- il y a 2 jours
Contexte politique : Le pays est fortement mobilisé, notamment depuis la guerre des Six Jours (juin 1967) pour la Palestine. Le gouvernement de Houari Boumédiène est en place, et l'information est strictement contrôlée.
Ambiance à Alger : Le port est en léthablie, les touristes européens sont rares et les journaux étrangers arrivent au compte-gouttes.
Vie quotidienne et économie : Malgré les difficultés, une partie de l'élite algéroise profite des charmes de la consommation (notamment à Moretti). Cependant, la misère, le chômage (sous-occupation endémique) et la pauvreté sont très présents, avec une différence marquée entre la capitale et le reste du pays.
Social : L'arabisation est en cours dans les écoles, bien qu'Alger reste très francophone. L'esprit de clan et la solidarité de quartier sont importants.
Santé : Les dispensaires manquent de médicaments et traitent de nombreuses infections, la population étant sous-alimentée.
Ce document offre un regard extérieur (suisse) sur la restructuration de la jeune république algérienne.
Ambiance à Alger : Le port est en léthablie, les touristes européens sont rares et les journaux étrangers arrivent au compte-gouttes.
Vie quotidienne et économie : Malgré les difficultés, une partie de l'élite algéroise profite des charmes de la consommation (notamment à Moretti). Cependant, la misère, le chômage (sous-occupation endémique) et la pauvreté sont très présents, avec une différence marquée entre la capitale et le reste du pays.
Social : L'arabisation est en cours dans les écoles, bien qu'Alger reste très francophone. L'esprit de clan et la solidarité de quartier sont importants.
Santé : Les dispensaires manquent de médicaments et traitent de nombreuses infections, la population étant sous-alimentée.
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00:00même si vous tournez longtemps en rond dans le centre pour garer votre voiture.
00:04Mais Alger, est-ce bien l'Algérie ?
00:06Quelle part faut-il faire aux apparences dans cette capitale méditerranéenne d'Afrique
00:10où vivent un million d'Algériens sur 13 ?
00:13Le pays, indépendant depuis 5 ans, s'affirme mobilisé depuis le 5 juin dernier,
00:18mobilisé pour la Palestine, oui, mais comment ?
00:21Le gouvernement dispose d'une armée de métiers dont les effectifs et le travail sont tenus jalousement secrets.
00:27Pour les civils algérois, la mobilisation, c'est donc d'abord la censure.
00:31Les journaux étrangers n'arrivent qu'au compte-gouttes.
00:34C'est aussi, comme le prouvent les vignettes sur les pare-brises,
00:36la multiplication des taxes et des impôts, dont l'un immédiatement destiné à soutenir l'effort de guerre.
00:42Ce sont enfin les restrictions.
00:44Tout d'abord, limitation des importations, jouets, produits laitiers, par exemple.
00:48Ensuite, pas de vacances hors des frontières, cette année.
00:55Fait marquant, le port est entré en léthargie.
00:59Les visiteurs sont rares.
01:02Et leur pavillon n'apporte pas grande surprise.
01:09Les touristes européens, eux aussi, ne sont pas venus.
01:12On comptait les héberger au club des pins, dans des villas luxueuses, tout près du palais.
01:16Construits en hâte, voici deux ans, sur les ordres de Benbella,
01:19pour abriter la conférence afro-asiatique qui n'y siégea jamais.
01:23La plage n'est pas déserte pour autant à Moretti.
01:25L'élite algéroise, l'administration, les professions libérales, le commerce prospère,
01:30la main-d'oeuvre qualifiée, en un mot, les nantis,
01:32qui représentent au maximum le 10% du peuple algérien,
01:35viennent y goûter les charmes peu orthodoxes d'une civilisation dite de consommation,
01:40dont la défunte colonisation leur a laissé le secret.
01:48Dans l'échelle sociale actuelle, algérienne, vous vous situez où ?
01:58Dans le milieu, si vous voulez.
02:01Réellement ? Villa, voiture, tout de même, c'est pas mal.
02:04Je n'ai pas les statistiques algériennes, mais je crois me situer dans le milieu.
02:10Pour la ville d'Alger ?
02:12Pour la ville d'Alger, oui.
02:14Et par rapport à l'ensemble du pays ?
02:16Parmi les privilégiés, quand même.
02:20Est-il réel qu'il y a beaucoup de pauvreté en Algérie ?
02:24C'est des conséquences de la colonisation.
02:29Cette pauvreté disparaîtra probablement dans quelques années.
02:35C'est une pauvreté qui avait été voulue, qui avait été voulue.
02:39instaurée, même.
02:41Parce que nous, nous avons justement, si moi aujourd'hui, je possède cette village, si je peux élever mes enfants
02:47comme je le souhaite,
02:49leur donner une instruction que tout Algérien souhaite,
02:52c'est parce que j'ai eu la chance de me trouver, d'être né dans la capitale, si vous
02:58voulez, d'avoir les écoles à proximité,
03:01d'avoir un père qui, bien, qui étant prolétaire, était quand même fonctionnaire, travaillait comme boulanger dans une administration.
03:11Avez-vous l'impression d'avoir été vous-même victime d'une certaine discrimination ?
03:15Non, non. J'en porte encore les traces.
03:18En quoi a-t-elle consisté ? Comment s'est-elle manifestée ?
03:20Ben, c'était quotidien.
03:22Des vexations, des empêchements,
03:26c'est inexplicable.
03:29C'était, je vous dis, quotidien.
03:30C'était quotidien.
03:32Misère et chômage, même Alger n'est pas épargné, il suffit d'ouvrir les yeux.
03:36Neuf personnes s'entassent ici.
03:38Un couple algéro-français, six enfants.
03:40La mère étant malade, la grand-mère alsacienne est venue à la rescousse.
03:44Elle parle allemand, ce qui lui permet plus de franchise en présence de son gendre.
03:47Ce n'est qu'un exemple, et de loin pas le pire.
03:51J'ai resté bien deux ans, deux ans, deux ans sans travailler, sans trouver le travail ici.
04:00Maintenant, il y a à peine 17 mois quand je travaille.
04:05Et puis, 66 ans.
04:06Et puis, qu'on a changé d'ailleurs la concierge.
04:08Concierge est là que j'ai commencé à travailler.
04:11Mais vous êtes ancien combattant.
04:13Oui, oui.
04:14Vous avez travaillé dans l'EFLN en France.
04:17Oui, j'ai trouvé mes papiers, j'ai trouvé ce qu'il fallait.
04:21Ça ne vous a pas aidé à trouver du travail ?
04:23Non, non.
04:24Ça ne m'a pas aidé à trouver le travail,
04:26parce qu'il fallait qu'on ait quelqu'un,
04:28dans une installation, il faut connaître quelqu'un
04:31pour qu'il puisse vous embaucher.
04:34D'abord, je ne dis pas, c'est toujours été comme ça.
04:37Et je vois que c'est toujours resté comme ça.
04:39C'est un pistonnage ?
04:41Un pistonnage, voilà.
04:42Qu'est-ce que vous faites pendant vos loisirs ici,
04:44quand vous êtes en dehors de votre travail ?
04:46Rien.
04:48Par exemple, quand il y a un moment de football,
04:50je vais jouer au match.
04:51Je vais insister à voir le match.
04:54Et s'il y a un match, je dors,
04:55je vais faire un tour.
04:57Par exemple, avec les enfants, au jardin, au parc.
05:00Et je retourne.
05:00Ou je me couche, je ne sais plus.
05:02Et vous, madame,
05:03quels sont les plaisirs que vous pouvez prendre dans la vie ?
05:06Rien.
05:08Rien.
05:08Je suis toujours ici.
05:12Rarement, je sors.
05:13Je suis sortie tout le mois d'août, deux fois.
05:18Parce que vous avez beaucoup de travail ?
05:20Non, je ne sors pas.
05:22C'est parce qu'elle est souffrante.
05:26Parce que vous avez le sentiment qu'on ne vous accepte pas ?
05:30Eh, ce que vous voulez.
05:34Qu'est-ce qui pourrait vous faire le plus grand plaisir
05:37dans la vie ?
05:39À moi.
05:40Un piftec.
05:46La vie est difficile ici.
05:48Oui, les premiers temps.
05:51Pourquoi ?
05:52La misère.
05:54La faim.
06:03La jeune république algérienne contrôle sévèrement l'information.
06:06Elle redoute que la presse étrangère n'exploite ses plaies.
06:09Les présidents de communes ont l'ordre de ne pas laisser filmer leur village sans autorisation.
06:13Et les autorisations savent se faire attendre.
06:16Mais la maladie, elle, n'attend pas.
06:20Vous savez combien de malades par jour, Mme ?
06:22Environ 180, en moyenne 180 à 200.
06:26Quelquefois même, nous allons largement à 200.
06:28Et nous, certainement, nous les dépassons dans les grosses matités, quand il y a des grosses bourrées.
06:35C'est un dispensaire officiel ?
06:36C'est un dispensaire officiel.
06:37De l'État.
06:38De l'État.
06:39Et quelles sont les maladies qui viennent d'avoir ?
06:42Oh !
06:44Tout vient aux dispensaires.
06:46Alors, le dépistage se fait ici, pour envoyer à l'hôpital.
06:50Mais les maladies les plus fréquentes ?
06:51Ce qui est le plus fréquent, ici en Algérie, ce sont les infections cutanées.
06:56Je crois qu'on peut leur donner la, vous savez, la priorité.
07:00Et du point de vue de l'alimentation, est-ce que la population a suffisamment d'amorti ?
07:04Non, non, non, non.
07:05La population est sous-alimentée.
07:07Sous-alimentée.
07:09Les, vous savez, par exemple, pour le repas de midi, chez les pauvres, on n'appelle pas ça un repas.
07:15Ils grignotent un peu de pain, un peu de galettes, avec des oignons, quelques fruits comme ça.
07:22Mais le vrai, vrai repas, les gens, je crois, ne savent pas beaucoup ce que c'est.
07:27Nous sommes à 40 kilomètres d'Alger, ma sœur.
07:29Est-ce qu'il y a une grande différence entre Alger et le reste de l'Algérie ?
07:33Il y a une grande différence entre Alger et le reste de l'Algérie.
07:36Même la population d'Alger ne se rend absolument pas compte.
07:40Oh là là.
07:41Ne se rend pas compte de la misère du bled.
07:45Vraiment pas.
07:46Et vous avez un médecin ?
07:47Nous avons un médecin, un médecin algérien, mais qui ne vient pas souvent.
07:51Vous le voyez combien de fois ?
07:53Une fois par semaine maintenant, ce n'est pas beaucoup.
07:55Avez-vous suffisamment de médicaments ?
07:57Nous n'avons pas assez de médicaments.
07:59Alors ça, les médicaments manquent, surtout les fortipiens.
08:04Surtout les fortipiens.
08:06Et puis alors les produits pour l'estomac, pour les maladies d'estomac.
08:10Parce que c'est la vérité, les trois-quarts, je crois, les Algériens souffrent d'ulcère, de gastrite.
08:17Ça, c'est très, très fréquent.
08:19Est-ce que vous êtes plutôt pessimiste ?
08:22Il ne faut pas être pessimiste.
08:25Je crois que c'est un très mauvais moment à passer pour l'Algérie.
08:28C'est un mauvais moment, mais après les mauvais moments, il y a les bons qui reviennent pour le souhait.
08:34Et que ce soit difficile, c'est sûr.
08:42Quelles que soient les critiques qu'ils osent ou qu'ils n'osent pas formuler à l'égard du pouvoir
08:46d'hier ou d'aujourd'hui,
08:47tous les Algériens sans distinction de classe sont fiers de leur indépendance.
08:50Le sentiment douloureux de dépersonnalisation que leur a laissé la conquête française
08:54les stimule aujourd'hui dans la voie de l'arabisation.
09:01Dès cet automne, par exemple, les deux premières années d'école seront données en arabe.
09:05Alger, encore très francophone, figure en tête de ce programme dont l'étendue ne fait pas l'unanimité.
09:11Juste une femme, quand on entend discuter des Algériens, ils parlent volontiers de leur quartier.
09:15Ça paraît très important.
09:16On dit que c'est un frère du quartier, un gars du quartier, un ami du quartier.
09:20Je voulais savoir ce que représente un quartier pour vous.
09:22Oui, un quartier, un quartier, je vous l'ai dit tout à l'heure, c'est un ensemble évidemment de
09:28copains.
09:30Comme vous le voyez, nous sommes tous des copains entre nous, l'un a vu grandir l'autre.
09:37Nous sommes liés aussi sentimentalement, non seulement par l'amitié,
09:41mais aussi par quelques années de lutte, de peine et d'humiliation.
09:46Je crois, en ce qui me concerne, que si vous voulez, cette vie intime de quartier, comme je l'ai
09:52signalé tout à l'heure,
09:54peut s'expliquer sur deux plans.
09:58Au plan général, à savoir, cela tient au caractère général de la vie dans les villes de tous les Méditerranéens.
10:06On n'avait qu'à voir, enfin, à travers les films ou les voyages, on retrouve la caractère des gens
10:10vivent dehors,
10:10ils aiment se rencontrer, et il y a, je dirais même, promiscuité au sens non péjoratif du terme, contact et
10:17autres.
10:17Et il y a un second plan qui est interne, qui est propre, je dirais, à l'Algérie, peut-être
10:23au monde musulman,
10:24à savoir, on retrouve, au monde arabo-musulman, et plus exactement,
10:29on retrouve, si vous voulez, dans le quartier, une restructuration du clan ou de la tribu.
10:36L'esprit de clan se manifeste dans la jeune Algérie, à tous les étages et jusqu'au plus haut niveau.
10:41Les forces nationales cataloguées, grosso modo, se distribuent entre le parti, l'armée, les syndicats et les grandes associations,
10:48principalement celles des étudiants et des femmes.
10:50Mais à l'intérieur de ces différents corps, les clans ressurgissent, dont certains observateurs vont jusqu'à dire
10:55qu'ils paralysent et même qu'ils déchirent secrètement le pays en face des problèmes urgents à résoudre.
11:01Le plus dramatique de ces problèmes reste le chômage.
11:03On peut estimer, suivant un rapport officiel, que parmi la population active totale,
11:08moins d'une personne sur quatre trouve un emploi.
11:11Le chômage sous le soleil algérien prend la forme d'une sous-occupation endémique
11:15que l'esprit fraternel de quartier adoucit quelque peu.
11:18À cette sombre fresque s'ajoute l'une des plus fortes natalités du monde.
11:22La population de l'Algérie s'accroît chaque année de plus de 3%.
11:25Les salaires, enfin, sont très bas.
11:27Un ouvrier sans qualification gagne à peine 250 francs suisses par mois.
11:31Il doit, avec ce maigre salaire, nourrir, en plus de sa femme et de ses enfants,
11:35des frères, des cousins, des neveux qui sont sans travail.
11:38Et la vie est chère, en ville surtout.
11:40Pour faire face, tous les petits négoces sont bons.
11:43On vante à la sauvette et l'on disparaît à la vue de la police.
11:46On se débrouille.
11:47On se sert, cas échéant.
11:48Le vol prend par moment des proportions inquiétantes.
11:51Les automobilistes en font souvent les frais.
11:54Il faut raisonnablement se demander, au milieu d'un tel contexte social,
11:58la place que le citoyen algérien peut réserver dans ses préoccupations
12:02aux appels à la lutte de son gouvernement.
12:04Un gouvernement dont il est convenu de reconnaître
12:06qu'il ne peut garder une telle hauteur de vue
12:08que grâce à l'ultime soutien du franc français.
12:18La disparition du chômage nécessite la mise en place
12:21d'un ensemble industriel prospère.
12:23Or, à part le pétrole, qui représente le seul atout vraiment solide
12:26dont dispose le pouvoir,
12:27les péripéties de Khartoum sont là pour nous le rappeler,
12:30l'industrie algérienne s'organise avec peine.
12:33On cite des dettes astronomiques, des bilans capricieux,
12:36des faillites coûteuses pour l'État.
12:37Le choix n'est pas toujours fait, en dépit d'une vocation socialiste
12:40et progressiste constamment réaffirmée,
12:42entre l'initiative privée, souvent étrangère,
12:45et l'économie nationale étatisée.
12:47Il semble aux dernières nouvelles qu'une option se dessine
12:49en faveur d'un régime mixte.
12:51La nationalisation des industries étrangères devant se poursuivre,
12:54mais au sens politique et non économique du terme.
12:57L'État algérien, brusquement privé de cadre,
13:00ne peut sans vaciller porter seul sur ses jeunes épaules
13:03la charge de grands patrons.
13:05Mais comment partager les responsabilités sans partager les profits ?
13:20Ce dilemme apparaît également dans l'agriculture,
13:23où le brusque départ des propriétaires a exigé la mise en place
13:26sur les vastes domaines de la zone côtière
13:28d'un système d'autogestion par coopérative
13:30que le socialisme algérien revendique comme sa principale originalité.
13:34C'est une réussite inégale.
13:36Ailleurs, c'est la tragédie.
13:37Certaines régions sinistrées des Orestes sont privées de récolte
13:40pour la troisième année consécutive par suite de sécheresse.
13:43Il faudrait que les terres riches puissent financer l'irrigation des terres pauvres,
13:46faute de quoi l'Algérie, hors d'Alger,
13:48pourrait bien être un jour mobilisée par la famine.
13:54Mais ce domaine est l'un des domaines qui marchent bien.
13:56C'est un domaine qui est d'ailleurs de 64, 65, il a fait près de 80 millions de bénéfices.
14:04Ce n'est pas le cas de tous les domaines.
14:06Ce n'est pas le cas de tous les domaines.
14:07Ça dépend d'ailleurs des cadres de fonctionnement des domaines.
14:13Il y a la technique qui joue, c'est-à-dire la capacité des travailleurs.
14:21Il y avait déjà sur ce domaine des cadres algériens en place.
14:24Ah oui, c'est-à-dire par exemple, vous prenez le chef d'éculture,
14:27vous prenez le pointeur, vous prenez le caviste,
14:30vous prenez tout le cadre, c'est-à-dire, il y a l'indépendance.
14:34Il y en a qui ont 30 ans, il y en a qui ont 40 ans,
14:36qui sont dans le domaine,
14:38qui connaissent la routine des terrains, comment ils fonctionnent.
14:43De façon générale, en Algérie, les domaines autogérés qui marchent bien
14:46finissent par payer pour les domaines qui marchent moins bien
14:49parce qu'il y a un système de compensation.
14:51Ah bien sûr, ça c'est normal.
14:52C'est normal, avant ça a été fait comme ça,
14:54mais maintenant je crois que ça va changer.
14:57Ça va changer, ceux qui travaillent bien,
14:59ils seront récompensés, ceux qui travaillent mal, ils seront...
15:03Parce que j'imagine qu'il doit y avoir parfois des conflits
15:05entre différents comités de gestion.
15:06C'est exact, c'est exact, parce que maintenant vous travaillez,
15:10vous vous donnez de la peine et puis il y en a un autre qui s'en fout,
15:13alors chacun y défend un peu de son côté.
15:18Algérie parle haut dans le monde,
15:20mais que pensent au niveau du quotidien les plus jeunes citoyens de ce jeune État ?
15:23Le hasard nous met en présence d'un ancien combattant,
15:25il a 23 ans.
15:27Engagé volontaire à 16 ans dans le FLN,
15:28il a été blessé et a frôlé la mort.
15:30La balle a passé tout près du cœur.
15:32On dit aujourd'hui que l'Algérie est en guerre, vous êtes d'accord ?
15:35Ben non, elle n'est pas en guerre du moment qu'on ne l'est pas à nous.
15:40Peut-être si, on l'est moralement, mais pas physiquement.
15:46Et quand on ne l'est pas physiquement, c'est qu'on n'est pas en guerre.
15:50Est-ce que vous seriez prêt à aller vous battre contre Israël,
15:55en République arabe unique, comme vous vous êtes battu dans le FLN ?
15:58Cela dépend.
16:00De quoi ?
16:02Cela dépendrait de nos hommes de gouvernement.
16:08Des attitudes du genre du gouvernement.
16:13Et si le gouvernement vous mobilisait ?
16:17Ben à ce moment-là, j'irai.
16:19À contre-cœur ?
16:22Ça dépendrait des circonstances.
16:24Peut-être que j'irai de mon plein gré, peut-être à contre-cœur.
16:29Mais ça dépendrait de quelles circonstances.
16:33Si tout le peuple est uni pour une seule cause,
16:38je serai tout à fait d'accord.
16:40Je ne peux pas faire le contraire.
16:42Mais si tout le peuple n'est pas d'accord pour aller combattre Israël,
16:47je ne pense pas que je serai volontairement.
16:52Est-ce que vous vous redoutez d'une mobilisation générale de l'Algérie ?
16:58Est-ce qu'on vous envoie faire la guerre ?
17:03Vous pensez que c'est possible, que ça pourrait arriver ?
17:05Oui, c'est fort possible.
17:08Vu qu'on mobilise les étudiants et tout ça pour leur donner.
17:12Même les gens du peuple, on les mobilise tous les soirs.
17:17On a deux heures de stage, perfectionnement sur leur maman et tout ce qui s'ensuit.
17:23Vous aussi ?
17:25Non, moi, pas encore.
17:27Mais il y a certains jeunes, oui.
17:29Pourquoi pas vous ? Parce que vous êtes anciens combattants ?
17:31Oui, on commence par les jeunes qui n'ont pas tenu d'armes.
17:35Qui n'ont jamais tenu une arme entre les mains.
17:37On pense que vous êtes déjà formés.
17:39Oui, je pense, oui.
17:41Quoi qu'il y ait un nouveau armement russe,
17:44mais on nous perfectionnera sur les armements russes.
17:49Mais il faut commencer d'abord par les gens qui ne connaissaient pas ce que c'était qu'une arme.
17:55Mais de façon générale, vous souhaitez quoi pour votre pays ?
17:58La paix et le bonheur.
18:01Comme n'importe qui.
18:04Le bonheur, c'est quoi pour vous ?
18:05On ouvre les frontières, qu'on puisse voyager, circuler ?
18:08Oui, vivre.
18:10C'est ce que j'appelle vivre.
18:13Vivre en paix, quoi.
18:15Et les étudiants qu'on a d'abord dit volontaires et qu'il a fallu mobiliser, que pensent-ils ?
18:19Ils sont 5000 garçons et filles qui viennent de passer 45 jours en caserne pendant leurs vacances.
18:24Nous aurions aimé les rencontrer et les interroger pour nous convaincre de leur enthousiasme,
18:28à l'heure où l'on parle en Algérie, comme partout ailleurs, d'une dépolitisation de la jeunesse.
18:33On nous a refusé cette visite, ce qui nous autorise à supposer que la mobilisation n'est pas si populaire
18:38dans l'esprit des futurs cadres algériens.
18:40Pour les plus de 30 ans, c'est différent.
18:42Ils avaient en 1954 l'âge qu'ont aujourd'hui les étudiants.
18:46L'indépendance, c'est leur conquête.
18:47L'Algérie aura peut-être aussi son conflit de génération.
18:53Pourriez-vous vraiment aller faire la guerre en Égypte, comme vous l'avez faite dans la TFLN ?
18:58Il est certain que la guerre que nous aurions à faire dans l'avenir contre l'État civiliste
19:04ne serait pas du tout du même type que celle que nous avons menée contre l'occupant français.
19:08Il faudrait être aveugle, mais quand même c'est un, je vous parle un temps,
19:12qu'officier de réserve de l'armée française, ayant subi 12 mois de service militaire dans une école militaire française,
19:19que la guerre de guérilla ne se présente pas du tout de la même façon qu'une guerre moderne.
19:26Et il nous suffit, par exemple, de voir comment s'est déroulée la dernière guerre au Moyen-Orient
19:30pour en tirer des conclusions.
19:32Même ceux d'entre nous qui pouvaient rêver à une guerre de guérilla n'y rêvent plus.
19:36Et nous savons qu'actuellement, ce qu'il faut développer chez nous, c'est un potentiel économique.
19:40C'est pour cela que nous sommes convaincus que ceux qui disent que nous rêvons se tendent.
19:47Développer un potentiel économique, mais dans l'État où est l'industrie algérienne,
19:52où se trouve l'agronomie, l'agriculture algérienne,
19:56pensez-vous pas qu'acheter des avions, acheter des canons, acheter des navets,
19:59c'est précisément un luxe ?
20:02C'est certain que si l'Algérie était isolée, que s'il n'y avait rien autour de l'Algérie,
20:07acheter des canons au moment où notre économie a besoin de se développer,
20:12d'acquérir un second souffle,
20:14il est certain que c'est un luxe, ce serait malhonnête de le méconnaître.
20:18Mais justement parce que l'agression sioniste a des implications économiques,
20:22a des causes économiques,
20:24l'Algérie doit en même temps s'efforcer de développer son économie
20:27et dans le même temps acquérir des armes.
20:29Est-ce que c'est possible dans le même temps ?
20:31Essayez, du moins on essaie de marier les deux.
20:35Non mais de toute façon, si vous voulez, c'est un ordre de priorité.
20:38On pose le terme, si vous voulez, on va poser un syllogisme.
20:41On dit, ça vous l'acceptez, vous l'acceptez pas,
20:44du moins c'est comme ça qu'on pose le problème.
20:45On dit, si vous voulez, postulat,
20:47l'État sioniste actuellement est une base, comment dire, impérialiste
20:53qui pourrait gêner un jour ou l'autre, d'une manière ou d'une autre,
20:56directement ou indirectement, notre développement économique.
20:59Donc, pour faire le développement économique,
21:01il faut absolument d'abord, par ordre de priorité,
21:04se débarrasser d'une manière ou d'une autre,
21:06neutraliser cet État et ses alliés.
21:09Exactement, le raisonnement est du même type
21:11que celui qu'on a tenu pour la guerre d'indépendance.
21:13A l'époque aussi, on nous proposait des réformes socio-économiques
21:17et de vastes réformes qui certainement auraient réussi,
21:19mais on les a refusées.
21:21C'est ce que nous a confirmé le ministre des Affaires étrangères,
21:23M. Bouteflika, dans une interview qu'il nous a accordée
21:26à la veille de son départ pour la conférence de Khartoum.
21:29L'Algérie avait dit qu'il fallait continuer la lutte.
21:33C'est une position que nous ne pouvons pas changer,
21:38qui s'inscrit tellement dans nos mœurs,
21:43d'autant plus dans nos mœurs qu'elles s'inspirent en fait de notre passé,
21:51de notre essence, de notre existence même,
21:56en tant qu'État indépendant.
22:00Quand il y a un vainqueur et un vainqueux,
22:03il y a toujours des conditions,
22:06les conditions du vainqueur.
22:12comment voulez-vous créer une situation favorable
22:17si vous vous présentez avec un drapeau blanc,
22:24même si vous voulez examiner le problème des conditions
22:28du vainqueur,
22:30d'une manière ou d'une autre.
22:35Et autrefois,
22:37nous avons refusé la paix des braves,
22:40nous avons refusé l'affaire du drapeau blanc,
22:42qui théoriquement devait,
22:44peut-être, semble-t-il,
22:46d'après ce que l'on nous expliquait dans les contacts,
22:49aboutir au même résultat d'Evian.
22:51Mais Evian était une autre situation.
22:55Evian était autre chose.
22:59Evian était autre chose.
23:03C'est pourquoi,
23:08si la lutte
23:10avait effectivement continué
23:13dans les pays arabes de la région,
23:18l'Algérie,
23:21résolument engagée
23:22aux côtés
23:23de l'Angola,
23:24du Mozambique,
23:27résolument engagée
23:28aux côtés du peuple du Vietnam,
23:30de la cause cubaine,
23:32autrefois de la cause de Saint-Domingue,
23:33de toutes les causes de la liberté dans le monde,
23:36l'Algérie aurait fait son devoir
23:38de solidarité
23:40vis-à-vis des pays arabes.
23:42Et si cela n'aurait été
23:45qu'un devoir de solidarité,
23:47nous l'aurions fait.
23:49Si nous n'avons pas eu l'occasion
23:52de le faire complètement,
23:53nous revendiquons
23:55la responsabilité d'avoir voulu le faire
23:58et de continuer à vouloir le faire
24:01si effectivement il y a une lutte.
24:02L'Algérie a une morale politique.
24:06Cette morale politique passe par le fait
24:08que nous ne pouvons pas
24:12cautionner l'agression
24:14sous quelque forme que ce soit.
24:17Nous ne pouvons pas cautionner
24:19la politique du fait accompli.
24:22Nous ne pouvons pas accepter
24:25la règle de l'oncleuse.
24:29L'occupation par la force
24:31d'un territoire donné
24:34qui puisse vous permettre
24:35ultérieurement
24:36de vous prévaloir
24:39de je ne sais quel droit
24:41parce que vous l'avez occupé
24:42par la force.
24:46Le troisième aspect
24:48que je voudrais mettre en relief
24:50c'est que l'affaire du Moyen-Orient
24:52est absolument inséparable
24:54de ce qui se passe en Extrême-Orient.
24:58Dans le monde
24:59il y a des forces progressistes
25:01il y a des forces impérialistes
25:06Les forces progressistes
25:08sont évaluées
25:10sont connues
25:12leur engagement
25:14est précis
25:17est précisé aussi
25:19autour
25:20si vous voulez
25:21des pays socialistes
25:22avec même
25:23les tendances
25:24que nous savons
25:27les forces impérialistes
25:29sont connues
25:30aussi
25:31et leurs instruments
25:32sont connus
25:37et il ne fait aucun doute
25:39qu'au Moyen-Orient
25:41l'impérialisme
25:42a frappé
25:43cette fois-ci
25:44par instruments
25:45interposés
25:46à la différence
25:47de ce qu'il avait fait
25:50au Vietnam
25:54si nous ajoutons
25:55cet élément
25:56aux autres éléments
25:58africains
25:59peut-être même
26:00qui se sont passés
26:02en Asie
26:02ou en Europe
26:03d'autres
26:05nous sommes obligés
26:07d'aboutir
26:08à la conclusion
26:08qu'il y a
26:09un plan
26:09de ce qu'il y a
26:09de ce qu'il y a
26:09de ce qu'il y a
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