- il y a 10 heures
L'année 1958 est marquée par le soulèvement du 13 mai à Alger, la chute de la IVe République et le retour au pouvoir du général de Gaulle. À cette période, la communication officielle française s'articule autour de plusieurs axes majeurs que l'on retrouve dans les vidéos d'époque.
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00:10Il n'est sans doute pas mauvais d'entrer dans le drame algérien par l'Algérie elle-même.
00:14Un coup d'œil sur Alger, qui n'était voici 130 ans qu'une bourgade moyenâgeuse,
00:18donne tout de suite le ton des transformations accomplies.
00:21Alger est devenue aujourd'hui une de ces grandes cités modernes
00:24où s'alignent des bâtiments dignes de n'importe quel capital.
00:27Ces constructions majestueuses voisinent avec les créations des temps passés
00:31qu'une sagesse prévoyante a tenu à conserver intactes.
00:34Près de 400 000 habitants y vivent et Alger, aussi bien par sa situation que par son activité,
00:40se classe au premier plan de l'avenir méditerranéen.
00:44Cet Alger s'ouvre sur une Algérie transformée par 130 ans d'aménagement.
00:48Un outillage moderne où les grands barrages et les travaux d'irrigation tiennent la première place
00:53ont fertilisé d'immenses espaces où naguère s'étendait le désert.
01:03La vigne et le blé conjuguent leur production à de hauts quotients de rendement
01:07pendant que le cheptel s'est décuplé.
01:12On parle aujourd'hui de pétrole en certains endroits où les forages se sont révélés
01:17prometteurs d'un nouvel avenir et l'animation de ces ports manifeste que l'Algérie n'occupe
01:22pas une mauvaise place dans le système économique méditerranéen.
01:26Tout cela est l'oeuvre d'un siècle français.
01:29Depuis deux ans, certains essaient de compromettre les fruits de cet effort et son avenir même.
01:34La fièvre s'est emparée de l'Algérie.
01:37Depuis deux ans, les attentats ne cessent à un endroit que pour reprendre à un autre,
01:42alimenté par les propagandes mensongères et les méthodes de terreur.
01:46Les ruptures de communication ne se comptent pas plus que les poteaux arrachés
01:49et les sabotages de voies ferrées.
01:59Chaque mois qui passent apportent la nouvelle d'un déraillement, souvent meurtrier.
02:05Dégâts et victimes, victimes et dégâts, trafic interrompu, difficulté de transport,
02:12insécurité des liaisons.
02:23Sur les grandes routes aussi, l'insécurité règne.
02:26Il n'est pas rare de trouver les arbres abattus en travers du chemin.
02:29Mais la terreur a des formes plus sombres.
02:31La nuit, des bandes armées attaquent les fermes isolées.
02:34Au matin, on découvre des murs noircis, des toitures effondrées.
02:38Sur l'air de la cour, les animaux de l'étable gisent égorgés.
02:41Les terroristes n'ont pas voulu qu'une seule vie, même animal,
02:44subsista de ce qui avait été un foyer heureux et une entreprise prospère.
02:47On se souvient encore de cette nuit tragique où plusieurs fermes des environs de palestros
02:51furent assaillies, leurs habitants martyrisés.
02:54Les survivants ne purent que mimer les gestes de l'attaque.
02:57L'incendie avait complété le crime.
03:00Ce jour-là, on avait dénombré plusieurs cadavres pour chaque attentat.
03:04Parmi eux, il y avait des femmes et il y avait des enfants.
03:07Les bandits avaient tout tué sans distinction
03:10et parfois avec des raffinements qui pouvaient s'appeler sauvagerie ou sadisme.
03:17Chaque jour, depuis deux ans, les drames de ce genre se succèdent.
03:21C'est sur la route, un autocar attaqué, ses passagers abattus.
03:32C'est l'attentat dans un village.
03:35C'est l'attaque d'une maison isolée.
03:46C'est toujours des morts et des blessés.
03:52L'hélicoptère emporte vers l'hôpital ceux qui respirent encore
03:57et l'on retrouve à quelques distances
03:59les cadavres de ceux qui emmenèrent les félagas.
04:12Il faut plonger jusqu'au fond de l'horreur.
04:15Jeter un regard sur ces restes effroyables
04:17qu'on n'ose pas découvrir tout à fait.
04:19Sur ces chairs arrachées à coups de serpe ou à coups de rasoirs.
04:22Sur ces cadavres dépecés comme de la viande de boucherie.
04:26L'horreur, ici, arrête les maux dans la gorge.
04:43Mieux vaut refermer les cercueils sur leur contenu qui n'a plus de nom.
04:47Accompagner ces convois qui, tout le long de deux années,
04:50n'ont pas cessé de suivre la route des cimetières.
04:53En 1956 seulement, on n'a pas compté moins de 1700 victimes,
04:57musulmans ou européens, hommes et femmes et enfants.
05:01Regardons passer ces convois.
05:03Celui du caïd El-Assar Laïd, du douar Azaïl, en Oranie,
05:07tué dans une embuscade.
05:08Peut-on dire que son douar faisait cause commune avec ses assassins ?
05:12Et cet autre convoi, celui d'un Français.
05:15Il était maire de sa ville.
05:16Une vie de travail et de dévouement
05:18consacrée aux deux communautés européennes et musulmanes.
05:21Il paie de sa vie son attachement à la chose publique.
05:26Regardons surtout les 54 cercueils de Philippeville.
05:29La tuerie du 20 août 1955 a endeuillé toute la ville.
05:3354 corps côte à côte, une population en deuil.
05:37Comment fermer les yeux sur ces visages usés par les larmes,
05:40ces silhouettes brisées de sanglots ?
05:45Et cependant, en dépit de ces drames,
05:47la vie algérienne ne s'est pas arrêtée comme elle l'aurait pu,
05:50comme certains l'auraient voulu.
05:53Les marchés de l'intérieur ont gardé leur animation pittoresque.
05:56Les villes et les bourgs ont conservé leurs allées et venues habituelles.
06:00Ce qu'une armée est venue faire ici,
06:02ce n'est pas la reconquête,
06:04comme une habile propagande veut le faire croire.
06:06Elle est venue pour assurer la continuation de la vie algérienne
06:09et la sauvegarde de groupes humains
06:11qui vivent ensemble sur cette terre depuis cinq générations.
06:15En dépit de toutes les menaces et de tous les attentats,
06:17les terres ont été cultivées
06:19et la récolte de l'année avec ses 25 millions de quintaux
06:22dépasse même en importance celle des années précédentes.
06:26L'armée, cette fameuse armée qu'on dit occupée à des représailles sans scrupules,
06:30a continué les travaux entrepris.
06:32On la voit, jouant le rôle d'ingénieur et d'architecte,
06:36diriger ou accomplir les travaux qui ouvrent une route,
06:39créer un barrage de retenue, un déversoir.
06:50On la voit quitter ses armes pour bâtir,
06:54à la place d'un assemblage de cahut,
06:55un îlot d'habitation saine et commode.
07:13Cette armée, dite de répression,
07:16partout où elle est, a ouvert ses ambulances
07:17et ses pharmacies à tout venant.
07:20Combien de villages et de doirs et parts dans les campagnes
07:22ont pu être soignés et secourus
07:24grâce au dévouement des médecins et des infirmiers militaires.
07:28L'armée a continué le programme de santé
07:30suivi depuis un siècle
07:31et qui a fait, en jugulant la maladie et la mortalité,
07:35tripler la population de l'Algérie.
07:37En un siècle,
07:39le trachome,
07:40la tuberculose,
07:42le paludisme
07:43ont perdu leur virulence.
07:45La mortalité infantile
07:47a baissé de 70%.
07:54Et l'armée continue de maintenir ce qui a été dans ce pays,
07:58un bulletin de santé
07:59tel que n'en connaissent aucun des peuples orientaux
08:01qui s'arrogent le droit de juger la France
08:04à travers le drame algérien.
08:09Comme il s'est fait architecte,
08:11ingénieur,
08:12infirmier,
08:13le soldat s'est fait instituteur.
08:15Dans les écoles désertées,
08:16il a pris la place du maître,
08:18victime de la persécution.
08:19Il a rouvert aux enfants les portes de l'école.
08:22On les a vus,
08:23ces garçons,
08:23reprendre sous l'uniforme la classe abandonnée.
08:26Et dans ces pays
08:27où la première forme de la civilisation,
08:29l'école,
08:30était menacée de disparaître,
08:31l'école a pu se maintenir
08:33grâce à ces farouches guerriers.
08:36Puisque la présence de cette armée
08:37supprimait toute possibilité d'une révolte ouverte,
08:40le terrorisme prit une forme méthodique.
08:42Il fallait continuer à assurer le désordre en Algérie.
08:45De nouveaux cadavres marquent ce changement d'orientation
08:48où, cette fois,
08:49le parti communiste algérien,
08:50inféodé à l'étranger,
08:52a pris la place d'organisateur.
08:53La bombe de l'usine à gaz d'Alger
08:55devait en être la preuve directe.
08:57Le 16 novembre 1956,
08:59la police découvrait une bombe à retardement
09:02dans un local de l'usine à gaz du Hamas.
09:05Son explosion aurait dû causer de gros dégâts.
09:14On arrêta un militant communiste,
09:16Fernand Hiveton,
09:17qui avait été chargé de la placer.
09:20Il apparaissait que le parti communiste algérien
09:22semblait prendre maintenant une part majeure
09:24dans l'organisation du terrorisme.
09:26Un contrôle sévère de la navigation aérienne
09:28au-dessus du territoire
09:30avait permis de se saisir
09:31de 5 chefs rebelles,
09:33dont Ben Bela.
09:34Ben Bela,
09:35Mohamed Kider,
09:37Haït Ahmed,
09:38Boudiaf et Lachref
09:39avaient été pris
09:40alors qu'ils partaient pour Tunis
09:42avec la suite d'une haute personnalité.
09:44Il est inutile d'épiloguer.
09:47Ainsi s'affirme l'immixion étrangère.
09:50Elle s'affirme surtout par l'aide
09:51apportée par les pays voisins.
09:53A la frontière tunisienne,
09:54on a fait prisonnier dans un commando
09:56un ouvrier musulman de Lyon
09:58cueilli à son arrivée à Tunis
09:59par la police
10:00et remis par elle
10:01à une organisation dehors la loi.
10:03On a saisi à plusieurs reprises
10:05des convois d'armes de toutes sortes.
10:13Dans le sud,
10:14aux lisières du désert,
10:15les patrouilles méaristes
10:16sont chargées d'exercer
10:17une surveillance de tous les instants
10:19sur cette frontière éminemment perméable
10:21où tous les trafics
10:22peuvent se donner libre-coup.
10:35A la frontière algéro-marocaine,
10:37même problème.
10:38Grâce à des complaisances
10:40vraiment trop excessives,
10:41des convois d'armes passent.
10:43On a même dû protéger la frontière
10:45par une surveillance très spéciale
10:46avec réseaux de barbelés
10:47et patrouilles aériennes.
10:49L'importation d'armes
10:50se fait là sur une grande échelle.
10:57Un exemple suffira.
10:58À la date du 20 décembre 1956,
11:01une caravane était interceptée
11:03dans la région de Ujda-Marnia.
11:05Un convoi transportant
11:06une grosse quantité d'armes
11:07de toutes sortes
11:08où les mitrailleuses
11:09et les mortiers étaient nombreux.
11:11Ces armes,
11:12de nationalités diverses,
11:13empruntaient pour parvenir
11:14en Algérie la route
11:15d'une région voisine
11:16dont l'assistance
11:17aux hors-la-loi
11:18s'avère ainsi notoire
11:19et déclarée.
11:31Sur mer également,
11:33l'utilité des patrouilles
11:34s'est révélée efficace.
11:38C'est ainsi qu'en octobre,
11:40on a saisi et arraisonné
11:41à la limite des eaux algéro-marocaines
11:43un bateau pirate
11:44qui, sous des noms différents,
11:46Athos ou Sambriavels,
11:48apportait au hors-la-loi
11:49une cargaison considérable
11:51et son équipage à parler.
11:57Ces 70 tonnes d'armes
11:58d'une valeur
11:59de plus de 2 milliards de francs
12:00étaient destinées aux rebelles.
12:02Cette cargaison composée d'armes
12:04du dernier modèle
12:04comportait plus de 2 000 fusils,
12:06des mitrailleuses lourdes
12:07et 75 mortiers.
12:09Elle avait été chargée
12:10dans un port égyptien,
12:12Alexandrie,
12:12par des militaires égyptiens.
12:15Cargaison et aveu
12:16mettent directement en cause
12:17le gouvernement du colonel Nasser
12:19dont la parole de soldat
12:21donnée à M. Christian Pinault
12:22sur la non-ingérence
12:23de l'Egypte en Algérie
12:24reçoit là un violent démenti.
12:26Car il éclate aujourd'hui
12:28à tous les yeux,
12:29même les plus aveuglés
12:30ou les moins avertis,
12:31que l'Egypte,
12:32en dépit de tous les engagements
12:33et de toutes les déclarations,
12:35alimente la révolte algérienne.
12:37Une page secrète
12:38de la rébellion algérienne
12:40s'est ainsi ouverte
12:40au grand jour.
12:42Elle manifeste hautement,
12:43aussi bien que les convois
12:45venus par la Tunisie
12:45et le Maroc,
12:47aussi bien que l'attention
12:48marquée à Benbella,
12:49la participation de l'étranger
12:51à une affaire purement française.
12:56Mais il faut aussi,
12:57dans ce regard circulaire,
12:58faire allusion à d'autres faits.
13:00S'en est un qu'un de ces rebelles,
13:03Adjoul,
13:03chef d'une bande de l'ORES,
13:06se soit rendu de son propre mouvement
13:07et ait lancé un appel
13:08à la reddition.
13:10Adjoul a compris.
13:13Il ne faut pas oublier
13:14ces foules qui viennent chercher
13:15auprès des Français
13:16une sauvegarde
13:17qui leur assurera
13:18la liberté du travail
13:19dans un pays
13:20qui menacerait d'être
13:21la proie des factions
13:22et du désordre continuel
13:23comme il l'était autrefois,
13:25le jour où la France
13:26n'y remplirait pas sa mission.
13:27L'Algérie est un problème
13:30aujourd'hui,
13:31mais un problème français.
13:33Un problème français
13:34qui exige
13:35une solution française.
13:36Sous-titrage Société Radio-Canada
13:40Sous-titrage Société Radio-Canada
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