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  • il y a 2 jours
Entretien de Clara Simay,
Architecte, fondatrice de la coopérative
d’architecture Grand Huit

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:15A Paris, il existe aujourd'hui 13 baccaleries qui sont à l'initiative d'habitants, d'associations d'habitants qui
00:22sont demandées face à la précarité.
00:24Qu'est-ce que je peux faire ? On est souvent démunis dans son action par rapport à ces sujets
00:28-là.
00:28Et le premier geste qu'ils ont constaté, en partant du besoin en fait, des personnes en situation de grande
00:35précarité, soit à la rue, soit en situation d'errance,
00:38c'était un retour, une possibilité d'à nouveau retrouver de la dignité en n'ayant pas avec soi le
00:46sigmat de son stock, de son bagage.
00:48C'est aussi la nécessité de mettre en sécurité ces choses, ces objets, ces bagages, ces possessions, qui sont liées
00:56à la survie première,
00:58à celle qui fait qu'on peut quand même survivre dans la rue et survivre longtemps, mais aussi celles qui
01:03sont de l'ordre affectif, qui sont de l'ordre de l'ultra nécessité,
01:08celles qu'on va garder d'un long chemin ou d'un long temps à la rue, un souvenir, quelque
01:13chose qui vous relie aussi à un monde affectif.
01:16Donc chez Grand 8, on a eu l'opportunité d'en aménager deux.
01:19Et en fait, assez vite, elles ont développé des pièces dans lesquelles les personnes pouvaient entreposer leurs affaires,
01:26parce qu'en les interrogeant, le premier besoin, le besoin vital finalement, même avant l'hébergement, s'il n'était
01:33pas possible,
01:33c'était de pouvoir se délester, entreposer en sécurité les rares biens qui étaient les vôtres,
01:40pour pouvoir aussi aller vers toutes ces démarches, pouvoir sortir éventuellement de la précarité, travailler même.
01:48Beaucoup de personnes qui sont dans ces bagageries bénéficiaires sont des travailleurs.
01:53Mais bien sûr aussi, il y a un besoin de relations, de liens aux habitants,
01:59de reprendre un peu une place aussi en redevenant soi-même un habitant.
02:03Du coup, ces lieux sont devenus pour la plupart des lieux de convivialité également.
02:08Donc voilà, des lieux qui sont créés, portés par des habitants, une volonté habitante,
02:14et en même temps portés aussi par une politique volontaire de la ville de Paris,
02:18en alliance justement avec ces initiatives citoyennes, par le financement, par la mise à disposition de locaux.
02:24Alors évidemment, dans l'idéal, il faudrait qu'elle maille le territoire urbain,
02:29parce que la nécessité d'un maillage, elle est liée au fait que bien que vous soyez à la rue
02:34ou à l'hôtel,
02:37vous êtes malgré tout appartenant à un territoire, en réalité vous n'êtes pas nulle part.
02:42Et donc le fait qu'il y ait une proximité aussi de ce service-là, elle est importante,
02:47que vous n'ayez pas à parier à traverser pour accéder à vos biens.
02:52Et c'est une situation évidemment qui arrive souvent, puisqu'on est dans un déficit énorme de cette proposition,
02:58puisque en réalité, tout cumulé, on a 500 casiers, ce qui est beaucoup trop peu.
03:02Donc c'est un lieu de stockage autour du casier.
03:05Et d'ailleurs, c'est une micro-architecture en soi,
03:08puisque c'est le lieu où la personne va pouvoir dignement déposer ses affaires,
03:14donc pouvoir les ranger convenablement.
03:17Ça veut dire que le fait de faire des étages à cette micro-architecture,
03:21ça permet de trier, ça permet de séparer ses affaires,
03:25et donc de les suspendre aussi, penser à des tas de micro-détails
03:28qui vont pouvoir permettre aux personnes de prendre soin de leur possession.
03:33Prendre soin, c'est aussi pouvoir les déballer.
03:35Quand on a un bagage, il faut pouvoir le déployer.
03:38Il y a la situation de tri, le tri qui est lié à la micro-logistique intime, en fait,
03:43qui se produit là, et qui fait qu'on va pouvoir trier, éventuellement repasser, laver.
03:49Il y a ces services qui sont proposés, une machine, etc.
03:52Et c'est d'autant plus vital que c'est aussi des lieux d'entrepôt,
03:57de ce que les gens possèdent encore,
03:59et en même temps, des lieux de repos, aussi repos du corps,
04:03qui souvent n'est pas possible dans l'espace urbain.
04:06Sur la bagagerie Troubadour, notamment,
04:09Marine Kerbouac a conduit particulièrement le chantier chez nous.
04:12Elle a mobilisé un maximum de matériaux issus du site lui-même.
04:17C'est un petit pavillon qui a été transformé,
04:20qui appartient à la ville de Paris,
04:21qui est financeur de l'investissement, de la restauration du lieu.
04:25L'autre chose que nous mettent un peu sous le nez ces personnes,
04:32et puis ce stock-là,
04:34quand vous possédez peu et vous ne pouvez pas l'entreposer,
04:39vous êtes dans un tri permanent.
04:41Donc un choix permanent de ce que vous allez garder, non garder,
04:44et puis on est tous aujourd'hui questionnés par ça.
04:47Qu'est-ce que dans notre monde d'hyper-consommation,
04:51d'hyper-extractivisme,
04:52de quoi avons-nous besoin ?
04:54C'est les questions qui sont éminemment posées là,
04:56et auxquelles on faillit tous à répondre, beaucoup.
05:00Et en même temps, voilà,
05:01elles nous interrogent, ces personnes,
05:03sur, dans une économie de subsistance,
05:06que conserve-t-on, et que stocke-t-on, et comment, voilà.
05:11Sous-titrage Société Radio-Canada
05:15Merci.
05:16Merci.
05:18Merci.
05:18Merci.
05:20Merci.
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