00:04Et Hervé, tu nous dis que l'antibioresistance est un scandale sanitaire dont on parle trop
00:09peu. Oui, je vais rebondir sur ce qui vient d'être dit par ma chère consoeur. Effectivement,
00:15l'antibioresistance est un scandale et vous allez voir, on a cité des chiffres, l'OMS le dit,
00:21il y a une infection bactérie sur 6 maintenant qui est résistante aux antibiotiques, il y a des
00:25millions de morts, mais on n'en parle pas. Et ce qui est étonnant, ce que je voulais vous dire,
00:31c'est qu'on ne consomme que 30% des antibiotiques pour soigner les hommes, les humains. Donc évidemment,
00:38on l'a dit, il y a des angines virales, il y a peut-être un petit truc à régler,
00:42un problème de
00:42formation, tout ça. Mais ça veut dire en creux que 70% des antibiotiques sont utilisés pour soigner
00:47de façon préventive des animaux non malades dans des élevages. Et je voulais vous donner quelques
00:53chiffres, parce que ça fait toujours réfléchir. Je rebondis donc sur ce que vous disiez, plus de
00:57100 000 tonnes d'antibiotiques sont utilisées par an pour prévenir des infections dans des
01:04établissements qu'on appelle des fermes-usines, pour prévenir 100 000 tonnes. Donc après, on nous dit,
01:08il ne faut pas prendre un jour de plus d'hémoxicilline. Vous voyez le décalage. Et ce qui est le
01:13mieux,
01:13c'est que l'agence américaine nous dit que ce chiffre devra augmenter de 30% d'ici 2040, du
01:19simple fait de
01:19l'augmentation de la taille de la population, donc de la taille des fermes-usines pour nourrir
01:24toute cette population mondiale. C'est quand même assez fou. Et 70% de cet élevage animal est
01:32effectué en Asie, une région dans laquelle il n'y a pas beaucoup de contrôle visible. Donc c'est un
01:37petit peu inquiétant. Et donc, d'habitude, on parle d'économie circulaire. Là, je vais donc vous parler
01:42d'écologie circulaire. On fabrique des antibiotiques, on les donne à des animaux qui les rejettent dans la
01:48nature. Ça va dans les rivières. On mange la chair de ces animaux. Et donc, on consomme une viande
01:53pas bio du tout. Enfin, une viande, un poisson, ce qu'on veut. Anecdote, j'ai acheté avant-hier des
01:59crevettes dans une boîte. Et il y avait marqué en gros, j'ai la photo dans mon téléphone, élevé sans
02:04antibiotiques. On rêvait quand même. Oui. Et on utilise aussi des antibiotiques pour traiter les arbres
02:11fruitiers. Oui. Alors là aussi, c'est très bien. On traite les arbres fruitiers pour une raison qui est quand
02:15même formidable. C'est pour éviter les fruits moches. T'imaginais ? Donc, on nous dit cinq fruits et légumes
02:21par jour, c'est bien, effectivement. Mais le chancre des arbres fruitiers, vous avez cette espèce de boule
02:26dans les arbres, c'est pas joli. Les taches bactériennes sur les feuilles, c'est pas joli. Le flétrissement des
02:31feuilles, c'est pas joli. Donc, on donne des antibiotiques à titre préventif. Et en 2021, rien que sur les
02:37vergers américains, on a pulvérisé, par exemple, vous allez apprécier, 25 tonnes de streptomycine et 18 tonnes de
02:45tétracycline. N'importe quoi. Je suis contente que ça ne soit pas sur les vergers français.
02:50Mais je ne sais pas. Il faut s'espérer. Alors, on va se rassurer en se disant, donc, OK, il
02:54y en a dans la viande,
02:55il y en a donc dans les poissons, puisqu'il y en a dans la rigière, il y en a
02:58dans les fruits et légumes.
02:59Heureusement, on boit de l'eau pure. Je vous attendais, là. On boit de l'eau pure. Donc, j'ai
03:03lu une étude récente
03:04de l'Académie d'Oxford, 2025, qui a fait une étude sur 324 rivières de 100 pays différents.
03:11Eh bien, vous allez rire ou pleurer, il y avait des traces d'antibiotiques dans 100% des rivières.
03:17Et oui, 30%, 31% des antibiotiques consommés par l'humain passent dans nos eaux usées et finissent dans les
03:23rivières.
03:24Donc, ça fait quand même 10 000 tonnes par an d'antibiotiques qu'on retrouve directement dans nos rivières.
03:30Et le plus beau, si j'ose dire, de l'histoire, c'est qu'il y a aussi la production
03:35de déchets industriels
03:37par l'industrie pharmaceutique et cosmétique. Et on sait que cette industrie de l'antibiotérapie,
03:43en vrac, 80%, 90%, c'est en Chine. Le reste, la transformation, c'est en Inde.
03:48Il y a eu des scandales sanitaires bien référencés autour de ces usines.
03:53Et visiblement, ce sont des hubs industriels qu'on n'arrive pas à contrôler.
03:56Vous allez me dire, heureusement, nous, on est en Europe.
03:59Alors, en Europe, ben non, il n'y a pas de normes.
04:01Ça vient, il n'y a pas de normes. C'est quand même hallucinant.
04:02Donc, les industriels ont le droit de rebalancer dans les rivières leur pollution antibiotique.
04:08Pas que, mais notamment.
04:09Et il y a juste un principe qui est le principe du pollueur-payeur.
04:13Donc, on a étudié, on a calculé que 90% des pollueurs présents venaient des médicaments,
04:20c'était des résidus.
04:21Donc, les industriels payent 80% de la taxe.
04:25Ça veut dire quand même qu'ils reconnaissent un peu leur responsabilité.
04:29Quelle est ta conclusion ?
04:30Ma conclusion, c'est qu'on en parlait avant.
04:32En 2002, il y a 25 ans, quand même, l'assurance maladie avait trouvé un très joli slogan.
04:37L'antibiothérapie, les antibiotiques, je vais y arriver.
04:40C'est pas automatique.
04:41Sinon, la rime est moins rique, évidemment.
04:43Et donc, en 2026, je vous propose une version plus militante.
04:48L'antibiorésistance, c'est une vraie urgence.
04:50Merci beaucoup, Hervé.
04:51Docteur Nutt, on n'a pas beaucoup de temps, mais est-ce que vous êtes toujours aussi optimiste ?
04:55Alors, je suis optimiste parce que sinon, je ne ferais pas ce travail.
04:58Mais on faisait un concours de slogans et le vôtre est très bien.
05:01L'antibiorésistance, c'est une vraie urgence.
05:03Non, non, je prends.
05:04Je vous le donne.
05:05C'est gentil.
05:07Merci beaucoup, Docteur Nutt.
05:09Merci d'avoir répondu présente.
05:11On passe tout de suite à la pépite santé.
05:13Merci d'avoir regardé cette vidéo !
05:13Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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