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  • il y a 2 jours

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00:00...
00:08Depuis quelques jours, nous dit-on, le nombre de ceux qui retournent en Algérie dépasse celui de ceux qui la
00:14quittent.
00:14Mais qui retourne et pourquoi faire ?
00:17Une équipe de cinq colonnes s'est embarquée pour le savoir sur le paquebot Ville de Tunis à destination d
00:22'Oran.
00:28Monsieur les autorités françaises, vous avez expulsé d'Algérie comme suspect d'activisme et maintenant vous faites le retour sur
00:36Oran. Pourquoi ?
00:38Bien, comme je vous l'ai dit précédemment, c'est surtout le mal du pays. Je suis natif d'Algérie
00:43et puis je n'arrive pas à m'acclimater en métropole.
00:46Pourquoi vous n'arrivez pas à vous acclimater en métropole ?
00:50Une question de climat, surtout.
00:53Climat, climat, température ou climat, ambiance ?
00:56Les deux à la fois.
00:59Vous avez froid et vous ne vous sentez pas dans un milieu de sympathie ?
01:02Ce n'est pas une question de froid puisque je suis venu à plusieurs...
01:06... à plusieurs...
01:07... mes congés à plusieurs reprises en métropole. J'y ai même fait la guerre.
01:11J'ai supporté des moins de 30 ans en Alsace, en 44.
01:17Et...
01:17Alors c'est plutôt l'atmosphère ?
01:19C'est surtout l'atmosphère et puis alors l'incompr...
01:23Si vous alliez dire l'incompréhension ?
01:25Pas l'incompréhension, mais enfin...
01:28... le montfoutisme, surtout.
01:30Les métropolitains par rapport à...
01:32Les métropolitains par rapport à l'ensemble des rapatriés.
01:38Bon, maintenant vous repartez sur Oran.
01:41Est-ce que vous avez des appréhensions ou est-ce que vous avez une confiance absolue ?
01:45Il ne faut pas dire absolue, mais je fais tout de même confiance aux paroles données à mon épouse par
01:51le préfet de police d'Oran...
01:52et également par le secrétaire général de la préfecture d'Oran, monsieur Andam.
01:55Garantissant votre sécurité ?
01:56Garantissant ma sécurité.
01:58Actuellement, votre famille est là-bas ?
02:00Ma famille est retournée il y a 15 jours, avec mes enfants.
02:03Oui, vos enfants.
02:04Votre retour en Algérie, c'est quand même une expérience que vous tentez.
02:08Je tente une expérience et si elle s'avère concluante, elle sera définitive.
02:12Vous resterez définitivement là-bas ?
02:13Définitivement.
02:14Vous prendrez la nationalité algérienne ?
02:16Oui.
02:17Monsieur, vous êtes instituteur et instituteur pied-noir.
02:20Pied-noir ?
02:22Vous regagnez votre poste, vous aviez quitté Algérie, à quel moment ?
02:25J'ai quitté Algérie au 27 juin, c'est-à-dire trois jours en indépendance.
02:31Un peu pour faire plaisir à mes parents qui avaient très peur que je reste là-bas.
02:34Vos parents avaient peur de vous voir rester là-bas.
02:35Sinon, vous, vous seriez parti ?
02:37Je pense que je serais resté jusqu'à l'Afrique de l'indépendance.
02:39Pour voir comment ça se passait ?
02:40Pour voir comment ça se passait.
02:42Alors maintenant, vous retournez en Oranie, vous retournez parce que c'est la date de la rentrée scolaire ou parce
02:46que vous avez envie de rentrer ?
02:48C'est surtout parce que c'est la date de la rentrée scolaire et qu'il faut travailler.
02:50Il faut travailler.
02:52Mais enfin, une fois arrivé en Oranie, qu'est-ce que vous allez faire ? Demandez votre mutation pour la
02:56métropole ou quoi ?
02:57Ah ben, je ne pense pas. Moi, je resterai un an ou deux ans, puis on verra par la suite.
03:03Si quelques Européens reviennent à l'Algérie, on y restera parce que c'est surtout l'ennui qui fait partir
03:08les gens.
03:09Oui, beaucoup de gens sont partis et ceux qui restent partent à leur tour parce qu'ils se sentent seuls.
03:13Ils se sentent seuls, c'est ça. Il n'y a plus personne avec qui discuter. Les Européens sont presque
03:16plus partis, alors les gens préfèrent partir.
03:19Vous allez vous retrouver dans votre classe de Périgo. C'est une expérience que vous appréhendez ou quoi ?
03:25Non, non. Non. J'y retourne avec un certain plaisir.
03:31Vous serez content de retrouver vos élèves ?
03:33Oui, oui. On est toujours content de retrouver ses élèves.
03:36Monsieur, vous êtes enseignant. Vous rejoignez votre poste à Oran. Vous le rejoignez volontairement ou parce que vous étiez forcé
03:42de le rejoindre ?
03:44Non, je le rejoins volontairement.
03:45Pourquoi ?
03:47Parce que, d'abord, je vous dirais que je suis allé en vacances en France pour voir un peu la
03:53situation des enseignants en France.
03:56Mais j'ai constaté que, bien que j'ai été muté en France, je préfère encore retourner en Algérie parce
04:01qu'on vit une vie un peu plus décente.
04:04La fonction publique en France n'est pas revalorisée.
04:09Parfois, les avantages qu'on nous offre en Algérie sont plus ou moins intéressants.
04:16Ce sont les avantages qu'on vous offre qui vous décident à retourner.
04:21Donc, j'ai une grande partie.
04:22Vous retournez en Algérie. Pourquoi ?
04:24Parce que j'ai un atelier de menuiserie Benisterie.
04:28Et alors, cet atelier, il faut que vous le repreniez en masse ?
04:30Cet atelier, si je ne le reprends pas en main, sûrement, on me le réquisitionnera.
04:35Vous partez seul ou avec votre famille ?
04:37Je pars tout seul.
04:38Pourquoi ? Vous ne voulez pas...
04:39Je pars tout seul parce que, premièrement, je ne sais pas ce que j'ai trouvé là-bas.
04:44Je n'ai plus d'appartement. Il a été occupé.
04:46Alors, mes petits, je ne sais pas quelle instruction je pourrais leur donner en Algérie.
04:51Alors, ils restent en métropole.
04:55Et alors, votre ailleurs pensée en retournant là-bas, c'est de rouvrir votre atelier ?
04:59Ou d'essayer de vendre ?
05:00Moi, ma pensée est de voir quelles solutions je pourrais prendre sur place.
05:04Si je peux continuer, je continuerai.
05:08Si je ne peux pas, on verra où je loue, où je vends, où on trouvera une situation sur place.
05:14Solution sur place.
05:15Sur ce bateau, il y a les fonctionnaires qui rejoignent leur poste.
05:19Il y a les commerçants, les artisans qui disent tenter l'expérience d'un retour là-bas.
05:25Alors, qu'allez-vous faire en Algérie ?
05:27Moi, je vais liquider les biens de mes parents.
05:30Liquider ?
05:31Liquider.
05:32Pourquoi ?
05:33Parce que je ne crois pas en l'avenir d'Algérie.
05:35Pourquoi vous n'y croyez pas ?
05:37Parce que le passé et puis les événements récents prouvent que l'insécurité n'est pas bien établie en Algérie.
05:46L'expérience que vous tentez, retournez là-bas et y restez si c'est possible.
05:50Pensez-vous que beaucoup de vos compatriotes l'attenteront ?
05:54Je crois que oui, à l'approche de l'hiver, ils l'attentent.
05:57C'est le froid qui les fera retourner en Algérie ?
05:59C'est la faute de logement surtout.
06:00Faute de logement.
06:02Vous êtes donc en fait parmi les premiers à retourner ?
06:06En fait, oui.
06:10J'espère que d'autres assurent mon exemple.
06:13Ils suivront votre exemple dans la mesure où votre exemple les rassurera.
06:18Eh bien justement, comme je vous le disais tout à l'heure, je sers de cobaye.
06:28D'une ferme à l'autre, il y a quelques kilomètres.
06:31Mais d'un fermier à l'autre, il y a parfois un monde.
06:33Un monde qui sépare deux façons de concevoir les choses, de réagir devant les mêmes faites.
06:39Vous êtes un gros colomb.
06:45Vous êtes un milliardaire.
06:50Et en général, on pense que les milliardaires et les gros colons ont quitté l'Algérie.
07:00Ils n'y restent pas.
07:03Je fais partie des Algériens qui ont fait l'Algérie de papa.
07:10Les Algériens qui ont fait l'Algérie de papa aiment leur pays parce qu'ils l'ont créé.
07:16L'Algérie est un pays très dur.
07:18Et quand vous avez des enfants qui vous posent beaucoup de soucis, on est très attaché à eux.
07:26L'Algérie est un pays difficile.
07:29Et comme il a demandé beaucoup de laveurs, nous sommes attachés à ce pays.
07:34Le français le plus proche, c'est à combien de kilomètres d'ici ?
07:38Le français le plus proche réside à El Lafronde, c'est-à-dire à 6 kilomètres.
07:44Vous n'avez pas un peu peur de rester tout seul dans votre ferme de soirée ?
07:49Je vous avoue que depuis dix jours, j'ai peur, j'ai connu la peur pendant les sept ans de
07:58rébellion, par moments.
08:01Mais depuis le cessez-le-feu et depuis la proclamation d'indépendance,
08:07nous avons assisté à tellement d'exactions dans la périphérie de la ferme.
08:15Et j'ai été moi-même, tout dernièrement, traqué par des gens qui voulaient me prendre ma voiture.
08:26Et évidemment, qui n'auraient pas reculé devant un attentat pour prendre cette voiture,
08:32qui est une déesse.
08:35A l'heure actuelle, pour avoir un semblant de sécurité, il faut rouler en deux chevaux.
08:43Qu'est-ce que vous prenez comme précaution ?
08:47Je change de deux chevaux à peu près tous les jours, et j'ai quatre chiens qui m'accompagnent.
08:53Je modifie mes itinéraires.
08:56C'est à peu près toutes les précautions que nous pouvons prendre,
08:59puisque nous sommes privés de téléphone depuis un mois,
09:01et qu'il faut sortir pour faire marcher les exploitations.
09:05Pourtant, vous restez.
09:08Je reste parce que je pense que cette période trouble finira par cesser.
09:17Et si je partais en France devant la cuillétude de la vie française,
09:24je ne sais pas si j'aurais le courage de revenir.
09:27Je vais vous poser une question qui va probablement vous choquer et vous paraître absurde.
09:36Est-ce que vous avez une option pour devenir Algérien ?
09:44Oui, trois ans.
09:48Je vous dirais nettement aujourd'hui, non.
09:53Si la situation évolue, je dis peut-être.
09:57Pour l'instant, je pose un point d'interrogation.
10:01C'est l'avenir qui me fera devenir Algérien.
10:05Un homme solitaire, quatre chiens de garde, une voiture qui change d'itinéraire chaque jour,
10:11c'est un peu le symbole de la vie des Français dans cette région.
10:27Mais l'Algérie d'octobre 1962, ce n'est pas seulement l'amitié de jeun.
10:32C'est aussi cette petite gare, proche d'Alger,
10:36où le seul Européen qui reste assure tant bien que mal le trafic,
10:39réduit au cinquième de ce qu'il était.
10:41Il était lampiste, il fait fonction par force de chef de guerre.
10:45Ses problèmes se bornent là.
10:46Pour le reste, jugé plus tôt.
10:58Pourquoi je suis resté ?
10:59Oui.
11:00Ça, c'est simple.
11:01Moi, j'ai fait de mal en personne.
11:03J'ai fait que du bien.
11:07La population me connaît.
11:09La population du village, disons, me connaît.
11:11Et puis, dans cette période mouvementée, je restais chez moi.
11:14Je ne sortais pas de mon village.
11:17Et là, je ne risque rien.
11:18Même actuellement, je ne risque rien.
11:20C'est tout, quoi.
11:22Il n'y a pas de mystère, quoi.
11:25C'est-à-dire, pour être précis, je ne serais pas chez moi en France, quoi.
11:30Je comprends.
11:31Voilà, c'est tout.
11:32Je ne serais pas chez moi en France.
11:33Je irais en France en vacances, par exemple, pour voir de la famille qui est là-bas depuis 51, depuis
11:3852.
11:40Peut-être encore d'autres qui sont partis maintenant.
11:43Mais en passant, comme ça.
11:45Mais je ne serais pas chez moi en France.
11:46C'est vrai.
11:48Donc, j'en déduis que, à partir du moment où vous serez amené à choisir, vous choisirez la rationalité algérienne.
11:58Non, ça va sans dire, oui.
11:59Hein?
12:00Ça va sans dire, oui.
12:01Sans problème.
12:02Non, sans problème.
12:03Pour moi, il n'y a pas de problème.
12:04Ma femme non plus, d'ailleurs.
12:05Pas de femme non plus.
12:06Mes enfants non plus.
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