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  • il y a 24 minutes
Nicolas Goldberg, expert énergie au cabinet Colombus Consulting et responsable énergie au sein du Cercle de réflexion Terra Nova, ne conseille pas de suivre les pistes envisagées par le gouvernement pour faire face à la hausse des prix des carburants. Il plaide pour un leasing social ciblé.

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Transcription
00:002,18 euros, jamais le litre de gazole n'a été aussi cher en France depuis la mise en place
00:04des statistiques.
00:06Sommes-nous condamnés à subir la flambée des prix du carburant ?
00:09L'Europe appelle les pays membres à se coordonner pour trouver des solutions.
00:12En France, c'est aujourd'hui que les chèques énergie 2026 commencent à être envoyés aux ménages les plus modestes.
00:18Bonjour Nicolas Goldberg.
00:19Bonjour.
00:19Vous êtes expert énergie au cabinet de conseil Columbus Consulting
00:23et responsable énergie également au sein du cercle de réflexion Terra Nova.
00:27Les prix des carburants vont continuer à grimper ?
00:30Ça peut aller jusqu'à où ?
00:31C'est une possibilité.
00:33Là, sur les marchés, le prix du baril peut continuer de grimper.
00:38Il y a aussi énormément de concurrence pour raffiner les produits pétroliers.
00:41Donc il y a les marges des raffineurs qui augmentent.
00:45Donc ça peut encore augmenter.
00:46Après, ça ne peut pas augmenter à l'infini non plus parce qu'à partir d'un certain prix,
00:50il y a de la destruction de la demande.
00:52C'est-à-dire qu'il y a des entreprises qui vont couper leur activité,
00:56des particuliers qui vont arrêter de se déplacer.
00:58Donc il y aura un effet d'autorégulation à un moment de la demande par les prix.
01:04Enfin, ça va être un petit peu brutal et pas très heureux quand même.
01:07Et cette hausse actuelle, elle est due à quoi ?
01:09Alors évidemment, c'est lié à la guerre au Moyen-Orient.
01:11Mais j'ai regardé les chiffres, les importations de pétrole brut en France.
01:16Le Moyen-Orient, ce n'est pas notre principal fournisseur.
01:18C'est seulement 11%.
01:20Alors seulement, ça nous paraît peu.
01:21C'est beaucoup déjà, 11% ?
01:22En fait, un pourcentage, ça dépend.
01:2511% de pas grand-chose, ça ne fait pas grand-chose.
01:2711% d'un volume énorme, c'est énorme.
01:29Et il faut rappeler que la France est toujours extrêmement dépendante au pétrole.
01:34Donc 11% de notre pétrole, en fait, c'est beaucoup.
01:38Et surtout, il faut bien voir que le risque, il n'est pas sur les 11%.
01:41Il est sur les 100% de pétrole qu'on importe.
01:44Pourquoi ?
01:45Qui vient d'Afrique, d'Amérique du Nord, du Kazakhstan notamment ?
01:47Exactement.
01:48Mais si vous regardez l'Asie, aujourd'hui, c'est beaucoup plus de pétrole qui vient de ce détroit d
01:55'Ormose.
01:55Et il y a une énorme compétition pour faire accoster les bateaux chez eux et faire arriver les volumes.
02:01Parce qu'eux, ils n'ont pas juste un problème de prix.
02:02Nous, on a un problème de prix.
02:04Eux, ils ont un problème de prix et de volume.
02:05C'est-à-dire que les volumes n'arrivent pas chez eux.
02:07Donc, aujourd'hui, il y a une énorme compétition mondiale, beaucoup plus féroce qu'avant,
02:12pour faire accoster les bateaux chez soi ou faire venir le pétrole via oléoduc chez soi.
02:18Et donc ça, ça augmente le prix.
02:19Non pas juste sur les 11%, mais sur les 100%.
02:22C'est comme pour la guerre en Ukraine.
02:24Vous savez, on disait, oui, mais la France...
02:26C'est la loi de la d'offre et de la demande sur un marché qui est mondial.
02:30Quand il y a eu la guerre en Ukraine, il était dit, oui, mais la France importe peu de son
02:35gaz de Russie.
02:36Oui, mais le risque, il est sur les 100%, pas seulement sur la part qu'on importe d'ailleurs.
02:40Et que se passe-t-il précisément entre le puits de pétrole et ma pompe à essence ?
02:43Il y a beaucoup d'intermédiaires et il y a des augmentations à tous les stades ?
02:46Alors, effectivement, il y a beaucoup d'intermédiaires.
02:48Parce que le pétrole, une fois qu'il est extrait, il est brut.
02:52Il faut pouvoir l'acheminer.
02:53Alors, vous pouvez l'acheminer de deux façons.
02:55Soit via un oléoduc.
02:57Donc, c'est ce qui se passe, par exemple, en Arabie Saoudite.
02:59Comme le D3 est bloqué, l'Arabie Saoudite fait arriver le pétrole d'est en ouest du pays
03:05pour passer par la mer Rouge plutôt que par le D3 d'Hormuz.
03:07Donc, on peut utiliser des oléoducs, on peut utiliser des bateaux.
03:11Et si vous êtes en état de crise et vous êtes en plan bricolage,
03:16vous pouvez même utiliser des camions-citernes.
03:18Enfin, les volumes sont quand même plus limités dans un camion-citernes
03:20que dans un oléoduc ou un bateau.
03:23Après, ce pétrole brut, vous l'amenez à une raffinerie.
03:25Et ça, c'est une étape très importante parce que c'est dans la raffinerie
03:29que le pétrole brut va être raffiné pour ensuite donner du pétrole avec différents volumes
03:36pour différents usages, que ce soit pour faire du bitume, pour faire voler un avion
03:40ou pour faire rouler une voiture à essence.
03:44Et là, ce qu'on voit, c'est qu'il y a des augmentations à plusieurs étages.
03:49Bien évidemment, quand le pétrole est acheminé chez vous,
03:51vous devez payer aussi des primes d'assurance pour être sûr qu'il ne soit pas détourné ou autre.
03:55Les primes d'assurance ont augmenté parce qu'il y a des conflits dans la zone.
04:01Les routes sont plus limitées.
04:04Et dans les raffineries, il y a beaucoup de marge
04:07parce que comme certaines raffineries ne sont plus alimentées,
04:10il y a beaucoup plus de compétitions dans les raffineries pour raffiner ce pétrole et la cheminée.
04:15Et donc, c'est pour ça que les marges des distributeurs,
04:18les marges des raffineurs augmentent également.
04:21Et ça, ça se retrouve dans votre prix à la pompe.
04:23Voilà, et donc 2,18 euros pour le maximum en ce moment.
04:26Alors, que faire ? Comment amortir ce choc des prix de l'essence ?
04:29Il y a une réunion aujourd'hui à Matignon avec le Premier ministre Sébastien Lecornu
04:32qui, lui, parmi les pistes, indique qu'il faut accélérer l'électrification.
04:36Il présente un plan électrification.
04:38Et il dit qu'il va le financer par les surplus de taxes.
04:41C'est quoi ça ?
04:41Alors, les surplus de taxes, moi, je ne sais pas ce que c'est.
04:45Il y a une légende qui dit que quand le prix de l'essence augmente,
04:49les taxes, elles sont proportionnelles, donc il y a un surplus de taxes.
04:52Enfin, ça, c'est quand même assez faux.
04:55Pourquoi ?
04:56Déjà, il faut rappeler qu'on est un pays avec 5% de déficit.
04:59Donc, un pays qui a des surplus de recettes alors qu'il a 5% de déficit, je ne sais
05:04pas ce que c'est.
05:05Et après, il y a un effet d'éviction de la demande.
05:08C'est-à-dire que les prix augmentent, mais la demande baisse.
05:10Donc, en fait, un pourcentage de taxes sur ce volume-là,
05:14ça ne se retrouve pas tellement dans les finances publiques
05:16qui doivent aussi éponger d'autres choses.
05:18Le retour de l'inflation, les plans d'aide ciblés.
05:22Donc, ça, c'est surplus de taxes.
05:24Très honnêtement, je pense que c'est une bêtise et je ne vois pas ce que c'est.
05:27Par contre, mettre en place un plan électrification, ça, c'est la bonne solution.
05:30Mais ça, c'est du long terme.
05:31Ce n'est pas pour l'urgence maintenant, pour les gens qui vont à la société.
05:34C'est du long terme, vous pouvez avoir des choses court terme.
05:36Si vous augmentez le leasing social, si vous le ciblez pour certaines professions,
05:42je pense notamment aux professions de santé libérale,
05:46vous pouvez avoir un effet tout de suite pour certaines personnes.
05:50Et c'est beaucoup plus efficace que de faire un nouveau trou dans les finances publiques
05:53en baissant les taxes.
05:54Ça, ça a été fait en 2022 par le gouvernement Borne et les LR.
05:57C'est une bêtise.
05:58Ça fait juste un nouveau trou en attendant la prochaine crise.
06:00Et 4 ans plus tard, 4 ans après le début de la guerre en Ukraine,
06:04on voit qu'on y est encore, justement, parce qu'on n'a pas assez électrifié.
06:07Et bloquer les prix à la pompe, la Hongrie le fait ?
06:09Il y a l'Union européenne qui demande à tous les pays de se coordonner.
06:12Est-ce qu'on pourrait le faire à l'échelle européenne ?
06:13Est-ce qu'on pourrait le faire en France ?
06:14Ce qu'il faut bien voir, c'est qu'en Europe,
06:16il y a plusieurs pays qui ont annoncé un blocage des prix à la pompe.
06:19Et la Hongrie est le seul pays à le faire.
06:21En fait, la Grèce et la Croatie n'ont pas bloqué les prix.
06:24Ils ont bloqué les marges des distributeurs.
06:25Ils ont baissé des taxes.
06:26Ils n'ont pas bloqué les prix.
06:28La Hongrie bloque les prix.
06:29Alors déjà, ils le bloquent, mais seulement pour les immatriculations hongroises,
06:32ce qui est contraire aux droits communautaires.
06:34Mais Victor Orban ne fait pas grand cas de ça.
06:37Et après, il y a un risque volume, parce que vous bloquez les prix.
06:40Mais à un moment, vos raffineurs ou vos distributeurs vont vous dire
06:45« Oui, mais moi, je ne vends pas à perte, en fait ».
06:47Donc, en fait, quand vous bloquez les prix, il y a un risque sur les volumes.
06:50Et en 2022, Victor Orban avait déjà bloqué les prix.
06:53Et il a été obligé de revenir là-dessus, justement,
06:55parce qu'il y avait un problème de sécurité d'approvisionnement.
06:57Aujourd'hui, que fait Victor Orban ?
06:59Il relâche les stocks stratégiques.
07:01Donc ça, c'est un effet limité.
07:02Mais surtout, il demande à avoir accès au pétrole russe
07:04pour éviter ce risque volume.
07:07Et ça, c'est une défaite géopolitique en race campagne.
07:10Il ne faut surtout pas faire ça.
07:11Merci pour vos explications, Nicolas Goldberg,
07:13donc expert énergie au sein du cabinet de conseil Columbus Consulting
07:17et du cercle de réflexion Terra Nova.
07:18Merci d'avoir été en direct dans le 5-7.
07:20Merci.
07:20Merci.
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