00:00 Il y a une liberté totale des médias privés en France.
00:02 Au sein d'un média, il y a aussi une ligne éditoriale.
00:05 Et du coup, si je relis la question à quel point un média peut laisser les opinions s'exprimer,
00:12 clairement aujourd'hui en France, toutes les opinions ne peuvent pas s'exprimer dans un média,
00:17 que ce soit d'un côté ou de l'autre, de l'échiquier, on va dire, politique.
00:22 Mais aujourd'hui, on a 90% des médias privés français qui sont détenus par 9 personnes,
00:29 qui sont 9 milliardaires, et qui imposent de manière plus ou moins directe, plus ou moins indirecte,
00:34 une ligne éditoriale, avec des conséquences que l'on connaît sur l'orientation des informations qui sont données,
00:40 le choix des personnes qui sont placées aux directions, le choix des journalistes également, le choix des sujets, etc.
00:47 Pour les médias privés, parce que les médias publics...
00:48 Les médias privés, mais les médias publics aussi, on pourrait y revenir.
00:51 Au terme d'audience, c'est pas la même part de marché.
00:54 Peut-être. On a tous ou pas en tête une citation de Vincent Bolloré,
00:59 qui a dit en 2007, dans un entretien pour la Tribune,
01:02 "Dans mes médias, j'ai le final cut".
01:05 On comprend bien que quelqu'un qui possède un média peut avoir une incidence,
01:11 et généralement c'est le cas, certaine sur l'orientation des opinions qui sont exprimées dans son média,
01:16 et généralement c'est fait pour servir des intérêts économiques,
01:19 puisque généralement ce sont des grands "capitaines d'industrie".
01:24 Donc l'idée c'est aussi de servir ces intérêts économiques,
01:27 et parfois, dans le cas de Vincent Bolloré, encore une fois, c'est de diffuser aussi une idéologie politique.
01:34 Je prends un deuxième exemple, en période de pré-campagne, avant la présidentielle de 2022,
01:39 dans l'émission "Ne touche pas à mon poste" dont on a parlé juste avant,
01:43 45% de TPMP a été consacré à un seul candidat, qui a été Éric Zemmour.
01:49 Et on sait que ces 8 qui diffusent TPMP appartient au groupe Canal+,
01:54 qui appartient au groupe Livre Indie, qui appartient à Bolloré,
01:56 et que Vincent Bolloré soutient Éric Zemmour.
01:58 Ça n'a pas été efficace alors, parce que...
02:01 Il y a des fois, effectivement, ça ne marche pas.
02:02 Si le mot de tracage marchait...
02:04 Oui !
02:04 Non mais pardon, je voudrais juste revenir sur un truc,
02:07 on oublie quand même, pour moi, il y a une liberté totale des médias privés en France,
02:11 c'est simple, ils ont le droit de faire ce qu'ils veulent.
02:12 Si les actionnaires ont envie d'avoir une ligne éditoriale,
02:15 qu'ils arrivent à recruter des journalistes qui vont dans ce sens-là,
02:17 et sont libres, c'est leur argent, ils le dépensent comme ils veulent.
02:20 Par contre, là où ça me dérange un peu plus,
02:22 c'est quand les médias publics,
02:23 qui sont financés par l'impôt de l'intégralité des Français et des contribuables,
02:27 ont une orientation idéologique.
02:30 Là, ça me dérange, parce qu'effectivement, c'est l'impôt de tout le monde,
02:32 c'est l'argent de tout le monde.
02:33 Et quand je vois que sur le service public français,
02:35 effectivement, il y a aussi une certaine idéologie qui est portée,
02:38 notamment, par exemple, France Inter,
02:40 où vous avez évidemment un ton, une tonalité idéologique plutôt à gauche,
02:43 voire même à l'extrême gauche, qui est portée,
02:45 je trouve que c'est effectivement, là, il y a un manque de pluralisme
02:47 qui est inquiétant, parce qu'encore une fois,
02:52 il y a un devoir de neutralité du service public,
02:54 où il n'y a pas de devoir de neutralité des médias privés.
02:56 Je crois qu'on pouvait considérer que l'audiovisuel public
02:59 était plutôt de centre-gauche à une époque.
03:02 Aujourd'hui, ça se droitise de plus en plus.
03:05 On l'a vu avec la mise à l'écart de Charline Vanhoenacker et de son émission
03:11 "C'est encore nous", qui, avant l'été 2023, a été déprogrammée.
03:14 C'était une quotidienne.
03:15 C'est devenu une petite hebdomadaire casée sur la case du dimanche soir.
03:19 Là où je vous rejoins, c'est les processus de nomination
03:22 des présidences de Radio France et de France Télévisions,
03:25 qui sont nommés par l'ARCOM, qui est censé être un organe indépendant,
03:29 qui est composé d'un collège de neuf membres qui sont nommés.
03:32 Il y en a trois qui sont nommés par le président du Sénat,
03:35 trois nommés par le président de l'Assemblée nationale,
03:38 un par la Cour de cassation, un par le Conseil d'État.
03:41 Et le président de l'ARCOM est nommé directement
03:43 par le président de la République.
03:45 Donc, en fait, c'est un organisme qui est éminemment politique,
03:48 qui est très lié au pouvoir.
03:51 Et aujourd'hui, le pouvoir n'est clairement pas de gauche.
03:53 Et quand on voit effectivement les prises de décision des présidences
03:57 de France Télévisions, en tout cas certaines, et de Radio France,
04:00 là, franchement, le fait de dire que l'audiovisuel public
04:02 est de gauche aujourd'hui en France, c'est ne pas bien voir le problème.
04:06 Non, mais vous ne pouvez pas arguer la déprogrammation
04:08 de Charlène Vanhoenacker le dimanche, que l'audiovisuel public en France
04:11 n'a pas une tendance à gauche.
04:13 C'est une évidence.
04:14 Citez-moi un journaliste de droite qui a une présence quotidienne
04:19 sur France Inter, par exemple.
04:20 Il y a des journalistes...
04:21 Oui, il y a des mixeux, pardon, qui parlent d'économie,
04:23 mais que sur le plan économique, pas sur le plan sociétal.
04:24 Non, les capsules "Histoire politique", "L'édito politique",
04:27 il y a des invités de Marianne, du Figaro, etc.
04:29 Mais bien sûr...
04:30 Une minute par semaine, une minute et demie par semaine.
04:32 Vous avez raison, c'est un grand pluralisme.
04:33 Pour moi, c'est une évidence qui saute aux yeux de tout le monde.
04:36 Alors évidemment, ce n'est peut-être pas la France insoumise, effectivement,
04:39 mais c'est plutôt orienté à gauche.
04:40 Je pense qu'il y a un vrai effort, en tout cas d'ailleurs,
04:43 de quantification et d'appréhension du phénomène.
04:46 On devrait pouvoir avoir une vraie évaluation
04:50 de ce qu'est la radio et la télévision publique aujourd'hui,
04:52 de ce qu'elle représente.
04:53 Est-ce qu'elle représente fidèlement les Français ?
04:55 Je n'en suis pas du tout sûre.
04:56 Et pour moi, c'est là où le débat devrait porter.
04:59 La démocratie, ce n'est pas cinq minutes pour les Juifs,
05:01 cinq minutes pour Hitler.
05:02 C'est Godard qui disait ça, il avait totalement raison.
05:05 Et finalement, c'est le rôle d'un journal,
05:07 c'est le rôle d'une rédaction de hiérarchiser les informations.
05:11 La presse française n'a jamais caché qu'elle avait des opinions.
05:15 Tous les principaux quotidiens de ce pays ont une ligne éditoriale
05:18 qui n'est pas seulement une ligne éditoriale,
05:19 mais qui est aussi souvent une ligne politique.
05:22 Et c'est l'histoire de notre pays qui se reflète aussi
05:24 à travers ces différentes lignes éditoriales.
05:26 C'est très bien qu'elles puissent cohabiter.
05:28 Vous avez parlé tout à l'heure des neufs milliardaires
05:30 qui possèdent 90% des journaux dans ce pays.
05:32 Moi, je n'aime pas trop l'idée de la presse indépendante.
05:34 Je crois que ça n'existe pas.
05:36 Ce n'est pas parce que, par exemple, on est Blast
05:39 ou qu'on est un journal privé qu'on est plus indépendant.
05:43 Et on n'est surtout pas indépendant,
05:45 on est peut-être indépendant des milliardaires,
05:46 mais on n'est pas indépendant de ses propres idéologies
05:48 ou de ses propres biais cognitifs.
05:49 Je trouve ça particulier qu'en France,
05:52 on voit systématiquement cette possession par des milliardaires
05:56 comme un problème fondamental de la presse.
05:59 Aux États-Unis, le principal quotidien,
06:01 en tout cas l'un des plus respectés, c'est le Washington Post.
06:03 Il appartient à Jeff Bezos.
06:05 Ça ne pose de problème à personne.
06:06 Finalement, le Washington Post travaille bien
06:08 parce que c'est un journal qui a pour mission de plaire à ses lecteurs.
06:12 Ça veut dire quoi ?
06:13 De leur fournir la meilleure information possible.
06:16 Je crois qu'il faut arrêter de voir la presse comme un truc idéologique.
06:19 Avant tout, qu'est-ce qu'on est les journalistes ?
06:21 On est des marchands de tapis.
06:23 Il faut arrêter de faire croire qu'on est autre chose que ça.
06:26 Et qu'est-ce qu'on fait ?
06:26 On essaie de fabriquer le meilleur tapis.
06:28 Notre meilleur tapis, c'est la meilleure information possible,
06:31 la plus rigoureuse, la plus vérifiée, la plus travaillée,
06:33 celle qui aura été la plus enquêtée.
06:35 Et c'est pour ça que les gens vont venir acheter notre journal,
06:38 qui vont venir voir nos documentaires,
06:39 qu'ils vont acheter des livres.
06:42 C'est parce que nous travaillons bien que l'on vient vers nous.
06:44 Et c'est dans le problème de la presse française,
06:47 c'est avant tout la gratuité de l'information.
06:49 À partir du moment où il y a la gratuité de l'information,
06:50 cette relation de confiance entre le lecteur ou le téléspectateur
06:54 et celui qui fabrique l'information, elle est brisée.
06:57 Et derrière, c'est là qu'on a un problème.
06:59 Le vrai problème de ces milliardaires,
07:00 ce n'est pas tant qu'ils sont des milliardaires, des capitaines d'industrie,
07:03 c'est qu'ils ne sont pas des entrepreneurs de la presse.
07:05 Ils n'intègrent pas du tout dans leur logique
07:08 cette idée qu'ils doivent fabriquer la meilleure information possible.
07:12 Ils tombent bien souvent dans un piège, idéologique ou non d'ailleurs.
07:17 Mais on parle de Bolloré, on pourrait parler de M.Pillas,
07:19 qui a lui aussi, de l'autre côté de l'échiquier politique,
07:23 été investir dans des médias.
07:25 Moi j'ai travaillé dans plein de médias différents,
07:27 qui étaient possédés par des mecs de droite, des mecs de gauche.
07:30 Quand je bossais chez TF1, ce n'était pas M. Bouygues qui me disait
07:34 ce que je devais faire quand j'ai bossé à l'expansion.
07:36 Dassault ne passait pas tous les matins à nous dire ce qu'on devait penser.
07:38 Il faut aussi un petit peu s'affranchir de cette vision
07:41 des milliardaires qui possèdent la presse.
07:43 Si vous voulez savoir ce qui se passe chez Bolloré,
07:45 achetez le journal de Dassault.
07:47 Si vous voulez savoir ce qui se passe chez Martin Bouygues,
07:48 achetez le journal qui est tenu par la Guerre d'air.
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