00:25Le palais d'été
00:30Le soir, il devait également assister au Stade Doran, au match de football Algérie-Brécile.
00:36Au retour, le samedi 19 juin, nous devions le filmer en compagnie de sa mère.
00:41Il disait d'elle, je lui ai causé beaucoup de soucis et je lui en causerai encore beaucoup.
00:47Nous ne savions pas qu'en participant à cette tournée d'inspection banale, nous allions vivre les deux derniers jours
00:53de la vie publique de l'ex-président algérien.
01:11Benbella voyageait dans l'île Youshin que Nikita Khrouchov lui avait offert.
01:15Deux équipages soviétiques de sept hommes chacun lui étaient attachés.
01:20Benbella disait, ses pilotes adorent le soleil d'Algérie, ils ne partiraient pas d'ici pour tout l'or du
01:26monde.
01:33Monsieur le Président, vous vous déplacez maintenant constamment à travers votre pays. Est-ce pour vous une nécessité ?
01:42Oui, c'est une nécessité. C'est une nécessité parce qu'il faut aller voir sur place ce qu'il
01:47se passe.
01:48Il faut un peu confronter ce qu'on décide au sommet avec ce qu'il se pratique à la base.
01:55Le lien entre les dirigeants d'une révolution et le peuple, le peuple au sens propre du mot, c'est
02:01-à-dire les masses, c'est-à-dire les militants de base, c'est-à-dire le responsable du comité
02:05de gestion, le responsable du maire,
02:09tous ceux qui constituent les chevilles ouvrières de notre action.
02:13Ce contact est absolument dispensable.
02:16Pour nous, à l'âge où nous nous trouvons, c'est-à-dire à l'âge zéro de notre révolution,
02:22il faut s'occuper de tout.
02:24Les détails ne sont pas des détails en leur importance. Ce sont les petits détails qui font les grandes révolutions.
02:31Monsieur le Président, vous êtes croyant. Est-ce que pour vous, la foi a une incidence dans le domaine politique
02:38?
02:41Je suis croyant et je peux dire que tout le peuple algérien est croyant dans sa grande majorité.
02:47Mais je crois que c'est un faux débat. Pour nous, en tout cas, c'est un faux débat.
02:52Voyez-vous, j'en ai parlé avec nos amis d'ailleurs soviétiques. J'ai très longuement parlé avec eux, avec
02:59Khrouchov en son temps.
03:02Eh bien, la constatation à faire, c'est que la religion chez nous, contrairement à ce qui s'est passé,
03:08par exemple, en Russie,
03:11je n'ai pas d'ailleurs apporté le jugement. Les Russes le portent.
03:15Et pour ce qui est de l'Algérie, la religion n'a pas du tout été un frein.
03:20Quelle est la logique qui conduirait à dire que la religion chez nous, enfin, serait un frein ?
03:24Absolument pas, puisque nos alliés les plus conséquents sont précisément ceux qui croient.
03:29Ceci dit, ce sont des gens qui croient sainement.
03:31Ce n'est pas ceux qui croient, ceux qui ont des conceptions qui sont connues d'ailleurs et que nous
03:38combattons nous-mêmes.
03:40Il y a une croyance en l'islam que nous estimons comme étant négative et qui n'est pas le
03:45reflet d'aphylosophie islamique.
03:47C'est là que nous la combattons.
03:49Par conséquent, le problème d'Israël ne serait donc pas un problème religieux.
03:53Absolument pas, absolument pas.
03:55Il ne serait pas un problème religieux parce que, précisément, l'islam lui-même, enfin, l'islam est une religion
04:05qui réclame, qui stipule qu'il faut respecter les gens, ce qu'on appelle les gens d'écriture.
04:11Ça ne peut être ni un problème religieux, ni un problème racial, puisque nous sommes de la même race que
04:16les israélites.
04:18Nous sommes des sémites.
04:21Ça ne peut pas être ni un problème religieux, ni un problème racial, absolument pas.
04:25Mais le problème d'Israël est un problème uniquement politique.
04:29Vous dites, les israélites et les arabes sont au fond de la même race.
04:33Avez-vous un exemple, une expérience personnelle, appuyant cette théorie ?
04:38L'expérience commune, vous savez, nous l'avons eue tous chez nous, dans nos propres villages.
04:47Moi-même, je me rappelle très bien que, par exemple, la famille Estir,
04:54Estir, c'est la fameuse tragédie, Estir habitait à côté de chez moi.
05:00Estir, durant la période de Vichy, sans pain, parce qu'on interdisait à l'époque aux israélites.
05:07On était arrivé jusqu'à leur interdire de perdre leur pain dans les fours arabes,
05:13les fours algériens, les fours musulmans.
05:15Et bien, le pain d'Estir a été fait par ma mère et par ma famille,
05:21durant un temps infini.
05:24C'est un autre pain qui est entré dans le four,
05:28et quand il sortait, c'était le pain d'Estir qu'elle faisait elle-même.
05:32C'est un petit détail.
05:33Mais nous vivions en famille.
05:35Je mangeais moi-même le pain à zim,
05:38à chaque fois qu'on en faisait,
05:40et le cas, comme on dit chez nous, les gâteaux de l'Aïd,
05:44bien, les premiers qui les mangeaient, c'était la famille Estir,
05:47qui était juste à côté de chez moi, et les enfants.
05:49Nous avons vécu dans la rue ensemble, nous sommes allés à l'école ensemble,
05:53nous étions toujours ensemble.
05:55Et nous vivions vraiment en famille.
05:59Cela, cette expérience, et pas mon expérience,
06:01c'est l'expérience de tous les Algériens.
06:04Et c'est l'expérience un peu de tous les Arabes dans tous les pays.
06:07Parce que rien ne se fait pas.
06:09Les Arabes, ils sont de la même race, du même sens,
06:12ils sont des cousins, ils sont des sémites.
06:1710h du matin, arrivée à Oran.
06:21Accompagnant Ben Bella, M. Mohamedi Saïd,
06:24vice-président du Conseil,
06:26aujourd'hui encore vice-président du Conseil.
06:28Il y avait aussi quelques ministres,
06:30aujourd'hui encore ministres.
06:32Pourtant, M. Boumediene,
06:34Bouteflika, Boumaza,
06:36Shérif Belkacem n'étaient pas là.
06:42Ici, il était chez lui,
06:44non loin de Marnia, son village natal.
06:48Malgré une session du comité central orageuse l'avant-veille,
06:52il était très détendu.
06:55À propos de l'opposition du bureau politique
06:57sur la question du rapprochement avec les hommes d'Aït Ahmed,
07:00il déclarait « S'ils ne sont pas d'accord,
07:03je suis prêt à redevenir un militant de Bavre ».
07:07En fait,
07:08à la veille de la conférence afro-asiatique,
07:10il ne pensait pas que son autorité
07:12pût être sérieusement mise en cause.
07:15Ainsi commençait une journée éclaboussée de lumière.
07:19Doran, le cortège présidentiel,
07:21devait se rendre à Aïnt et Mouchent,
07:23puis au Tremble et à Sidi Belabès,
07:26où Ben Bella prononça son dernier discours.
07:29La voiture de Ben Bella était une zisse présidentielle,
07:33cadeau de l'Union soviétique.
07:48Sous-titrage Société Radio-Canada
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09:53Merci d'avoir regardé cette vidéo !
10:09Il nous a habitués d'ailleurs à ce genre de procédé sur ce qu'ils appellent ou ce qu'appelle
10:18cette presse d'éventuels conflits qui existeraient au sein de la direction révolutionnaire en Algérie.
10:27Je voudrais répondre à cette presse et lui dire qu'une fois de plus, une fois de plus, eh bien
10:38cette presse ment.
10:40Cette presse ment, car en Algérie, il y a un régime et il y a une direction plus unique que
10:47jamais, qui est plus décidée aussi que jamais, à faire face aux complots d'où qu'ils viennent et surtout
10:54les complots extérieurs.
10:56Voilà ce qu'il y a dans notre pays. Notre révolution, nous avons voulu, dès le début, lui donner un
11:03style. Ce style marqué du saut de l'humanité.
11:08Nous voulons ça de faire une révolution. Nous avons payé très cher le droit de faire cette révolution.
11:14Et nous avons voulu aussi la faire avec la plus grande économie possible du son, je dirais, de nos frères.
11:24Même de ceux qui se sont trompés, même de ceux qui, peut-être inconsciemment, ont agi contre cette révolution.
11:31Ici, dans ce pays, il n'y a et il n'y aura jamais d'autres particules francs de libération
11:37nationale.
11:45Bon, il ne saurait y avoir et il n'y aura jamais ce que l'on pourrait appeler l'union
11:54nationale.
11:55Nous sommes, dans ce pays, organisés, unis. Les révolutionnaires de ce pays sont unis.
12:02Dans ce pays, nous n'avons pas d'autre union à rechercher que celle des révolutionnaires.
12:09L'avant-garde révolutionnaire, dans un parti d'avant-garde, un parti dur, formé de militants purs, nous en fassons
12:17à sa soutien manœuvre.
12:20Maintenant que les choses sont rentrées dans leur ordre naturel,
12:28maintenant que les Algériens peuvent dire que nous en avons fini avec les errements de quelques-uns,
12:36maintenant que le peuple est uni,
12:39eh bien, l'État, et le chef de l'État lui-même, n'hésitera pas à prendre les mesures de
12:46générosité
12:48que nous avons eu l'habitude de prendre dans ce pays.
13:06Deux jours après le coup d'État,
13:09Fidel Castro devait dire à propos de son ami Ben Bella,
13:12s'il avait été plus rusé et moins gentil, il serait encore au pouvoir.
13:46Sous-titrage Société Radio-Canada
14:03Rentrée à Alger au matin de sa dernière journée présidentielle,
14:07de l'aérodrome de Maison Blanche,
14:09le cortège gagna rapidement le Palais du Peuple,
14:12où Ben Bella et ses ministres prirent un court repos en buvant du thé à la menthe.
14:25Un peu plus tard, sur une terrasse du Palais, dominant la ville,
14:29nous avons enregistré l'ultime interview de celui qui pendant trois ans incarnait l'Algérie Nouvelle.
14:37Je pense que la conférence afro-asiatique, la conférence qui doit réunir les pays dits afro-asiatiques,
14:43devrait être conçue selon des facteurs, des concepts un peu plus larges.
14:52Je pense que les pays qui doivent venir là soient des pays qui ont les mêmes problèmes,
14:57qui ont les mêmes aspirations, qui poursuivent en somme les mêmes buts.
15:00Et alors, là, je pense que d'ici quelques temps, cette notion devrait s'élargir aux pays sud-américains.
15:07Peut-être, pourquoi pas, à d'autres pays qui viendraient là pour appuyer les postulats,
15:11les concepts de cette conférence.
15:14Donc, si l'Union soviétique dit, je suis un pays aussi asiatique,
15:18si elle vient pour aider, en somme, à la solution des problèmes posés à la conférence,
15:25et ces problèmes, c'est d'abord les problèmes d'impérialisme, du colonialisme,
15:28et à la fois, je ne vois pas pourquoi nous nous opposerions à la présence de l'Union soviétique.
15:32Je ne peux pas, évidemment, garantir qu'il n'y ait pas quelques escarmouches,
15:40quelques mots, disons, sur ce problème,
15:43mais notre position est claire.
15:44Nous l'avons d'ailleurs fait savoir aussi bien à nos amis chinois qu'à nos amis soviétiques.
15:49Nous ne voulons à aucun prix que ce débat ne s'instaure dans la conférence.
15:55Nous estimons que la conférence n'a rien à voir avec ce débat.
15:58C'est un débat qui doit concerner nos amis communistes.
16:00Qu'ils aient ce débat dans leur cadre.
16:02Ce n'est pas la conférence des partis communistes,
16:04c'est la conférence des pays afro-asiatiques.
16:08C'était le vendredi 18 juin, en fin d'après-midi.
16:11Pour entrer chez lui, à la Villa Jolie, Ben Bella n'avait que le boulevard à traverser.
16:16À 9h du soir, un homme est venu le mettre en garde.
16:19Ben Bella lui aurait dit, va dormir, ne crains rien, il ne se passera rien.
16:23À minuit, de faux policiers prenaient la dernière relève Villa Jolie.
16:27À 2h du matin, les chars étaient en place.
16:29À 4h, les hommes du Conseil de la Révolution réveillaient les ministres par téléphone
16:34et leur annonçaient qu'une page d'histoire venait d'être tournée.
16:37Sous-titrage Société Radio-Canada
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