00:00 croire que la question du racisme était une question extérieure au champ médical,
00:03 c'est extrêmement naïf.
00:04 Et d'évacuer une question qui affecte énormément de patients,
00:07 ça m'a affecté moi-même.
00:09 Dans le monde anglo-saxon, on pouvait lire à la fois des articles de presse
00:19 que je lisais pendant le confinement,
00:20 sur la manière dont les minoritaires étaient malheureusement exposés au Covid,
00:24 et en mouraient plus que la population générale,
00:26 là où en France, ce genre de discours n'existait pas.
00:29 Et je me suis dit qu'en fait, il fallait à un moment commencer à politiser la question de la santé,
00:33 dire qu'il y avait la domination, un accès différencié, un traitement différencié
00:37 pour bon nombre de minoritaires quand il y a une question de santé.
00:40 Mes profs ne sont pas au courant,
00:45 je n'en parle pas dans des contextes professionnels.
00:49 Je pense que le monde médical n'est pas totalement ouvert à la critique.
00:52 Je ne dis pas que tous mes professeurs, tous mes chargés de stage
00:55 étaient d'horribles réactionnaires, mais je pense que ce n'est pas un champ
00:57 où on entend facilement qu'il y a de la domination,
01:00 et qu'on a pu traiter de manière différente des patients.
01:02 Ah non !
01:06 Mes études me prennent énormément de temps,
01:08 donc je n'ai pas la possibilité d'écrire autant que je voudrais.
01:11 Bien sûr, tout n'est pas réglé, loin de là.
01:12 Il y a énormément de choses à dire, et je ne peux pas toutes les dire,
01:15 mais j'essaie de faire un projet dans le temps long,
01:17 mais je continue à fournir le compte.
01:19 Je pense que c'est la manière dont on peut parler à certains patients.
01:25 Le ton, l'agacement qui arrive assez vite parfois.
01:28 Je vois à quel point cet agacement arrive de manière différenciée
01:32 selon les patients qu'on a devant, en fait.
01:34 Et il y a quelques années, j'étais en stage,
01:36 et il y avait un patient sourd qui est venu, et il n'y avait rien
01:40 en termes d'accessibilité pour ce patient sourd.
01:42 Je me suis posé la question de comment c'est possible
01:45 que dans un service en France, il n'y ait rien.
01:48 Par exemple, il y a beaucoup de patients sourds qui arrivaient à un rendez-vous,
01:50 et souvent on les appelle par leur nom,
01:52 mais eux étant sourds, on n'entend pas qu'on les appelle,
01:54 et donc ils sont inscrits comme non présents.
01:56 Commencer par former les étudiants.
02:02 Croire que la question du racisme est une question extérieure au champ médical,
02:05 c'est être extrêmement naïf,
02:07 et d'évacuer une question qui affecte énormément de patients.
02:09 Ça m'a affecté moi-même, et la formation,
02:12 à la fois sur l'histoire de la médecine,
02:14 et la manière dont la médecine a été agie par un racisme scientifique
02:18 qui ne date de pas si longtemps que ça,
02:20 et de comprendre que la manière dont nous regardons
02:24 en tant que sujets sociaux et la manière dont le monde médical regarde certains patients
02:27 est le produit d'une histoire de la domination.
02:29 Je pense que j'écris des choses que moi je voudrais lire.
02:34 Je me rappelle avoir passé des nuits de recherche sur le racisme en milieu de santé,
02:39 l'homophobie en milieu de santé,
02:41 de ne voir pas trouver grand-chose en France,
02:43 d'avoir trouvé des choses mais qui étaient assez difficiles d'accès.
02:46 J'écris pour que des jeunes desuivants ou jeunes personnes noires et minoritaires sexuels
02:51 qui cherchent à lire des choses pour comprendre leur vie puissent trouver quelque chose.
02:54 J'espère qu'au ECN je pourrais avoir gynécologie,
03:01 gynéco-obséfrique,
03:02 à la fois parce que c'est une spé qui est extrêmement variée en termes de pratique,
03:06 et aussi l'aspect politique de cette spécialité qui me fascine, qui me travaille.
03:12 Je pense qu'il y a énormément de gynécologues féministes
03:15 qui, aujourd'hui, font un travail exceptionnel.
03:17 Je pense qu'il y a un travail aussi à faire, que je voudrais porter moi-même.
03:21 Je crois que lui, il n'en est pas.
03:22 Je crois que quand j'ai besoin de force, je le charge dans les bouquins,
03:25 donc c'est assez silencieux.
03:26 [Musique]
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03:38 [Bruit de pas]
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