00:002,18 euros, jamais le litre de gazole n'a été aussi cher en France depuis la mise en place
00:04des statistiques.
00:06Sommes-nous condamnés à subir la flambée des prix du carburant ?
00:09L'Europe appelle les pays membres à se coordonner pour trouver des solutions.
00:12En France, c'est aujourd'hui que les chèques énergie 2026 commencent à être envoyés aux ménages les plus modestes.
00:18Bonjour Nicolas Goldberg.
00:19Bonjour.
00:19Vous êtes expert énergie au cabinet de conseil Columbus Consulting
00:23et responsable énergie également au sein du cercle de réflexion Terra Nova.
00:27Les prix des carburants vont continuer à grimper ?
00:30Ça peut aller jusqu'à où ?
00:31C'est une possibilité.
00:33Là, sur les marchés, le prix du baril peut continuer de grimper.
00:38Il y a aussi énormément de concurrence pour raffiner les produits pétroliers.
00:41Donc il y a les marges des raffineurs qui augmentent.
00:45Donc ça peut encore augmenter.
00:46Après, ça ne peut pas augmenter à l'infini non plus parce qu'à partir d'un certain prix,
00:50il y a de la destruction de la demande.
00:52C'est-à-dire qu'il y a des entreprises qui vont couper leur activité,
00:56des particuliers qui vont arrêter de se déplacer.
00:58Donc il y aura un effet d'autorégulation à un moment de la demande par les prix.
01:04Enfin, ça va être un petit peu brutal et pas très heureux quand même.
01:07Et cette hausse actuelle, elle est due à quoi ?
01:09Alors évidemment, c'est lié à la guerre au Moyen-Orient.
01:11Mais j'ai regardé les chiffres, les importations de pétrole brut en France.
01:16Le Moyen-Orient, ce n'est pas notre principal fournisseur.
01:18C'est seulement 11%.
01:20Alors seulement, ça nous paraît peu.
01:21C'est beaucoup déjà, 11% ?
01:22En fait, un pourcentage, ça dépend.
01:2511% de pas grand-chose, ça ne fait pas grand-chose.
01:2711% d'un volume énorme, c'est énorme.
01:29Et il faut rappeler que la France est toujours extrêmement dépendante au pétrole.
01:34Donc 11% de notre pétrole, en fait, c'est beaucoup.
01:38Et surtout, il faut bien voir que le risque, il n'est pas sur les 11%.
01:41Il est sur les 100% de pétrole qu'on importe.
01:44Pourquoi ?
01:45Qui vient d'Afrique, d'Amérique du Nord, du Kazakhstan notamment ?
01:47Exactement.
01:48Mais si vous regardez l'Asie, aujourd'hui, c'est beaucoup plus de pétrole qui vient de ce détroit d
01:55'Ormose.
01:55Et il y a une énorme compétition pour faire accoster les bateaux chez eux et faire arriver les volumes.
02:01Parce qu'eux, ils n'ont pas juste un problème de prix.
02:02Nous, on a un problème de prix.
02:04Eux, ils ont un problème de prix et de volume.
02:05C'est-à-dire que les volumes n'arrivent pas chez eux.
02:07Donc, aujourd'hui, il y a une énorme compétition mondiale, beaucoup plus féroce qu'avant,
02:12pour faire accoster les bateaux chez soi ou faire venir le pétrole via oléoduc chez soi.
02:18Et donc ça, ça augmente le prix.
02:19Non pas juste sur les 11%, mais sur les 100%.
02:22C'est comme pour la guerre en Ukraine.
02:24Vous savez, on disait, oui, mais la France...
02:26C'est la loi de la d'offre et de la demande sur un marché qui est mondial.
02:30Quand il y a eu la guerre en Ukraine, il était dit, oui, mais la France importe peu de son
02:35gaz de Russie.
02:36Oui, mais le risque, il est sur les 100%, pas seulement sur la part qu'on importe d'ailleurs.
02:40Et que se passe-t-il précisément entre le puits de pétrole et ma pompe à essence ?
02:43Il y a beaucoup d'intermédiaires et il y a des augmentations à tous les stades ?
02:46Alors, effectivement, il y a beaucoup d'intermédiaires.
02:48Parce que le pétrole, une fois qu'il est extrait, il est brut.
02:52Il faut pouvoir l'acheminer.
02:53Alors, vous pouvez l'acheminer de deux façons.
02:55Soit via un oléoduc.
02:57Donc, c'est ce qui se passe, par exemple, en Arabie Saoudite.
02:59Comme le D3 est bloqué, l'Arabie Saoudite fait arriver le pétrole d'est en ouest du pays
03:05pour passer par la mer Rouge plutôt que par le D3 d'Hormuz.
03:07Donc, on peut utiliser des oléoducs, on peut utiliser des bateaux.
03:11Et si vous êtes en état de crise et vous êtes en plan bricolage,
03:16vous pouvez même utiliser des camions-citernes.
03:18Enfin, les volumes sont quand même plus limités dans un camion-citernes
03:20que dans un oléoduc ou un bateau.
03:23Après, ce pétrole brut, vous l'amenez à une raffinerie.
03:25Et ça, c'est une étape très importante parce que c'est dans la raffinerie
03:29que le pétrole brut va être raffiné pour ensuite donner du pétrole avec différents volumes
03:36pour différents usages, que ce soit pour faire du bitume, pour faire voler un avion
03:40ou pour faire rouler une voiture à essence.
03:44Et là, ce qu'on voit, c'est qu'il y a des augmentations à plusieurs étages.
03:49Bien évidemment, quand le pétrole est acheminé chez vous,
03:51vous devez payer aussi des primes d'assurance pour être sûr qu'il ne soit pas détourné ou autre.
03:55Les primes d'assurance ont augmenté parce qu'il y a des conflits dans la zone.
04:01Les routes sont plus limitées.
04:04Et dans les raffineries, il y a beaucoup de marge
04:07parce que comme certaines raffineries ne sont plus alimentées,
04:10il y a beaucoup plus de compétitions dans les raffineries pour raffiner ce pétrole et la cheminée.
04:15Et donc, c'est pour ça que les marges des distributeurs,
04:18les marges des raffineurs augmentent également.
04:21Et ça, ça se retrouve dans votre prix à la pompe.
04:23Voilà, et donc 2,18 euros pour le maximum en ce moment.
04:26Alors, que faire ? Comment amortir ce choc des prix de l'essence ?
04:29Il y a une réunion aujourd'hui à Matignon avec le Premier ministre Sébastien Lecornu
04:32qui, lui, parmi les pistes, indique qu'il faut accélérer l'électrification.
04:36Il présente un plan électrification.
04:38Et il dit qu'il va le financer par les surplus de taxes.
04:41C'est quoi ça ?
04:41Alors, les surplus de taxes, moi, je ne sais pas ce que c'est.
04:45Il y a une légende qui dit que quand le prix de l'essence augmente,
04:49les taxes, elles sont proportionnelles, donc il y a un surplus de taxes.
04:52Enfin, ça, c'est quand même assez faux.
04:55Pourquoi ?
04:56Déjà, il faut rappeler qu'on est un pays avec 5% de déficit.
04:59Donc, un pays qui a des surplus de recettes alors qu'il a 5% de déficit, je ne sais
05:04pas ce que c'est.
05:05Et après, il y a un effet d'éviction de la demande.
05:08C'est-à-dire que les prix augmentent, mais la demande baisse.
05:10Donc, en fait, un pourcentage de taxes sur ce volume-là,
05:14ça ne se retrouve pas tellement dans les finances publiques
05:16qui doivent aussi éponger d'autres choses.
05:18Le retour de l'inflation, les plans d'aide ciblés.
05:22Donc, ça, c'est surplus de taxes.
05:24Très honnêtement, je pense que c'est une bêtise et je ne vois pas ce que c'est.
05:27Par contre, mettre en place un plan électrification, ça, c'est la bonne solution.
05:30Mais ça, c'est du long terme.
05:31Ce n'est pas pour l'urgence maintenant, pour les gens qui vont à la société.
05:34C'est du long terme, vous pouvez avoir des choses court terme.
05:36Si vous augmentez le leasing social, si vous le ciblez pour certaines professions,
05:42je pense notamment aux professions de santé libérale,
05:46vous pouvez avoir un effet tout de suite pour certaines personnes.
05:50Et c'est beaucoup plus efficace que de faire un nouveau trou dans les finances publiques
05:53en baissant les taxes.
05:54Ça, ça a été fait en 2022 par le gouvernement Borne et les LR.
05:57C'est une bêtise.
05:58Ça fait juste un nouveau trou en attendant la prochaine crise.
06:00Et 4 ans plus tard, 4 ans après le début de la guerre en Ukraine,
06:04on voit qu'on y est encore, justement, parce qu'on n'a pas assez électrifié.
06:07Et bloquer les prix à la pompe, la Hongrie le fait ?
06:09Il y a l'Union européenne qui demande à tous les pays de se coordonner.
06:12Est-ce qu'on pourrait le faire à l'échelle européenne ?
06:13Est-ce qu'on pourrait le faire en France ?
06:14Ce qu'il faut bien voir, c'est qu'en Europe,
06:16il y a plusieurs pays qui ont annoncé un blocage des prix à la pompe.
06:19Et la Hongrie est le seul pays à le faire.
06:21En fait, la Grèce et la Croatie n'ont pas bloqué les prix.
06:24Ils ont bloqué les marges des distributeurs.
06:25Ils ont baissé des taxes.
06:26Ils n'ont pas bloqué les prix.
06:28La Hongrie bloque les prix.
06:29Alors déjà, ils le bloquent, mais seulement pour les immatriculations hongroises,
06:32ce qui est contraire aux droits communautaires.
06:34Mais Victor Orban ne fait pas grand cas de ça.
06:37Et après, il y a un risque volume, parce que vous bloquez les prix.
06:40Mais à un moment, vos raffineurs ou vos distributeurs vont vous dire
06:45« Oui, mais moi, je ne vends pas à perte, en fait ».
06:47Donc, en fait, quand vous bloquez les prix, il y a un risque sur les volumes.
06:50Et en 2022, Victor Orban avait déjà bloqué les prix.
06:53Et il a été obligé de revenir là-dessus, justement,
06:55parce qu'il y avait un problème de sécurité d'approvisionnement.
06:57Aujourd'hui, que fait Victor Orban ?
06:59Il relâche les stocks stratégiques.
07:01Donc ça, c'est un effet limité.
07:02Mais surtout, il demande à avoir accès au pétrole russe
07:04pour éviter ce risque volume.
07:07Et ça, c'est une défaite géopolitique en race campagne.
07:10Il ne faut surtout pas faire ça.
07:11Merci pour vos explications, Nicolas Goldberg,
07:13donc expert énergie au sein du cabinet de conseil Columbus Consulting
07:17et du cercle de réflexion Terra Nova.
07:18Merci d'avoir été en direct dans le 5-7.
07:20Merci.
07:20Merci.
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