Pour Nicolas Namias, président du directoire de BPCE, le rôle d’une banque dépasse le simple financement : elle accompagne les grandes transitions — technologiques, environnementales, démographiques — et devient un acteur clé de la souveraineté économique.
Dans la défense, la nuance est essentielle : il ne s’agit pas de financer directement les armements, mais de soutenir la base industrielle (BITD), en répondant à ses besoins de trésorerie et d’investissement. Autrement dit, permettre à l’appareil productif de suivre la montée en puissance des commandes publiques.
🎙️ Intervenants :
Nicolas Namias, président du directoire de BPCE
Modérateur : François Miguet, rédacteur en chef adjoint Monde au Point
#Banques #Défense #Guerre #Financement #Transition #Armement #Sécurité #Souveraineté #Investissement #LePoint #BPCE
Dans la défense, la nuance est essentielle : il ne s’agit pas de financer directement les armements, mais de soutenir la base industrielle (BITD), en répondant à ses besoins de trésorerie et d’investissement. Autrement dit, permettre à l’appareil productif de suivre la montée en puissance des commandes publiques.
🎙️ Intervenants :
Nicolas Namias, président du directoire de BPCE
Modérateur : François Miguet, rédacteur en chef adjoint Monde au Point
#Banques #Défense #Guerre #Financement #Transition #Armement #Sécurité #Souveraineté #Investissement #LePoint #BPCE
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:01...
00:14Nous allons à présent nous intéresser à un autre acteur clé de ces questions stratégiques, les banques.
00:20Avec la montée en puissance des crédits consacrés à la défense, les grandes banques françaises ouvrent les vannes pour les
00:26entreprises françaises et européennes du secteur.
00:28Merci d'accueillir notre prochain invité pour ce grand entretien, Nicolas Namias, le président du directoire de BPCE.
00:37Et à vos côtés, pour mener cet entretien, vous êtes accompagné de François Miguet, rédacteur en chef adjoint Monde, au
00:43point.
00:44François, je vous laisse la parole.
00:47Cher Nicolas Namias, merci beaucoup d'avoir accepté de vous rendre à cette première édition de Guerre et Paix, un
00:53événement très important pour nous.
00:56Ce grand entretien va nous permettre d'évoquer une question qui est majeure, qui est la question du financement de
01:02la défense, en particulier du financement bancaire de la défense.
01:05Vous êtes président du directoire de BPCE depuis fin 2022. BPCE, évidemment, c'est Banque Populaire et Caisse d'épargne.
01:13C'est aussi Natexis et vous assurez environ 20% du financement du secteur de la défense en France.
01:20Donc, vous êtes un acteur majeur.
01:22On va commencer cet entretien par vous poser quelques questions générales et puis ensuite, on reviendra dans le détail.
01:28On laissera deux questions ou trois questions si on a le temps pour le public.
01:32Mais tout d'abord, pour commencer, est-ce que vous pouvez nous expliquer de manière très pédagogique à quel moment
01:39et comment les banques interviennent dans le financement du secteur de la défense ?
01:44Merci. Bonjour, François et bonjour à toutes et à tous.
01:47D'abord, c'est un grand plaisir d'être avec vous aujourd'hui pour ce premier séminaire qui, j'en
01:53suis sûr, ouvre une longue série.
01:55Alors, quelques mots, quelques mots pour d'abord pourquoi finalement on est là aujourd'hui, pourquoi je suis avec vous.
02:04Tout ça part d'une conviction assez profonde sur le rôle des banques.
02:09Je vais aussi parler du secteur bancaire, je dirais bien sûr des éléments plus spécifiques sur BPCE.
02:14Mais fondamentalement, aujourd'hui, le rôle d'une banque et diriger une banque, c'est se mettre au service des
02:22grandes transitions, des grandes transformations de nos économies.
02:24C'est ça qui est passionnant. Et en fait, quand on a la chance de diriger une banque, il faut
02:29se dire comment je me mets et je mets ce secteur bancaire au service des transitions.
02:34À partir de là, il y a quelques grandes transitions qui façonnent nos économies, nos sociétés.
02:43Évidemment, les transitions technologiques, les transitions démographiques, les transitions énergétiques et environnementales.
02:52Et puis les enjeux, les transitions géopolitiques. Ce sont en tout cas, moi, je catégorise souvent ces quatre grandes transitions
03:00comme les quatre enjeux majeurs que l'on doit accompagner en tant que groupe bancaire.
03:04Une fois que je dis ça, la transition géopolitique renvoie évidemment aux enjeux de souveraineté et donc fait des banques
03:13des acteurs de la souveraineté.
03:15Des acteurs de la souveraineté économique et financière, à la fois française et européenne, mais donc des acteurs de la
03:22souveraineté tout court.
03:24Et alors ça veut dire quoi être un acteur de la souveraineté quand on est une banque ?
03:28Ça veut dire pas mal de choses et donc ça veut dire financer la défense. Et alors financer la défense,
03:34c'est là que ça mérite un instant.
03:37François, comme vous m'invitez, de prendre un temps pour bien expliquer ce que ça veut dire parce qu'on
03:44utilise plein de mots, plein de termes.
03:46Et moi, je crois que c'est important finalement de bien nommer les choses. Dans le financement de la défense,
03:52il y a un premier élément qui est celui du financement de l'armement, qui est celui en fait de
04:02la commande et de la commande publique.
04:04Et ça part quand même de cela, qu'elle soit d'ailleurs nationale ou internationale. Et là, ça conduit à
04:11l'export.
04:12Mais ça part de cette commande publique, cette commande publique sur laquelle les États s'engagent, font des efforts.
04:18Évidemment, le gouvernement français, avec une trajectoire, je crois, qui est de 3,5% à horizon 2030.
04:27Ça, c'est la commande publique. 3,5% du PIB.
04:31Du PIB à horizon 2030. Ça, on parle bien de la commande publique.
04:36Et on peut travailler, nous, banques, avec les États, avec les gouvernements pour voir comment optimiser leur propre financement.
04:43Mais je crois qu'il faut mettre ça un peu de côté. Ce n'est pas aujourd'hui l'enjeu
04:49du financement bancaire.
04:50Ça, c'est le financement et c'est la commande publique. Donc du coup, c'est quoi le financement bancaire
04:56?
04:56C'est en fait tout ce qui va accompagner le secteur et les entreprises de la défense.
05:03Cette fameuse BITD. Cette BITD, ce sont ces... Alors je ne sais pas quel chiffre vous avez donné ce matin.
05:10Moi, j'aime bien dire qu'il y a à peu près 4 500 entreprises dans la BITD, très majoritairement
05:16des PME, des ETI.
05:17Évidemment, quelques grands donneurs d'ordre. Et ça représente à peu près 220 000 emplois.
05:25Et donc tout le sujet que moi, j'ai en tant que banquier et qu'a le secteur bancaire, c
05:29'est pas tellement aller financer la commande d'armement ou de matériel.
05:35Ça, honnêtement, je vais plutôt renvoyer ça aux États et au gouvernement et éventuellement travailler avec eux sur comment ils
05:41le refinancent.
05:41Moi, en tant que banquier, mon rôle, ma responsabilité et mon engagement, c'est de faire en sorte que cette
05:48BITD fonctionne bien et ait les moyens de fonctionner.
05:53Quels sont les moyens de fonctionner dans ces besoins, par exemple, de BFR ? Parce que si la commande croît,
05:59il y aura des besoins de trésorerie.
06:01Il y aura des besoins de BFR. Quels sont les moyens de fonctionner, par exemple, dans ces exports et qu
06:07'il y ait les bons mécanismes de financement export ?
06:09Quels sont les moyens de fonctionner aussi dans ces besoins de capital ? Mais je vais revenir dessus.
06:14Donc il y a bien ces deux mondes-là qui ne sont pas totalement étanches. Je crois qu'il faut
06:18séparer les choses.
06:20La commande publique, d'une part, et l'accompagnement, le financement de la BITD. Et c'est ça, mon rôle.
06:26Et là-dedans, dans ce rôle-là d'accompagnement de la BITD, il faut aussi distinguer quelques éléments.
06:33Il va y avoir le financement, finalement, bancaire et donc les besoins de financement des entreprises.
06:43Et puis je vais pouvoir être plus granulaire. Et puis il y a les besoins en capital. Et là, on
06:49est sur de l'equity. On va parler de l'investissement.
06:52Et donc ce qui est important, en fait, quand on parle du financement de la défense au sens large par
06:57les banques, c'est d'être un peu granulaire sur ce qui relève du public,
07:01ce qui relève du secteur privé et au sein de ce qui relève du secteur bancaire, de ce qui relève
07:05du financement et de l'investissement.
07:07En tout cas, une fois qu'on a dit ça, aujourd'hui, le secteur bancaire français s'engage. Retenons un
07:12chiffre. On a aujourd'hui, et je prends les grandes banques françaises.
07:15Je vais parler au nom des banques françaises. À peu près 45 milliards de financement de la BITD. 45 milliards.
07:2345,4, je crois, pour être très précis.
07:26Ce à quoi il faut rajouter 11 milliards à peu près de financement export. Voilà. Donc c'est aujourd'hui
07:31quelque chose qui s'est beaucoup développé ces dernières années.
07:33Est-ce qu'on peut remettre en perspective comment vous, à votre échelle, celle du groupe BPCE, vous avez fait
07:40évoluer les financements au service du secteur de la défense ?
07:45Et est-ce que vous pourriez nous donner quelques exemples concrets de ces financements récemment faits par les différentes entités
07:53de votre groupe ?
07:55Bien sûr. Alors BPCE. BPCE, c'est ce groupe qui rassemble les banques populaires, qui rassemble les caisses d'épargne,
08:05qui rassemble la TIXIS.
08:06Vous le disiez. On finance à peu près un peu plus de 20% de l'économie française. Et on
08:11est la quatrième banque de la zone euro par la taille de nos fonds propres.
08:14Alors ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on s'engage très fortement dans ce financement de la
08:21défense. Et fondamentalement, on s'y engage à hauteur de ce que nous sommes
08:26ou même un peu plus. Aujourd'hui, en matière d'encours, j'ai à peu près 11 milliards d'encours
08:33de financement de la défense. 11 milliards qu'on rapporte aux chiffres qu'on évoquait tout à l'heure.
08:40C'est pourquoi je tiens plus que ma place, en quelque sorte, dans ce financement du secteur de la défense.
08:45Et j'accompagne à peu près 1 500 entreprises de la BITD,
08:50c'est-à-dire un tiers des entreprises de la BITD sont accompagnées par les entreprises du groupe BPCE. Donc
08:57ça, c'est un engagement.
08:58Ces chiffres-là ont à peu près doublé, en fait, depuis trois ans. Incontestablement – et c'est pas à
09:03cette salle que je vais expliquer cela –
09:06il y a eu une évolution sensible – je vais pas parler de rupture – mais quand même une évolution
09:11marquée depuis début 2022, depuis le conflit en Ukraine.
09:18Ça a quand même modifié beaucoup de paramètres. Nous, nous avons doublé notre financement de la défense depuis 2022.
09:24Alors qu'est-ce que ça veut dire concrètement ? Ça veut dire que ça va passer d'abord par
09:30des éléments de financement et de financement,
09:34par exemple, en besoin de trésorerie, en BFR. Moi, je pense beaucoup à ça parce que je pense aux PME
09:41et aux ETI.
09:42Il y a les grands donneurs d'ordre, qui vont recevoir cette commande des pouvoirs publics et qui, ensuite, vont
09:49faire vivre la filière de la BITD.
09:52Ceux-là ont des besoins, mais souvent moins de besoins de trésorerie. Ces grands donneurs d'ordre, ensuite, vont relayer
10:00la commande auprès de leur filière,
10:03auprès de leur PME, justement. Et là, il va avoir des besoins de trésorerie. Et c'est essentiel d'intervenir.
10:09BPCE, nous sommes la première banque des entreprises en France, la première banque des PME en France. Et donc, on
10:14développe des outils spécifiques en matière de BFR.
10:16Par exemple, très concrètement, la BUI, la Banque européenne d'investissement, a déployé un programme de 3 milliards de financement
10:25en Europe des PME européennes pour la défense.
10:28Eh bien, la BUI a choisi BPCE pour relayer ce programme en France. Donc, on a 300 millions de financement
10:37de trésorerie des PME de la défense.
10:40Avec un cas très concret, la semaine dernière, on a signé le premier financement dans le cadre de cette enveloppe
10:47-là avec une entreprise mozélane qui s'appelle Simulec.
10:51Et voilà, avec Simulec et avec la Banque populaire Alsace-Lorraine-Champagne, la semaine dernière, on a signé le premier
10:57financement de BFR grâce à la BUI.
10:59Premier exemple très concret. Deuxième exemple concret, François. Et là, je vais parler de plus grandes entreprises et de la
11:07souveraineté au sens large.
11:09Ce que nous avons fait l'année dernière, là aussi, parce qu'il faut toujours innover. On a innové avec
11:14la BUI. Ce que l'on a fait l'année dernière, c'est que l'on a innové en étant
11:19la première banque européenne
11:21à émettre une obligation dédiée au secteur de la défense. On appelle ça un European Defence Bond. Ça veut dire
11:31quoi ? Ça veut dire que j'ai émis BPCE sur les marchés obligataires,
11:36une émission de 750 millions d'euros. Les investisseurs qui venaient refinancer BPCE savaient qu'en achetant cette obligation, ils
11:47venaient refinancer des actifs du secteur de la défense
11:50que j'allais faire ensuite. C'est la première fois en Europe que nous avons fait ce système-là. On
11:55a imaginé ce système-là parce que nous avons des investisseurs
11:58qui veulent également s'engager dans le secteur de la défense. Et donc, on leur dit que si vous voulez
12:03souscrire une obligation dédiée à ce secteur-là,
12:06vous souscrivez cette European Defence Bond. 750 millions. On a eu 2,8 milliards de demandes. C'est-à-dire
12:11qu'elle a été 4 fois sursouscrit.
12:13Et c'est la première fois que ça se faisait en Europe. Je n'ai aucun doute qu'il y
12:17en aura d'autres, que BPCE en fera d'autres,
12:18et que nous ouvrons la voie à d'autres émissions obligataires dédiées à la défense. En face, j'ai dit
12:24qu'il y avait des actifs dédiés.
12:26Un exemple, puisque vous me demandiez des exemples précis. E-Telsat. On en parlait hier soir dans un ligné. Eh
12:33bien, nous avons participé au financement
12:35et au refinancement de Telsat. Eh bien, le refinancement de Telsat fait par BPCE est un refinancement qui a été
12:44finalement financé
12:46par l'émission obligataire European Defence Bond. Deuxième exemple. Et puis, troisième exemple. Là aussi, soyons concrets.
12:52J'évoquais les financements, mais il y a aussi l'investissement. L'investissement BPCE Assurance, qui historiquement était engagé à
13:00hauteur
13:01à peu près de 250 millions d'euros en fonds propres d'entreprises de la défense, eh bien, double ce
13:08quantum
13:09et s'engage à hauteur de 500 millions d'euros. Alors, il y a un vrai changement qui est à
13:14l'œuvre, semble-t-il,
13:15parce qu'il n'y a pas si longtemps, il y a quelques années en arrière, finalement, le financement de
13:20la défense
13:21n'avait pas si bonne réputation pour les banques. On évoquait souvent le risque d'image pour les établissements.
13:29On évoquait la responsabilité sociale et environnementale. Je crois que les choses ont évolué
13:34dans la façon dont on les réfléchit aujourd'hui. Qu'est-ce qui, selon vous, a changé ?
13:39Est-ce que ça a vraiment changé ? Vous évoquiez 2022. J'imagine que c'est ça, le point de
13:44bascule ?
13:45Alors, je pense qu'il y a des éléments qui se sont accélérés, d'autres qui ont résolument basculé.
13:50Ce qui a accéléré, c'est le financement, sachant que le financement, encore une fois,
13:58lui, relève de la politique de la banque. Et chez BPCE, on a toujours accompagné nos clients
14:04du secteur de la défense. À travers Natixis, à travers les banques populaires ou les cas d'épargne,
14:08on a toujours accompagné nos clients du secteur de la défense. On n'a jamais eu une politique défense
14:13nous interdisant de financer le secteur. C'est même l'inverse. Notre politique défense,
14:17elle définit la manière dont on finance le secteur-là. Bon. Donc, sur le financement,
14:23il y a une forme quand même de continuité, mais avec une accélération. J'évoquais 2022.
14:28Il y a une accélération, puisque nous avons nous-mêmes doublé nos encours depuis 2022.
14:33Ça, on est dans le financement. Là où il y a eu, je crois aussi, beaucoup une forme de...
14:38Là, on peut parler de rupture depuis 2022. C'est l'investissement.
14:42L'investissement, c'est-à-dire ce qui va relever d'investisseurs externes et qui se mettent
14:48des critères et notamment, évidemment, des critères ESG. Et ces critères ESG, pour
14:54beaucoup d'entre eux, pour beaucoup d'entre eux, en fait, excluaient le secteur de la défense.
15:00C'est-à-dire que s'il y avait un critère et un fonds tamponné ESG, il ne pouvait pas
15:06y avoir ou de manière marginale, etc., des investissements dans des actifs de la défense.
15:11Et c'est ça qui a changé profondément. Et on le voit. Nous, on l'a guidé.
15:16On est nous-mêmes un grand gérant d'actifs. Natixis Investment Managers gère 1 300 milliards.
15:21On est le troisième gérant européen. Les critères ont évolué, considérant désormais
15:28qu'en fait, financer la défense fait partie des enjeux ESG, fait partie des thèmes de souveraineté,
15:36fait partie des thèmes, finalement, de soutenabilité. Et ça, c'est une rupture forte.
15:41Marquée, c'est marquée depuis 2-3 ans, avec une idée, moi, que je trouve assez simple à exprimer.
15:49Et j'avais eu l'occasion, il y a un an, les deux ministres de la défense, devenus depuis
15:55Premier ministre et de l'économie, avaient réuni une table ronde à Bercy. C'était exactement
15:58il y a un an, à peu près. Et j'avais représenté le secteur bancaire à cette occasion, parce qu
16:02'il y a
16:02quand même une forme de continuité dans mon engagement pour la défense. Et finalement,
16:08tout peut se résumer en une phrase en matière de politique ESG et en matière de défense.
16:13C'est « Nous finançons tout ce qui n'est pas interdit ». C'est assez simple. Et ça évite
16:19les zones grises. Finalement, il y a eu longtemps des zones grises. Il y avait ce qui était interdit.
16:24Évidemment, on ne le fait pas. Il y avait ce qui était autorisé. Mais dans ce qui était
16:27autorisé, il y avait des trucs qu'on faisait plus ou moins, qu'on avait... Je crois qu'à un
16:31moment,
16:31il faut des messages clairs. Mon message clair en matière d'ESG et de défense, c'est que
16:36nous finançons ce qui n'est pas interdit. Et nos fonds peuvent être investis – c'est
16:42le choix de l'investisseur – mais peuvent être investis dans ce qui n'est pas interdit.
16:46C'est ça, la politique ESG en matière de défense. Je l'avais exprimée assez fortement
16:51il y a un an. Et là, ça avait constitué une rupture. C'est comme ça qu'on double
16:55ce que nous investissons, par exemple, avec BPCO Assurance. C'est comme ça que nous
16:59distribuons désormais dans nos réseaux le fonds, par exemple, BPI Défense. Il y a
17:06aujourd'hui une vraie rupture sur l'investissement. Donc accélération sur le financement. On a
17:11doublé nos encours. Et rupture sur l'investissement avec cette idée « On finance et on investit
17:16dans tout ce qui n'est pas interdit ». Voilà la rupture. Et puis par ailleurs, je pense
17:24qu'au-delà de ça, se développe tout un écosystème. Et je veux être également – et je souhaite
17:32que les banques soient acteurs de cet écosystème. Ça veut dire quoi, être acteur de cet écosystème ?
17:38Ça veut dire, par exemple, avec nos missions de conseil, avec nos référents défense. On
17:44a désormais un référent défense, bien sûr, au niveau du groupe BPCE. Mais on a un référent
17:49défense dans chacune de nos entreprises, dans chacune de nos beaux populaires, dans chacune
17:52de nos caisses d'épargne, chez Natixis. Nous avons des référents défense pour être
17:56au cœur de cet écosystème. Et c'est comme ça, par exemple, que nous accompagnons des entreprises
18:00qui innovent. Je crois qu'il y a dans la journée, parmi nous, des entreprises de l'innovation
18:06dans le secteur de la défense. Il y a Shark, il y a Sahar, il y a Skinopi. Voilà, il
18:12y a
18:12des entreprises de l'innovation. Nous les avons toutes accompagnées. C'est ça, être
18:17au cœur d'un écosystème. Et puis être au cœur d'un écosystème, je termine par
18:19ça parce que j'y tiens quand même, c'est avoir accompagné la Garde nationale. On s'est
18:23engagé cette année avec la Garde nationale. Et moi, j'accompagne tous mes collaborateurs
18:27qui veulent consacrer au moins 12 jours par an à la Garde nationale.
18:30Alors, avant de passer aux questions du public, il y avait quand même une question que je
18:33vais vous poser. C'est celle du fléchage du livret A, puisqu'on l'a encore entendu
18:39ce matin. Les besoins en matière de défense sont immenses. De nombreux régiments sont sous-équipés.
18:46Et malgré les ruptures et les accélérations que vous avez évoquées, il faut peut-être
18:51mobiliser à l'avenir encore plus d'argent. Donc, il revient régulièrement, notamment la
18:55question du livret A qui, aujourd'hui, finance les aménagements urbains, les logements
18:58sociaux, etc. Est-ce que ça vous paraît être une bonne piste que d'en flécher une
19:03partie sur la défense ?
19:06Bon, alors, vous avez senti, j'espère, mon engagement sans réserve pour la défense.
19:13Mais alors, l'engagement sans réserve, ça n'empêche pas parfois de réfléchir
19:16rationnellement. Et réfléchir rationnellement, ça fait que je suis pas sûr que le fléchage
19:23du livret A soit aujourd'hui la meilleure des options. Mais pourquoi ? Vous expliquiez
19:29l'état d'équipement potentiellement de nos armées, etc. Ça, ça va renvoyer quand
19:35même au premier élément que j'évoquais, qui est celui de la commande publique et celui
19:40de l'argent public, qui est un sujet en soi. Le livret A ne va rien échanger. Le livret A,
19:53quand on se dit qu'il faudrait flécher le livret A, mais qu'est-ce que ça veut dire ?
19:56Ça veut dire qu'on a besoin de davantage de ressources de financement. Le livret A,
20:00c'est du financement. Mais qu'est-ce que je viens de partager depuis tout à l'heure ?
20:06Le fait que les financements sont là. On a, nous, chez BPCE, doublé nos financements.
20:12On a, à l'échelle des banques françaises, c'est 55 milliards de financements, quand j'y
20:18mets les financements plus l'export. On a la BUI. On a les investisseurs obligataires
20:24qui viennent refinancer mon obligation. Bref, les financements sont là. Nous sommes prêts.
20:28Il n'y a pas de rareté de financement. Il n'y a pas de rareté de financement. C'est
20:33pas vrai. Et donc, aller chercher du financement supplémentaire, c'est juste flécher un financement
20:39qui va se rajouter là où, aujourd'hui, il n'y a pas de rareté de financement. Là où
20:46il peut y avoir un élément de rareté, c'est sur l'investissement. C'est sur l'investissement.
20:53C'est ce que je disais tout à l'heure sur les besoins en equity ou en quasi-fonds
20:56propres. Là où moi, je vais doubler ce que je fais avec BPCE Assurance. Mais je vous
21:02disais parfois, l'engagement n'exclut pas la rationalité. Le livret A, c'est pas de
21:06l'investissement en equity. Bon. Donc, le livret A, je crois, n'est pas la bonne réponse.
21:13En revanche, allons chercher. Allons chercher ce qui va permettre de développer l'investissement
21:19et l'investissement en fonds propres ou en quasi-fonds propres en equity. Le livret A
21:23ne sera pas la bonne réponse. Mais allons chercher ce qui va y contribuer. Et évidemment,
21:27ce qui va y contribuer, c'est par exemple des enjeux et le développement des marchés
21:33de capitaux à l'échelle européenne qui nous manquent cruellement. Et là, de manière
21:37générale, le plus on va aller favoriser un système européen de financement et d'investissement
21:44dans l'économie européenne, le mieux ce sera. Et le mieux ce sera pour la défense. Parce
21:48que pour la défense européenne, on aura besoin d'investisseurs européens. Je ne dis pas
21:53que seuls les investisseurs européens viendront sur la défense européenne. Mais on aura besoin
21:57d'investisseurs européens. Et pour ça, on a besoin d'un système de financement et d'investissement
22:03organisé par la régulation, organisé par la supervision, qui aujourd'hui honnêtement
22:08n'est pas orienté sur ce financement et sur cet investissement, qui est trop orienté
22:13sur le contrôle et la stabilité. On a besoin de libérer les choses et de libérer une capacité
22:18de financement et d'investissement au plan européen. Là, on aura la bonne réponse.
22:22Le message est passé. Je vous remercie. On va avoir le temps d'une question très rapide
22:27de la salle. Je vois qu'une main se lève au premier rang.
22:32On vous écoute. Justement, je rebondis sur ce besoin d'investissement. Il faut les libérer.
22:37Quels sont les leviers qu'on peut actionner ? Il y a justement une loi spatiale européenne
22:42qui est en cours de discussion au sein de l'Union européenne. Quels sont les leviers
22:47pour accélérer cet investissement ?
22:51Il y a deux choses. Il y a un, faciliter le financement et l'investissement au plan européen.
23:00Et puis ensuite, regarder comment on la loue sur le secteur de la défense. Faciliter le financement
23:06et l'investissement au plan européen. Retenons une idée un peu simple. Tout notre système
23:13de régulation et de supervision, en fait, date de l'après-crise financière. C'est-à-dire
23:20qu'il a été conçu en 2008-2009 et a été mis en place en 2014. Tout notre système
23:26de régulation et de supervision date de 2014. Bon. À travers notamment ce qui s'appelle
23:30le SSM, c'est le système de supervision unique. Bon. Ce système a un seul objectif,
23:36la stabilité du système financier. Et c'est un bon objectif. Et on l'a largement
23:41atteint. Mais regardons nos pairs. Aux Etats-Unis, par exemple, le système de supervision
23:48et de régulation a deux objectifs. La stabilité et le financement de l'économie. Au Royaume-Uni,
23:54il n'y avait qu'un seul objectif, la stabilité. Depuis l'année dernière, un deuxième objectif
23:59a été mis au système de régulation et de supervision britannique, qui est le financement
24:04de l'économie britannique. Nous allons être le dernier continent où le système de supervision
24:10et de régulation n'a qu'un seul objectif, celui de la stabilité, sans prendre en compte
24:14les enjeux de financement de l'économie. Nous allons être le dernier continent. Et donc
24:18il faut s'engager assez résolument dans ce sujet-là. Ce à quoi il faut évidemment
24:23rajouter l'union des marchés de capitaux, qui permettra effectivement de drainer cette
24:27capacité d'investissement. Donc là, on va accroître la capacité d'investissement
24:31et puis ensuite, développons les outils qui vont permettre de flécher cette capacité
24:38sur le secteur de la défense. Encore une fois, c'est ce que je fais avec BPCE Assurance.
24:44C'est ce qu'on peut faire avec le fonds BPI. Et là, il faut multiplier les fonds qui
24:49vont investir dans le secteur de la défense. Objectivement, aujourd'hui, ces fonds ont tendance
24:54à être là. Donc donnons une capacité européenne, structurez les fonds, et on répondra au sujet
25:00de fonds propres et de quasi-fonds propres. Les financements de leur côté sont là.
25:04Merci Nicolas Namias d'avoir accepté de participer à ce grand entretien.
25:10Merci à vous. On aura l'occasion d'en reparler. L'argent, c'est le nerf de la guerre, comme
25:14chacun sait. Merci beaucoup.
25:16Merci beaucoup à tous les deux. Le forum Guerre et Pest, ça continue dans un instant, après
25:21une courte pause. A tout de suite.
25:32Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires