00:00Sud Radio, le grand matin week-end, 7h10, Maxime Liedot.
00:068h18 sur Sud Radio et à la une ce matin, le deuxième soldat français mort au Liban.
00:13Son nom, c'était Florian Montorio, le sergent-chef.
00:16Bonjour Général François Chauvency.
00:18Bonjour.
00:19Merci beaucoup d'être avec nous ce matin, vous êtes consultant géopolitique.
00:22Premier point important qu'on voulait voir avec vous,
00:25c'est le deuxième soldat français mort au Liban depuis le début de ce conflit.
00:28Est-ce que dans un tel contexte, cette mort doit faire changer la position de la France
00:33vis-à-vis de ce qui se passe au Moyen-Orient,
00:35sachant qu'actuellement, pour rappel, notre pays prône une attitude, je cite, « défensive » ?
00:40Oui, alors c'est quand même deux cas différents.
00:43L'adjudant-chef Frion, qui a été tué, l'a été dans le cas d'une assistance militaire
00:47auprès d'une armée étrangère, donc en Irak, et par une miliche chiite en Irak.
00:54Donc déjà, c'est un cas différent.
00:55Là, nous avons un casque bleu, un casque bleu qui est sous le mandat international,
01:00qui est dans le cadre d'une opération de maintien de la paix,
01:03ce qui veut dire des forces qui ne combattent pas,
01:06et qui à ce titre-là, normalement, doit être préservée de toute agression.
01:10Donc ça, c'est le premier point.
01:11Le deuxième point à votre question, est-ce que la France doit changer d'attitude ?
01:15Elle peut difficilement changer d'attitude.
01:17Autant en Irak, on aurait pu attendre quand même, je dirais, des mesures de rétorsion,
01:22ce qu'on n'a pas vu, donc position purement défensive, finalement, tuer nos soldats,
01:28et puis vous ne risquez rien.
01:30Ensuite, au Liban, c'est différent.
01:32Nous avons quand même des forces françaises depuis maintenant 1978.
01:35Elles sont engagées pour représenter finalement la France et sa politique étrangère
01:39dans le cadre de l'ONU et au profit du Liban.
01:41Nous avons quand même deux cas bien différents.
01:43Et donc, est-ce que la France peut changer ?
01:46Difficilement, parce que les armées, au moins dans le contexte du Liban,
01:49c'est une expression de la politique étrangère de la France,
01:51et je pense qu'elle restera dans cette position aux régions défensives.
01:54Je vous remercie pour ce point d'étape, Général,
01:57parce qu'en effet, il était indispensable pour comprendre les deux contextes
01:59de ces deux morts depuis le début du conflit.
02:02Mais Général François Chevency, pour l'instant,
02:04quand on s'intéresse au contexte de la mort de ce sergent-chef Florian Montenriot,
02:09le président de la République, lui-même, directement sur ses réseaux sociaux,
02:12a ciblé le Hezbollah.
02:14Est-ce que c'est une attaque crédible venant du Hezbollah ?
02:16Est-ce que cette piste, selon vous, est crédible ?
02:19C'est tout à fait crédible,
02:20et je pense que si le président de la République l'a dit aussi rapidement,
02:24c'est qu'il avait des sources d'informations lui permettant de le dire.
02:27Donc, je suis convaincu que le président de la République est bien informé
02:30et qu'il a su attribuer l'auteur de cette attaque comme il fallait.
02:35Maintenant, n'oublions pas quand même,
02:36que ces soldats qui ont été attaqués,
02:38ce sont des soldats qui portent un casque bleu,
02:40donc visible à je ne sais pas combien de mètres,
02:43dans des véhicules tout blancs,
02:44qu'on voit à des kilomètres.
02:46Donc, l'agression est caractérisée,
02:47et effectivement, par un mode d'action type guérilla,
02:51mouvement terroriste qui s'appelle le Hezbollah,
02:53même si aujourd'hui, le Hezbollah ne revendique pas.
02:56Il est très clair que, de toute façon,
02:57le seul qui pouvait vraiment le faire,
02:59puisqu'il est prouvé apparemment qu'Israël n'y est pour rien,
03:02n'oublions pas qu'Israël aussi a tiré sur des casques bleus.
03:04Il ne faut pas l'oublier.
03:05Mais, dans ce cas bien précis, c'est bien une embuscade
03:07ciblée par un groupe d'irréguliers
03:10sur des casques bleus,
03:12et a priori, ça ne peut être que l'Hezbollah.
03:14La France n'oubliera pas.
03:15C'est de cette manière qu'a réagi la ministre des Armées,
03:18Catherine Vautrin,
03:19c'était sur le réseau social X hier.
03:21Est-ce qu'il faut envisager,
03:23d'une quelconque manière,
03:24peut-être une réponse militaire française ?
03:26Alors, on a compris votre point sur la précédente question,
03:28mais sur cette zone-ci,
03:30peut-être un envoi de renfort dans la zone,
03:32alors qu'on sait que la mission de la Finule
03:35devient de plus en plus difficile dans le sud du Liban.
03:38Est-ce que, d'une manière ou d'une autre,
03:39la France doit agir d'une autre manière
03:42pour ce qui se passe au Liban ?
03:44C'est très difficile.
03:45Moi, j'étais déjà au Liban en 1982,
03:47dans la Finule, pendant six mois,
03:49au moment où les Israéliens ont envahi le sud Liban
03:52dans l'opération Péan Galilée.
03:53Alors, je peux vous dire,
03:54et là, ce n'est pas les Palestiniens,
03:55ce n'est pas les Hezbollahs.
03:57C'était la même situation.
03:58Les casques-bœufs ne peuvent pas remplir des missions correctement,
04:01quel que soit le pays d'appartenance.
04:02Premier point.
04:03Deuxième point,
04:04la France est une cible naturelle du Hezbollah.
04:07Ce n'est peut-être pas la première fois
04:08que le Hezbollah frappe des soldats français
04:10ou d'ailleurs d'autres soldats de la Finule,
04:13mais les Français représentent aussi
04:15une politique étrangère
04:16combattue par le Hezbollah.
04:18Maintenant, pour renforcer des forces,
04:20ça ne servirait pas à grand-chose,
04:22d'abord parce qu'il y a tout un processus.
04:24N'oubliez pas que c'est un mandat des Nations Unies.
04:26C'est un mandat qui est décidé
04:27par le Conseil de sécurité des Nations Unies
04:30et que ça implique un grand nombre de négociations.
04:33Et il me semble même d'ailleurs
04:34que le mandat de la Finule
04:35ne devrait pas être renouvelé pour 2027.
04:38Donc, on est dans une situation
04:39où aujourd'hui on est pris un petit peu
04:42dans un piège,
04:43où on fait du mieux qu'on peut
04:45dans une situation très difficile.
04:46Surtout qu'on est d'accord,
04:48général François Chauvency,
04:49qu'il y a même des années après,
04:51les morts au Liban
04:52qui restent toujours des morts singulières.
04:54Parce qu'on se rappelle forcément
04:57de l'attentat du 23 octobre 1983 à Beyrouth
04:59où l'immeuble de Drakkar
05:00a abrité des parachutistes français
05:02et qui a été détruit par un attentat suicide
05:04causant la mort de 58 de nos soldats.
05:08Ça forcément aussi,
05:09quand la France s'exprime sur le Liban,
05:11il y a toujours cette mémoire-là
05:12qui semble extrêmement vive.
05:14Oui, tout à fait.
05:15D'ailleurs, j'ai des cabarats
05:16qui étaient avec moi quelques mois avant,
05:17qui étaient repartis à Beyrouth,
05:19qui y sont morts,
05:20notamment le temps de la bâti.
05:22Mais d'un autre côté,
05:23n'oublions pas non plus,
05:23vous avez raison de le rappeler,
05:25nous avons perdu 163 soldats français au Liban
05:27depuis que nous y sommes engagés.
05:29Alors, vous allez me dire,
05:30sur 40 ans, 50 ans...
05:32Non, ça reste un chiffre très important.
05:34Très important,
05:35ça montre bien que la France
05:36est engagée au Liban.
05:38Et puis, dernier point,
05:39ça revient un peu
05:39avec le discours que j'ai tenu précédemment.
05:41Qui a réglé, entre guillemets,
05:43le compte à ceux
05:44qui ont commandité l'attentat du Drakkar ?
05:47Il me semble bien
05:48que ce sont les Israéliens
05:48qui ont fini par avoir les commanditaires.
05:50Tout comme, d'ailleurs,
05:51les commanditaires sur l'attaque
05:52concernant l'adjoint-chef Frion
05:54en Irak il y a quelques semaines.
05:56Donc, voilà,
05:56la France est aujourd'hui
05:57une position très modérée,
05:59très défensive,
06:00Au point, parfois,
06:01peut-être de se poser la question
06:02du respect de sa présence,
06:04parce qu'en effet,
06:05ce que vous soulignez,
06:05ce que vous avez souligné tout à l'heure,
06:06quand nos propres soldats
06:08sont attaqués
06:08et qu'il n'y a pas de riposte,
06:09ça pose cette question
06:11forcément de la puissance.
06:12Outre, donc,
06:13toutes ces, aussi,
06:14dans ce contexte,
06:15des négociations
06:15qui réussissent,
06:17qui échouent,
06:18qui se mettent sur pause,
06:19puis qui vont peut-être reprendre
06:20concernant le dévoi d'Hormuz,
06:21il y a eu un accord de trêve
06:23en cette fin de semaine
06:23entre Israël et le Liban.
06:26Un enjeu existe
06:27dans cet accord
06:28qui est extrêmement fragile
06:29et c'est lié à notre sujet,
06:30c'est le désarmement du Hezbollah.
06:32Est-ce que c'est un objectif,
06:33là aussi, selon vous,
06:35Général François Chauvency,
06:36qui est crédible ?
06:38Alors, je ne sais pas
06:39s'il est crédible,
06:40il est nécessaire.
06:41C'est un objectif à atteindre.
06:43La finule avec l'armée libanaise
06:45depuis octobre 2024
06:47a quand même détecté
06:49et pris 300 caches d'armes
06:52dans le sud de l'Iban.
06:53Donc, une action a été menée.
06:54Mais ça s'est un petit peu estompé.
06:56Le Hezbollah, n'oublions pas,
06:58est un mouvement,
07:00alors on peut l'appeler
07:00soit de libération de la Palestine,
07:03soit terroriste,
07:04peu importe,
07:04en tout état de cause.
07:05Il fait la guerre
07:06au nom de l'État du Liban
07:07sans que l'État du Liban
07:08lui en ait donné le mandat.
07:10La politique étrangère d'un État
07:11est pilotée par son gouvernement.
07:13Or, le Hezbollah
07:13a une politique étrangère,
07:15entre guillemets,
07:16personnelle
07:17et qui met en danger
07:18le Liban et son avenir.
07:19Donc, si le Hezbollah
07:20n'est pas désarmé
07:21avant toute négociation,
07:23il est certain
07:24que dans 2, 3, 5, 6 ans,
07:26le combat recommencera
07:27parce que vous ne combattez pas
07:28une idéologie
07:29comme celle du Hezbollah
07:30uniquement en tuant
07:32ses membres
07:33et en détruisant
07:34ses infrastructures,
07:34mais aussi en le mettant
07:36dans un cadre juridique,
07:37légal, convaincant
07:38pour dire
07:38ce n'est pas comme ça
07:39qu'on fait valoir ses intérêts
07:41et n'oubliez pas,
07:42messieurs le Hezbollah,
07:43vous faites partie
07:44d'un État
07:44qui s'appelle le Liban
07:45et seul le Liban
07:46et son gouvernement
07:47sont légitimes
07:48pour conduire
07:49une politique étrangère,
07:50notamment vis-à-vis d'Israël.
07:51Donc, objectif
07:52et enjeu
07:52sur lequel il va falloir
07:54être extrêmement attentif.
07:55Merci beaucoup Général François Chauvency
07:56d'avoir été avec nous ce matin.
Commentaires