- il y a 5 minutes
À quelques jours des législatives en Hongrie, les yeux sont braqués sur ce pays d'Europe centrale, où le nationaliste Viktor Orban, qui brigue un cinquième mandat consécutif, est loin d'être le favori. L’historien Marc Lazar et l’ancienne ministre des Armées Sylvie Goulard analysent cette élection.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00Et un grand entretien ce matin à la veille d'élections législatives en Hongrie,
00:04des élections aux conséquences importantes pour l'Europe
00:07et qui pourrait conduire à la défaite de l'actuel Premier ministre Viktor Orban,
00:13le très symbolique et puissant Orban,
00:16après 16 ans au pouvoir et au terme d'une campagne dure
00:20et où tous les coups ont été permis.
00:22Pour en parler, deux invités, deux des meilleurs connaisseurs des questions européennes,
00:27Sylvie Goulard et Marc Lazard.
00:29Bonjour à tous les deux.
00:30Bonjour.
00:31J'invite les auditeurs à dialoguer avec vous au 01 45 24 7000
00:37ou sur l'application Radio France pour essayer de mesurer les élections dans ce pays
00:41de 10 millions d'habitants.
00:43Mais ô combien symbolique !
00:45Sylvie Goulard, vous étiez eurodéputée, présidente aujourd'hui de l'Institut franco-allemand.
00:50Marc Lazard, grand professeur de Sciences Po,
00:54vous enseignez les relations franco-italiennes à l'Université Louise de Rome
00:58et vous êtes l'auteur d'une note absolument passionnante pour l'Institut Montaigne
01:03sur ces nationaux populistes à l'épreuve du pouvoir
01:07avec un benchmarking, comme on dit,
01:10trois pays étudiés et comparés, la Hongrie, la Pologne et l'Italie.
01:15Partons donc de ces élections de demain.
01:19Les Hongrois vont voter pour leurs 199 députés alors que le Premier ministre Victor Orban et son parti Le Fidesz
01:27sont donnés largement perdants par des instituts de sondage indépendants.
01:31C'était le titre du journal Le Monde hier.
01:35Hongrie, une élection clé pour l'Europe.
01:38Rien de moins.
01:39Sylvie Goulard.
01:41Alors d'abord, bonjour à tous, à tous les auditeurs.
01:44Je suis très prudente, moi, quand il y a des sondages avant une élection.
01:47On va parler, on n'est pas des voyantes, enfin, en ce qui me concerne.
01:50Moi non plus.
01:51Non, vous n'avez pas de boule de cristal.
01:53En revanche, effectivement, expliquer pourquoi c'est important pour l'Europe, c'est important.
01:57Élection clé ?
01:58Oui, élection clé.
02:00À la fois pour les raisons qui ressortent de la note de Marc,
02:04c'est-à-dire que le mouvement nationaliste n'existe pas seulement en Hongrie,
02:09mais pour deux raisons fondamentales.
02:11La première, c'est qu'on a vu à quel point l'Europe est importante pour le reste du monde
02:15dans cette élection, puisque le vice-président des États-Unis a fait le voyage.
02:20Cette semaine ?
02:21Voilà, hier avant-hier.
02:23Le président russe reçoit M. Orban régulièrement
02:26et les Chinois ont investi en Hongrie plus que dans aucun autre pays de l'Union européenne.
02:31Pourquoi ?
02:32Parce que c'est la porte d'entrée de tous les entrismes politiques et économiques.
02:37Et deuxièmement, l'entrisme politique est possible parce que nous continuons à décider à l'unanimité.
02:43Ce qui permet à un élément autour de la table au Conseil européen...
02:47Un sur 27 peut bloquer la plupart des projets.
02:49Ça, c'est l'Europe des nations.
02:51L'Europe des nations. Il y a très peu d'Europe et beaucoup de nations.
02:55Marc Lazard, élection clé pour l'Europe ?
02:57Oui, absolument. Je suis tout à fait d'accord avec ce que vient de dire Sylvie Goulard.
03:01Je pense que c'est d'abord, moi aussi, grande prudence par rapport aux sondages.
03:06En 2022, Victor Orban était donné perdant quelques semaines avant.
03:10C'est vrai que les mêmes organismes de sondage avaient enregistré une progression de Victor Orban.
03:16Ce n'est pas le cas pour le moment. Mais attention, deuxième raison de la prudence...
03:18Il faut dire qu'il avait dépensé 80% de plus que ses opposants pour sa campagne.
03:24Ce qui est absolument considérable et ce qui serait interdit dans un pays comme la France.
03:29Certainement. Et par ailleurs, effectivement, vous l'avez dit, la campagne a été très dure.
03:33Il y a encore sur TikTok quelque chose d'invraisemblable.
03:36On voit, grâce à l'intelligence artificielle, Zelensky, assis, je suis désolé, il est tôt le matin, sur des toilettes,
03:42manipulant des dollars et insultant un soldat hongrois.
03:45Donc attention à ce type de campagne.
03:47Deuxièmement, ces mouvements, et notamment, c'est le cas du Fidesz, c'est-à-dire le parti de Victor Orban,
03:52est implanté dans le pays, profondément implanté.
03:55Donc attention, il a des soutiens.
03:58Ça, c'est incontestable.
03:59On va en parler.
04:00Voilà. Et oui, c'est clé pour l'Europe, pour les raisons qui ont été indiquées.
04:04Parce que Victor Orban bloque une grande partie de tout ce que l'Europe essaye de faire.
04:09Et parce qu'il est soutenu par tous les nationaux populistes.
04:12C'est ce qui est fascinant. Il parle de l'empire de Bruxelles, de force mondialiste.
04:16Il n'a cessé de le répéter pendant cette campagne.
04:19Et ça faisait écho, évidemment, au discours de nationalistes qu'on a pu entendre ici même en France.
04:25Le vote de dimanche est un référendum sur la place de notre pays dans le monde, disait son opposant, Peter
04:30Magar.
04:31Oui, tout à fait. Et donc, juste pour terminer sur les nationaux populistes,
04:34en janvier, il y a eu toute une vidéo qui a été enregistrée.
04:37Qui est-ce qui est intervenu ? Georgia Meloni, Marine Le Pen, M. Azkabal, qui est le leader de Vox,
04:44mais aussi Netanyahou, mais aussi Javier Mileï.
04:48Donc, on voit que toutes ces formations espèrent la victoire de Victor Orban.
04:53Donc, c'est un très grand enjeu, en effet, pour l'Europe et pour les conceptions de l'Europe qui
04:58s'affrontent.
04:58Il y a des différences entre toutes ces sensibilités, mais il y a un point commun.
05:01Un, c'est l'Europe des nations. Il faut réduire, justement, tout le processus d'intégration
05:06au moment où, justement, l'Europe a encore plus besoin de s'unir.
05:10Mais justement, Sylvie Goulard, je reviens sur vos doutes, parce que là,
05:13Victor Orban est effectivement loin derrière dans les sondages,
05:16mais il a le soutien, vous le disiez, des Etats-Unis.
05:19Donald Trump a encore intervenu la nuit dernière.
05:21Il a le soutien de la Russie, il a le soutien de la Chine.
05:23Est-ce qu'on peut perdre une élection quand on a, entre guillemets,
05:26entre énormes guillemets, des bonnes fées de ce genre, aussi puissantes,
05:30qui se penchent sur le scrutin ?
05:31Je n'aurais jamais pensé appeler Donald Trump une fée.
05:34C'est pour ça que je mets des énormes guillemets, mais...
05:36Non, je ne sais pas s'il va faire...
05:39Mais ça nous oblige à réfléchir, nous, les autres Européens.
05:44J'ai eu la chance de travailler avec le président Prodi
05:46quand les pays d'Europe centrale et orientale ont rejoint l'Union européenne.
05:49Expliquons aux auditeurs, d'abord, un, qu'ils ont rejoint l'Union européenne volontairement.
05:54C'était le 1er mai 2004.
05:55Voilà, qu'ils ont accès, comme les autres, à toutes les fonctions.
06:00Ils ont des représentants, donc cette caricature...
06:03Mais ils ont reçu des subsides considérables des fonds structurels
06:07qui ont permis à l'Angleterre, comme à d'autres pays, de se développer de manière invraisemblable.
06:12Et il y a un principe de coopération loyale.
06:14Mais ce que je veux dire, c'est qu'on peut sortir de l'Union,
06:16le Brexit l'a montré, alors qu'on ne pouvait pas sortir du bloc soviétique.
06:19Donc tous ces discours, selon lesquels Bruxelles est une intéférence externe,
06:24surtout quand ils sont tenus par des tiers, comme des représentants américains ou russes,
06:29mais ce sont des fariboles absolues, pour ne pas dire qu'ils se moquent de nous.
06:33Donc on a le droit de critiquer, évidemment, l'Union européenne,
06:37mais il y a un principe de loyauté à l'intérieur.
06:40Et je pense que les auditeurs le savent.
06:41Quelle est l'entreprise, la commune, l'association, la famille,
06:45dans laquelle on peut tolérer qu'un des membres se comporte de cette manière-là ?
06:48Vous vous rendez compte qu'il y a quand même un ministre qui a espionné le Conseil européen
06:51et qui a appelé ensuite les autorités russes ?
06:54Et l'Europe, qu'est-ce qu'elle fait ?
06:56Elle tolère ou non ce comportement ?
06:56Alors attention, parce que l'Europe, c'est à la fois Bruxelles et ce sont les capitales.
07:00Là, c'était le Conseil européen.
07:01Et au Conseil européen, chacun des États membres est représenté.
07:04L'Italie par Mme Mélone, la France par M. Macron, etc.
07:07Tous ces gens-là sont légitimes.
07:08Et il n'est pas sanctionné.
07:09Et on pourrait espérer, alors M. Costa, qui le préside, a pris position verbalement.
07:13Mais effectivement, je crois qu'il faut que nous revoyons la manière dont travaille le Conseil européen.
07:18Marc Lazard ?
07:18Certainement, je crois que l'inquiétude, je ne sais pas ce que vous en pensez, c'est légulard,
07:22mais je pense que l'inquiétude des chefs d'État et de gouvernement,
07:24c'est sanctionner la Hongrie au risque de la perdre,
07:27serait de la faire passer complètement du côté russe.
07:30Donc il y a cette inquiétude-là.
07:31Mais elle est dite à l'intermédiaire avec Poutine, elle est déjà du côté russe.
07:34Alors effectivement, le problème, c'est qu'elle est déjà du côté russe.
07:37Mais c'est ahurissant, Marc Lazard.
07:39Le 1er mai 2004, c'est il n'y a pas 100 ans, c'est récent.
07:43Ce qui est impressionnant, c'est qu'on avait l'impression que la Hongrie rejoignait le camp libéral.
07:47Et pourtant, c'est Victor Orban qui a théorisé et mis en pratique la notion de démocratie illibérale.
07:55Je le cite, le nouvel État que nous sommes en train de construire
07:58est un État illibéral et un État non libéral.
08:02Ce qui est contraire à la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne.
08:06Vous avez raison, Ali Badou, d'insister là-dessus.
08:08Parce que je crois que Victor Orban tient des discours qu'il est très intéressant
08:12pour ceux qui sont intéressés par ce sujet d'étudier et de lire.
08:16Et ils sont traduits notamment, il faut faire un peu de publicité,
08:18par le site du Grand Continent.
08:21Remarquable revue, remarquable site.
08:24Et vraiment, le Grand Continent nous a permis,
08:26pour ceux qui ne faisaient pas attention comme ça au discours de Victor Orban,
08:30c'est très cohérent.
08:32Victor Orban a théorisé la démocratie libérale.
08:34Alors, qu'est-ce que ça veut dire pour les autres ?
08:36Parce que ça apparaît, on peut y avoir un mot savant, un oxymore.
08:38Bon, qu'est-ce que ça veut dire ?
08:40Ça veut dire, oui, on peut voter, même si les conditions de la compétition sont plus que biaisées.
08:44On le voit notamment par tous les moyens utilisés par Victor Orban.
08:47Notamment des électeurs corrompus, parce que je parlais tout à l'heure de la machine à propagande,
08:51mais il y a énormément de personnes pauvres, de gens du voyage,
08:57qui sont payés lorsqu'ils vont voter.
09:00Absolument, mais il y a en même temps une compétition.
09:02Il y a une opposition qui essaye de travailler.
09:04La preuve, on parle beaucoup de l'opposant de Victor Orban.
09:07Mais l'idée, c'est à partir du moment où j'ai gagné une élection,
09:11c'est ce que Tocqueville appelait la tyrannie de la majorité.
09:14J'ai le droit de faire ce que je veux.
09:15Et c'est ce qu'a fait Victor Orban.
09:17C'est-à-dire la mise sous contrôle du pouvoir judiciaire,
09:19complète, la mise sous contrôle d'une grande partie des médias,
09:23et c'est très difficile pour des médias indépendants.
09:25Et du pouvoir économique, avec une corruption folle.
09:28Alors, tous les organismes indépendants dénoncent,
09:31enfin, pointent, mais non pas dénoncent,
09:33ils pointent la corruption en Hongrie, très importante.
09:36La sienne, celle de sa famille, celle de ses proches,
09:38celle d'une oligarchie qui s'est mise en place avec lui.
09:41Pour ne pas dire une kleptocratie, c'est-à-dire de détourner de l'argent
09:44pour, justement, ces personnes qui sont au pouvoir,
09:47avec des processus de nationalisation qui permettent, justement,
09:50de constituer des groupes d'amis qui contrôlent les grandes structures,
09:53et notamment en matière énergétique, c'est particulièrement important en ce moment.
09:56Et puis, la mise sous contrôle, non seulement, je disais, des médias,
10:00mais aussi du pouvoir académique.
10:02Alors, tout le monde veut dire, qu'est-ce que c'est que ça ?
10:04Mais c'est très simple.
10:05C'est-à-dire, on désigne les présidents d'universités depuis le haut,
10:08on désigne les recteurs d'universités,
10:10on impose un certain type de programme.
10:12Et par exemple, la grande université qui s'appelle
10:14Central European University, l'université d'Europe centrale,
10:17qui avait été fondée par celui qui avait donné une bourse à Victor Orban
10:20pour aller étudier à Oxford lorsqu'il se présentait comme un libéral,
10:23M. Soros.
10:24Nommez-le, Georges Soros, milliardaire hongro-américain,
10:28qui est la bête noire de tous les complotistes et des magas
10:31et de l'extrême droite américaine, et de Victor Orban, évidemment.
10:35Exactement.
10:35Cette université a dû sortir de Budapest pour aller s'installer à Vienne
10:39parce qu'elle ne peut plus travailler comme n'importe quelle université.
10:42C'est ce qu'on appelle dans nos jargons, excusez-moi,
10:44je suis professeur, vous l'avez rappelé, les libertés académiques.
10:46Mais c'est très important parce que c'est la formation des étudiants
10:49et c'est aussi la contribution que les universitaires parfois peuvent apporter
10:53au débat public.
10:54Incomplément à ce que disait le maître Jedi et sur son opposant principal,
10:58Pierre Maggard.
11:00Tout d'abord, quand j'étais députée européenne,
11:02j'avais été sensibilisée par des entreprises qui étaient autrichiennes,
11:06allemandes, françaises, etc.
11:07parce qu'elles avaient investi en Hongrie et elles ont été volées.
11:11C'est-à-dire qu'elles ont investi et une fois que les installations étaient là,
11:14le pouvoir multipliait les harcèlements administratifs et fiscaux
11:17et à la fin, on les obligeait à partir et on récupérait l'outil industriel.
11:21Donc premièrement, c'est une corruption qui est ancienne,
11:23que sincèrement le parti PPE qui à l'époque abritait Victor Orban n'a pas voulu...
11:28Donc les conservateurs européens.
11:29Oui, les conservateurs européens n'ont pas voulu régler le problème.
11:32Je parle de 2010-2014, cette période-là.
11:35Donc oui, et cette corruption et cette attaque contre les universités,
11:39on la voit aussi aux Etats-Unis où aujourd'hui, malheureusement,
11:43il n'est plus possible de travailler sur le climat ou sur la diversité.
11:45L'opposant, Peter Maggard, il fait campagne notamment sur la corruption,
11:49contre la corruption.
11:50Il la met en avant dans ses discours.
11:53Portrait rapide pour que l'on voit à quoi ressemble son opposant.
11:56Il ne lui vient pas de très très loin, lui non plus, de...
11:59Non, je ne le connais pas personnellement.
12:01C'est quelqu'un, effectivement, qui est issu des rangs du Fidesz,
12:04qui a pendant des années du parti d'Orban,
12:07qui a été très proche et qui a participé à l'œuvre commune.
12:11Après, à un moment donné, pour des raisons qui lui appartiennent,
12:13il s'en est détaché.
12:15Certains commentateurs disent que c'est la meilleure manière
12:17pour rassembler largement, y compris des gens qui votaient autrefois pour le Fidesz.
12:22Mais encore une fois, ce qui est important,
12:24c'est que les auditeurs comprennent que ce type de nationalisme agressif
12:29est prêt à se vendre à des tiers.
12:31Parce que c'est ça le plus fou.
12:32Ce sont des gens qui mettent en avant le sentiment national,
12:34mais qui, dans le même temps, disent expressément à des gens comme Poutine
12:40qui sont à leur service.
12:42Cette espèce d'abus du nationalisme est incompatible avec l'Europe.
12:46Alors Marc Lazard, je voudrais revenir sur la question économique.
12:48On a parlé de la corruption, mais en fait, le pays va très mal.
12:51C'est le troisième pays le plus pauvre d'Europe.
12:54Il y a une inflation qui est la plus élevée de l'Union.
12:57Il y a ces fonds européens qui ont été gelés face aux dérives autoritaires d'Orban,
13:01donc quand même plus de 21 milliards.
13:03Est-ce que c'est ça, au fond, plutôt que ces dérives autoritaires
13:06qui pourraient, qui peuvent coûter sa place à Viktor Orban
13:10s'il ne remporte pas l'élection demain ?
13:12On va voir. Soyons prudents, soyons prudents.
13:15Ça peut être une des raisons, effectivement, d'une désillusion.
13:18Puis il y a quand même l'usure du pouvoir.
13:19Il est au pouvoir depuis 20 ans.
13:22Donc ça fait un bail, comme dirait l'autre.
13:25Ça peut être une des raisons.
13:27Attention en même temps, parce qu'on constate très souvent
13:30que c'est le vote des plus pauvres en faveur de Viktor Orban,
13:33notamment des zones rurales, des petites villes.
13:36Et le paradoxe, alors que la vie est de plus en plus chère.
13:38Ça, c'est un élément très intéressant sur lequel on peut réfléchir.
13:41Et dans la note, et je précise ce que je n'ai pas écrit.
13:43La note de l'Institut Montaigne.
13:44De l'Institut Montaigne, je l'ai écrite avec Blanche Le Ridon
13:47et Christophe Jaffrelot.
13:48Ce qu'on montre, on s'est beaucoup interrogé là-dessus.
13:50Et je pense qu'il y a deux éléments.
13:52D'une part, il y a une politique, là aussi, clientéliste
13:54pour les populations qui sont le plus en difficulté.
13:57Créer des emplois publics, qui sont des petits emplois,
13:59mais qui permettent de sauvegarder, de survivre pour ces populations.
14:03Il faut donner le chiffre quand même.
14:03La corruption, c'est estimé à 20 à 25% des richesses aujourd'hui en Hongrie.
14:08Là, ce n'est pas exactement de la corruption,
14:10c'est de la création d'emplois publics.
14:12Ce n'est pas exactement la même chose.
14:13Il y a aussi des formes de soutien.
14:15Alors, ça va jusque à des choses très basiques.
14:17Des repas chauds pour les enfants qui sont des familles les plus démunies.
14:21Il y a tout ce type de politique qu'on a connue dans l'histoire,
14:24avec d'autres régimes.
14:25Puis il y a un deuxième point sur lequel il faut beaucoup réfléchir.
14:27C'est la question du nationalisme.
14:29C'est-à-dire d'exacerber le nationalisme hongrois.
14:32Et ça, c'est une vieille histoire qui remonte au traité de Trianon de 1920,
14:36après la Première Guerre mondiale.
14:37L'idée que la Hongrie a été dépecée,
14:39que la Hongrie qui sortait de l'Empire austro-hongrois...
14:41De l'Empire austro-hongrois,
14:43qui occupait une immense partie de la mita à l'Europa,
14:46est aujourd'hui la portion congrue de ce qu'elle a été au moment de l'Empire Magyar.
14:50Et j'ajoute une dernière chose, excusez-moi, juste un dernier point,
14:54c'est de la dimension nationale et puis les valeurs traditionnelles que défend Victor Orban.
14:58Dieu, famille, patrie.
14:59Il a essayé d'acheter les femmes.
15:01Il a essayé d'acheter les ventres féminins.
15:04Acheter les ventres ?
15:05Oui, avec une politique dans laquelle, quand vous faites des enfants,
15:07vos crédits sont remboursés, ce qui est vraiment, à mon sens, très choquant.
15:12Mais ça ne marche pas entièrement.
15:13La natalité n'est pas repartie.
15:15C'est pour ça que je voudrais dire qu'il faut aussi que les auditeurs et tous les gens réfléchissent.
15:20On peut leur faire miroiter des espèces de petits cadeaux comme ça,
15:25si ce n'est pas financé, comme vous venez de le dire,
15:27si l'économie du pays n'est pas à la hauteur,
15:30tous ces financements-là s'écroulent à un moment donné.
15:32Ce qu'on entend, c'est que c'est une sorte de laboratoire et un miroir pour nous,
15:36Français, qui allons voter dans pas si longtemps d'ailleurs.
15:39Plusieurs questions d'auditeurs.
15:41Très rapidement, Pierre vous demande, en cas de défaite,
15:44Victor Orban pourrait-il tenter de conserver le pouvoir ?
15:46Marc Lazare.
15:47Oui, c'est une possibilité, mais ce n'est pas la seule hypothèse.
15:49C'est qu'on l'a vu aussi avec la Pologne.
15:51Il y a une capacité de résistance de ces formations qui repose sur deux piliers.
15:54D'une part, le soutien dans une partie de la population
15:56et surtout le fait que les postes clés dans les administrations,
16:00les institutions, sont aux mains des gens d'Orban.
16:02Donc c'est difficile de tourner la page.
16:04Oui, il faudrait qu'il y ait une majorité des deux tiers
16:06pour défaire toutes les lois scélérates adoptées par M. Orban,
16:09pour contrôler la justice, pour contrôler les médias.
16:12Il faut dire que c'est un régime parlementaire.
16:14Ça n'est pas comme la France, le président de la République a tous les pouvoirs.
16:18Il est issu...
16:19Oui, mais il y a un président de la République qui a du pouvoir.
16:19Là, il y a l'exemple de la Pologne.
16:21Il y a un Parlement quand même.
16:22Il y a l'exemple de la Pologne qui le montre.
16:24Non, mais vous avez tout à fait raison.
16:25Il y a une chambre, il y a une assemblée.
16:27Il y a une assemblée.
16:28Et encore une fois, ce qu'il faudrait espérer,
16:30c'est que le résultat soit massif
16:31et qu'on puisse démanteler, encore une fois, des lois
16:33qui, comme l'a dit Marc,
16:35aboutissent par exemple à museler la justice ou les médias.
16:38Parce que sinon, on n'a réglé qu'une partie du problème.
16:40On l'a vu en Pologne.
16:41Question de Brigitte.
16:42Quelle est la position de Peter Magyar
16:43sur le soutien de l'Europe à l'Ukraine
16:45contre la Russie ?
16:47Parce que c'est aussi, évidemment...
16:49Très modéré.
16:50La grande chose, ces deux grands axes,
16:52c'est la lutte contre la corruption.
16:53On l'a dit.
16:54Deuxièmement, une politique, disons,
16:56beaucoup plus conciliante avec l'Union européenne.
16:58Une sorte de retour de la Hongrie dans l'Union européenne,
17:01notamment pour débloquer les fonds.
17:02Les fonds, oui, les permédiens.
17:03Mais attention sur les questions de l'Ukraine.
17:06Grande prudence de la part de Peter Magyar.
17:09Et puis aussi par rapport à la Russie.
17:11De l'immigration ?
17:11Et sur l'immigration, il est quasiment sur la même position que Corban.
17:14Et c'est une position très intéressante, il faut le dire.
17:16Les fils barbelés.
17:17Oui, mais attention, fils barbelés, pas question.
17:19On est obligé de faire venir des gens quand même.
17:21Mais il a besoin.
17:22Il devait venir des Chinois.
17:23Ce qui est très intéressant, c'est que,
17:26comme Mme Mélanie d'ailleurs,
17:28avec un discours anti-immigration,
17:30on se retrouve à ouvrir la porte de derrière
17:32à tout un tas de gens.
17:33Et notamment, les industries chinoises accueillies en Hongrie
17:37viennent avec leurs salariés.
17:38Donc c'est une arnaque.
17:40Et en Hongrie, c'est les travailleurs invités.
17:42C'est les travailleurs invités qui sont supposés venir.
17:45C'est-à-dire que la population immigrée
17:46est aux alentours de 7% par rapport à la population hongroise.
17:50C'est-à-dire qu'entre la rhétorique anti-immigrée
17:52et la réalité, en fait,
17:53Victor Orban a besoin d'immigration
17:55comme la plupart des pays d'Europe
17:57parce qu'il y a un déclin démographique,
17:59parce qu'il y a des besoins de main d'oeuvre.
18:00Verdict donc demain, au moment où les hongrois,
18:03les 8 millions d'hongrois
18:05qui sont appelés à aller voter,
18:07iront aux urnes.
18:09Merci infiniment.
18:10C'était passionnant, Marc Lazare et Sylvie Goulard.
18:13Bonne journée.
18:13Au revoir.