- il y a 6 heures
Louis Arnaud, 38 ans, a passé près de 2 ans en prison en Iran, entre 2022 et 2024. En janvier 2026, il a livré son expérience dans « La révolution intérieure » (éd. Équateurs), où il raconte comment cette période de détention l’a transformé. Il se confie dans Code source au micro de Judith Perret.
[Message pour nos auditeurs et auditrices : le Parisien va offrir des places pour le concert de Céline Dion, à Paris, l’automne prochain. Pour participer au tirage au sort, il suffit de s’inscrire via ce lien.]
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Judith Perret - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Photo : DR - Musiques : François Clos, Audio Network - Archives : BFMTV, C dans l’air.
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00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:04Le Parisien qui fait gagner à ses abonnés en ce moment des places pour les concerts de Céline Dion.
00:09Si vous êtes abonné, donc, vous pouvez vous inscrire avant le 31 mai.
00:14Pour participer à un tirage au sort, on vous indique le lien sur la fiche de ce podcast.
00:19Tout de suite votre épisode.
00:26Codesource a voulu revenir aujourd'hui sur la libération le 8 avril des deux Français détenus en Iran, Cécile Collère
00:32et Jacques Paris.
00:33Pour essayer de comprendre ce qu'ils ont pu vivre, on a choisi de donner la parole à un autre
00:38Français qui a été l'otage du régime iranien.
00:41Il s'appelle Louis Arnaud, il a 38 ans.
00:44Il a passé près de deux ans en prison en Iran.
00:47Au mois de janvier 2026, il a publié un livre.
00:50livre intitulé « La révolution intérieure », puisqu'il a vécu cette période de détention comme une révolution intérieure.
00:58Le sous-titre, c'est même « Otage en Iran », « J'ai trouvé la liberté dans les enfers
01:03».
01:03Judith Perret l'a rencontrée pour Codesource.
01:12La première fois que je rencontre Louis Arnaud, c'est chez lui, à Paris.
01:16On est le mercredi 8 avril.
01:18Jacques Paris et Cécile Collère sont rentrés le matin même en France, après avoir été retenus comme otages du régime
01:24iranien.
01:24Je vais laisser la parole à Jacques maintenant qu'il y a aussi quelques petits mots à vous adresser.
01:28Je regarde avec Louis les images de leur libération.
01:31Cet homme brun, au regard concentré, me partage son enthousiasme.
01:34C'est très étrange parce que c'est irréel de voir pour la première fois des visages, d'entendre des
01:41voix que j'avais l'impression de si bien connaître,
01:44des gens que je considérais comme des membres de ma famille et que je vois pour la première fois.
01:48Donc il y a un soulagement immense de leur libération.
01:52Et en même temps, c'est comme si on rencontrait pour la première fois un membre de sa famille.
01:57Et donc j'ai évidemment hâte de les rencontrer le jour où ce sera le moment pour eux.
02:02Nous allons expliquer et nous allons profiter de la vie, renouer avec tous nos proches, nos familles et aller de
02:09l'avant.
02:10Vive la vie !
02:32Au départ, ce qui m'anime en Iran, c'est l'architecture, c'est l'histoire d'un peuple millénaire,
02:39d'un berceau de l'humanité.
02:40Mais quand j'arrive en Iran, ce que j'y découvre, c'est ces petites cours ensorcelées.
02:46Ce sont les faillances des mosquées, la poésie, le raffinement qui sont partout.
02:51Et surtout dans ce peuple, c'est surtout ça que je découvre en Iran.
02:54C'est la beauté, l'hospitalité, le raffinement, la poésie de ce peuple que je n'ai jamais rencontré nulle
03:00part ailleurs.
03:01Et pour moi qui avais déjà beaucoup voyagé, c'était pour la première fois le sentiment d'être arrivé chez
03:07moi.
03:08Et c'était un pays que je ne voulais plus quitter.
03:09Quelques années plus tard, en 2022, Louis a des envies d'ailleurs.
03:13Il est consultant, gagne bien sa vie, mais il a du mal à trouver un sens à tout ça.
03:18Alors, il décide de partir faire un tour du monde.
03:21Il passera par l'Asie, la Grèce, la Géorgie et par l'Iran bien sûr.
03:24Le point culminant de son voyage.
03:26Il ira ensuite en Asie centrale et en Amérique du Sud.
03:30Louis fête ses 35 ans en Iran.
03:32Mon objectif était de célébrer mon anniversaire en Iran qui était début septembre.
03:36Et donc, j'arrive tout début du mois de septembre 2022.
03:39Et à ce moment-là, le pays est tout à fait calme.
03:41Il y a une forme de légèreté et d'euphorie du voyage au milieu de ces voyageurs et de tous
03:48ces gens que je vais rencontrer dans la ville de Rashid, au nord de l'Iran, près de la mer
03:52Caspienne, qui est une ville très libertaire dans l'Iran actuel, très jeune et aux mœurs beaucoup plus souples.
03:59Et qui contraste en même temps avec l'environnement de l'Iran dans lequel j'ai pénétré, qui lui n
04:04'est pas léger.
04:05On est dans une situation de crise économique extrêmement aggravée déjà.
04:10Et donc, ce que je perçois déjà, c'est une morosité profonde de cette population et de gens qui sont
04:16aux abois.
04:16Donc, l'ambiance, elle est très différente de ce que j'ai rencontré jusque-là.
04:19Mais ça me permet de rencontrer une autre facette de l'Iran.
04:22Mais c'est vrai qu'il y a un moment où il y a cette rencontre avec ces voyageurs et
04:26ces Iraniens aussi, d'ailleurs, dans cette auberge, qui, à un moment, efface tous les questionnements, efface toutes les douleurs
04:34du monde parce qu'il y a ce sentiment d'euphorie partagée.
04:37Mais il va surgir un événement très particulier deux semaines plus tard, puisque cette jeune kurde de passage à Teheran,
04:45Massa Amini, est tuée par la police des mœurs sous les coups de la police des mœurs.
04:50Et c'est à ce moment-là que vont commencer les manifestations du soulèvement Femmes-Vie-Liberté, dans lequel le
04:57pays va s'embraser.
04:58Ce soir-là, en Iran, vent de liberté.
05:02Un premier hijab jeté au feu, puis d'autres suivent acclamé.
05:07Geste de résistance d'une génération dans la rue voile au point.
05:11Une génération en colère, qui fait tomber le drapeau de la République islamique.
05:16On déconseille à Louis de se rendre aux manifestations, en réaction à la mort de la jeune kurde.
05:21L'auberge de jeunesse dans laquelle loge Louis est proche des lieux de contestation.
05:25De là, il entend les slogans et la colère des Iraniens.
05:28Pourtant, autour de lui, on pense que ce mouvement ne durera pas.
05:32Louis devient ami avec des Iraniens et des Européens.
05:35Parmi eux, Alessia, une jeune italienne.
05:38Mais tout bascule le 28 septembre 2022.
05:41Louis et ses amis sont arrêtés par des policiers du régime iranien.
05:46Ce jour-là, on fêtait les 30 ans d'Alessia, donc mon amie italienne.
05:51Et on allait, c'est quand même très drôle, on allait terminer la journée à un escape game.
05:56Donc un escape game, c'est un jeu où il faut essayer de s'échapper d'une salle en une
06:00heure.
06:01Mes co-détenus iraniens se sont beaucoup moqués de moi à propos de ça.
06:04Et ils ont bien raison.
06:05Mais on arrive devant la porte de cet escape game avec un taxi.
06:10Et là, en fait, il y a déjà des gens qui nous attendent.
06:14Ça veut dire que cette arrestation était programmée, qu'on était suivis, surveillés.
06:19Et qu'on voulait nous arrêter à cet endroit-là, à ce moment-là.
06:24Quand on est interpellé par ces mollusques qui n'ont besoin que d'une main pour nous maîtriser,
06:30c'est la peur d'être kidnappé.
06:32Et quand, finalement, il y a quelqu'un qui nous montre
06:34« Nous avons un mandat d'arrestation contre vous »,
06:36mais c'est de se dire « Mais un mandat de qui ? »
06:39« Mais un mandat pour quoi ? »
06:41« Qu'est-ce qu'on a fait ? »
06:43Il y a des gens qui nous ont suivis
06:45et qui ont estimé qu'on avait été tellement nuisibles
06:49qu'il fallait nous mettre hors d'état de nuire.
06:51Ça paraît complètement aberrant, en fait.
06:54Les policiers disent à Louis et ses amis
06:56qu'ils sont attendus dans un des commissariats de Téhéran pour être interrogés.
07:00Mais quand ils sortent de la voiture des policiers,
07:02ils arrivent devant la grande porte de la prison d'Evyn,
07:05la prison la plus cruelle du régime iranien.
07:08Elle paraît absolument immense, c'est la porte des enfers.
07:12Et je reconnais le nom de cette prison.
07:14Et là, je comprends qu'on nous a menti, qu'on ne va pas dans un commissariat, effectivement.
07:19Et là, la porte commence à s'ouvrir et c'est là qu'on nous bande les yeux.
07:22Et donc, à partir de ce moment-là, tout n'est plus que sensation.
07:27On n'éprouve plus par le regard, mais par tous les autres sens qui sont en hyper alerte.
07:33On n'a pas le temps d'avoir peur.
07:36On est dans la survie.
07:38On est dans l'instant présent, à l'extrême,
07:41parce qu'on sait que le danger peut venir de partout.
07:44On est en hypervigilance.
07:49Le premier interrogatoire dans la prison se passe mal.
07:52On n'écoute pas Louis.
07:53Les autorités iraniennes l'accusent d'avoir participé aux manifestations.
07:57Tout est fait pour le faire craquer.
07:59En plus, Louis parle un peu farci, la langue du pays qu'il a apprise en France.
08:03Mais ça le rend suspect auprès des autorités iraniennes.
08:06On le prend pour un espion.
08:08Les policiers finissent par conduire Louis en cellule.
08:11On est tellement nombreux à être arrêtés dans ce mouvement Femmes, Vie, Liberté
08:14qu'on me jette dans un corridor qui fait 50 mètres de long sur 3 mètres de large
08:19et il y a 100 personnes dedans.
08:21Quand on me fait rentrer derrière cette grille,
08:24tout de suite, il y a trois Iraniens qui arrivent et qui me disent
08:27« Tu peux enlever ton bandeau.
08:28Tu es en sécurité avec nous, on va s'occuper de toi. »
08:31Et ils se sont occupés de moi.
08:32Dans cette cellule, il n'y a rien du tout.
08:34Il n'y a pas de meubles, il n'y a pas de lit.
08:37On dort, on vit, on mange à même le sol.
08:41On est réduit à l'état animal qu'on emmène promener 30 minutes à l'extérieur une fois par semaine.
08:48Et c'est tout.
08:49Et le reste du temps, vous êtes face à vous-même, face à ce mur qui ne bougera pas.
08:55Tout est fait pour vous forcer à devenir des âmes serviles.
08:58Et ça, c'est fait pour forcer des aveux d'espionnage quand on vous emmène en interrogatoire.
09:05Où là, tous les moyens seront bons aussi, que ce soit la torture physique ou psychologique, pour vous faire avouer.
09:12Louis reste trois mois dans ce couloir.
09:14Les Iraniens incarcérés, eux, y passent seulement quelques jours.
09:18En tout, Louis voit plus de 500 prisonniers défiler, autant de participants au mouvement Femmes, Vie, Liberté.
09:24Si Louis ne subit pas de violences physiques, il en est témoin.
09:28J'ai vu ceux qu'on a jetés contre les murs, les yeux bandés, les visages tuméfiés qui reviennent interrogatoires.
09:35J'ai entendu les hurlements des hommes qu'on électrocute et des femmes qu'on bat pour les soumettre et
09:43les violer.
09:44Et donc il y a effectivement cette torture physique qui est là.
09:47Mais la torture, c'est souvent bien plus subtil que ça.
09:51Et elle prend un nombre de formes extraordinaires.
09:55Et ce sont des gens qui ne sont pas ses maîtres dans cette torture.
09:58Mais rien que ces visions, rien que ces cris, qu'on n'oublie jamais, sont une torture.
10:04Parce que c'est le signe qu'ils sont capables de tout.
10:08Que tout peut vous arriver.
10:10Et c'est vivre au milieu de l'horreur.
10:12Parce que c'est la seule chose qui vous parvient du monde, dans cet endroit où vous êtes entièrement coupé
10:16du monde.
10:17Ce sont ces hurlements de gens qu'on torture.
10:19Et ça, c'est comme si on vous avait injecté un poison qui infiltre les veines, qui infiltre le cœur.
10:25Et qui attaque le cerveau.
10:28Et qui vous tire vers la folie.
10:36Pour Louis, la prison, c'est un lieu de rencontre.
10:39Il sait que c'est étonnant de dire ça.
10:41Mais son incarcération est un grand moment de bouillonnement intellectuel.
10:45Ce que je vais avoir la chance de côtoyer Évin, et surtout dans la deuxième partie de ma détention,
10:49c'est l'élite intellectuelle de ce pays.
10:52Et les plus grandes figures de l'opposition.
10:55Comme Nargès Mohamadi, qui a reçu le prix Nobel de la paix pendant que j'étais en prison.
10:59Et je me souviendrai toujours de ces cris de joie dans la cour à côté de la nôtre, du bâtiment
11:04des femmes,
11:05quand elle reçoit le prix Nobel.
11:07Mais aussi les sociologues, les philosophes, les politologues, les artistes, les réalisateurs, les poètes.
11:15Qui vont me recueillir.
11:18Qui vont devenir les maîtres de cette quête initiatique vers la liberté intérieure.
11:26Tels qu'ils l'ont connue eux-mêmes aussi.
11:28Au fil des mois, Louis développe une résistance intérieure.
11:31Une révolution intérieure, même.
11:33Il y a un moment de ma détention, où j'ai un éclair de lucidité.
11:38Je comprends que tout ce qui est autour de moi est neutre.
11:43Et que c'est moi qui appose un jugement de prise d'otages, de violence, de séquestration.
11:49Et que tout ça, c'est mal.
11:51Et ce que nous disent les stoïciens, c'est que ce ne sont pas seulement les événements qui nous font
11:56souffrir,
11:56mais l'interprétation que nous en donnons.
11:59Et c'est justement cette interprétation qui me fait souffrir.
12:01Mais cette interprétation, en fait, elle vient d'où ?
12:05Elle est culturelle.
12:06Parce qu'on sait tous ce qu'est une prise d'otage, alors qu'on n'en a jamais vécu.
12:10Mais ça veut bien dire qu'on a une idée des choses.
12:12Mais qu'il m'appartient, moi, de remettre en question ces valeurs avec lesquelles je me suis structuré.
12:18Et de penser contre moi, contre la manière dont je me suis construit, dans les schémas dans lesquels je suis
12:24ancré.
12:25Et c'est à partir de là que je vais commencer à voir d'autres choses.
12:29Je vais y voir une étude anthropologique au cœur de la tyrannie.
12:32Je vais y voir un apprentissage du courage et de la dignité.
12:35Je vais y voir un engagement politique auprès des prisonniers politiques iraniens.
12:39Et c'est ça qui m'amène à la liberté.
12:42Parce qu'à partir de ce moment-là, je cesse d'être le prisonnier.
12:46La République islamique ne me retient plus contre mon gré, puisque je désire être là,
12:51au sens où je désire l'opportunité que m'apportent l'épreuve.
12:57Il y a ce moment, notamment, clé de cette révolution intérieure,
13:00où je vois un homme qui a été torturé.
13:04Il s'appelait Cheyenne.
13:05Sa petite fille venait de naître, et on lui reprochait d'avoir poignardé un policier.
13:11Il était promis à la mort, et il avait été tellement torturé
13:14qu'on aurait dit que son âme lui avait été arrachée.
13:17À ce moment-là, en fait, il y a cette frontière qui tombe entre eux et moi.
13:22Je comprends que je ne peux pas me détourner de ce qui existe et de ce que je vois.
13:26Je suis iranien, moi aussi.
13:28Tout comme nous sommes tous iraniens.
13:31Mon devoir sera de porter la voix de ce peuple.
13:39Louis passe les derniers mois de sa détention dans une autre prison du régime iranien,
13:43moins sévère.
13:44Et puis un jour, on lui dit qu'il est libre.
13:47On est le 12 juin 2024.
13:48Il a cinq minutes pour quitter la prison.
13:51Il transite ensuite par le sultanat d'Omane avant de faire route vers la France,
13:54un moment très traumatisant.
13:56L'avion n'est pas encore arrivé en France, mais il se pose en crête pour reprendre du carburant.
14:02Et là, je sors pour marcher un peu et je m'écroule à terre et je suis pulvérisé par la
14:09douleur.
14:09Je crois que je vais mourir de douleur.
14:10Parce que pour moi, c'est la perte de sens, mais c'est surtout, c'est abandonné, mes frères.
14:16C'est une trahison envers eux.
14:18Parce qu'en devenant l'un d'entre eux, j'ai adopté leur lutte.
14:22J'ai survécu en donnant un sens à ma souffrance.
14:26En lui donnant le sens d'un engagement politique auprès des prisonniers politiques iraniens.
14:31Et donc, c'est en étant à leur côté que je sers ce but.
14:35Mais à partir du moment où je suis libéré, c'est une trahison envers eux.
14:39Et donc évidemment, j'ai une reconnaissance immense envers la France.
14:43Envers tous les Français, toute ma famille, tous mes amis qui m'ont soutenu et qui se sont battus comme
14:47des lions.
14:47Pour que je sorte.
14:49Mais comment célébrer cette libération ?
14:51Cette libération, c'est un arrachement.
14:55Comment se regarder en face pendant que mes frères sont en train de crever la gueule ouverte ?
15:00Ce n'est pas possible.
15:02Ce n'est pas entendable.
15:03À ce moment-là, je ne suis pas prêt.
15:05Je ne veux même pas sortir de cet avion.
15:07Et d'ailleurs, le pilote qui est descendu en bas n'arrête pas de regarder la terre en se disant
15:13« Mais quand est-ce qu'il va sortir de cet avion ? »
15:15Parce que je ne veux pas en sortir, parce que je ne suis pas prêt, parce que je ne veux
15:18pas les quitter.
15:19Je veux rester auprès d'eux là-bas.
15:21Et ce déchirement est particulièrement fort à ce moment-là.
15:24Louis reste deux semaines à l'hôpital Bégin, où il voit des psychologues.
15:28Après sa sortie, il retrouve peu à peu une vie normale.
15:30C'est très étrange déjà de se retrouver dans la rue et de voir des magasins remplis de marchandises,
15:40qui dégueulent de marchandises, et de voir des femmes non voilées dans la rue,
15:46de voir des femmes même, et avec une insouciance.
15:50C'est-à-dire sans cette épée permanente, cette menace permanente de la République islamique
15:56qui pèse en permanence sur les Iraniens, en prison ou non.
15:59Et ça, c'est très étrange et c'est très déstabilisant.
16:03Les premiers mois sont étranges, mais sont légers,
16:08au sens où il y a une joie de retrouver tout le monde,
16:11de passer du temps avec tout le monde.
16:14Et c'est après que ça se complique.
16:16Vient le moment pour Louis de coucher sur le papier ce qu'il a vécu.
16:20Il décide donc d'écrire un livre, un livre qu'il a en réalité commencé en prison.
16:24Son titre, « La Révolution intérieure ».
16:27C'est venu en prison, c'est venu à ce moment où je suis devenu l'un d'entre eux,
16:32et j'ai compris que ma mission était de porter la voix de ces gens.
16:36C'est à partir de ce moment-là que vient l'idée de ce livre,
16:39et que je vais commencer à rédiger sur des morceaux de polystyrène,
16:44parce que je suis encore dans la section 209 à ce moment-là,
16:46avec un stylo volé en interrogatoire,
16:48et je vais prendre des notes codées pour me rappeler de tout, pour ne rien oublier.
16:52Mais ça, ça va se continuer aussi quand je vais arriver dans la prison publique,
16:55parce que quand je vais arriver dans cette prison publique,
16:58je vais me rendre compte d'une chose très étrange,
17:01c'est que je vais rencontrer beaucoup d'autres otages, de plein de nationalités,
17:04et je vais comprendre que je ne suis pas du tout dans le même état d'esprit qu'eux,
17:08que je n'ai pas de colère.
17:10C'est là où je commence à me dire,
17:11mais en fait, il s'est passé quelque chose dans mon esprit pendant ces six premiers mois,
17:15et il faut que j'arrive à comprendre quoi.
17:17Et je vais passer énormément de temps à écrire là-dessus,
17:21et à confronter ces idées avec cette élite intellectuelle iranienne autour de moi,
17:26pour accomplir ce qui est cette révolution intérieure,
17:29dont je parle dans le livre,
17:31et qui me lie intimement aux Iraniens.
17:36J'ai subi la violence de la République islamique
17:39de la même manière que les Iraniens subissent la violence de la République islamique.
17:45Ce que j'ai rencontré en prison, c'est l'horreur, c'est la violence,
17:49mais c'est l'humanité.
17:51Pour moi, ce que je veux raconter dans ce livre, cette histoire,
17:55ce n'est pas une histoire d'otage.
17:57Ça, je m'en fiche.
17:58C'est un cadre pour raconter un récit d'humanité et de métamorphose
18:04auprès de ces hommes qui m'ont sauvé des ténèbres.
18:12Judith, Louis Arnault, est-ce qu'il a été lui-même victime de violences ou torturé ?
18:17Pas physiquement, c'est-à-dire qu'il a entendu des gens l'être,
18:20vous l'avez entendu dans l'entretien.
18:22En revanche, il a souffert de différentes maladies, d'infections,
18:25de problèmes de santé, pas des choses très graves,
18:27mais qui ont nécessité quand même des soins une fois qu'il est rentré en France.
18:30Donc non, il n'a pas été torturé physiquement.
18:32En revanche, psychologiquement, oui.
18:34Tu l'as évoqué dans le sujet.
18:35Quand il a été arrêté, il a été accusé, en résumé, d'espionnage, de complot.
18:41Est-ce qu'il sait, finalement, pourquoi le régime iranien a accepté de le libérer ?
18:46Non, on ne le sait pas officiellement.
18:48Souvent, dans ces affaires d'espionnage-là,
18:50il y a toujours la contrepartie française qu'on ignore, que le grand public ignore.
18:53Il émet, Louis Arnaud, des hypothèses dans son livre, que je vous invite à lire.
18:58Mais en résumé, non.
18:59On n'a pas d'idée claire de pourquoi est-ce qu'il a été libéré par le régime iranien.
19:03De quelles hypothèses il parle ?
19:04Il aurait été échangé contre de l'argent ou contre des prisonniers.
19:08Mais lui-même n'a pas la solution.
19:10Il n'a pas la réponse.
19:11C'est ce qu'il dit dans son livre.
19:13Louis Arnaud expliquait au début du sujet qu'il espérait rencontrer Cécile Collère et Jacques Paris.
19:18Ça va se faire ?
19:19C'est fait.
19:20Ils se sont rencontrés le 14 avril à Paris,
19:23puisqu'en fait, Cécile Collère et Jacques Paris ont décroché leur portrait,
19:27qui était précisément accroché sur les grilles de l'Assemblée nationale.
19:31Symboliquement, ils sont allés les retirer eux-mêmes.
19:33D'anciens otages en Iran étaient présents sur place, dont Louis Arnaud.
19:37Et voilà, il y a une photo où ils sont là, tous ensemble,
19:39avec d'autres otages français qui avaient été détenus en Iran.
19:42Merci, Judith Perret.
19:44Je redonne la référence du livre de Louis Arnaud.
19:47C'est La Révolution Intérieure, publié aux éditions de l'Équateur.
19:51Cet épisode de Code Source a été produit par Thibault Lambert
19:54et réalisé par Julien Moncouquiole.
19:57Code Source, c'est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
20:00Nous publions un nouvel épisode chaque soir de la semaine, du lundi au vendredi.
20:04Et puis le samedi matin, n'oubliez pas Crime Story,
20:08notre podcast consacré aux affaires criminelles.
20:10Crime Story présenté par Claudia Prolongeau
20:13avec Damien Delsenis, le chef du service Police-Justice du Parisien.
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