tout le monde, on débat avec tout le monde,
01:29c'est absolument important.
01:31Je crois que Patrick Martin a invité M. Mélenchon, il a invité Mme Tonton-Delier, il a invité M. Roussel
01:38du Parti Communiste.
01:39On discute, il faut écouter, il faut débattre.
01:42Il faut pas, je pense que c'est absolument normal qu'on reçoive les gens, tous les partis, d'autant
01:46plus que ce parti est le premier parti de France quand même.
01:49Donc je dirais, même si recevoir ne veut pas dire être d'accord, il faut les recevoir pour comprendre, pour
01:55écouter, pour partager.
01:56Vous les receviez comme les autres, vous, à votre époque, il y a une dizaine d'années ?
01:59En fait, je les recevais pour, lorsqu'il y a eu le 2017, la campagne présidentielle, oui, j'ai reçu
02:03tout le monde, tout le monde, ils sont venus faire un pitch sur leur programme économique, ça a permis de
02:08débattre, de comprendre, point.
02:09Mais je pense que c'est extrêmement important, si vous rejetez les gens parce qu'ils sont d'extrême droite
02:14ou d'extrême gauche, etc., je pense que vous réduisez la capacité de convaincre aussi,
02:18parce qu'il faut les rencontrer pour les convaincre que leur programme est théorétique, complètement idiot, etc.
02:24Si vous ne discutez pas, vous déclenchez, je pense, vous savez, dans l'entreprise, on essaye de convaincre les gens,
02:30on essaye de construire, on a une diversité de gens.
02:33D'ailleurs, dans nos entreprises, on a des gens qui votent Lévis, qui votent Le Pen, etc. Il faut les
02:37regrouper.
02:38Est-ce qu'il y a pas une différence entre, vous dites, convaincre et recevoir des responsables politiques pour des
02:44grands euros, par exemple à l'université d'été du MEDEF ?
02:47Oui, c'est ce que j'ai fait au MEDEF, oui, absolument.
02:49Et un déjeuner chez Drouan, grande brasserie parisienne, à la table de Bernard Arnault, de LVMH, de Patrick Pouyanné, de
02:55Total, de Cyril Bolloré, fils d'eux, des patrons de Accor, Engie, Renault, Capgemini, toute la fine fleur du CAC
03:0340.
03:03La forme n'est pas neutre, tout de même. Est-ce que ces grands patrons ne sont pas en train
03:07de mettre la dernière main à la normalisation de l'extrême droite ?
03:10Je ne crois pas, il faut comprendre tout le monde, il faut rencontrer les gens, il faut débattre, il faut
03:13absolument écouter, il faut surtout convaincre.
03:16Je pense que si vous voulez, ce n'est pas possible de passer à côté de la première formation française,
03:20parti politique français et surtout européenne aussi.
03:23Donc même si on n'est pas du tout d'accord avec plein de choses, parce qu'ils sont très
03:27populistes et parce que leur programme n'est pas abouti, le programme économique, je ne le connais pas.
03:31Je pense que lorsqu'ils parlent de retraite à 62 ans, lorsqu'ils parlent de renationaliser les autoroutes, lorsqu'ils
03:35ont...
03:36Enfin, ce programme, soit n'existe pas, soit comporte des aberrations totales.
03:41Donc c'est quand même très dangereux.
03:43S'ils arrivent au pouvoir dans un an, eh bien, il vaut mieux commencer à débattre avec eux, de leur
03:49dire c'est complètement de la foutaise et voilà les arguments que vous avez.
03:52Comme dit, il faut le faire avec l'extrême gauche, d'ailleurs.
03:54Il faut le faire avec tout le monde.
03:55La teneur du débat...
03:58Il faut le faire avec tout le monde, tous les partis, c'est ça qui est important.
04:01En 2024 encore, Patrick Martin, l'actuel président du MEDEF, disait en effet, le programme du RN est dangereux pour
04:06l'économie française, la croissance et l'emploi.
04:08Je ne parle même pas d'une de vos prédécesseurs, Laurence Parizeau, qui avait des mots très durs dans son
04:14livre Un piège bleu marine, c'était en 2011.
04:17Le discours a changé, malgré tout. En fait, ce qui a changé, c'est que le Rassemblement National s'est
04:22rapproché du pouvoir.
04:23Non, mais en fait, je pense qu'il y a plusieurs choses.
04:24D'abord, il n'y a plus Jean-Marie Le Pen, donc c'est Marine Le Pen avec M. Bardella.
04:29Deuxièmement, ils sont quand même devenus extrêmement importants en France.
04:34Donc il faut, dès maintenant, savoir ce qu'il y a derrière.
04:37Et moi, je ne sais pas ce qu'il y a derrière, c'est ça le problème.
04:40C'est que, sur le plan économique, il n'y a pas de programme économique.
04:43Et c'est extrêmement inquiétant, d'ailleurs, parce qu'ils arrivent au pouvoir dans un an.
04:46Qu'est-ce qu'ils font ? On ne sait pas.
04:48J'ai vu qu'en effet, sur les retraites, c'est très ambigu.
04:51Est-ce qu'ils reviennent à 62 ans ? Ce qui serait une hérésie totale quand l'ensemble de l
04:55'Europe est à 67 ans.
04:56Y compris nos voisins militerranéens, le Portugal, l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne, etc.
05:01Et que nous, on continue de revendiquer pour des raisons obscures, populistes.
05:05Parce que c'est ça le problème.
05:07Eh bien, je ne suis pas d'accord.
05:08Comme d'ailleurs, je l'ai dit concernant l'extrême-gauche.
05:10Il faut dire les choses.
05:12Et il faut dire les choses.
05:13Pourquoi ?
05:14Pour que la France s'en sorte.
05:15Pour que la communauté humaine, que les Français s'en sortent.
05:18Pour qu'on retrouve du pouvoir d'achat.
05:20C'est le titre de mon bouquin dont on parlera peut-être.
05:23C'est ça qui est important.
05:24Et si on ne peut pas le faire avec des discours populistes.
05:26Et c'est pour ça qu'il faut voir les gens.
05:27C'est pour ça qu'il faut discuter et leur dire que c'est n'importe quoi.
05:31Dans certains cas, parfois c'est bien.
05:32Mais là, vous n'avez pas l'impression que les patrons,
05:35au-delà de vouloir éventuellement peser sur le programme du Rassemblement National,
05:40ce qui peut être considéré comme illusoire ou pas...
05:42Il faut peser.
05:43Il faut peser.
05:44On a en quelque sorte déjà accepté l'idée de la victoire ?
05:46Mais il faut peser, cher monsieur.
05:49On a 18 mois devant nous, un peu moins.
05:51Et moi, je pense que les forces vives de la nation,
05:52c'est-à-dire qu'il y a 4 millions de patrons,
05:54dont essentiellement des petits patrons d'ailleurs,
05:56vous avez 21 millions de salariés et vous avez 6 millions de fonctionnaires,
06:00dont la moitié souffre tous.
06:02Nous souffrons tous de ce délire politique qu'on a entendu depuis la dissolution,
06:07d'une médiocrité inouïe, je dirais, de certains partis.
06:11Aucune vision de 1040 pour la France.
06:13Aucune valeur des coups bas, des associations.
06:17Mais c'est n'importe quoi, si vous voulez.
06:18Moi, je suis extrêmement en colère de la politique française aujourd'hui.
06:22Donc il va falloir que nous, on monte en puissance, nous les patrons.
06:26Et ça veut dire parler plus en médias, ça veut dire exprimer.
06:29On défend quoi ? On défend une France qui gagne.
06:31Une France qui va réussir grâce à son économie, ses entreprises.
06:35Et je pense que si vous voulez en France, le problème, c'est que depuis 40 ans,
06:37on a mis le social, et c'est très très bien, devant l'économie.
06:40On a fait du social en endettant la France, en endettant la France.
06:43Il faut remettre l'économie au centre du jeu,
06:45parce que c'est l'économie qui va pouvoir donner du bien-être aux gens,
06:48du pouvoir d'achat aux gens, des emplois aux gens,
06:51et faire de l'environnement, faire de l'écologie.
06:53C'est par l'économie qu'on va faire ça, par l'innovation, la recherche.
06:57Tout ça, il faut l'expliquer aux patrons, à ceux qui ne comprennent pas l'économie,
07:00parce qu'ils n'ont jamais fait d'économie.
07:01Il faut parler à tout le monde, dans ceux qui ne comprennent pas l'économie.
07:04Peut-être, si j'en crois certains discours patronaux,
07:08peut-être, comprenez-vous, les actuels dirigeants du Rassemblement National.
07:11Mais on va parler du programme, ou en tout cas des orientations économiques du RN.
07:16Mais je voudrais vous citer la parole...
07:18On ne va pas en parler longtemps, il n'y en a pas.
07:20Je voudrais vous citer la parole d'un des seuls grands dirigeants
07:22qui s'expriment contre ces rencontres entre le RN et le patronat.
07:26C'est le patron de la Maïf, Pascal Demurgé, ici à ce micro, sur France Inter,
07:30dans une tribune au Monde aussi, ces derniers jours.
07:32Il dit ce qui se passe en ce moment entre une part croissante du monde économique et le RN
07:36relève de la capitulation.
07:38Cette dynamique confère au parti de Marine Le Pen
07:40a une respectabilité, une crédibilité technique
07:42longtemps inexistante aux yeux de l'opinion
07:46qui entraîne le risque d'accélérer sa victoire.
07:48Qu'est-ce que vous lui répondez ?
07:49Non, moi je ne suis pas d'accord, parce que je pense qu'il faut rencontrer les gens.
07:51Je pense que lui a une position politique.
07:53D'ailleurs, comme Laurence Parisot l'avait.
07:54Ils ont le droit d'avoir des positions politiques, politiques, politiques, politiques.
07:59Mais ils ont le droit.
07:59Ils ont le droit de faire un livre.
08:00Moi, je n'ai pas été...
08:04Voilà, il faut dire les choses, on dit les choses.
08:06Moi, je vois ça sur le plan économique.
08:08Sur le plan économique.
08:10Sur le plan économique, ce sont des gens qui peuvent accéder au pouvoir.
08:12Peut-être, je ne sais pas.
08:14Il est important.
08:15Pour l'extrême-gauche, c'est pareil.
08:16Monsieur Mélenchon peut se retrouver dans des sortes de malentendus,
08:20se retrouver au pouvoir.
08:21Il est important de discuter avec ces partis-là,
08:25tous les partis de France, et surtout avec les électeurs de leur parti.
08:28Les électeurs de leur parti, c'est des Français comme vous et moi.
08:31Moi, j'en ai dans ma société radiale.
08:32J'ai 4000 personnes, dont 2000 en France.
08:35Eh bien, il faut discuter.
08:36Il faut discuter de la vision pour la France.
08:37Il faut discuter de la réindustrialisation de la France.
08:39Et qu'est-ce qu'ils proposent ces gens-là ?
08:41Rien.
08:42Ni à droite, ni à l'extrême-droite, ni à l'extrême-gauche.
08:45Il n'y a rien.
08:46Enfin, moi, ce que je vois ici...
08:47Marine Le Pen et Jordan Bardella ont écrit une lettre au chef d'entreprise hier,
08:51dans laquelle ils promettent, dès les premiers jours, premières semaines,
08:55d'un mandat éventuel à l'Elysée en cas de victoire l'année prochaine,
09:00de tailler dans les normes qui freinent la production,
09:02de libérer l'économie.
09:03Ça, ça ne peut que vous plaire.
09:05Oui, mais ça, c'est des slogans, ça, si vous voulez.
09:07Ça, on peut le dire.
09:08Ça, c'est formidable.
09:09Sur TikTok, sur Insta, on peut dire ça.
09:11Après, comment on va au plein emploi ?
09:13Moi, je voudrais que tous les partis politiques, tous, nous disent
09:17comment on réindustrialise le pays.
09:19On est tombé à 10% du PIB.
09:21Il faut remonter à 15% au moins.
09:22Comment on va au plein emploi ?
09:23C'est fondamental, le plein emploi.
09:25Je vais vous donner un chiffre du chômage.
09:27On est remonté à 8%.
09:28C'est un scandale.
09:29Un chômeur coûte 15 000 euros à la collectivité par an.
09:33Plus le drame humain qu'il a d'être au chômage.
09:36Le même chômeur qui travaille, il rapporte 15 000 euros.
09:38Ça fait 30 000 euros de gains.
09:39Vous faites ça par 1 million d'emplois, ça fait 30 milliards d'économies par an.
09:432 millions, ça fait 60 milliards d'économies par an.
09:45Plus des gens qui retrouvent le goût du travail, qui retrouvent la solidarité,
09:49qui retrouvent un épanouissement, une dignité humaine par le travail.
09:52Moi, j'essaye d'entendre ça chez les partis.
09:57Il n'y a rien, il n'y a aucune vision en 2040.
10:00Comment on refait fonctionner l'ascenseur social ?
10:02Comment on redonne du pouvoir d'achat ?
10:03Comment on fait des économies ?
10:05Parce que ceux que j'entends, ils veulent taxer.
10:07Donc il n'y a rien, si je vous entends bien, ni chez l'ERN, ni chez les autres, en
10:11fait.
10:11Mais si vous voulez, il y a les républicains qui commencent à sortir du bois
10:15avec des choses libérales, entrepreneuriales,
10:17parce que le mot libéral est connoté en France.
10:19Même si je trouve qu'il y a des socialistes libéraux,
10:22les sociodémocrates suédois du Pays-Bas, du Danemark,
10:25qui ont fait des mesures incroyables en supprimant l'ISF,
10:27en réduisant le nombre de fonctionnaires ou le statut à vie, comme les Suédois.
10:30Ce sont des socialistes, ce sont des socialistes, sociodémocrates libéraux.
10:34Donc vous voyez, je ne fais pas de politique.
10:37Je dis juste qu'à gauche et à droite,
10:38vous avez les extrêmes qui sont plutôt populistes, gauche et droite,
10:41et vous avez des gens qui sont...
10:43Vous les mettez sur le même plan d'ailleurs.
10:45Mais extrême gauche et extrême droite,
10:47je pense que si vous voulez, d'un côté,
10:48vous connaissez le programme de M. Mélenchon et les filles,
10:52qui est une horreur absolue, qu'il faut combattre absolument.
10:54Mais on peut combattre dans le...
10:56Mais parce que si vous voulez, quand vous êtes...
10:58Excusez-moi, mais c'est le trotskisme pur.
11:00Il y a des visios qui existent d'ailleurs sur Internet,
11:03lorsque, du 7 octobre 2012, que j'ai revu,
11:06si vous voulez, on parle de Chavez comme un modèle,
11:08on parle de Trotsky comme un modèle.
11:10Là, vous êtes...
11:10C'est la campagne de 2012.
11:11Il parle de conflictualité, de conflictualiser tout, si vous voulez,
11:15de révolution, c'est ça.
11:17Bon, mais moi, si vous voulez, ça me...
11:18Voilà, il faut juste que les électeurs se disent,
11:21tiens, est-ce qu'on veut un personnage comme ça à la tête de l'État ?
11:24Et puis, côté RN, alors, vous avez des avancées,
11:28vous avez des écoutes qui se passent, etc.
11:30Mais si vous voulez, on est très, très loin d'un programme économique
11:32qui pourrait redresser la France et les Français.
11:33Vous parlez des économies, principal levier d'économie
11:35selon le Rassemblement National, la lutte contre l'immigration.
11:38Est-ce que vous vous dites, non, on a besoin de l'immigration,
11:42de travail, pour répondre aux besoins de la main d'oeuvre ?
11:45Mais il faut de l'immigration choisie, intégrée, si vous voulez.
11:47C'est ma réponse.
11:48On ne peut pas accueillir, comme disait Michel Recard,
11:50toute la misère du monde, ce n'est pas possible.
11:52Mais la France doit en prendre sa part.
11:53La France doit en prendre sa part, doit prendre sa part
11:55parce qu'il y a des métiers en tension, parce qu'il y a des...
11:57Exactement, donc c'est illusoire de penser que ce sera zéro flux.
12:01Il en faut, mais par contre, il faut les accueillir,
12:03il faut les intégrer, il faut les mettre sur les valeurs républicaines de la France.
12:07Il faut qu'ils aiment la France.
12:08Moi, je connais plein d'immigrés, dans ma entreprise, j'en ai plein.
12:12Ils adorent la France, ils sont français.
12:12Vous en avez besoin, le monde économique en a besoin.
12:14On en a besoin, on n'en a pas besoin non plus, je dirais,
12:17d'un certain nombre, mesurable.
12:18Il faut que ça soit harmonieux et mesuré.
12:24Les excès sont très mauvais d'un côté comme de l'autre.
12:26Le zéro immigration, ça ne marche pas.
12:28Le tout plein d'immigrations, on ouvre les portes, ça ne marche pas non plus.
12:31C'est des questions de mesure.
12:32Dans nos entreprises, on est mesuré.
12:35Et on essaye de faire en sorte que les recettes soient plus supérieures aux dépenses, surtout.
12:38C'est ça l'important, pour ne pas avoir des dettes et des déficits annuels comme la France-là.
12:43Justement, j'en viens à l'état de la France, Pierre Gattaz,
12:45et à vos préconisations dans ce livre pour l'améliorer.
12:48Et en préambule de cet ouvrage, vous dites « La France va mal »
12:52et vous dressez un tableau sombre.
12:55« Croissance plus faible que celle de nos voisins, pouvoir d'achat à l'arrêt ou presque,
12:59chômage trop élevé, dette et déficit record, voie de la France affaiblie dans le monde. »
13:03C'est ça votre bilan de 10 ans, presque 10 ans de Macron ?
13:06Oui, mais je vais positiver quand même, cher monsieur.
13:07Et pour vos auditeurs, c'est important de dire que la France est un immense pays,
13:10qu'on a un patrimoine de fou, qu'on existe depuis 1 000 à 1 500 ans.
13:14Ça dépend si vous prenez le Capet ou si vous prenez Clovis.
13:16Oui, mais le tableau, là, il est sourd.
13:18Non, mais le tableau instanté n'est pas bon.
13:20Il n'est pas bon du tout, mais c'est un gâchis.
13:23C'est-à-dire, en fait, la France devrait être numéro 1 partout,
13:25dans les filières, dans l'industrie, dans les technos.
13:28On a glissé depuis 40 ans.
13:30En effet, le PIB par habitant, la richesse a stagné.
13:34Les autres pays ont augmenté.
13:36On a une dette record de 3 300 milliards.
13:38On a un PIB à 1 %, c'est-à-dire la croissance de la France depuis 20 ans, c
13:42'est 1 %.
13:42On devrait être à 2 %.
13:44Vous voyez, en plus, il y a une nervosité.
13:46Il y a un chômage qui reste très élevé par rapport à l'ensemble des pays européens.
13:50Les Polonais, les Slovaques, les Tchèques sont à 4-5 %, 5 % de chômage.
13:55Nous, on est remonté à 8.
13:56Ça veut dire quoi ?
13:57Ça veut dire, entre autres, que les aides aux entreprises qui ont été plus élevées que jamais ces 9 dernières
14:02années,
14:03depuis l'élection d'Emmanuel Macron en 2017,
14:05ça ne m'arrête pas.
14:06Ça veut dire, si vous voulez, qu'il y a eu une embellie avec la fin du mandat de Hollande,
14:13autour d'Emmanuel Valls,
14:15avec des gens qui étaient devenus des sociodémocrates,
14:17et ça m'a fait plaisir parce que je suis arrivé au MEDEF en 2013 avec un programme socialiste.
14:21Et puis progressivement, si vous voulez, ils ont été pragmatiques.
14:24Et c'est vrai de gens comme Moscovici, Le Drian, Cazeneuve, etc.
14:29Ce sont des gens, y compris Arnaud Montebourg, qui est devenu entrepreneur.
14:32Ce sont des gens qui ont compris que l'économie faisait tout.
14:34Et je suis désolé, je pense qu'on a fait beaucoup de social sans économie pendant 40 ans.
14:38Et là, il faut remettre l'église au milieu du village, c'est-à-dire l'entreprise.
14:41Je vous parle des aides aux entreprises.
14:43Alors, les aides aux entreprises, si vous voulez, il a fallu mettre...
14:45Ça n'a pas marché ?
14:46En fait, ça a marché pour le Covid, mais c'était trop.
14:49Le Covid, le quoi qu'il en coûte, on a distribué 300 milliards.
14:53On a trop aidé les entreprises.
14:54Il y a eu un quoi qu'il en coûte qui a été élargi, qui a été éparpillé, sur tout
14:59le monde.
15:00Donc, il y a des gens, en effet, qui ne devaient pas forcément avoir des aides et qui en ont
15:04eu.
15:04Aujourd'hui, si vous voulez, il faut faire extrêmement attention.
15:07D'autres pays, comme la Suisse, comme la Hollande, comme l'Allemagne, ont réparti des aides de façon beaucoup plus
15:12mesurée à ceux qui en ont vraiment besoin.
15:15D'ailleurs, vous proposez de réduire de 80 milliards les aides aux entreprises.
15:17Je suis contre les aides aux entreprises d'une façon générale.
15:21Vous pouvez nous expliquer.
15:22Je vais vous dire pourquoi.
15:22Parce qu'en fait, je pense qu'on a une fiscalité très élevée en France.
15:25Vous savez qu'on a la fiscalité la plus élevée au monde, quasiment, avec 45% de prélèvements obligatoires.
15:30Taxes, charges, etc., tous les impôts.
15:32La moyenne européenne est toujours de 39%.
15:34Donc, on a 6 points de plus.
15:35En fait, on augmente la fiscalité et les impôts pour payer des tas de choses et un modèle social très
15:41généreux, très bien.
15:43Mais en contrepartie de ça, on redistribue des aides.
15:46Et moi, je suis contre les aides aux Romains.
15:48Je pense qu'il faut baisser la fiscalité française et ne plus donner d'aide.
15:51Alors, il faut la donner quand il y a des crises, quand il y a du Covid, de façon très
15:54particulière, très précise.
15:56Et ensuite, les aides, c'est la souveraineté.
15:58Là, il faut par contre se battre pour remettre du militaire de la défense, pour l'IA, pour l'environnement,
16:04pour l'écologie.
16:04Il y a des grands marchés qui sont des grands principes de souveraineté, qui sont des grandes infrastructures à faire,
16:10où là, les entreprises n'ont pas les moyens.
16:13Donc, c'est comme ça que les Chinois avancent, c'est comme ça que les Américains avancent.
16:17Donc, il faut que, je dirais, les aides soient des aides d'investissement et non pas d'exploitation.
16:22Pourquoi on n'entend pas davantage ce discours chez les patrons ?
16:24C'est le mien, parce que je ne suis plus président du BNF.
16:28Quand vous êtes président du BNF, vous réclamez des aides ?
16:30Non, non, non, je ne l'ai jamais dit.
16:32On aide trop les entreprises.
16:32Ah non, pas du tout, excusez-moi.
16:33Non, non, je n'ai jamais réclamé des aides.
16:34J'ai toujours dit, arrêtons.
16:35Et je disais à mes patrons, mes amis patrons, il ne faut pas tendre la main pour avoir des aides,
16:40parce que vous allez avoir les impôts qui vont augmenter dans votre sac à dos.
16:43Donc, il faut arrêter de demander des aides.
16:45Il y a certains, c'est vrai qu'il y a des aides publiques pour les dépenses publiques, pour les
16:51infrastructures publiques.
16:52Là, c'est autre chose.
16:53Là, ce sont des moyens publics qui sont donnés pour faire des écoles, des hôpitaux, des infrastructures, des routes, des
16:57autoroutes.
16:58Ça, c'est différent.
16:59Mais les aides, si vous voulez, pour aider, non, baissons la fiscalité pour retrouver une fiscalité de compétition.
17:05Une fiscalité, je dirais, oui, c'est ça, de compétition pour attirer les gens et pour qu'ils développent leur
17:10boîte en France.
17:11Le sous-titre de votre livre, Pierre Gattaz, c'est « Votre travail mérite d'être bien payé ».
17:16Oui.
17:16À quel moment vous avez eu cette révélation que les salaires n'étaient pas assez élevés en France ?
17:21Moi, je pense que si vous voulez, le prême qu'on a, mais c'est en discutant avec, vous savez,
17:24des chauffeurs d'axi, des salariés.
17:26Et moi, je discute beaucoup, je fais beaucoup de conférences dans toute la France, autour de mon bouquin.
17:30Je vois des gens de toute origine, si vous voulez.
17:34Et le message revient.
17:36En fait, on n'est pas assez payé, on ne veut pas travailler plus parce que ça ne sert à
17:39rien.
17:39On donne tout aux impôts.
17:40Donc, vous avez un premier problème qui est les charges sociales et patronales.
17:44Ces charges sont très élevées en France.
17:47Quand vous avez 100 euros nets dans la pelle aux poches, en fait, ça coûte 200 euros au minimum à
17:51l'entreprise.
17:52C'est énorme.
17:53Il y a beaucoup de...
17:54Donc là, il faut regarder comment améliorer, comment redonner du salaire net aux gens.
18:00Éventuellement, en évitant de gaver les actionnaires de dividendes qui ont explosé ces dernières années ?
18:06Ce n'est pas ça, non.
18:08Les dividendes, c'est un autre sujet.
18:09C'est qu'on a la chance d'avoir le CAC 40 en France.
18:12On a dans les 50 entreprises les plus grosses européennes, il y a 15 qui sont françaises.
18:16C'est une chance, le CAC 40.
18:18Et le CAC 40, les actionnaires, c'est des fonds de pension, c'est des fonds de pension étrangers, c
18:22'est des fonds de pension français, c'est l'État.
18:23L'État français demande des dividendes.
18:26C'est vrai que le CAC 40 distribue entre 50 et 75% de dividendes.
18:29Nous, dans les boîtes patrimoniales, on est à entre 10 et 20%.
18:33C'est-à-dire que vous réinjectez, nous réinjectons, nous patrons, dans nos boîtes patrimoniales, 80% des résultats nets
18:40dans la boîte, dans l'innovation.
18:41On peut mieux redistribuer.
18:43Oui, mais après, si vous avez des actionnaires familiaux, vous dites on bosse pour la boîte, on bosse pour la
18:46durée de la boîte, on bosse pour une équipe, on bosse, on investit dans notre boîte.
18:50Mais quand vous avez le CAC 40, et ce n'est pas une critique du CAC 40, vos actionnaires, ce
18:55n'est pas des boîtes familiaux, ce sont tout un chacun, c'est des retraités.
18:59Et ces gars-là, ils veulent des actions, ils veulent des dividendes.
19:01Donc je dirais, c'est parce que nous avons beaucoup de CAC 40, beaucoup de grandes entreprises qui sont très
19:05performantes en France, qu'il y a des gros niveaux de dividendes.
19:08C'est vrai, plus qu'en Allemagne.
19:09Les Allemands, c'est des Mittelstands, ce sont des boîtes familiales, principalement.
19:13Une question sur les salaires, justement, je crois, de Jean-Louis au Standard de France Inter pour vous, Pierre Gattaz.
19:17Bonjour Jean-Louis, on vous écoute.
19:19Bonjour Simon, bonjour M. Gattaz.
19:21Bonjour M.
19:22Je voulais revenir sur votre ouvrage Gagnez plus, et votre slogan Gagnez plus.
19:27J'aimerais quelques précisions.
19:29Est-ce uniquement du revenu, quand vous dites Gagnez plus, ou est-ce aussi une sorte de monétisation, de temps
19:34libre en plus, de sens en plus, de sécurité en plus ?
19:39Et ne pensez-vous pas que le Français de 2026 préfère désormais vivre mieux, avec moins, plutôt que de gagner
19:46plus, et de partir au travail avec la boule au ventre tous les matins, en se gâchant la vie ?
19:51Question sur le nouveau rapport au travail, merci Jean-Louis.
19:54Oui, c'est une très bonne question sur le travail, cher monsieur.
19:57Alors, moi, si vous voulez, je fais des économies, et dans mon livre, j'ai 30 mesures économiques.
20:01Ce sont des économies, ce ne sont pas des taxes en plus, au contraire, j'enlève des taxes, et je
20:06fais que les gens travaillent un peu plus, c'est vrai, jusqu'à 67 ans, c'est vrai, mais pas
20:11tout de suite.
20:12Je fais en sorte qu'on ne remplace pas un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite, c'est
20:17vrai, mais tout ça pour revaloriser le travail et pour augmenter le salaire net.
20:21Les 30 mesures économiques que je propose dans mon livre, c'est 450 milliards d'économies à 15 ans.
20:27Et je fais trois tiers, un tiers pour les salariés nets, pour le salaire net, un tiers pour réduire le
20:33déficit annuel de la France, et un tiers pour investir dans les grands défis de demain, le militaire, la planète,
20:39etc.
20:40Alors, vous avez raison sur le travail, vous savez, je pense que le travail a été compressé, les 35 heures
20:46n'ont pas été bien, parce que culturellement, en France, malheureusement, on a dit qu'il faut moins travailler.
20:51Ça a été François Mitterrand en passant de la retraite de 105 ans à 60 ans en 81, ça a
20:55été les 35 heures.
20:57Vous savez, le travail...
20:57Les Français travaillent en fait autant que la moyenne européenne.
21:0250 heures de moins par an, c'est-à-dire nous travaillons 1510 euros par moyenne en actif par rapport
21:07à 1570.
21:08C'est 50 heures de moins par rapport à la moyenne européenne.
21:11Là où il y a un problème, c'est qu'on a un taux d'emploi des jeunes qui est
21:13faible, donc les jeunes sont plutôt au chômage, longtemps, et un taux des seniors qui est faible, parce qu'on
21:18part à la retraite plutôt que les autres.
21:20C'est aussi une responsabilité des entreprises.
21:21Alors, il y a une entreprise, oui, mais parce que si vous avez... c'est là où c'est intéressant,
21:26c'est qu'on veut protéger, on a voulu protéger le salarié, on a voulu faire du social, mais sans
21:32faire attention à l'économie en face et aux recettes.
21:34Donc, on a endetté le pays, on a endetté le pays pour financer l'assurance chômage, pour financer la retraite
21:41à 60 ans de François Mitterrand, puis 62.
21:44Tout ça, ça coûte.
21:45Et quand ça coûte, vous le faites peser sur le coût du travail.
21:51Donc, en effet, les gens, ils ont l'impression d'être mal payés, et donc c'est plus drôle de
21:55travailler.
21:56Par contre, quand ils sont à la retraite, ils bossent gratuitement.
21:58Donc, il y a un problème de revaloriser le travail, et c'est pour ça que je dis que si
22:02on arrive à décontracter, à retrouver 2% de croissance, à relever des défis sur le militaire, sur la planète,
22:09sur la santé,
22:10on peut réindustriser le pays, ça doit être une fête de travailler, ça doit être une fête de faire de
22:14l'économie autour de l'innovation, de la recherche.
22:17Il faut réenchanter tout ça, cher monsieur.
22:19Il faut réenchanter l'industrie, il faut réenchanter l'entreprise, et surtout pas que les gens viennent la boule au
22:24ventre au travail.
22:25Moi, Radial, si vous voulez, je vois, quand j'ai de la croissance, j'ai bossé 35 ans à gérer
22:30Radial.
22:31J'ai eu 4 années de crise, enfin, 4 crises à gérer.
22:334 crises à se gérer, c'est dur, les gens ont la boule au ventre, ils ont peur de se
22:37faire licencier.
22:37Il faut aller très vite pour gérer la crise, repartir vers le haut, repartir en croissance.
22:41Quand c'est de la croissance, on donne des primes, de l'intéressement, tout va bien, le travail est une
22:46fête, etc.
22:47Il faut que la France retrouve le goût de la croissance, et c'est avec la croissance qu'on réenchantera
22:52tout ça.
22:52A 1% de croissance depuis 20 ans, c'est mauvais, parce que nous sommes en crise permanente depuis 20
22:57ans.
22:58C'est ça, une France, et gérer une crise pendant 20 ans d'une entreprise, c'est insupportable, ça ne
23:03marche pas.
23:04Merci Pierre Gattaz, ancien président du MEDEF.
23:06Merci beaucoup.
23:07« Gagnez plus, c'est maintenant », c'est le titre de ce livre qui est paru chez Fayard.
23:1130 réformes.
23:11Merci d'être venu nous voir ce matin sur France Inter, la revue de presse à suivre.
Commentaires