00:006h20, les quais du Danube étaient noirs de monde hier soir à Budapest.
00:03Des milliers de personnes se sont rassemblées pour fêter la défaite de Viktor Orban après 16 ans au pouvoir, la
00:10fin d'une époque pour la Hongrie.
00:11Mais va-t-elle réellement changer de politique ?
00:14Le vainqueur Peter Maguiar est un conservateur qui vient du camp Orban.
00:18Il a longtemps été dans l'establishment.
00:19Bonjour Pascal Joannin.
00:21Bonjour.
00:21Vous êtes politologue, directrice générale de la fondation Robert Schumann, centre de recherche qui oeuvre en faveur de la construction
00:28européenne.
00:29Alors que Viktor Orban perde, c'est déjà une info majeure.
00:32Mais qu'il perde aussi largement à ses adversaires de Tizan, en décroché une majorité des deux tiers au Parlement.
00:37Vous-même êtes surprise par l'ampleur de cette défaite ?
00:40Oui, on espérait bien évidemment que Peter Maguiar mette un terme au règne, au mandat de Viktor Orban.
00:50De cette ampleur, c'est assez inattendu.
00:52Et ça montre la volonté que les Hongrois ont eu de dégager Viktor Orban.
00:59Et de changer, et de remettre la Hongrie au cœur du village européen.
01:03Avec une participation record qui frôle les 80%.
01:07Exactement.
01:07Tout à fait.
01:07C'est la première fois depuis les élections, le retour de la Hongrie en démocratie en 89,
01:12qu'il y a ce pourcentage 77-80 de participation.
01:15Ce qui veut bien dire que les gens ont eu à cœur de témoigner, de changer et de mettre un
01:22bulletin dans l'urne
01:23pour en effet changer le système et remettre une Hongrie plus européenne,
01:30avec une autre image que celle que Orban avait écornée.
01:33Qu'est-ce qui a fait tomber Viktor Orban ?
01:34A lui qui a survolé tous les scrutins précédents.
01:36Qu'est-ce qui s'est passé là en quatre ans ?
01:38Alors, d'abord, la guerre en Ukraine, avec une position qui était quand même un peu marginale,
01:43sur on soutient l'Ukraine mollement, puis on la soutient plus,
01:49jusqu'au veto du début du mois, du début de l'année, pour le dernier plan d'aide à l
01:56'Ukraine.
01:57Et très pro-Russe, très pro-Poutine ?
01:58Très pro-Poutine ? Très pro-Trump ?
02:01Donc, c'est quelque part la défaite d'Orban, c'est la défaite de Trump.
02:04Le vice-président américain était quand même, il y a cinq jours encore,
02:08sur les terres hongroises pour soutenir son ami Orban.
02:12Je veux dire, par là, les Hongrois leur ont fait un bras d'honneur immense.
02:16Et il y a la situation économique.
02:18C'est ce que j'allais vous dire, parce que dans les enquêtes d'opinion,
02:20finalement, la situation internationale, ce n'est pas ce que les Hongrois mettent en premier.
02:23Mais ce n'est jamais ce que les électeurs d'un quelconque pays votent d'abord pour des raisons internes.
02:30La raison interne, c'est que l'économie hongroise va mal.
02:35Il y a une inflation, il y a en effet un certain nombre de choses qui ne vont pas bien.
02:40Et ça, ça pèse beaucoup dans le système.
02:44Il y avait également la corruption qui était de plus en plus difficilement cachable.
02:49Il y avait en effet des choses qui étaient apparues concernant le père, le jean,
02:54voire le meilleur ami, ancien chauffagiste, qui était parti de rien,
02:58qui se retrouve à la tête de la plus grosse fortune hongroise.
03:01Oui, 25% de la richesse nationale entre les mains d'amis de Victor Orban.
03:05Exactement.
03:05Donc ça, ça a été aussi quelque chose qui n'a plus été toléré, quelque part.
03:10Donc la situation économique et la corruption ont été les deux principaux facteurs internes.
03:14Et puis un candidat qui avait une image positive en Hongrie.
03:20Il y a déjà eu d'autres candidats qui ont affronté Victor Orban,
03:24mais qui n'ont pas réussi à réunir l'opposition.
03:29Vous dites qu'il vient du parti d'Orban.
03:32Je vais le dire, c'est un peu sa chance.
03:35C'est-à-dire qu'il connaissait le système Orban.
03:38Il en est sorti, puisqu'il n'était plus au Fidesz.
03:40Mais pas il y a super longtemps, il y a deux ans.
03:42C'est un opposant de la dernière heure quand même.
03:44Il y a trois ans, juste avant.
03:47Je pense que la guerre en Ukraine a fait beaucoup de choses, encore une fois.
03:50Mais il est sorti.
03:52Et il connaissait donc le système de l'intérieur pour pouvoir appuyer là où ça fait mal
03:57et révéler les contradictions de Victor Orban, les mensonges de Victor Orban.
04:02Et c'est ça qui a permis peut-être aux Hongrois d'avoir confiance en lui
04:06et de lui apporter aussi massivement son soutien.
04:10Et est-ce que la politique va réellement changer ?
04:12Puisqu'il est quand même dans la ligne politique de Victor Orban sur plein de sujets.
04:16En dehors de l'Europe.
04:17Sur l'Europe, il est pro-européen.
04:19Est-ce que là, on va prendre les points les uns après les autres.
04:21Justement, sur l'Europe, est-ce que ça va changer les équilibres au sein de l'Union ?
04:24Ah oui, bien sûr.
04:25Orban, il siège avec les patriotes dont le groupe est présidé par Jordan Bardella.
04:30Donc, ils sont quand même très marginaux.
04:34Peter Maguiar, il est député européen.
04:37Alors, on se parle, il sera Premier ministre dans quelques jours.
04:41Du groupe, le principal groupe au Parlement européen, le PPE,
04:45où il y a la CDU allemande, où il y a un certain nombre de partis pro-européens,
04:50de centres-droit.
04:52On peut les appeler conservateurs si on veut.
04:53Mais enfin, comme il y a des vrais conservateurs à côté, c'est Mélanie et les Polonais.
04:56C'est un peu un mauvais truc, parce que alors, si eux sont conservateurs,
05:00que sont les autres derrière ?
05:01Donc, il vient du principal parti, du principal groupe au Parlement européen.
05:07Donc, il revient dans la famille.
05:10Et donc, ça va permettre en effet deux choses.
05:12Peut-être en effet, la fin d'un isolement où on voyait dans le dernier sommet européen
05:16qui avait lieu au mois de mars, j'allais dire, Orban tout seul, les 26 autres à côté.
05:22Donc là, on va revoir le Hongrois au milieu de la photo et plus sur la marge.
05:26Et puis, quelque chose qui tient beaucoup à cœur aux Hongrois,
05:31qui sont toujours restés européens dans les sondages au fil des années Orban,
05:35c'est que nous avions mis en place un certain nombre de sanctions
05:38pour non-respect de l'état de droit, la liberté de la presse,
05:42la liberté de la justice, etc.
05:45D'où gelé des fonds après la crise Covid, etc.
05:49Or, Maguiar va peut-être en effet permettre de récupérer un peu de ces fonds européens.
05:55Et les Hongrois vont voir arriver l'argent européen qui était bloqué jusqu'alors.
05:58Alors, Victor Orban s'en va, mais il reste quand même justement ce que vous venez d'évoquer.
06:01Tout le système qu'il a mis en place avec des gens inféodés un peu partout dans les institutions,
06:05le contrôle des médias, de la justice.
06:07Est-ce que Maguiar veut ou peut rétablir l'état de droit ?
06:11Alors, veut sans doute et peut, il va pouvoir le faire avec cette majorité des deux tiers.
06:16Corban avait institué, ce n'est pas quelque chose qui est traditionnel en Hongrie,
06:21il avait en effet mis en place cette majorité des deux tiers
06:23pour pouvoir réformer la constitution et réformer un certain nombre de changements plus facilement.
06:28Donc là, comme Maguiar a les clés, il ne peut pas se défausser, si vous voulez.
06:32Donc maintenant, il a quatre ans pour faire un certain nombre de choses
06:36et donc il va détricoter, évidemment, les plus mauvais côtés du système Orban,
06:42notamment en effet l'image internationale ou l'image européenne
06:47et puis surtout permettre de rendre une certaine fierté aux Hongrois
06:52et en effet d'améliorer leur situation économique.
06:58Il s'appelle donc Peter Maguiar, on va retenir son nom, il est là pour quatre ans à la tête.
07:02Oui, il est jeune et il incarne l'avenir de la Hongrie.
07:05À la tête de la Hongrie, donc il a 44 ans et Peter Maguiar.
07:08Merci beaucoup Pascal Johanin, politologue et directrice générale de la Fondation Robert Schumann.
07:12Vous étiez l'invité du 5-7.
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