- il y a 1 jour
Lundi 13 avril 2026, retrouvez Aurore Pinon-Jacques (Chief marketing et cofondatrice, Goodvest) dans BOSSA NOVA, une émission présentée par Olivia Vignaud, Caroline de Senneville et Céline Toni.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:04Musique
00:17Je m'appelle Aurore Pinongiac et je fais partie de l'équipe fondatrice de Good West,
00:21une entreprise qui propose des placements et de l'épargne responsable.
00:24J'ai commencé à travailler dans le secteur du luxe et il y a plusieurs choses qui m'attiraient dans
00:28le secteur du luxe.
00:30La première, c'est le fait que ce soit un secteur intrinsèquement lié à la créativité, à l'art, au
00:35savoir-faire.
00:36Quand on travaille dans le secteur du luxe, on travaillait avec des artisans, des personnes qui ont un savoir-faire
00:41parfois unique,
00:42en particulier quand on travaille dans la haute couture.
00:44Donc c'était des choses qui m'intéressaient vraiment à l'époque.
00:46Et j'avais aussi cette association entre luxe et le bien-faire.
00:51C'est-à-dire que j'avais la conviction profonde que tout bien de luxe, qu'il s'agisse d
00:56'accessoires, de vêtements, de parfums,
00:59nécessairement parce qu'il était estampillé par une marque de luxe, une marque reconnue.
01:05Ça signifiait qu'en termes de fournisseurs, en termes de matériaux, c'était le meilleur de ce qui pouvait exister,
01:10à la fois en termes de qualité et à la fois en termes d'impact environnemental.
01:19Moi j'ai commencé à entreprendre tout de suite à la fin de mes études, donc c'était en 2019.
01:24Et ce qui m'a poussée à me lancer, à créer ma propre entreprise, c'était la notion d'impact.
01:29C'est-à-dire que moi j'avais orienté jusqu'à présent toutes mes études et tout mon début, mon
01:34court début de carrière,
01:36avec un objectif qui était de faire du marketing dans le secteur du luxe, par exemple en rejoignant un grand
01:42groupe français.
01:44Et au fil de mes expériences, notamment au fil de mes stages, je me rendais compte qu'il y avait
01:48une vraie dissonance cognitive qui se créait,
01:51tout simplement parce que dans mon quotidien, j'essayais de réduire mon impact environnemental, mon empreinte carbone, mes déchets.
01:57Et je me rendais compte que ce que je faisais dans mon travail n'était pas forcément cohérent avec ça,
02:03pas dans le sens où les entreprises du luxe sont les plus polluantes du monde, il y a des secteurs
02:07qui sont évidemment bien pires,
02:08mais tout simplement, pour ces entreprises-là, ce n'était pas la priorité.
02:11En tout cas, en 2017-2018, ce n'était pas leur priorité numéro une.
02:15Et moi j'avais cette frustration, j'avais envie de faire avancer les choses.
02:19Je pense que j'aurais pu choisir de rester en me disant que je vais changer les choses de l
02:23'intérieur,
02:23et il y a des personnes qui le font, et c'est génial, on a besoin de personnes comme ça,
02:27mais je pense que j'étais trop impatiente et j'avais trop besoin d'avoir un impact concret et assez
02:31rapide.
02:36La notion d'impact, elle est devenue centrale à partir du moment où j'ai pris cette décision de me
02:41lancer dans l'entrepreneuriat.
02:43C'est-à-dire qu'à partir du moment où j'ai réalisé que le secteur auquel j'avais aspiré
02:48pendant des années ne me convenait plus,
02:50je me suis dit, quel est le meilleur moyen pour toi aujourd'hui d'avoir un impact,
02:55d'apporter ta pierre à l'édifice de la transition écologique, et de le faire de manière assez directe.
03:01Et en 2019, la réflexion que j'avais eue, c'était en créant potentiellement ta propre entreprise,
03:06c'est là que tu verras l'impact que tu as sur la gestion des déchets, sur l'environnement,
03:11sur l'empreinte carbone du secteur vers lequel tu vas te diriger.
03:15Et donc j'ai vraiment pris un tournant à ce moment-là, en décidant de conjuguer mes valeurs finalement avec
03:20le reste de ma carrière.
03:27L'entreprise que j'ai créée à la suite de mes études, c'était une entreprise dans la mode éco
03:30-responsable,
03:31qui s'appelait Rêve, qui produisait des accessoires textiles en matière recyclée, et plus particulièrement des collants.
03:37On ne le sait pas, ou on le sait peu, mais les collants sont fabriqués en fibres,
03:42qui sont des dérivés de l'industrie pétrochimique, et non seulement c'est des produits qui sont très peu durables,
03:46mais en plus qui sont très polluants au moment de la fabrication.
03:48Donc l'objectif de l'entreprise que j'avais créée, c'était de résoudre, ou au moins partiellement résoudre, ces
03:53deux problèmes.
03:58J'ai fait une rencontre en 2022, qui a tout changé.
04:01J'ai rencontré mes deux cofondateurs, donc Joseph Chouifatier et Antoine Beneteau.
04:06Moi, à ce moment-là, je savais que tout le reste de ma carrière serait nécessairement orienté vers l'impact,
04:10que quel que soit le secteur et l'entreprise et le projet que je rejoindrais, il y aurait cette dimension.
04:16Et je ne m'intéressais pas particulièrement au secteur de l'investissement, le secteur financier, ce n'était pas vraiment
04:21ma tasse de thé,
04:22mais en fait, ce qu'Antoine et Joseph m'ont montré, c'était que ça pouvait constituer un levier énorme
04:27en termes d'empreintes environnementales,
04:29un levier qui, à l'époque, c'était il y a seulement quelques années, mais en tout cas, à l
04:32'époque, était très très peu connu.
04:34Et donc, j'ai vu le potentiel. J'ai vu le potentiel à la fois en termes d'impact, mais
04:38aussi en termes de business,
04:39nécessairement, il faut les deux. Et j'ai aussi vu un très beau challenge de marketing, parce que le marketing,
04:45c'est ma spécialité.
04:47Et je me suis dit, bon, il y a de très très beaux défis à relever, autant d'un point
04:52de vue métier que d'un point de vue impact environnemental.
04:55Et c'est la raison pour laquelle j'ai embarqué dans le projet au début de l'année 2022.
05:03Épargner de façon responsable, c'est tout simplement placer son argent au bon endroit.
05:07Aujourd'hui, on le sait, la majorité des acteurs du secteur financier vont massivement financer les industries les plus polluantes
05:15et les plus néfastes pour l'environnement, à commencer par les énergies fossiles, le pétrole, le charbon, le gaz.
05:20Donc, je dirais que la toute première étape d'épargner responsable, c'est commencer par ne pas investir tout simplement
05:27sur ce type de valeur-là.
05:28Et le deuxième niveau, évidemment, ça va être de placer son épargne de manière à pouvoir soutenir des entreprises de
05:34la transition écologique.
05:35Des entreprises qui vont s'efforcer de réduire leur argent de carbone.
05:38Des entreprises qui vont aussi proposer des solutions, qu'il s'agisse par exemple des énergies renouvelables ou des transports
05:43bas carbone.
05:48Le plus grand risque que je considère avoir pris dans ma carrière, il est tout relatif évidemment.
05:52Mais je pense que ça a été de tourner le dos finalement à un secteur et à des entreprises auxquelles
05:57j'aspirais depuis des années
05:58en sachant très bien qu'en faisant ça, je ne pourrais jamais y retourner.
06:02Alors, ça semble un peu dramatique comme ça, ça ne l'est pas du tout et je n'ai absolument
06:04aucun regret.
06:05Mais la vérité sur le secteur et les entreprises du luxe, c'est que c'est énormément de candidats, énormément
06:11de candidates, très peu de place.
06:13Et c'est considéré comme un privilège d'y entrer.
06:15Et j'ai choisi de tourner le dos à ça et je n'ai absolument aucun regret.
06:24Est-ce qu'il faut aimer prendre des risques pour se tourner vers l'investissement responsable ?
06:28Je dirais qu'il faut plutôt aimer prendre des risques pour ne pas considérer l'investissement responsable.
06:33Que ce soit du point de vue de l'entrepreneur ou du point de vue de l'épargnant.
06:37C'est-à-dire qu'aujourd'hui, il faut être rationnel.
06:39Notre monde, il va devoir changer de gré ou de force.
06:44Les énergies fossiles, elles ont eu faim.
06:46On arrive au bout finalement et aux limites d'un système, au bout de nos limites planétaires aussi.
06:52Et donc, ça doit rentrer en compte dans une stratégie d'épargne, une stratégie d'investissement long terme.
06:58Dans 10 ans, dans 20 ans, est-ce que vous avez envie d'avoir investi dans un leader des énergies
07:02fossiles qui n'a pas fait de transition ?
07:04Ou est-ce que vous avez envie d'avoir investi dans un leader de l'éolien ou du solaire ?
07:08Je pense que la réponse, elle est toute trouvée.
07:15L'éducation financière, c'est un enjeu crucial pour plusieurs raisons.
07:18Et la première raison, c'est évidemment pour les jeunes et notamment vis-à-vis de la retraite.
07:23Aujourd'hui, on ne sait pas de quoi demain sera fait.
07:25Pour les personnes de ma génération, il est encore plus jeune.
07:28On ne sait pas si on aura une retraite, de combien elle sera.
07:31Et au-delà de ça, même pour les moins jeunes, il y a aussi le fait qu'aujourd'hui, on
07:36vit dans un monde dans lequel il y a de l'inflation, tout simplement.
07:38Donc, il faut préserver son pouvoir d'achat.
07:40Et ça, comment on le fait ? On le fait en faisant des placements et en faisant des placements qui
07:44ont du sens.
07:45Et pour moi, on ne peut pas faire ça aveuglément.
07:47Il faut s'intéresser à ça.
07:49Il faut savoir comment le système marche.
07:50Il faut savoir où est-ce qu'on place son argent, tout simplement, pour être en mesure de le mettre
07:54au bon endroit.
07:54Et c'est pour ça que l'éducation financière est aussi importante.
07:56Chez Goûte Veste, on développe énormément de contenu pédagogique, énormément de formations gratuites, de livres blancs,
08:02pour vraiment permettre au plus grand nombre, finalement, de s'intéresser à ses finances personnelles.
08:07Et que chacun et chacune soit en mesure de placer son argent au bon endroit, à la fois pour soi,
08:12pour ses projets d'avenir,
08:14mais aussi, dans la mesure du possible, en soutenant et en construisant un monde plus durable pour toutes et tous.
08:24Comment on commence l'épargne responsable quand on est connerie ?
08:27On va suivre une formation Goûte Veste, tout simplement.
08:29Plus sérieusement, c'est vrai qu'on a sorti plusieurs supports de formation qui sont gratuits,
08:32qui sont rassemblés sous une école qui s'appelle l'école de l'investisseur et qui est disponible à tout
08:38le monde.
08:39C'est en ligne, c'est absolument gratuit.
08:40Et on a aussi une équipe de conseillers et de conseillères en investissement responsable
08:44qui sont là pour offrir, finalement, des solutions et un suivi vraiment personnalisé
08:49qui fassent s'adapter à chacun, à chacune, en fonction de votre situation, de votre patrimoine et aussi de vos
08:55objectifs.
08:56Puisque la fin des fins, c'est la raison pour laquelle on investit.
09:00Et je pense qu'à un moment donné, il faut aussi se dire, je me lance.
09:04C'est pas forcément évident, c'est pas forcément intuitif.
09:07On peut avoir peur de prendre des risques et donc procrastiner,
09:12se dire qu'on remet ça au lendemain quand on en saura plus, quand on sera plus renseigné.
09:16Et puis finalement, ça n'arrive jamais.
09:17En réalité, aujourd'hui, avec le contexte dans lequel on vit,
09:22le plus grand risque, il n'est pas d'investir, il est de ne pas investir du tout
09:27et donc de voir son pouvoir d'achat éroder à cause de l'inflation, tout simplement.
09:36Alors comment on explique qu'on est 51% de femmes clientes et 49% d'hommes ?
09:42Déjà, c'est un objectif qu'on s'est fixé, d'avoir cette parité.
09:45Ça n'a pas toujours été le cas.
09:47On a démarré avec peut-être 36% de femmes au tout début de Goodvest,
09:50ce qui était déjà significatif pour un acteur de l'investissement.
09:54On a toujours eu cette volonté.
09:55Pour moi, obtenir la parité auprès de sa clientèle,
09:59c'est comme obtenir la parité au sein de ses effectifs,
10:02en termes de ressources humaines.
10:03C'est quelque chose qu'il faut vouloir.
10:05C'est quelque chose qu'il faut inscrire finalement dans ses objectifs
10:09parce qu'on ne peut pas juste le souhaiter et se dire
10:12« ça va tomber du ciel ».
10:13On va espérer que ça arrive et on ne va rien faire pour que ce soit le cas.
10:18Nous, on a mis plusieurs choses en place pour que ça se réalise.
10:20D'une part, il y a une notion de représentation.
10:23Le fait d'avoir des équipes paritaires et de le montrer,
10:28ça montre finalement au plus grand nombre que les femmes ont leur place
10:31dans le secteur financier et dans le secteur de l'investissement.
10:33Donc ça, ça joue d'une part.
10:34Et d'autre part, je pense que la démarche d'éducation financière
10:37qu'on a eue depuis le début,
10:38même si elle n'était pas orientée vers les femmes,
10:42elle était orientée finalement auprès de tout le monde,
10:44en réalité, elle a eu ce double effet qui se coule
10:47de rendre l'épargne accessible, y compris à des personnes
10:50à qui finalement on n'en parlait jamais.
10:52C'est-à-dire que le secteur financier,
10:53il n'a jamais eu de démarche proactive et volontaire
10:57de se rendre accessible.
10:59Et donc je pense que le fait d'avoir fait ça,
11:01le fait aussi d'avoir noué des partenariats
11:04avec des médias féminins, féministes,
11:06ça a joué.
11:07Et c'est tous ces facteurs combinés
11:09qui, je pense, nous a permis d'aboutir
11:11à ce résultat dont on est très fiers.
11:19L'éducation financière permet vraiment de rendre accessible
11:21l'épargne et l'investissement à tout le monde,
11:23y compris aux femmes.
11:25Et d'ailleurs, à ce sujet, il y avait une étude
11:27très intéressante, une étude qui avait été faite
11:29en Italie sur le langage financier.
11:32L'étude avait montré que, historiquement,
11:34traditionnellement, le langage de la finance
11:35est un langage qui est très genré,
11:38très masculin, qui fait référence au sport,
11:40à la guerre, à la compétition,
11:43ce qui rend les choses très difficiles,
11:44ou en tout cas difficiles pour les femmes
11:47en matière d'identification.
11:49L'étude avait montré qu'en employant
11:51un langage plus neutre, plus mixte,
11:53un tout petit peu plus féminin,
11:55finalement, c'était bénéfique à la fois pour les femmes,
11:58qui étaient davantage incitées
12:00dans une démarche d'investissement,
12:01mais aussi pour les hommes.
12:03Donc preuve que, parfois, des actions
12:04qui sont mises en œuvre dans le but
12:06d'intégrer les femmes,
12:09ça a aussi un effet bénéfique, en fait,
12:11pour la population au global.
12:17Je pense qu'aujourd'hui,
12:18une bonne chef d'entreprise
12:19et un bon chef d'entreprise aussi,
12:21c'est une personne qui sait maintenir le cap.
12:24On vit dans un monde chaotique
12:25et déjà, par définition,
12:26l'entrepreneuriat, c'est chaotique,
12:28même dans des contextes économiques,
12:31géopolitiques, qui sont plus stables.
12:33Donc il y a ça.
12:33Et pour moi, la meilleure manière, finalement,
12:36de tenir un cap en toutes circonstances,
12:39c'est d'avoir inscrit des valeurs
12:42et une vraie mission
12:43au cœur de la construction de l'entreprise.
12:46Parce que comme ça, votre cap,
12:46en fait, il est tout trouvé.
Commentaires