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Au menu ce samedi : un débat sur le contrat social à l'ère de l'IA, un détour par la Hongrie, à la veille des élections... Et un focus sur l'électrification de la France, avec un reportage sur l'industrie de la voiture électrique des Hauts-de-France et un entretien avec la ministre de l'Energie.
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00:00L'invité d'On n'arrête pas l'écho est la ministre de l'énergie et porte-parole du gouvernement.
00:05Bonjour et bienvenue Maude Bréjon.
00:06Bonjour à tous.
00:07En fin d'après-midi hier, le chef du gouvernement a donc présenté les premières mesures du plan d'électrification.
00:13L'enveloppe a-t-il annoncé va passer de 5,5 milliards pour le soutien à l'électrification à 10
00:19milliards d'euros par an d'ici 2030.
00:21En parallèle, les dépenses militaires, la rallonge est de 35 milliards d'ici 2030.
00:26Maude Bréjon, est-ce que pour l'écologie, ça suffit vraiment pour changer d'échelle ?
00:31D'abord, quel est le constat ?
00:33Le constat est simple, crise après crise, les Français paient le prix de cette dépendance aux hydrocarbures.
00:39Ils le ressentent en ce moment sur le prix à la pompe.
00:42Ils l'ont vécu de plein fouet en 2022-2023 sur les prix du gaz et sur les prix de
00:48l'électricité.
00:49Et donc s'il est absolument nécessaire d'apporter des réponses de court terme aux secteurs les plus exposés,
00:54comme les pêcheurs, les agriculteurs et les transporteurs,
00:57notre rôle c'est aussi de préparer le pays à la crise d'après
01:01et de rendre la France intrinsèquement plus résiliente.
01:05Et ça passe par l'électrification.
01:07Ça nécessite des moyens indéniablement.
01:10Une part était déjà budgétée dans le projet de loi de finances
01:13et une autre partie provient de ce qu'on appelle les certificats d'économie d'énergie.
01:18C'est une obligation qui incombe aux énergéticiens
01:20et qui permet de financer cette transition vers l'électrique.
01:24Et qu'on retrouve sur la facture des Français.
01:25Une transition qui est bonne pour le pouvoir d'achat des Français.
01:28Non, ce qui pèse sur la facture des Français,
01:30c'est la hausse des prix du pétrole qu'on importe du Moyen-Orient.
01:34C'est la dépendance au gaz algérien.
01:36C'est la dépendance au GNL américain.
01:38C'est le fait qu'aujourd'hui, on est dépendant des décisions des autres.
01:42On est dépendant de nos importations et de ceux qui fixent le prix de nos factures d'énergie
01:47et du prix qu'on paie à la pompe.
01:49C'est ça qui pèse sur le pouvoir d'achat des Français.
01:51Et 10 milliards par an, Maud Bréjean, c'est suffisant pour changer d'échelle ?
01:54C'est un plan qui est absolument massif.
01:57D'abord parce qu'il concerne une large part de la population.
02:00On relance le leasing social.
02:02Alors parlons-en, les véhicules.
02:03Très bien, allons-y.
02:05Il y a d'abord le transport.
02:06Troisième vague de leasing social pour les acheteurs de voitures électriques.
02:10Qui, quand et jusqu'à combien seront-ils soutenus ?
02:14D'abord, ce n'est pas la première édition de leasing social.
02:18On a vu que ça avait largement marché par le passé.
02:20L'objectif, c'est de mettre sur le marché 50 000 véhicules électriques, véhicules français, je le précise,
02:30pour des populations populaires, revenus inférieurs à 2 000 euros par mois.
02:36Ce qui vous permet d'avoir un véhicule électrique avec un reste à charge d'environ 100 euros par mois.
02:42Quand vous voyez ce qu'est aujourd'hui le prix du plein, ce que vous coûte le remboursement d'une
02:46voiture thermique,
02:47ce que vous coûte son entretien, ce que vous coûte son assurance, vous êtes largement bénéficiaire.
02:53Et ça, ça ouvre en juin.
02:54Cette troisième vague de leasing social.
02:56Et ça, ça ouvre en juin.
02:57Et vous avez ensuite une deuxième mesure qui la touche les catégories un peu supérieures,
03:03entre 2 000 et 3 000 euros par mois,
03:06et qui est une forme de bonus plus important que ce qu'il était avant pour acquérir une voiture électrique.
03:13En fait, notre constat, il est assez simple.
03:15Moi, je crois que beaucoup de Français ont envie d'aller vers l'électrique.
03:18Et on voit que depuis le début de l'année, notamment eu égard à ce qui se passe au Moyen
03:21-Orient,
03:22les ventes de véhicules électriques ont bondi sur le marché du neuf.
03:25Depuis le début de l'année, c'est environ un tiers.
03:2728% exactement.
03:28Et donc, ça montre bien l'appétence que les Français ont pour cette transition dans la mobilité.
03:35Pour autant, le coût d'investissement, il est important.
03:38C'est vrai pour les véhicules électriques, parce que ça coûte cher.
03:41On en parlera après.
03:42C'est vrai pour les pompes à chaleur,
03:43parce qu'aujourd'hui, acheter une pompe à chaleur, c'est plus cher que d'acheter une chaudière au gaz.
03:46Et donc, nous, ce qu'on met en place, c'est des dispositifs qui permettent d'amortir ce coût d
03:53'investissement.
03:53Et alors, on a parlé du leasing social pour 50 000 personnes, moins de 2 000 euros par mois.
03:59La deuxième enveloppe que vous décrivez, elle concerne combien de personnes ?
04:03Et qui exactement ? Des classes moyennes, plutôt ?
04:06Entre 2 000 et 3 000 euros net par mois.
04:08Une aide qui peut aller jusqu'à 9 000 euros pour le premier décile qui est ciblé,
04:14donc ce qu'on appelle le décile 6 environ, 2 000, un peu plus de 1 000 euros.
04:16Là, on est classe moyenne, oui.
04:17Voilà, par mois.
04:19Et ça dépend de la profession ? C'est plutôt des gros rouleurs ?
04:22Non, ça ne dépend pas de la profession.
04:24Ça ne dépend pas de la profession.
04:26On cible effectivement les gros rouleurs.
04:29Et on estime, mais tout ça, c'est vraiment des estimations,
04:33on estime pouvoir viser dans les premiers mois, là encore, 50 000 véhicules supplémentaires.
04:38Bon, ensuite, c'est une aide guichée, ça dépend de la façon dont les Français vont se tourner vers cette
04:44possibilité-là.
04:45Et on sait que le guichet ferme quand il y a trop de monde qui demande.
04:49Il y a combien en enveloppe pour les deux ?
04:51Ça, j'ai envie de vous dire, si à la fin, notre problème, c'est qu'on a trop de
04:54gens qui se tournent vers les dispositifs qu'on a mis en place
04:57et qui veulent massivement se tourner vers l'électrique
05:01et qu'on a des problèmes sur la production derrière ou le financement,
05:04ce sera presque un problème de riches.
05:07Nous, notre volonté, c'est de faire cette transition, qui est une transition énergétique, qui est aussi une transition culturelle.
05:13Passer du thermique à l'électrique, c'est aussi une transition culturelle.
05:16Maude Bréjon, autre grand volet de ce plan, c'est le logement,
05:20avec l'objectif d'installer 1 million de pompes à chaleur par an d'ici 2030.
05:24Ça va marcher comment ? Vous allez flécher MaPrimeRénov' différemment ?
05:28On va continuer d'abord avec le dispositif MaPrimeRénov' existant.
05:32Et puis, on va, là encore, financer via ces certificats d'économie d'énergie,
05:37l'acquisition de pompes à chaleur avec des bonus plus importants que ce qu'on faisait avant.
05:44On part, je le dis là encore une fois, d'un constat simple,
05:47une pompe à chaleur, ça coûte entre 10 000 et 15 000 euros,
05:51en fonction du modèle que vous prenez, en fonction de la puissance dont vous avez besoin.
05:55C'est un investissement qui est important pour un ménage issu de la classe moyenne.
06:01Et on pourrait avoir jusqu'à combien alors ?
06:02Et c'est bien supérieur à la chaudière à gaz.
06:07On estime aujourd'hui avec le dispositif que vous pourrez avoir une bonification,
06:12une aide qui varierait avec un plafond entre 12 et 14 000 euros.
06:16Et puis surtout, on s'engage sur une chose.
06:18Et une aide jusqu'à combien ?
06:18On travaille, pardonnez-moi, on travaille à un dispositif avec les énergéticiens
06:24qui permettra de garantir que la mensualisation de votre pompe à chaleur
06:29et le prix de l'électricité qui va avec pour vous chauffer
06:32soient toujours inférieurs au prix de votre facture de gaz.
06:38De par les aides, de par une forme de mensualisation.
06:40Au fond, c'est une forme de leasing social pour les pompes à chaleur.
06:44Et ça, ça va se mettre en place ? Vous y travaillez ? Vous l'annoncez ?
06:47Ça va se mettre en place. On a des échanges très positifs avec les énergéticiens
06:52qui peuvent avancer là-dessus.
06:55C'est plutôt un partenariat public-privé alors ?
06:58C'est plein de petites briques qui viennent s'additionner,
07:01qui à la fin représentent des volumes d'investissement qui sont conséquents,
07:05mais qui sont selon moi les seules vraies réponses à la crise qu'on est en train de traverser.
07:12En 10 ans, les tarifs de l'électricité, ils ont augmenté de 20% en euros constants,
07:16c'est-à-dire 45% en euros courants en tenant compte de l'inflation.
07:20Qu'est-ce que vous dites aux Français qui, franchement, n'ont pas,
07:23à ceux qui, parmi les Français, n'ont pas envie de cette bascule vers l'électrique,
07:27qui se méfient, qui disent la facture d'électricité aussi, elle a explosé ?
07:31Alors, d'abord, la facture d'électricité en France, elle est bien plus faible
07:35que ce que paient nos voisins européens.
07:37Elle est par exemple 30% inférieure en France par rapport à ce qu'elle est en Italie.
07:43Et elle est stable. Et ça, c'est extrêmement important.
07:46Et pourquoi elle est stable ? Elle est stable parce qu'on a le nucléaire.
07:49Le nucléaire, aujourd'hui, protège les factures d'électricité des Français.
07:54Là où le prix du gaz dépend des décisions de M. Trump,
07:58des décisions de M. Tebboune en Algérie,
08:01hier des décisions de M. Poutine, on s'en rappelle.
08:04Le gaz a augmenté depuis le début du conflit au Moyen-Orient.
08:08Et les Français vont malheureusement en payer une partie sur leurs factures.
08:12La commission de régulation de l'énergie parlait d'une hausse d'environ 15% du gaz.
08:15Ce n'est pas le cas sur les factures d'électricité.
08:19Alors, la critique de ce plan, évidemment, c'est sans doute que c'est du moyen terme et du long
08:23terme.
08:24Mais pour l'instant, pour aujourd'hui, le court terme,
08:27le litre de gazole, il est à 2,33 euros à Quimperlé.
08:30Le sans-plomb 95, il est juste en dessous de 2 euros à Alès.
08:33Et à Vichy, il y a des ruptures de carburant.
08:36Maude Bréjon, est-ce que vous voyez la situation s'améliorer dès ce week-end ?
08:40Écoutez, d'abord, on l'espère. Je n'ai pas de boule de cristal.
08:43Les dernières semaines nous ont appris à être extrêmement prudents
08:46dans les expressions qu'on pouvait avoir sur l'évolution du prix à la pompe
08:51et des prix de l'énergie.
08:53On a pris une décision dans les premiers jours du conflit.
08:55C'était d'aider les secteurs économiques les plus exposés.
08:59Je parlais des agriculteurs, des transporteurs, des pêcheurs.
09:02Vous savez, le gazole pêche, quand il atteint un certain niveau,
09:04il n'est même plus soutenable pour les pêcheurs d'aller en mer.
09:0770 millions, c'est ce que vous avez mis sur la table.
09:09Et donc, ça a derrière des impacts sur les salaires qui ne sont pas versés,
09:13par exemple, des impacts sociaux qui sont extrêmement importants.
09:15Donc, on a fait le choix de ces aides d'urgence.
09:17On fait le choix aujourd'hui de préparer le pays aux crises à venir.
09:20Parce que faire de la politique, c'est aussi préparer l'avenir.
09:23Mais ça, c'est le moyen terme.
09:25Et ensuite, je termine.
09:27Si la crise dure, on sera aux côtés des Français les plus exposés,
09:33les plus en difficulté.
09:34Mais des aides généralistes, universelles, qui toucheraient l'ensemble des Français,
09:39n'auraient aucun sens.
09:41Et puis, par ailleurs, ce n'est pas très populaire,
09:42mais je crois qu'il faut avoir un discours de vérité sur ce qu'est l'état des finances publiques
09:46aujourd'hui.
09:47On vise 5% de déficit cette année.
09:50Ce n'est pas mirobolant.
09:52Nous n'avons plus les moyens du quoi qu'il en coûte.
09:55Par ailleurs, nous ne sommes pas dans la situation que nous avons connue en 2022-2023.
09:59Mais il ne serait ni soutenable ni souhaitable de déverser des milliards d'euros sur la table
10:04de façon extrêmement ponctuelle, avec des solutions, au fond,
10:07qui seraient des solutions extrêmement court-termistes.
10:10parce que ça dégraderait très directement et très brutalement les finances publiques.
10:14Et ce que le consommateur ne paie pas, le contribuable le paiera plus tard.
10:18C'est des investissements qu'on fera en moins sur l'école, sur la sécurité, sur la santé.
10:22Il n'y a pas les moyens.
10:23Et tout ça n'est pas sans conséquence.
10:24Donc peut-être de la grande, peut-être de la souffrance.
10:26En tout cas, je suis vraiment...
10:29J'aimerais pouvoir le dire autrement,
10:31mais quand vous avez 5% de déficit,
10:33vous devez, et même de façon générale,
10:36vous devez faire attention aux finances publiques.
10:41Allez, une dernière question, Maud Bréjean,
10:42avec votre casquette de porte-parole du gouvernement
10:44sur l'autorisation de travailler le 1er mai.
10:47Pour certains salariés, on y va.
10:50Bon, c'est le début de la banalisation du travail, ce jour particulier.
10:52C'est ça que vous voulez au gouvernement ?
10:54Non, d'abord, c'est issu des remontées qu'on a pu avoir
10:58et que le groupe Renaissance, que Gabriel Attal,
11:00a eu de bon nombre d'artisans et de commerçants.
11:03Vous auriez peut-être pu préciser dans votre question
11:05que ça ne concerne pas l'ensemble des salariés.
11:09Il y a des secteurs qui sont visés.
11:10C'est ça l'idée.
11:11Est-ce que ce n'est pas une banalisation ?
11:13On commence par certaines professions et ça va,
11:15comme le travail du dimanche, se banaliser à d'autres.
11:18Et il y a, pardonnez-moi, une grande hypocrisie sur cette question.
11:20Il y a en fait déjà des salariés qui travaillent le 1er mai.
11:24Et donc, dans tout un tas de secteurs,
11:27c'est une réalité qu'on essayait de cacher
11:29avec des situations qui étaient en pleine zone grise
11:32et donc qu'il était, je crois, nécessaire de résoudre
11:36et une base qui se fait, évidemment, sur la base du volontariat.
11:39On ne supprime pas un jour férié.
11:42On permet aux salariés dans certains secteurs, pardonnez-moi,
11:46et aux salariés volontaires de travailler en étant payés double.
11:51Si le volontariat est une chose possible quand on est tout seul face à son patron.
11:55Pardon ?
11:56Si le volontariat, c'est possible.
11:57Si on peut dire non à son patron quand on est tout seul,
12:01quand on est le seul salarié, il faut croire au volontariat.
12:03Je pense que les personnes dont vous parlez travaillaient déjà
12:07avant que cette loi ne soit votée à l'Assemblée nationale.
12:12Maude Bréjon, ministre de l'énergie et porte-parole du gouvernement,
12:15merci d'avoir accepté notre invitation.
12:17Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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