00:00Il est 7h12 sur Sud Radio à la Une. Ce matin, ce chiffre très inquiétant, les records de défaillances d
00:06'entreprises en France.
00:07Bonjour François Omryl.
00:09Bonjour, merci de m'inviter.
00:11Merci à vous d'être avec nous ce matin. Vous êtes le président de la CFECGC, qui est la Confédération
00:15Française de l'encadrement,
00:17la Confédération aussi générale des cadres.
00:19Première question, cela fait quand même, si on est honnête, plusieurs mois que l'on parle de cette hausse et
00:23de ce nombre record de défaillances d'entreprises.
00:26La publication de ces nouveaux chiffres, il y a seulement quelques heures, concrètement, nous disent quoi ce matin ?
00:31C'est très inquiétant, ça ne fait pas plusieurs mois qu'on en parle.
00:35En fait, ça fait trois ans que c'est un sujet très préoccupant.
00:40Il y a une tendance moyenne de l'ordre de 20 à 30 000 défaillances par an, c'est une
00:45tendance historique.
00:46On va dire que c'est le niveau naturel de l'activité économique qui fait que certaines entreprises,
00:52confrontées à des difficultés parfois conjoncturelles, vont à la défaillance.
00:56Mais là, on est sur une tendance qui dure.
00:59On ne peut pas expliquer le chiffre 2026 du début de l'année, on ne peut pas expliquer le chiffre
01:042025 avec un contre-coup du Covid.
01:07Ça, c'était l'explication classique.
01:09On disait que les entreprises ont été aidées pendant le Covid,
01:12et donc il est normal que la courbe remonte après que les aides ont disparu.
01:16Mais là, on est sur une tendance très très lourde, et qui ne peut plus être expliquée par un effet
01:21rebond.
01:22Donc là, il faut qu'on soit clair, l'année dernière déjà, on était aux alentours de 68 000,
01:28c'est ça à peu près des faillances d'entreprise, un peu plus ?
01:30On est très au-dessus de la moyenne, avec 68 000, on est pratiquement 50% au-dessus de la
01:36moyenne,
01:37on est 50% au-dessus de ce à quoi on pouvait s'attendre, compte tenu des conditions économiques.
01:43Il est vrai qu'on connaît quand même une forme de crise économique.
01:46Moi-même, j'avais déclaré il y a quelques mois, 2025 va être une année très difficile,
01:51mais vers la fin de l'année, parce que je me basais là encore sur les commentaires et les indications
01:56qu'on avait en début d'année,
01:58on constate qu'en vérité, ça n'a pas baissé, au contraire, ça s'est plutôt aggravé,
02:03et le chiffre 2026 est particulièrement inquiétant.
02:06Particulièrement inquiétant, précisément, parce qu'au premier trimestre, la France a enregistré 19 000 nouvelles défaillances.
02:13Est-ce que cela signifie, en réalité, que la petite musique qui s'installe, c'est que concernant les entreprises,
02:18et ces chiffres qui sont quand même affolants, vous venez de le dire, on commence à apercevoir quelque chose qui
02:23pourrait se rapprocher du systémique,
02:25c'est-à-dire que la France perdrait, pour plein de raisons, ce chiffre d'entreprise par an, et on
02:31doit commencer à s'y faire.
02:32Est-ce que ça, c'est une option crédible ?
02:34Non, non, il ne faut absolument pas s'y faire.
02:36Moi, justement, c'est le reproche que je fais au gouvernement, pas plus celui-là que ceux qui l'ont
02:43précédé,
02:43c'est qu'il n'y a pas de doctrine spécifique adaptée à la situation particulière de la France.
02:48Moi, je vais prendre l'exemple industriel.
02:51Alors, vous savez que dans les défaillances, finalement, c'est grosso modo le BTP, le commerce et la restauration.
02:59L'industrie, c'est très peu dans les défaillances, mais l'industrie, ça pèse beaucoup.
03:02Parce que quand vous fermez un site, quand un site va au tribunal de commerce, un site industriel,
03:07en général, c'est minimum 100, 200 personnes, et parfois, ça peut aller jusqu'à 1000 personnes.
03:12Donc là, on a quand même un poids extrêmement important.
03:16Et actuellement, il y a tout un tas de dossiers sur lesquels, malheureusement, on est obligé de constater
03:21qu'on a en face de nous, au niveau du gouvernement et de la haute administration,
03:25des gens qui sont de bonne volonté, mais qui n'ont pas les moyens pour agir.
03:29Il n'y a pas de doctrine spécifique aujourd'hui en France pour intervenir dans les cas
03:34sur lesquels l'État pourrait faire quelque chose.
03:37Je prends l'exemple de Domo Polytechnique actuellement.
03:39Quand on dit qu'on comprenne bien, François Omry, qu'on comprenne bien.
03:41Quand vous dites qu'il n'y a pas de doctrine spécifique, c'est qu'en réalité, l'État ne
03:45sait pas faire.
03:48L'État ne sait pas faire, il ne sait pas intervenir.
03:50Vous voyez, par exemple, il est intervenu dans le cas du Covid.
03:52Beaucoup de ceux qui nous écoutent, pourtant, seraient capables de vous répondre, François Omry,
03:55que l'État est capable quand même d'intervenir tout le temps, partout, notamment quand il s'agit d'économie.
04:00Mais là, quand il s'agit de sauver des entreprises, ce n'est pas le cas.
04:04Exactement. Je le répète, il n'a pas de doctrine adaptée.
04:07Quand il y a eu le Covid, il y a eu ce prêt garanti par l'État, qui aujourd'hui,
04:11au passage, pose des problèmes.
04:12Puisque quand il a fallu rembourser le prêt, il y a beaucoup d'entreprises qui n'avaient pas la trésorerie.
04:18C'est un tiers des défaillances, aujourd'hui, constatées.
04:21Manque de trésorerie.
04:22Parce que, justement, au lieu de déployer une intelligence de terrain,
04:27et, par exemple, de transformer le prêt en participation au capital,
04:32ou tout un tas de moyens qui sont, par ailleurs, utilisés dans d'autres pays,
04:36finalement, la France n'a rien fait.
04:37Elle a considéré le gouvernement français, elle a dit, nous, on a fait le prêt garanti par l'État.
04:41Maintenant, ce n'est plus notre problème.
04:43Moi, je ne suis pas d'accord.
04:44Un problème économique de ce niveau-là, de cette importance-là, c'est toujours le problème de l'État.
04:49L'État, finalement, il déploie des moyens importants financiers.
04:53C'est quand même plus de 200 milliards par an d'intervention d'argent public sur le système économique.
04:58Mais ça ne produit pas l'effet attendu.
05:01Mais bien sûr que non.
05:02Il n'y a pas de spécificité.
05:03Il n'y a pas d'attention stratégique à cette intervention dans le secteur économique.
05:08C'est trop général.
05:09Ce n'est pas assez conditionné.
05:11Et quand on y pense, quand on vous entend, on comprend que cette crise n'est pas uniquement liée à
05:16ce qui se passe aux Proches et aux Moyens-Oriens.
05:18Mais pour qu'on comprenne bien, est-ce qu'on a une idée, ce matin, du portrait robot de l
05:22'entreprise, d'une certaine manière,
05:23qui, aujourd'hui, est obligé de mettre la clé sous la porte, qui est en défaillance ?
05:26C'est quoi ?
05:26C'est une jeune entreprise ?
05:27C'est une vieille entreprise ?
05:28Est-ce qu'elle a beaucoup de salariés ?
05:30Est-ce qu'il y a des secteurs qui sont particulièrement touchés par rapport à d'autres ?
05:33Moi, je vais vous en donner deux.
05:35Deux portraits robots très différents, mais qui, finalement, ciblent bien notre époque.
05:41C'est un artisan qui s'est mis à son compte à 35 ans, on va dire,
05:46et qui, aujourd'hui, est confronté à une baisse des commandes,
05:49à la faite de la commande publique, par exemple.
05:51Un artisan du BTP, il n'a plus la trésorerie, il ne peut plus payer ses fournisseurs,
05:55il va au tribunal de commerce.
05:56Je vous en donne un autre, très concret, je l'évoquais tout à l'heure,
06:00Domo Polytechnil, près de Lyon, dans la vallée de la Chimie.
06:04Il y a un ancien site Rhône-Poulin, où on fabrique le polyamide,
06:08une fabrication historique dans la région.
06:11Un actionnaire particulièrement défaillant qui a vidé la caisse, Domo.
06:16L'entreprise, 600 personnes, des brevets, des fabrications toutes neuves,
06:21un laboratoire de recherche très performant.
06:23Il n'y a plus de trésorerie, on va au tribunal,
06:25et l'État n'a pas les moyens d'intervenir.
06:27L'État, par pure idéologie, refuse de nationaliser cette boîte,
06:32même temporairement.
06:34Et quelle est la seule entreprise qui est intéressée à la racheter ?
06:37C'est une entreprise chinoise, qui garde 60 personnes.
06:40Donc en plus, ce sont d'une certaine manière nos ennemis économiques.
06:43Une question encore quand même, François Ambril,
06:45dans ce contexte, on voit bien que le gouvernement distribue des aides.
06:49Est-ce que, comme beaucoup, vous les qualifiez d'insuffisantes ?
06:51Et surtout, est-ce que vous comprenez par moments,
06:53quand on voit l'État aujourd'hui de certaines entreprises,
06:56ces stratégies du compte-gouttes à cause de l'État
06:58qui regarde ces caisses qui sont vides ?
07:01Mais je suis assez d'accord avec la façon dont vous l'avez formulée.
07:05Une aide, elle doit être efficace, elle doit être utile.
07:09La façon dont agit l'État aujourd'hui, mais ce n'est pas nouveau,
07:12c'est comme ça depuis 25 ans.
07:14Ce sont toujours des aides générales,
07:17ce sont des exonérations de façon générale,
07:19enfin bref, c'est pour tout le monde pareil.
07:22Mais ça, ça ne marche pas.
07:24Finalement, ça partage le tissu économique en deux catégories,
07:28ceux pour qui ça n'est pas suffisant ou mal adapté,
07:30et ceux pour qui ça ne sert à rien.
07:34Ça ne change rien à la condition de l'entreprise.
07:36Ça augmente pour certaines grandes entreprises,
07:39leurs bénéfices, leurs marges.
07:41Imaginez qu'en France, depuis trois ans,
07:44les grandes entreprises du CAC 40 rachètent en moyenne
07:47pour 30 milliards d'actions,
07:48c'est-à-dire 30 milliards de destruction de capital.
07:50On a quand même un problème.
07:52Avec des petites entreprises,
07:54certaines un peu plus grandes,
07:55qui sont confrontées à la crise,
07:56et qui vont au tribunal de commerce,
07:58et par ailleurs des grandes entreprises,
08:00pour beaucoup d'ailleurs,
08:01qui sont dirigées aujourd'hui par d'anciens ou fonctionnaires,
08:03qui rachètent pour 30 milliards d'actions.
08:05C'est quand même incroyable.
08:07Le décalage est absolument considérable.
08:08Merci beaucoup François Omrile d'avoir été avec nous ce matin,
08:11président de la CFE-CGC,
08:12la Confédération Française de l'encadrement d'une part,
08:15et d'autre part Confédération aussi Générale des Cadres.
08:17Il est 7h20.
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