Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 15 heures
Procès du meurtre d'Agnès Lassalle : son compagnon "attend de pouvoir dire les choses, une sorte d'exutoire"

Procès du meurtre d'Agnès Lassalle : son compagnon "attend de pouvoir dire les choses, une sorte d'exutoire"

Stéphane Voirin, compagnon d’Agnès Lassalle, professeure tuée par un élève en 2023, se dit "serein et impatient" à la veille de l'ouverture du procès devant la cour d'assises des mineurs qui s’ouvre ce mardi 21 avril 2026.

Il était au micro de Simon Le Baron.

Retrouvez « L'invité de 7h50 » de Benjamin Duhamel sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Notre invité ce matin est un homme qui danse, c'est ainsi en tout cas que nous l'avons tous
00:05découvert sur cette aire de Nat King Cole,
00:08dansant devant le cercueil de sa compagne Agnès Lassalle, professeur d'espagnol, tué d'un coup de couteau par l
00:15'un de ses élèves dans son lycée de Saint-Jean-de-Luz.
00:17Images qui ont bouleversé tous ceux qui les ont vus en français et bien au-delà.
00:22Bonjour Stéphane Voirin.
00:24Bonjour Monsieur.
00:25Si vous êtes avec nous en duplex ce matin, c'est parce que trois ans après, vous allez assister à
00:31partir de demain au procès de l'adolescent qui a tué votre compagne.
00:34Procès pour assassinat devant la cour d'assises des mineurs puisqu'il avait 16 ans au moment des faits.
00:39Question toute bête, toute simple.
00:41Stéphane Voirin, dans quel état êtes-vous ? Quel sentiment vous traverse à la veille de ce procès ?
00:46Je suis serein et impatient.
00:50Impatient parce qu'effectivement, comme vous l'avez souligné, cela fait déjà trois ans.
00:54C'est long, trois ans.
00:56Trois ans sans tourner une page, trois ans à travailler.
01:00Et serein parce que j'ai tout à fait confiance en la justice et ses protagonistes.
01:07Avant que vous nous disiez justement ce que vous attendez de la justice, je voudrais revenir sur la promesse que
01:12vous vous étiez faite avec Agnès.
01:14Si l'un de nous disparaît, on doit continuer parce que la vie est belle.
01:18Est-ce que vous avez réussi ?
01:19Est-ce que vous avez réussi depuis trois ans à continuer à trouver toujours la beauté de la vie ?
01:26Écoutez, vous êtes durs quand même parce que vous m'attaquez sur une chanson que j'adore, sur une danse
01:31qui est un acte d'amour.
01:33Mais sur une philosophie de vie, oui, j'essaye.
01:38Ce n'est pas pour ça que j'ai renié de nos principes.
01:41J'essaye, mais vous savez, ce procès, ça vous maintient quand même dans un traumatisme, dans un passé qui n
01:48'arrive pas à passer.
01:50Ce que j'attends de ce procès, c'est de pouvoir dire les choses, une sorte d'exutoire et pouvoir
01:57après passer vraiment à autre chose.
01:59Oui, j'essaye de vivre. C'est ce qu'on s'était dit. Est-ce que j'aurais voulu qu
02:02'elle fasse ?
02:03Vous vivez, vous dansez. Vous aviez raconté ces mots qu'elle vous avait écrits dans une lettre que vous avez
02:08découverte après la mort d'Agnès.
02:12Elle vous avait dit continue, fonce, continue de danser, je serai là.
02:16Vous continuez de danser, vous la retrouvez quand vous dansez.
02:20Mais je n'ai pas cessé de danser et de temps en temps, je danse assez souvent avec Agnès.
02:26C'était une philosophie de vie, des mots, mais des mots qu'on s'était dit ne serait-ce que
02:31six jours avant sa mort.
02:34Et des mots qu'on s'était échangé déjà 13 ans auparavant, donc c'est assez significatif.
02:41Ce n'est pas pour fauter maintenant. Oui, il faut ramer, il faut avancer.
02:46Il y a les mots que vous avez reçus aussi, les milliers de mots, de messages, de témoignages.
02:50Il y a eu cette chanson aussi.
03:07Celui qui tourne et qui tient l'absence, c'est vous.
03:09Cette chanson s'appelle « Les parvis » écrite par Paul Ecole, chantée par Julien Clerc.
03:13C'est ça que vous aimez beaucoup, je crois, Stéphane Voirin, sur la musique duquel vous aviez beaucoup dansé avec
03:17Agnès.
03:18Tout ça vous a aidé aussi à tenir ces trois dernières années.
03:23Julien Clerc, monsieur. Julien Clerc.
03:27Oui, bien sûr.
03:28Mais tous ces témoignages d'artistes, qu'ils soient chanteurs, écrivains, dessinateurs, il y a même des anonymes qui m
03:36'ont envoyé des dessins, des graphes, des poèmes.
03:41Et tous ces commentaires que je retrouve souvent sur Internet, alors que je ne suis pas du tout, mais pas
03:47du tout paname et addict aux réseaux sociaux.
03:50Vous n'imaginez pas le bienfait, la force que ça peut vous inculter.
03:56Parlons donc de ce procès, Stéphane Voirin, qui commence demain.
03:58Qu'est-ce que vous en attendez ?
04:00Juste après la mort d'Agnès, vous disiez attendre, je vous cite, que l'on sorte quelque chose de bien,
04:06de tout ce merdier.
04:07Est-ce que vous l'espérez toujours ?
04:11Mon Dieu, est-ce qu'on espère toujours en la bonté humaine ?
04:15J'espère ne pas perdre la foi, même si des fois je mets un genou à terre.
04:20Et justement, c'est dans ces cas-là que je me replonge dans tous ces commentaires anonymes et plus merveilleux
04:26les uns que les autres.
04:27Vous n'imaginez pas le soutien que ça peut donner.
04:30Oui, ce que j'attends de ce procès, c'est une reconnaissance, bien sûr, une reconnaissance d'un acte au
04:37Dieu qui a été perpétré,
04:39mais la reconnaissance aussi d'une souffrance, de valider cette souffrance pour pouvoir passer à autre chose.
04:47Vous avez l'impression que cette souffrance, qui est la vôtre, a besoin d'une validation, qu'on vous dise
04:55oui, vous avez le droit de souffrir ?
04:58Écoutez, pour l'instant, il va falloir que j'aille prouver que je suis une victime.
05:02Mais j'aimerais surtout recadrer les choses, parce qu'on lit beaucoup de choses sur Internet.
05:08Il y a beaucoup de fake news, il y a beaucoup de commentaires, mais je voudrais rétablir l'équilibre
05:15et bien préciser que c'est le procès de l'État, du ministère public qui se retourne contre un individu
05:21qui a gravement fauté.
05:24Mais la première des victimes et la plus importante, c'est ma compagne, c'est Agnès Lassalle, une professeure des
05:30écoles,
05:30qui faisait excellemment son boulot.
05:34Ce sera l'occasion de lui rendre hommage aussi à elle et à tous les professeurs dont vous avez beaucoup
05:38parlé,
05:39dont vous avez énormément salué l'engagement depuis trois ans.
05:47Absolument, sincèrement, j'aurais voulu que ce soit l'acte d'un fou, un acte psychotique et qu'on n
05:53'en parle plus.
05:54Mais la réalité, vous la connaissez encore mieux que moi.
05:58Elle se rappelle à nous de tous les jours, enfin peut-être pas tous les jours, heureusement,
06:02mais de plus en plus souvent, par des actes violents perpétrés au sein des écoles,
06:08qui sont envers le personnel des écoles, mais aussi envers les élèves, entre eux.
06:16Et ça, c'est inentendable.
06:19Agnès était la première, on peut dire ça comme ça, six mois avant M. Dominique Bernard.
06:25Et j'aurais tant voulu que ça s'arrête là.
06:27Voilà, effectivement, il ne fait pas bon en ce moment d'être une femme travaillant au sein de l'éducation
06:33nationale.
06:34Vous avez souvent exprimé en effet votre colère après chacun de ces drames,
06:39d'autres drames, dans d'autres établissements scolaires, souvent des professeurs femmes en effet,
06:44d'autres élèves aussi parfois victimes d'agressions au couteau dans leur collège, dans leur lycée.
06:50Votre révolte, votre indignation n'est jamais retombée.
06:54Absolument, c'est comme une mission que…
06:59Vous savez, j'ai cette volonté, Agnès l'adorait,
07:02mais on avait cette volonté de faire le bien, surtout de travailler pour le plus grand nombre.
07:10Et sincèrement, il y a un souci, un souci qui nous concerne tous.
07:15Et moi, maintenant, statistiquement, je ne devrais plus être trop embêté.
07:19Mes enfants sont grands, Agnès, malheureusement, n'est plus là,
07:22mais je pense que vous avez de sérieuses préoccupations à l'heure actuelle.
07:27Et vous estimez que les pouvoirs publics, vous qui vous êtes beaucoup renseigné ces derniers mois
07:33et ces dernières années sur ces questions des violences en milieu scolaire,
07:36qui avez beaucoup lu, c'est devenu un combat pour vous ?
07:39Vous estimez que les pouvoirs publics n'ont pas réagi pour l'instant à la hauteur ?
07:45Écoutez, je peux…
07:46J'ai cherché dans de multiples directions, j'ai beaucoup travaillé,
07:53mais par exemple, j'ai trouvé un rapport, un rapport 377,
08:00qui a été présenté au Sénat dans un des chapitres.
08:03Ce rapport traite de la montée de la violence et de l'inquiétude au sein de notre gouvernement,
08:09de cette montée de la violence, il y a tout un chapitre qui s'intitule de la manière suivante
08:15« Une profession ébranlée par les assassinats de Samuel Paty et Dominique Bernard ».
08:21Sachant qu'il y a 4-5 agressions envers le personnel de l'éducation nationale par an,
08:28s'en fait entre 10 et 15 depuis Agnès, soit 7 ministres,
08:32quelque part, oui, j'ai de quoi être indigné, parce qu'en est-il de toutes ces personnes ?
08:38Et encore, je ne parle même pas des élèves.
08:41Il semblerait, à l'heure actuelle, qu'il y ait de considération ou de devoir de mémoire
08:47uniquement envers les hommes, les victimes du terrorisme.
08:51Je ne voudrais surtout pas qu'on oublie toutes les autres victimes.
08:54C'est pour ça aussi que vous regrettez que ce process déroule à huis clos ?
08:59Absolument, absolument.
09:01C'est là, j'en appelle aussi à nos dirigeants qui doivent veiller,
09:11qui doivent veiller sur nous pour nous sécuriser aussi.
09:18Et surprotégés, je vais les appeler les gamins,
09:23qui, quand même, ont des actes aussi violents,
09:29mais surprotégés par un huis clos, par un anonymat,
09:32je pense que c'est très dommageable pour notre information,
09:35à nous qui respectons à peu près les règles.
09:38Ça mériterait quand même une certaine ouverture,
09:40parce que, vu ce qui se passe,
09:43il est certainement dans notre intérêt d'être informés
09:47et de comprendre ce phénomène.
09:50Ce gamin, justement, ce garçon de 16 ans à l'époque,
09:53qui a tué votre compagne Agnès Lassalle,
09:56vous disiez, espérez savoir ce qu'il avait dans la tête à ce moment-là.
10:00Depuis, il y a eu trois expertises psychiatriques contradictoires.
10:03La question de l'abolition, de l'altération de son discernement
10:07sera au cœur du procès.
10:08Est-ce que vous vous préparez ?
10:09Peut-être, Stéphane Voirin, à n'avoir jamais de réponse.
10:15Alors déjà, autant rectifier,
10:18il y a eu plus d'expertises que cela,
10:21et il y en a qu'une seule, la dernière,
10:23perpétrée longtemps après, qui est contradictoire.
10:26Donc, voilà, autant rétablir une vérité.
10:30Après, je ne veux absolument pas rentrer
10:33ni dans la teneur du procès,
10:35ni dans la teneur du dossier.
10:39Ça fait deux ans que je travaille intensément sur ce dossier
10:45que j'ai décortiqué.
10:46Pour moi, c'est ma vérité, une vérité que j'entends affiner
10:52en entendant toutes les parties,
10:54parce que c'est comme ça que ça marche,
10:56et c'est très bien.
10:56Parce que même cette personne doit être défendue,
11:01et j'entends entendre ses propos pourvu qu'il soit sincère.
11:09Après, on verra bien ce qu'on sortira de ce procès.
11:13Et si vous n'avez pas de réponse,
11:15si, à l'arrivée, vous ne savez pas pourquoi il a fait ça,
11:19si ces explications ne vous convainquent pas,
11:23est-ce que ce sera malgré tout un moment important pour vous ?
11:26Est-ce qu'il y aura malgré tout un après pour vous,
11:29puisque vous disiez espérer tourner une page avec ce procès ?
11:34Monsieur, il n'y a absolument aucun souci.
11:36Comme je vous l'ai dit, ça fait deux ans que je travaille
11:39intensément sur ce dossier.
11:41Les réponses, je les ai.
11:43Je cherche juste à affiner pour savoir véritablement maintenant.
11:48C'est pour ça que j'espère une certaine sincérité
11:51pour pouvoir affiner certains points.
11:54Les réponses, je les ai.
11:56Vous savez, monsieur, quand on connaît ce dossier,
12:00quand on s'y plonge en profondeur,
12:04il y a beaucoup de questions que l'on ne se pose plus.
12:07Vous savez, sans paraphraser personne,
12:10mais quand même un petit peu,
12:11je dirais que j'ai une totale confiance,
12:15une totale confiance en notre système.
12:18Et même s'ils ne sont pas psychiatres ou psychologues,
12:21moi, j'ai une totale confiance envers la capacité de réflexion,
12:28d'analyse de nos jurés et de nos magistrats
12:31qui vont juger cette affaire et ce, sur l'ensemble d'un dossier
12:38et non pas juste sur quelques phrases isolées
12:43qui ont été mises un peu en exergue.
12:45Il y a des fêtes qui sont quand même là.
12:48Et voilà, donc j'ai une totale confiance envers nos institutions.
12:54Pour ce procès qui commence donc demain devant la cour d'assises
12:57des mineurs de peau, procès de l'adolescent qui a tué
13:01votre compagne Agnès Lassalle en 2023.
13:05Merci beaucoup Stéphane Voirin d'avoir été avec nous ce matin sur France Inter.
13:10Je vous remercie Monsieur, je vous souhaite une bonne journée.
13:12Merci beaucoup Stéphane Voirin d'avoir regardé cette vidéo !
Commentaires

Recommandations