- il y a 4 heures
Ce qui le distingue des autres humouristes, c'est assurément son goût du transformisme, des personnages détonants. L'auteur de Qui a volé mes jambes ? (ed. du Seuil) déroule dans un roman photo une enquête policière sans queue ni tête. Au fond, de ses débuts auprès de Dominique Farrugia jusqu'à ses années Canal+ ou encore aux côtés de Laurent Ruquier où il incarna des personnages loufoques, Jonathan Lambert n'a peut-être suivi dans sa vie qu'un seul fil conducteur : la liberté. Dorénavant, il préfère troquer les plateaux de télévision pour les planches ou le grand écran. Mais qui est-il vraiment ? D'où lui vient le goût de la provocation ? L'humour comme la mode obéit-il à des cycles ? Pour cerner qui se cache derrière ces mille visages, Rebecca Fitoussi reçoit cette semaine Jonathan Lambert dans Un monde, un regard. Année de Production :
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TVTranscription
00:05Musique
00:22Notre invité n'est jamais là où on l'attend.
00:25Un jour stand-upper énergique et transformiste, un autre jour humoriste fantasque et déjanté
00:31dans une émission de télé, un jour encore seul en scène dans un spectacle intimiste
00:36mais pas moins drôle.
00:37Il fut même un temps très ancien où il co-animait une émission de cuisine.
00:42Notre invité semble ne pas se résigner à une seule forme d'expression, à une seule
00:46vie, une seule apparence.
00:48Impossible de rester en place.
00:50Et ça marche.
00:51On est surpris à chaque fois.
00:52Encore aujourd'hui avec un nouveau défi, un nouveau canal, une nouvelle écriture,
00:56le roman photo.
00:58Qui a volé mes jambes aux éditions du Seuil, entre l'absurde et le roman policier, pour
01:02lequel il s'est inspiré d'un artiste mondialement connu, le photographe surréaliste Pierre
01:07Molinier.
01:08Y a-t-il un fil conducteur dans ces différentes expériences qu'il tente ? Quel est-il ?
01:12L'humour, la comédie, bien sûr, toujours au rendez-vous, quoi d'autre ? L'empathie
01:16pour les personnages médiocres et ridicules, la mise en avant des existences communes qui
01:21ne font jamais la une.
01:23Posons-lui toutes ces questions.
01:24Bienvenue dans un monde d'un regard.
01:25Bienvenue Jonathan Lambert.
01:26Bonjour.
01:27Merci d'avoir accepté.
01:28Enfin, bienvenue à moi.
01:29Bienvenue à vous.
01:30Merci d'avoir accepté notre invitation au scénar.
01:31C'est la première fois que je vais assumer mes lunettes à la télé, parce que sur
01:34cette chaîne-là, il y a un petit côté un peu…
01:36Un télo.
01:37Et vous allez en avoir besoin, d'ailleurs.
01:38Oui, oui, ça a changé.
01:39Parfois sont motivés vos choix artistiques ? Quel est le fil conducteur ? Est-ce qu'il
01:43y en a un, d'ailleurs ? Est-ce qu'il en faut un ?
01:44Alors, c'est un terme un peu valise qui est un peu galvaudé, je veux dire la liberté,
01:48mais c'est vrai que ce qui a dicté mes choix, c'est dès lors qu'on me dit «
01:52ta carte
01:52blanche », je trouve que c'est un tel luxe aujourd'hui.
01:55Donc, la scène, évidemment, offre ça, mais là, le roman photo, on m'a dit, c'est
02:02une collection, on a dit, voilà, on propose à des artistes de s'emparer de ce langage,
02:07finalement, et vous en faites ce que vous voulez, il n'y a aucune autre contrainte que
02:11la contrainte technique du roman photo.
02:14Quand je fais mes podcasts avec mon copain Fred Testo, on sait qu'on ouvre les micros,
02:17on dit ce qu'on veut, mais quand j'ai fait des chroniques sur Inter, c'était le même
02:20principe, ça s'appelait d'ailleurs des cartes blanches.
02:23Donc, oui, c'est vrai que…
02:24La liberté avec un grand L.
02:25J'ai toujours été animé par ce truc de liberté.
02:30Un goût aussi particulier pour les personnages un peu pathétiques, un peu ridicules, vous
02:34avez vous-même dit « tous les personnages que je fais sont des losers ».
02:37Vous les aimez bien, ceux-là ?
02:39Oui, parce que je trouve qu'il y a quelque chose finalement d'attachant, c'est un peu
02:42des anti-héros, et puis c'est toujours plus intéressant de prendre des gens qui n'avaient
02:49aucune raison qu'on s'intéresse à eux, et finalement de les promouvoir d'une certaine
02:54manière, de les amener ailleurs.
02:56Et puis il y a aussi une dimension un peu attachante chez les losers.
03:00Dans ce roman photo que vous publiez chez Seuil, vous incarnez Vincent Molten, un comptable
03:04aux cheveux gras, qui se lance dans une enquête pour retrouver sa paire de jambes de femmes
03:09volées par on ne sait qui…
03:11Des jambes de mannequins, il faut préciser.
03:12Des jambes de mannequins, oui, oui.
03:14Des jambes de mannequins de femmes, oui, oui.
03:15Et alors ça semble complètement loufoque dit comme ça, mais la paire de jambes, c'est
03:19une référence très intello, en vérité, celle dont je parlais en introduction,
03:23à ce photographe surréaliste, Pierre Moliné, que vous adorez, pour lequel vous avez une
03:27vraie passion depuis pas mal de temps.
03:29Oui, alors très intello, après il y a toujours un côté un peu…
03:31Non, mais parce que c'est un artiste qui faisait partie des surréalistes, donc dès
03:37qu'on parle d'artiste, il y a une dimension un petit peu culturelle, donc intello.
03:41Confidentielle.
03:42Voilà, mais moi en tous les cas, ce que j'aime dans l'art, c'est quand il y a
03:45encore
03:45une fois une dimension un peu rigolote, drôle, et je pense que Pierre Moliné n'échappait
03:50pas à ça, c'était un personnage très sulfureux, qui aimait bien cultiver évidemment
03:55la provocation, au-delà de son œuvre qui est, oui, alors à la fois surréaliste, érotique,
04:04bizarre, André Breton en parlait comme le maître du vertige, donc pour impressionner
04:10André Breton, il fallait y aller, d'ailleurs il l'a un peu trop impressionné au bout d'un
04:14moment, et André Breton l'a fait un peu sortir du surréalisme.
04:17Non, c'était un personnage effectivement qui avait l'habitude de se prendre en photo
04:20avec une paire de jambes de mannequins, donc il y a quelque chose pour moi que je trouve
04:23assez, ouais, assez, comment dire, bizarre, absurde, le côté montage de ces photos révélées
04:32à la fin, voilà, ça créait des images qui étaient très surréalistes, et le surréalisme,
04:36ce que je dis souvent, c'est que c'est un des rares mouvements artistiques qui est drôle,
04:39qui revendique une part de comédie, quand vous voyez les œuvres de Magritte ou les œuvres
04:44de Dali, vous mettez même un enfant devant, parce qu'il y a quelque chose finalement
04:50de l'association de choses qui ne vont pas ensemble, le côté un peu presque oxymore
04:54dans l'image où on rassemble deux éléments qui n'avaient aucune raison d'être rassemblés,
04:58ça crée, et moi c'est ce que j'aime dans l'art, c'est quand justement, c'est aussi
05:02cette porte qui permet de dire, l'art ça peut être drôle, et tout en étant sérieux,
05:07parce que ça pose des questions, le surréalisme, bien évidemment, le subconscient, le rêve,
05:11tout ça, donc... – Ce que je n'ai pas dit, c'est que vous avez un casting 3 étoiles
05:14dans ce livre, Vincent... – Parfois on dit 5 étoiles, c'est bien,
05:17– Ah bah, je suis pas mal, 3 étoiles, j'aurais sur sobre. – Sur 3 ou sur...
05:20– Non, sur 3, évidemment. – Ah bon, ça va, alors.
05:21– Vincent De Diem, Fred Testo, Valérie Lemercier, Kian Cojandi,
05:25Thaïs Wauquière, Nadia Rose et Lilou Fogli.
05:28Les grimaces et l'exagération des expressions, évidemment, qui est propre au genre,
05:31on le perçoit beaucoup dans ce roman photo, et moi j'ai pas pu m'empêcher de me dire
05:34que vous aviez dû avoir énormément de fous rires.
05:36– Bah oui, bien sûr, parce qu'il y a un truc très régressif dans le jeu du roman photo,
05:39moi j'adore le cinéma muet, d'abord parce que c'est aussi fondamental du cinéma,
05:44finalement, c'est ce qui a construit tous les codes du cinéma,
05:47mais au-delà de ça, il y a un côté, oui, très régressif,
05:49qui nous renvoie à l'enfance, au côté guignol,
05:51donc le méchant, il est très méchant, la peur, elle est surjouée,
05:56et il y a quelque chose de jouissif, c'est jubilatoire.
05:58– Avec assez peu d'impro, parce que je crois qu'en fait, tout était écrit,
06:01vous avez un petit côté contrôle fric, quoi, vous avez...
06:04– C'est pas ça, c'est qu'en fait, le roman photo, d'abord, on a un budget
06:07de très, très, très, très, très court-métrage,
06:09mais ça s'apparente à du cinéma, parce qu'il y a des repérages,
06:13il faut trouver, bah oui, le casting, mais il faut trouver donc les lieux,
06:16les accessoires, les costumes, moi j'avais des costumières de cinéma,
06:20et donc, pour avoir cinq jours où on va shooter tout ça,
06:23il faut aller très, très vite.
06:24Et, au-delà du shooting, on a aussi cette technique,
06:29enfin, cette contrainte du roman photo,
06:30qui est que ce sont des cases, ça s'apparente à de la bande dessinée,
06:33qu'on a un nombre de pages,
06:34et qu'on ne peut pas vraiment changer en cours de route,
06:38parce qu'en plus,
06:38s'ajoute la dimension technique du livre,
06:41qui fait que c'est des feuillets,
06:43donc si on rajoute, on ne peut pas rajouter deux pages,
06:45soit ça en rajoute 16 ou 20,
06:46donc il faut tenir sur un certain nombre de pages,
06:48un certain nombre de cases, ensuite, il faut ajouter à ça,
06:50dans la composition de la photo, la place pour la bulle,
06:52qu'on appelle le phylactère, pour la cartouche,
06:54vous savez, c'est ce truc où il y a marqué en haut de page,
06:56ou en bas, enfin, en bas de case, ou en haut de case,
06:58et pendant ce temps-là, ou...
06:59– Mais c'est compatible avec l'humour, ça ?
07:00On arrive à rester drôle avec toutes ces contraintes ?
07:02– Ah mais moi, alors moi, je cite souvent Gide,
07:05il disait, l'art naît de contraintes,
07:08vide, vide, non, l'art naît de contraintes,
07:12vide, enfin, bref, émeur de liberté.
07:14Non mais en gros, je pense que plus il y a de contraintes,
07:16plus on est poussé dans nos retranchements,
07:17plus c'est stimulant, en vérité.
07:19Et je crois beaucoup à ça, quand on est en totale liberté,
07:22alors ça va à contresens de ce que je disais avec la carte blanche,
07:24mais il y a néanmoins toujours...
07:26– Carte blanche dans un cadre.
07:26– Oui, c'est ça, le format, c'est pour ça que je trouve que c'est extraordinaire,
07:29la télé ou la radio, de dire, voilà, t'as trois minutes,
07:31on sait qu'on n'écrit pas pareil en trois minutes,
07:32ou justement, quand on monte sur scène, en une heure et demie.
07:35Donc je trouve que cette contrainte, elle est très importante,
07:38et pour moi, d'ailleurs, les plus grandes œuvres des artistes,
07:39elles ont souvent été faites sous la contrainte,
07:42enfin, dans la contrainte, que quand il y a une totale liberté,
07:44où là, il y a une sorte d'égo qui prend le dessus,
07:47où on se dit, bah, ouais.
07:47– Oui, ça part dans tous les sens.
07:48À propos de vous, Thierry Su, que grand producteur, nous dit,
07:51Jonathan est plus un comédien qui fait de l'humour
07:53qu'un humoriste qui est comédien.
07:55Il est exigeant dans l'écriture, c'est un inquiet,
07:57mais en même temps, il sait où il va.
07:59C'est juste ?
08:00– Alors, inquiet, oui.
08:02Est-ce que je sais où je vais ?
08:04Enfin, je crois savoir, mais parfois, je me rends compte
08:06que je me trompe, mais comme on dit,
08:09l'important, ce n'est pas l'arrivée, c'est le voyage.
08:13Donc, on avance toujours à tâtons.
08:15– Et plus un comédien qui fait de l'humour
08:16qu'un humoriste qui est comédien.
08:17– Ça, je ne sais pas.
08:18C'est-à-dire que moi, je ne suis pas dans l'esprit de…
08:20C'est vrai que mon écriture, ou quand je monte sur scène,
08:23mon désir, ce n'est pas de faire des vannes,
08:25d'avoir le truc…
08:27J'ai toujours voulu raconter une histoire.
08:28Ça, c'est quelque chose qui m'a construit.
08:32Toutes mes références, ce sont des gens qui imposent des histoires
08:35ou, en tous les cas, des personnages.
08:37Et il y a quelque chose pour moi qui est aussi,
08:39peut-être, plus pérenne.
08:40C'est-à-dire que quand on fait des vannes,
08:42souvent, on s'inscrit aussi dans l'ère du temps,
08:44dans des sujets sociétaux ou dans la politique.
08:46Et moi, ce que j'aime, c'est raconter des choses qui peuvent…
08:48Alors, c'est peut-être prétentieux, mais durer après 20 morts.
08:52– Oui, d'ailleurs, c'est la raison pour laquelle
08:53vous ne faites pas de politique, vraiment, dans votre humour,
08:55alors que beaucoup d'humoristes jouent sur l'actualité politique.
08:58Et vous dites, je trouve que les vannes sur la politique
08:59sont extrêmement périssables.
09:01Mon ambition, c'est que mes spectacles fassent encore rire dans 10 ans.
09:04– Oui, oui.
09:04Non, mais ça me fait plaisir parce que c'est vrai,
09:06parfois, par exemple, les gens parlent de M. Pringle,
09:08qui est un truc que je faisais sur le canal il y a 20 ans,
09:10et je l'ai revu.
09:11Alors, c'est très prétentieux de dire ça,
09:13mais ça m'a fait rire parce que je trouve que c'est encore…
09:16C'est tellement décalé, tellement hors du temps
09:19et, encore une fois, pas référencé, justement,
09:22que, oui, ça tient le coup et ça, j'aime bien.
09:25– Vous avez des références d'humoristes, vous ?
09:27– J'aime beaucoup le burlesque pour ça.
09:29J'aime beaucoup le burlesque parce que c'est quelque chose
09:31qui ne vieillit pas, c'est-à-dire quelque chose…
09:32L'humour visuel, a priori, ça fait rire 20, 30, même plus.
09:36Alors que, quand on est sur des sujets, justement,
09:39il y a des choses qui vieillissent très mal.
09:40Mais c'est bien, en même temps, parce que souvent, on me dit
09:42« Ah, mais ça, tu le referais, machin… »
09:45Je dis « Ben non, peut-être pas, mais on n'est pas dans une époque… »
09:48Moi, j'aime pas dire « On ne peut plus rire… »
09:50C'est pas vrai, je pense que les choses évoluent
09:52et quand, dans la mode, on dit « Ben, on ne porterait plus ça
09:54parce que c'est très années… »
09:56Enfin, quoi que les années 80 reviennent maintenant, donc je ne sais plus.
09:58– C'est vrai.
09:58– Mais il y a des choses où on dit « Ben non, ça, on ne le ferait plus
10:00que ce soit dans la mode, que ce soit même dans l'art,
10:03que ce soit aussi dans la musique, il y a des choses… »
10:05Ça évolue, donc l'humour ne doit pas échapper à ça.
10:08Je pense que c'est bien de se remettre en question.
10:09– Le rire pour alerter aussi dans un de vos précédents spectacles
10:12« Looking for Kim », vous aviez ri des dirigeants autoritaires…
10:15– Oui, enfin, pour alerter.
10:16Je pense qu'alerter pour dire que la dictature, c'est pas bien,
10:19que la guerre, c'est mal, c'est pas vraiment…
10:21Encore une fois, ce qui m'a amusé, justement,
10:23c'était le côté burlesque des dictateurs.
10:25Et j'avais fait ce spectacle parce que tout d'un coup,
10:27bon, Chaplin l'avait fait bien mieux que moi
10:30et surtout, je m'étais fait un rapprochement,
10:32tout d'un coup, je me suis dit, finalement,
10:34la dictature, c'est un one-man show qui a mal tourné.
10:35Parce que souvent, on a un autocrate
10:37qui tout d'un coup se prend dans une mise en scène
10:42et cette façon, justement, de se mettre en scène
10:45avec les slogans, toute l'image, l'iconographie…
10:48Finalement, on est vraiment dans le spectacle,
10:50au sens littéral, dans le show, quoi.
10:52– C'était en 2016, vous ajouteriez qui aujourd'hui ?
10:56– Ah, il y en a pas mal.
10:56J'avais abordé un peu Trump, mais oui, il y en a…
11:01Malheureusement, je pense que c'est…
11:02Là, pour le coup, on n'est pas dans un phénomène de mode.
11:04Mais j'avais appris un truc intéressant
11:06parce que c'était un spectacle qui était très,
11:09en tous les cas, très nourri.
11:11Évidemment, j'avais parcouru beaucoup de choses
11:13et j'avais remarqué que, bon,
11:15même s'il y a des points communs, finalement,
11:16il y a quand même des chemins différents
11:18chez les dictateurs,
11:20mais il y a bien évidemment très vite l'ego
11:22qui prend le dessus.
11:24Et j'avais deux phrases qui m'avaient noté.
11:25C'est « On croit qu'ils tiennent le pouvoir »
11:27alors que c'est le pouvoir qui les tient.
11:29C'est-à-dire qu'il y a un moment de bascule
11:30où, effectivement, il y a trop plein de pouvoir.
11:32Et l'autre, c'était…
11:33Ben, l'autre, je viens de l'oublier.
11:35– Ah !
11:35Mais Trump, vous le mettez dans la catégorie dictateur.
11:37Ça reste quand même un dirigeant élu.
11:40– Oui, oui, bien sûr, ça, bien évidemment.
11:42Mais très souvent, ils sont élus démocratiquement.
11:45C'est ça, le plus fou.
11:46Et c'est là où, avec le recul, on se dit
11:48comment ces gens…
11:49En fait, il y a quelque chose de très graduel
11:51qui fait que ce n'est pas quelqu'un…
11:53Enfin, ça arrive, il y a eu des coups d'État, bien évidemment.
11:56Mais très souvent, les pires dictateurs
11:57sont arrivés très démocratiquement au pouvoir.
12:00Et justement, c'est cette sorte d'enlisement
12:01qui fait que, je pense, pour la population,
12:04nous, parfois, vu d'un pays extérieur,
12:06on le voit différemment,
12:06mais il y a une sorte de…
12:09Voilà.
12:10Ça hypnotise.
12:11– Et globalement, vous êtes quand même très perruque,
12:12très déguisement.
12:13À part dans Rodolphe, votre dernier seul en scène,
12:15où là, pour le coup, c'était un spectacle plus intimiste,
12:17où vous étiez vous-même, il n'y avait pas de masque,
12:19pas de maquillage, pas d'artifice.
12:20– Il y avait juste une robe de chambre et des chaussettes.
12:22– Et cet humour visuel,
12:23c'est aussi vraiment le fil rouge de votre carrière,
12:26y compris d'ailleurs d'autres moments en photo avec les jambes.
12:28– Mais c'est pour ça que, oui, dans le Looking for Kim,
12:30je m'étais aussi retrouvé là-dedans,
12:31parce que j'arrivais avec une veste bardée de médailles,
12:34une veste comme ça.
12:35Il y a ce côté fat, ce côté sûr de lui.
12:38Oui, il y a quelque chose de…
12:39Enfin, de tragicomique, en tous les cas.
12:41– Il y a souvent aussi quelque chose
12:42d'un peu plus sombre derrière les humoristes.
12:45On dit souvent qu'ils sont mélancoliques, parfois tristes,
12:47voire certains admettent qu'ils ont pu faire des dépressions
12:49ou qu'ils sont dépressifs.
12:51Ce n'est pas votre cas à vous ?
12:52Vous n'avez pas…
12:53– En tous les cas, je pense que je suis comme…
12:55Après, je trouve que de dire…
12:58On a tous une face sombre,
13:01et moi, d'abord, je ne sais pas si…
13:04Est-ce que je suis plus triste, plus dépressif que la moyenne ?
13:08Je ne sais pas, donc je n'en parle pas.
13:09– Mais le monde n'est pas là pour masquer une tristesse
13:12ou une mélancolie, ou pour combattre.
13:14– Je pense, en tous les cas, et ça, c'est quelque chose
13:17qui est… Enfin, dans ma famille, c'est quelque chose
13:20que j'ai reçu, je crois beaucoup aussi à cette citation
13:22qui est « L'humour est la politesse du désespoir ».
13:24Et je suis certain de ça.
13:26– Et vous la reprenez à votre…
13:27– Oui, oui, je pense que c'est une façon d'échapper.
13:30En tous les cas, je ne sais pas si je suis dépressif,
13:32mais je suis très angoissé.
13:34– C'est vrai ?
13:35– Ça, c'est certain.
13:35Donc, d'une manière générale, l'humour est un truc qui…
13:39Voilà, ça me fait du bien.
13:40– Qui vous soulage de cette angoisse ?
13:41Parce que vous traversez des épreuves dans la vie, évidemment,
13:43comme tout le monde, et là, l'humour est une arme
13:45dans ces moments-là ?
13:46– C'est des moments, oui, pour moi, c'est des vraies parenthèses.
13:49Donc, c'est très agréable.
13:50Mais en même temps, ça me procure beaucoup d'angoisse
13:52parce qu'arriver à faire rire, ou en tous les cas,
13:54travailler pour faire rire, c'est aussi très angoissant.
13:56– Sauf d'angoisse.
13:58J'ai un document à vous proposer, Jonathan Lambert,
14:00je vais le mettre entre vos mains, et peut-être que vos lunettes
14:02vont être nécessaires, justement.
14:03– C'est pour ça que j'ai vu qu'il y avait des…
14:04– Vous aviez prévu le coup ?
14:05– Ah, Stéphane Zegg.
14:06– Ah, mais vous l'avez reconnue, magnifique, Stéphane Zegg.
14:09– Je sais lire, même s'il l'écrit.
14:10– Exactement.
14:11– Et alors, il s'est suicidé, c'est pour ça que vous me proposez,
14:13c'est pour me désangoisser.
14:15– Non, c'est pour son œuvre majeure, qui est Le Joueur d'échecs,
14:18œuvre passionnante, et c'est quelque chose que les gens
14:19ne savent pas forcément, mais vous êtes vous-même
14:21un passionné d'échecs.
14:22– Oui.
14:22– Et je me suis demandé si c'était cette œuvre
14:23qui vous avait tourné vers les échecs, ou pas du tout.
14:27– Non, je remercie l'école publique.
14:33Publique, c'est là ?
14:34– Petit clin d'œil.
14:35– Oh, joli.
14:35– Voilà, parce que c'est vrai que j'ai,
14:38comme souvent, on proposait des activités périscolaires,
14:43et mes parents m'avaient inscrit une année aux échecs,
14:45et j'ai simplement appris à jouer, enfin, les déplacements,
14:48et puis il y a quelques années, j'ai voulu m'y remettre,
14:52et je suis tombé dans ce vortex que sont les échecs,
14:55qui est un truc qui est complètement…
14:56– Et qui a une vraie passion aujourd'hui.
14:58– Alors, qui a une vraie passion.
14:59Alors, c'est une passion malheureuse,
15:00parce que j'y joue beaucoup et je ne progresse pas.
15:02– Voilà, donc là aussi, il me pose des questions,
15:05je me dis peut-être que je… voilà, je plafonne.
15:07Mais je suis fasciné par ce jeu,
15:09et ce que je raconte souvent, c'est que…
15:12il y a une dimension,
15:13bon, on le sait même si on ne joue pas aux échecs,
15:15c'est-à-dire que le nombre de combinaisons possibles,
15:16le nombre de parties possibles,
15:18est un chiffre qui dépasse…
15:20– Mais votre fascination m'a intéressée dans un autre sens,
15:22parce que si j'osais un parallèle,
15:24je dirais aussi que c'est un jeu où on masque,
15:26on déguise sa stratégie,
15:27et je trouve que ça rejoint aussi votre démarche,
15:29– Il y a beaucoup de ça, je ne sais pas,
15:32mais il y a beaucoup de ça,
15:33mais en tous les cas, il y a quelque chose de fascinant
15:35et qui renvoie aussi…
15:38Moi, je dis souvent, je ne suis pas du tout croyant,
15:41je suis complètement athée,
15:43donc dès lors qu'il y a une dimension un peu sacrée,
15:46un peu philosophique,
15:47je le prends d'une façon pas sérieuse,
15:51mais en tous les cas, c'est quelque chose qui m'aspire,
15:53parce qu'on a toujours besoin d'une dimension,
15:55quand même un peu sacrée, de profondeur,
15:57et comme je ne la trouve pas dans la religion,
15:59dans l'art ou les échecs,
16:01il y a quelque chose qui m'aspire totalement,
16:03et comme ça représente d'une certaine manière l'infini,
16:05parce que ce que je disais,
16:06c'est ce qu'on appelle le nombre de Shannon,
16:08c'est le nombre de combinaisons
16:08qui fait que c'est un chiffre
16:10qu'on ne peut même pas imaginer,
16:12alors il y a des légendes qui disent
16:13qu'il y en a plus que d'atomes dans l'univers,
16:16enfin voilà, c'est un 10 puissance 10 puissance 10 puissance…
16:18Donc ce truc sur un petit plateau,
16:20à partir d'un jeu avec…
16:22– Ça vous fascine ?
16:23– Ça me fascine, voilà.
16:24– Je vais reprendre le document,
16:25je vais vous libérer de ce carton,
16:27et si on remonte un peu le fil de votre histoire,
16:29parce que c'est aussi le principe de l'émission,
16:30on apprend que vous vous appelez Rodolphe,
16:32Jonathan Lambert,
16:34ça vous l'avez largement dévoilé dans votre spectacle,
16:36donc non seulement Jonathan,
16:38et ce sont vos parents
16:39qui n'arrivaient pas à se mettre d'accord
16:40à votre naissance,
16:42et du coup qui ont mis,
16:43en tout cas c'est le papa qui a décidé
16:45au moment de vous déclarer à la mairie.
16:46– Ça c'est la grande injustice,
16:48c'est vrai,
16:48c'est la maman accouche
16:49et le papa va juste déclarer.
16:51– Et il a ajouté Rodolphe à Jonathan ?
16:52– Il a ajouté Rodolphe à Jonathan.
16:54– Elle l'a pris comment ?
16:55– Elle a dit,
16:56écoute, ça te fait plaisir, d'accord,
16:57mais on l'appellera Jonathan.
16:58Et on m'a appelé Jonathan,
16:59évidemment, tout le temps.
17:01Et puis,
17:01comme c'était aussi le prénom de mon père,
17:03quand mon père est parti,
17:04en 2018,
17:05je me suis dit,
17:05tiens,
17:07finalement,
17:07c'est son héritage,
17:10parce qu'il y a quelque chose d'immatériel
17:12dans la transmission d'un prénom,
17:14mais qui est joli.
17:15Donc je me suis dit,
17:15comme on dit,
17:16le roi est mort,
17:17vive le roi,
17:18Rodolphe n'est plus là,
17:19vive Rodolphe.
17:19Donc je me le suis réattribué,
17:21j'ai demandé,
17:21à partir de maintenant,
17:22ça fait chier tout le monde
17:23sur les affiches,
17:23de créditer,
17:24bien rajouter le R.Jonathan.
17:27– Et vous y tenez.
17:28Vous avez grandi
17:28dans le très chic
17:2916e arrondissement de Paris,
17:31vous avez suivi votre scolarité
17:33dans le très prestigieux
17:34lycée Jansson de Sailly.
17:35– Moi, j'étais pas l'élève,
17:36si j'ai...
17:37– C'est vrai ?
17:37Parce que c'est quand même par là
17:39qu'est passé Robert Badinter,
17:40rien que ça.
17:41– Oui, j'ai envie de l'illustre.
17:41– Oui,
17:42un milieu bourgeois
17:43dont vous riez,
17:44d'ailleurs,
17:44dans vos sketchs.
17:46Milieu bourgeois,
17:46mais artiste aussi.
17:47Votre mère était styliste.
17:49C'est de là que vient aussi
17:50peut-être votre passion
17:50pour les déguisements
17:51ou rien à voir ?
17:52– Alors,
17:53surtout pour le dessin,
17:54parce qu'elle était,
17:55au-delà d'être styliste,
17:56c'est elle qui dessinait
17:57ses modèles,
17:58ce qui n'est pas toujours le cas.
18:00Oui,
18:01et puis c'était,
18:02vous savez,
18:02c'était la bourgeoisie
18:03des années 70-80
18:04où en vérité,
18:07quand il y avait un euro
18:09qui rentrait,
18:09on en dépensait deux.
18:10Donc,
18:11mon père,
18:12ma mère,
18:13c'était,
18:13voilà,
18:14on allait au restaurant,
18:14on voyageait,
18:15mais ce n'était pas
18:15des grands bourgeois
18:16au sens,
18:17ils n'avaient pas hérité
18:18de machin.
18:19On vivait…
18:19– N'accumulait pas
18:20les richesses.
18:20– Non,
18:21non,
18:21on vivait,
18:21oui,
18:21on vivait dans le 16e,
18:22j'allais à Jansson,
18:25mais il y avait un côté
18:26un peu foutraque,
18:28finalement,
18:29un peu arti,
18:30qui était,
18:30voilà,
18:31qui était très,
18:31très cool.
18:32On ne m'a pas du tout
18:33inculqué des valeurs.
18:35Encore une fois,
18:35on n'était pas du tout,
18:36il n'y avait pas de religion
18:37dans la famille,
18:37on était ultra laïque,
18:38on était ultra libre
18:39dans la pensée.
18:41– Les coups datables,
18:42tout ça.
18:42– Non,
18:42on ne m'a jamais dit…
18:43Non,
18:44il y avait…
18:45Franchement,
18:45les seuls trucs
18:45qu'on m'a inculqué,
18:47c'est de dire merci.
18:48Ça,
18:49c'est vraiment…
18:50Mon père,
18:51là-dessus,
18:51il ne m'a jamais lâché,
18:52il m'a dit,
18:53tu dis merci,
18:54tu dis bonjour,
18:55et parfois,
18:56c'est très…
18:57c'est rien,
18:57mais c'est tout,
18:58ça démarre de là.
18:59– Bien sûr,
18:59ce que vous tenez aussi
19:00de votre père,
19:00enfin je crois…
19:01– Bonjour et merci au fait.
19:02– Bonjour et merci,
19:03on se le dira après.
19:05C'est votre façon
19:06de tout tourner en dérision,
19:07ça vient de votre père,
19:08il a toujours été
19:08dans la désacralisation
19:10de tout,
19:10dites-vous,
19:11il ne fallait surtout pas
19:12tomber dans la sensiblerie,
19:13dans le pathos avec lui,
19:14est-ce que vous faites partie
19:15de cette génération de garçons
19:16à qui on a interdit
19:17de pleurer par exemple ?
19:18À qui on a dit
19:19ne pleure pas,
19:20c'est un garçon ?
19:21non,
19:22on était très…
19:23Non,
19:24mais c'était encore une fois,
19:25c'était la dérision de tout,
19:28je sais que mon père,
19:29voilà,
19:29il était à la fois,
19:31il avait dans ses idées,
19:34évidemment De Gaulle,
19:35c'était un peu
19:35les grands de ce monde,
19:36mais quand il y a eu
19:37la une à la mort de De Gaulle,
19:40balle tragique à Colombay,
19:42bilan à mort,
19:43ça le faisait mourir de rire,
19:44donc il lisait à la fois
19:47Araquiri et Le Figaro,
19:48il avait un côté,
19:49voilà,
19:49et non,
19:50c'était vraiment,
19:51c'était…
19:52mon père détestait
19:54les gens qui faisaient la morale,
19:55ça c'était quelque chose
19:56qui…
19:57donc il avait adoré,
19:59évidemment tous les chanteurs
20:01du rock,
20:02pop,
20:02folk des années 70
20:03et quand dans les années 90-2000,
20:06les mecs commençaient à dire
20:06la drogue c'est pas bien,
20:08moi je bois du thé vert,
20:09je fais du yoga,
20:10ils disaient mais qu'est-ce
20:11qui nous emmerde ces cons
20:12à dire alors qu'ils ont fait
20:13tous les pires excès,
20:14donc il n'aimait pas ce type de…
20:16il détestait le fait
20:18de faire la leçon aux autres.
20:20Quand même,
20:20dans votre spectacle Rodolphe,
20:22vous disiez,
20:23quand ça pourrait verser
20:24dans le premier degré
20:24le sensible,
20:25je fais toujours en sorte
20:26qu'il y ait un truc
20:26bien dégueulasse,
20:27c'est presque de la politesse,
20:28dites-vous,
20:29il y a quand même
20:30une forme de pudeur extrême
20:31avec les sentiments,
20:33ça rend un peu ce que…
20:34Oui parce que je n'aime pas
20:36jouer avec les sentiments
20:37parce que je trouve
20:38que c'est souvent
20:40une sorte de prise d'otage,
20:41jouer avec les sentiments,
20:43c'est…
20:43Ben oui,
20:44c'est forcément,
20:45il y a quelque chose
20:45de dire tu comprends,
20:47machin…
20:47Le rire,
20:48c'est ce qu'il y a,
20:49franchement,
20:49c'est ce qu'il y a
20:49de plus difficile.
20:50Prise d'otage de quoi ?
20:51De qui ?
20:52Ben c'est une façon…
20:52Non mais prise d'otage de…
20:54J'aime pas…
20:55Pour forcer les gens
20:56à pleurer,
20:57à s'apitoyer,
20:57c'est ça que vous n'aimez pas ?
20:59Je trouve que c'est…
21:00Il y a quelque chose
21:01d'assez…
21:03Un peu exhibitionniste presque.
21:06Voilà.
21:06Alors après,
21:07moi,
21:07en tant que public,
21:10ça me va,
21:11mais moi,
21:11le faire,
21:12ça me gêne.
21:13Mais il y a des spectacles
21:14que j'ai voulu,
21:15les gens racontent effectivement
21:16leur passage,
21:17leur dépression,
21:17le machin,
21:18et je suis emmené,
21:18mais bizarrement moi,
21:19il y a quelque chose,
21:21j'aime pas le faire.
21:23Voilà.
21:24À la lueur de celui
21:25que vous êtes aujourd'hui,
21:25quel conseil donneriez-vous
21:26aux petits garçons
21:27que vous étiez ?
21:28Qu'est-ce que vous lui diriez
21:28avant qu'il ne se lance
21:29dans la vie ?
21:32Pouh !
21:33Je dirais…
21:34Ah si,
21:35peut-être je lui dirais,
21:35écoute,
21:38tu ne te voyais pas
21:39père de famille,
21:40pourtant,
21:40tu es tombé dedans.
21:41C'est vrai ?
21:42Oui,
21:42parce que je voulais…
21:43Enfin,
21:44je ne me voyais pas
21:45avoir des enfants,
21:45et aujourd'hui,
21:47j'ai des enfants.
21:49Et ?
21:49Je suis…
21:51Pour moi,
21:52c'est le plus grand sens
21:53de ma vie.
21:54Oui,
21:54ça oui.
21:55Parfois,
21:56je donne des choses personnelles.
21:56C'est beau,
21:57c'est joli.
21:58On prend.
22:01J'ai des photos
22:01à vous proposer,
22:02Jonathan Lambert.
22:03La première,
22:04la voici.
22:04Il s'agit d'Isabelle Mergaud,
22:06comédienne et réalisatrice
22:07qui nous a quittés cette année.
22:08En préparant cette interview,
22:09j'ai retrouvé un sketch
22:10que vous aviez fait
22:11chez Ruquier,
22:12devant elle,
22:13où vous jouiez
22:14un certain Manu Cermé,
22:15avec un défaut de langage,
22:17puisqu'il ne pouvait pas
22:17prononcer M.
22:20Bref,
22:20je ne fais pas la blague
22:21sur ce que ça donnait,
22:22Manu Cermé,
22:23sans les M.
22:23Je vais laisser les téléspectateurs
22:24le faire à ma place.
22:25Vous vous souvenez de ce sketch ?
22:27Vous vous souvenez de ce moment ?
22:28C'est assez marrant
22:29parce que je ne revois jamais
22:31les sketchs,
22:33sauf parfois
22:33quand on ne ment pas.
22:34Ah,
22:34tu devrais revoir.
22:35Alors évidemment,
22:36malheureusement,
22:37l'occasion,
22:37la triste occasion
22:39a fait que...
22:40Enfin,
22:41la triste événement.
22:45Quelqu'un m'en a parlé.
22:45Ah mais si,
22:46tu devrais le revoir,
22:47c'était marrant.
22:48Et donc,
22:48oui,
22:48je l'ai revue.
22:49D'ailleurs,
22:50c'était une émission
22:50qui était en direct
22:52parce qu'elles n'étaient pas
22:52toutes en direct.
22:55Et oui,
22:55c'était un beau moment.
22:59Elle était pétillante,
23:01Isabelle Mergaux.
23:02Elle avait un côté
23:04comme une bulle de champagne.
23:05Il y avait un truc
23:06qui était très piquant
23:07chez elle.
23:09Et puis,
23:09elle savait rire
23:10de son défaut de langage.
23:11Elle savait rire
23:11de son défaut de langage.
23:12Elle avait pu le faire librement
23:12sans être gênée.
23:13Ah oui,
23:13non,
23:13c'était...
23:14Non,
23:14mais je pense que
23:15tous ces personnages
23:16que j'ai faits,
23:16ça n'a jamais été mal pris
23:17par les invités
23:19parce qu'il n'y avait
23:20aucune volonté
23:21de blesser.
23:22Et je pense que
23:24c'est en ça
23:24qu'on peut faire
23:25la part des choses.
23:26C'est que
23:27même si on fait
23:28une mauvaise vanne,
23:31on...
23:32Quand il n'y a pas
23:32de malveillance,
23:33on le sent.
23:33Donc,
23:34on peut dire
23:34bon,
23:34c'est pas drôle,
23:35c'est maladroit,
23:36machin,
23:36mais...
23:37Tout est dans l'intention.
23:38Voilà.
23:38Et c'est ce que je reproche
23:39aujourd'hui,
23:39c'est que très vite,
23:40on ne va pas chercher
23:41à dire
23:42mais non,
23:42mais il n'y avait pas
23:43intention de nuire.
23:44On dit
23:44ah non,
23:45ça c'est très grave,
23:46il a dit si...
23:46Bah non,
23:47parfois ça peut être
23:47une maladresse.
23:48Vous savez,
23:48une vanne,
23:49c'est comme un dentiste,
23:51parfois,
23:51il peut sans faire exprès
23:52toucher un nerf,
23:53il ne voulait pas
23:54et voilà,
23:55mais il n'y avait pas
23:55l'intention
23:56de faire mal aux patients.
23:57Alors là,
23:58oui,
23:58il y a plus de patients
23:59derrière leur télé,
24:00on va dire,
24:01mais...
24:01J'ai une deuxième photo
24:02à vous proposer,
24:03il s'agit de Franck Dubosc
24:04en smoking le doigt
24:05sur la chasse d'eau
24:06avec ce slogan
24:07« Va chier ».
24:07Il s'agit d'une campagne
24:09de la Ligue contre le cancer
24:10pour le dépistage
24:10du cancer colorectal.
24:12Alors je me suis fait dépister
24:13si c'est la question.
24:14Ah non,
24:14ça n'allait pas être la question,
24:15mais d'accord,
24:16on est rassinés de la prendre.
24:18Cancer colorectal
24:18qui fait quand même
24:1917 000 morts chaque année,
24:21deuxième cancer
24:21le plus meurtri en France.
24:22Non,
24:23la question était plus
24:24sur le slogan
24:25et l'humour
24:26« Va chier »
24:27dans ce genre de contexte,
24:28le trash pour aussi
24:29faire réagir,
24:30alerter justement.
24:31Ah, je trouve ça hyper intelligent.
24:32Moi, je trouve ça
24:33très très bien
24:33parce que c'est...
24:35Là, pour moi,
24:36c'est la pub
24:36dans ce qu'elle a
24:38de brillant,
24:39d'inventif,
24:39c'est-à-dire se servir
24:41effectivement de quelque chose
24:42qui a priori
24:43est évidemment,
24:45on va dire impactant,
24:46qui peut être troublant.
24:47Alors comment ça,
24:47on écrit « Va chier »
24:48et quand on comprend
24:50ce qu'il y a derrière,
24:51ben c'est...
24:52Oui, c'est très intelligent.
24:54Moi, je trouve
24:55qu'elle est très bien faite.
24:56Vous seriez partant
24:56pour faire ce genre de campagne ?
24:58Vous trouveriez vous-même
24:59peut-être la blague ?
25:01Ah non,
25:01mais moi,
25:01je trouve que le métier
25:03publicitaire
25:04est hyper intéressant,
25:05surtout quand il est
25:06pour servir
25:07des causes
25:08comme celle-là.
25:09Donc,
25:10ouais, ouais,
25:10carrément, ouais.
25:12Une dernière photo.
25:14C'est du propre,
25:15l'émission
25:16« C'est du propre »
25:17sur M6.
25:18Vous avez la référence.
25:19J'aurais pu aussi
25:20vous citer Cleaner
25:21sur TFX,
25:22des émissions.
25:25dans lesquelles
25:25on va chez les gens
25:26pour nettoyer leur intérieur
25:27et qui, a priori,
25:28est très, très sale.
25:30Je crois que vous êtes
25:31un maniaque du ménage.
25:32Je me suis demandé
25:32si vous étiez
25:34téléspectateur
25:34de ce genre d'émissions
25:35ou de concepts.
25:36Alors, non,
25:38je ne suis pas spectateur.
25:38Après,
25:39quand je tombe dessus,
25:40j'ai quand même
25:41le petit regard
25:42un peu malsain de voir.
25:44Mais oui,
25:45j'ai une passion,
25:46oui,
25:46pour le ménage.
25:47C'est vrai ?
25:47C'est-à-dire que je ne peux
25:48pas travailler
25:49s'il y a des miettes
25:51sur la table,
25:52si je vois,
25:53je ne sais pas,
25:55le châle,
25:56parce que j'ai un châle
25:57sur le canapé
25:57qui est mal plié.
25:59J'ai ce truc.
26:00C'est pour ça que parfois,
26:01j'aime bien m'isoler
26:01dans un bureau
26:02où il n'y a rien
26:03parce que je sais
26:03que rien ne va capter
26:04mon attention.
26:05Ah oui,
26:05ça va loin.
26:05Oui,
26:06oui,
26:06non,
26:06mais c'est...
26:08Je suis...
26:09J'en parlais
26:09dans le spectacle
26:10Rodolphe,
26:11c'est vrai,
26:11mais j'ai retrouvé
26:12cet archive
26:12de Marlène Dietrich,
26:14qui est quand même
26:14une immense star
26:15et qui avait aussi
26:15une passion du ménage.
26:16Elle dit un truc
26:17et pour moi,
26:18ça m'a permis de comprendre.
26:19Elle dit,
26:20vous savez,
26:20nous,
26:20dans notre métier,
26:21quand on tourne un film,
26:22on a le résultat
26:22au bout d'un an,
26:23deux ans.
26:23Elle dit,
26:24le ménage,
26:25c'est la satisfaction immédiate.
26:26Ce qu'il y a de merveilleux
26:27dans le ménage,
26:27c'est que c'est un des rares trucs.
26:28Vous voyez une tâche,
26:28vous passez un coup d'éponge,
26:29il n'y a plus la tâche.
26:31L'aspirateur,
26:31il y avait des miettes,
26:32on passe la tâche,
26:32il n'y a plus la miette.
26:33Et ce truc de,
26:34parfois,
26:34on demande quelque chose,
26:35on va l'obtenir,
26:36oui,
26:36mais il faut que je demande un machin.
26:37Et ce truc de le faire soi-même
26:38et de l'avoir tout de suite,
26:40c'est ce qu'on appelle
26:40la satisfaction immédiate
26:41et c'est comme la drogue.
26:43Intéressant.
26:44Mais c'est moins destructeur.
26:45J'ai une dernière question
26:46qui est en lien
26:47avec le décor qui nous entoure,
26:48Jonathan Lambert.
26:49Nous sommes entourés
26:49de quatre statues
26:50qui représentent chacune une vertu.
26:52Il y a la sagesse,
26:54la prudence,
26:55la justice
26:55et l'éloquence.
26:56Est-ce qu'il y a une de ces vertus
26:58que vous auriez envie
26:58de défendre ici
26:59ou qui vous parle
27:00ou qui vous caractérise ?
27:01Alors,
27:02qui me parle,
27:03qui me parle,
27:04oui,
27:04l'éloquence justement
27:05parce que ça parle l'éloquence.
27:06Je ne sais pas
27:07si ça me caractérise,
27:08mais en tous les cas,
27:08ce que je trouve très intéressant,
27:10c'est que dans l'éloquence,
27:10au-delà d'être une vertu,
27:11c'est que ça peut être aussi un vice
27:13parce qu'on dit souvent
27:14celui qui a le langage,
27:15c'est celui qui a le pouvoir
27:16et l'éloquence,
27:17il y a quelque chose d'extraordinaire,
27:19on en parlait tout à l'heure,
27:20les dictateurs,
27:20tout ça,
27:21il y a quelque chose de,
27:22c'est un véritable pouvoir.
27:24Merci infiniment,
27:25Jonathan Lambert,
27:26d'avoir été notre invité
27:27dans cette émission.
27:27Merci à vous de nous avoir suivis
27:28comme chaque semaine,
27:29l'émission à retrouver
27:30en replay sur notre plateforme
27:32publicsénat.fr
27:33mais aussi en podcast.
27:33Merci beaucoup.
27:34Et bonjour.
27:35Et bonjour.
27:35Et merci.
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