00:00L'édit aux médias, Cyril Lacarrière. Ce matin, vous nous parlez de guerre, mais sans missiles, sans porte-avions, sans
00:06drones.
00:07Cette guerre n'en est pas moins dangereuse.
00:09Cette guerre, c'est la guerre informationnelle. Trois quarts des Européens pensent qu'elle pourrait détruire nos démocraties.
00:15C'est un des principaux enseignements d'une étude de l'Institut Bonafidé, qui sera publié demain,
00:19lors d'un colloque organisé par France Télé, ici à Paris.
00:22Le titre de ce colloque explicite « L'information, nouvelle ligne de front ».
00:27La guerre informationnelle, c'est l'affrontement des récits.
00:29C'est comment la désinformation se propage, par qui, avec quels moyens.
00:33C'est la gérance électorale également.
00:35Le problème, c'est qu'on sait quelle heure utiliser pour intercepter un missile.
00:38Et on est désarmé dans cette guerre informationnelle.
00:41D'ailleurs, plus d'un tiers des Européens pensent que leur pays est mal préparé pour combattre ce genre d
00:45'attaque.
00:45Est-ce que c'est vraiment le cas ? On est mal préparé ?
00:47Eh bien oui, le retard à l'allumage est immense.
00:50Souvenez-vous que la première fois qu'on a parlé de cette guerre informationnelle, c'était il y a plus
00:53de dix ans.
00:54C'était le Brexit, la première élection de Trump.
00:56Plus de dix ans et depuis, pas beaucoup de progrès.
00:59Jeudi dernier, le Quai d'Orsay a lancé un appel d'offres confidentiel
01:02pour lutter contre les tentatives de désinformation qui visent la France.
01:06Un contrat à plusieurs dizaines de millions d'euros par an, selon le magazine Challenge,
01:09qui a révélé l'information.
01:11L'objectif, répondre aux manipulations justement qui viennent de l'étranger.
01:15Et il était temps.
01:16On a été très longtemps, très naïfs en matière de riposte.
01:19Et d'ailleurs, on se pose toujours la question,
01:21est-ce qu'il faut employer les mêmes méthodes que les agresseurs ?
01:24Le plus souvent, la réponse, c'est non.
01:27Alors, que faire ?
01:28Eh bien, pas de solution miracle, mais deux pistes quand même à mettre sur la table.
01:31Changer l'angle de l'éducation aux médias.
01:33On démonte moins les fake news, c'est-à-dire moins de fact-checking.
01:36C'est bien, mais ça arrive souvent trop tard.
01:38Et on se concentre sur les principes de la manipulation.
01:41Comment, nous, on se fait berner au quotidien ?
01:44Par exemple, jeudi, TV5MONDE lance sa première émission en prime time
01:48pour expliquer les campagnes de désinformation, on souhaite,
01:50mais surtout pour expliquer comment se protéger de ces campagnes.
01:53Et c'est ça la bonne manière de prendre les choses.
01:55Et puis, il y a l'arme européenne du Digital Service Act.
01:59Là, l'idée n'est plus de courir après les fausses infos,
02:02mais de frapper Facebook, X et TikTok au portefeuille.
02:05Si leur algorithme favorise ces contenus,
02:08elles risquent des amendes en millions, voire en milliards d'euros.
02:11Parce que, oui, les plateformes doivent aussi faire le ménage.
02:14Et en attendant, le risque principal, c'est le grand brouillard.
02:18Oui, parce que le but de la guerre informationnelle, c'est qu'on soit paumé.
02:21C'est ce que disait Hannah Arendt,
02:22le but du mensonge permanent d'une propagande totalitaire.
02:25Ce n'est pas de vous faire croire aux mensonges,
02:27c'est de faire en sorte que vous ne croyez plus en rien du tout.
02:30C'est là où on en est aujourd'hui.
02:32Les gens sont gavés par l'avalanche de deepfakes,
02:34de polémiques instrumentalisées, d'images créées par IA.
02:37Tout ça crée un cynisme généralisé.
02:39Et au bout du compte, le public finit par se dire que tout se vaut,
02:42que tout le monde ment.
02:43Les journalistes français, comme Donald Trump, et les trolls russes.
02:47Merci Cyril Lacarrière.