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  • 23 時間前
Nahel, un an après : la révolte étouffée

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00:18Sous-titrage Société Radio-Canada
00:34Je suis pas d'accord quand on dit émeute, c'est une révolte et c'est un sentiment qui est
00:39légitime et c'est un sentiment qu'on comprend.
00:41Des scènes de violence qui se répètent au même moment dans toute la France.
00:46C'est les émeutes les plus intenses vécues sur la période contemporaine.
00:50Depuis plusieurs jours s'est instauré dans le pays un état de désordre endémique.
00:54Le succès de la cagnotte, 1,6 million d'euros en 3 jours.
01:00C'est l'extrême droite sur les réseaux qui a gagné la séquence.
01:02La leçon que j'en tire c'est 1, l'ordre, l'ordre, l'ordre.
01:10Que peut-on espérer un être jeune qui naît dans un quartier sans âme ?
01:21Qui vit dans un immeuble laid, entouré d'une sorte de concours d'autres laideurs.
01:33Et je veux dire aux enfants des quartiers difficiles, qu'ils sont tous les filles et les fils de la
01:43République.
01:57Je m'appelle Maïsan, j'ai 27 ans.
02:01J'ai grandi à Nanterre et je suis la grande cousine de Naël.
02:08J'étais chez moi, je venais de déposer mon enfant à l'école.
02:11J'ai reçu un coup de téléphone d'une connaissance.
02:15J'entends Naël, qu'est-ce qui se passe ?
02:19Elle me dit que ton petit-neveu s'est fait tuer.
02:22Je n'ai pas de petit-neveu, je ne comprenais pas.
02:24Je raccroche directement et je vois qu'elle rappelle, je vais voir mon mari dans la salle à manger.
02:29Je ne comprends pas, on me téléphone, il y a eu un souci avec Naël, il faut que j'appelle
02:33ma grand-mère.
02:35Je téléphone à ma grand-mère entre temps, elle ne me répond pas.
02:37L'interphone sonne deux minutes après, vraiment deux minutes après ce coup de téléphone.
02:41Justement, c'est la personne qui m'a téléphoné, qui a une connaissance à moi.
02:45Elle me dit, en pleurant, elle arrive, elle se jette à mes pieds, mais elle s'abaisse à moi.
02:51Elle me dit, ils ont tué le fils Amounia, ils ont tué le fils Amounia.
02:55Je la regarde et je lui dis non, ce n'est pas possible.
02:59J'appelle ma grand-mère.
03:01Je téléphone à ma grand-mère, justement, elle était sur BFM au même moment quand elle répond au téléphone.
03:06Et je lui dis, oui, Mané, c'est vrai ce qui s'est passé, c'est vrai qu'ils ont
03:09tué Naël.
03:10Et elle me dit, oui, il n'avait que 17 ans.
03:12Elle commence à pleurer, à s'énerver, etc. au téléphone.
03:15Donc moi, je coupe directement parce qu'elle me met face à la réalité.
03:19Et j'arrive sur place et je vois ma tante.
03:23Quand je la regarde, juste à son, quand j'ai vu ses yeux, j'ai compris que c'était fini,
03:26que Naël était partie.
03:27Parce que j'ai compris, je suis arrivée, je l'ai attrapée, je l'ai portée, je l'ai pris
03:30dans mes bras, je l'ai serré fort.
03:32Parce que j'avais besoin que de ça, en vérité, de là.
03:35Je ne pouvais faire que ça, donc je l'ai pris dans mes bras, je l'ai serré, je l
03:37'ai serré.
03:38Et en fait, je vois un drap blanc par terre.
03:42Et je vois le drap blanc et je me dis, mais non, mais ce n'est pas Naël qui a...
03:44En fait, je ne voulais pas réaliser la chose, donc je disais, mais non, ce n'est pas Naël, et
03:47tout.
03:47Je disais, mais non.
03:48Je voulais juste me dire, mais non, mais non.
03:50Et je vois tous les policiers qu'il y a autour, etc.
03:52Et je l'ai appris par la suite, mais même le policier, il était sur place.
03:56Il était debout à côté de Naël, sous le drap blanc, donc on ne savait même pas.
04:00Donc la personne qui lui a enlevé la vie, elle était présente.
04:02À côté de lui, nous, sa propre famille, on n'a même pas pu être à côté de lui pendant
04:05ces derniers moments.
04:14À ce moment-là, la version de la police, c'est de dire que c'est un refus d'obtempérer
04:18et que Naël a appuyé sur le champignon, a voulu redémarrer la voiture
04:26et a failli écraser le policier.
04:30Et à un moment, la vidéo sort.
04:32Et c'est là qu'on se dit, wow, il s'est passé une dinguerie, là.
04:37Il s'est passé un truc de fou.
04:52Il est rentré ! Oh putain !
04:56Oh putain !
05:01Chaud !
05:04Ils ont tiré, wesh !
05:07Il est mort, wesh !
05:10C'est fini !
05:14Eh, c'est fini !
05:17C'est assez rare, voire unique, d'avoir une vidéo où l'on voit le moment précis de la mort,
05:27c'est-à-dire du tir par arme à feu.
05:30Autant vous dire que c'est peut-être la première fois que je le vois et peut-être que les
05:34gens le voient.
05:34Et donc, finalement, ça rend impossible la narration, le contre-récit qui est souvent organisé,
05:41voire toujours organisé par l'État et par l'administration policière,
05:45qui consiste à dire, ah oui, mais là, vous n'avez pas toutes les vidéos,
05:49vous n'avez pas toutes les images, vous n'avez pas tous les angles.
05:52Là, on a précisément le moment où Naël est tuée.
05:57Et donc, évidemment, il n'y a plus de contre-narration possible.
06:01C'est peut-être l'une des raisons qui expliquent aussi cette explosion.
06:05Les images de la mort de Naël deviennent virales.
06:09Et elles circulent.
06:12Ça va commencer par le tweet d'une jeune femme, la personne témoin du meurtre,
06:18sans savoir que c'était un meurtre d'ailleurs, quand elle publie cette vidéo,
06:21de façon relativement neutre, autour de 10h30.
06:24Ensuite, une demi-heure plus tard, autour de 11h,
06:28vous avez des médias, pure player, agrégateurs de données.
06:32On peut citer Serfia ou Anonyme Citoyens,
06:34qui, eux, vont relayer la vidéo, là aussi, de façon relativement neutre.
06:39Et ensuite, autour de 11h45, 11h46,
06:43vous allez avoir deux figures influentes aux deux extrêmes du spectre politique
06:48qui vont publier cette vidéo.
06:50Vous allez avoir Bruno Attal, ancien policier, très influent dans les sphères d'extrême droite.
06:55Et de l'autre côté du spectre, vous allez avoir David Guiraud, député insoumis,
06:59lui aussi très puissant sur les réseaux sociaux,
07:01qui va, à son tour, publier cette vidéo.
07:04Dans l'émotion de cette journée, en fait, ce qui marque aussi,
07:07c'est la manière dont certaines personnalités,
07:10je pense notamment à Kylian Mbappé, je pense à Omar Sy,
07:14ont très vite dégainé, ont très vite tweeté sur la situation.
07:17Le choc qu'a représenté cette vidéo a forcément posé question.
07:22Et surtout, on savait.
07:24On savait qu'eux égards à la violence de ce qu'on découvrait à ce moment-là,
07:30que ça allait partir en vrille.
07:32Que forcément, ça allait partir en vrille.
07:34C'était évident.
07:36Vous savez, les amis, l'enterré commence à prendre feu.
07:39Bah ouais, ils ont tué un petit DC.
07:42L'exécution de ce gosse fait qu'à un moment, tout le monde avait la rage.
07:53Moi, en tant que journaliste, j'ai couvert beaucoup d'événements similaires,
07:56de reflux d'obtempéré, de révolte comme ça dans les quartiers.
08:00Mais j'ai jamais vu une colère aussi importante s'exprimer si tôt.
08:04C'était dès la fin d'après-midi, il faisait encore vos jours.
08:09Il y avait des tensions importantes dans ce quartier du Vieux-Pont.
08:12Et ça, c'est quelque chose que j'avais rarement vu.
08:14Et ça m'a saisi tout de suite de comprendre à la fois la colère
08:17et aussi l'importance des événements pour les habitants
08:19et le fait que potentiellement, ces violences urbaines,
08:22cette révolte allaient durer quand même plusieurs jours.
08:25Et quand la nuit tombe, en fait, ça se calme dans ce quartier du Vieux-Pont.
08:28Et les tensions commencent dans un autre quartier,
08:30le quartier Pablo Picasso.
08:32Et là, pareil, c'est très vite, très impressionnant.
08:34Il y a plusieurs dizaines de personnes cagoulées, masquées, en colère,
08:39qui sont contre la venue des policiers.
08:41Parce que, en fait, dès que la nuit est tombée,
08:42les policiers sont rentrés dans le quartier pour le sécuriser d'après leurs éléments.
08:47C'est en tout cas comme ça qu'eux l'expliquent.
08:49Et les jeunes, eux, sont en colère de voir des policiers rentrer dans leur quartier.
08:52Et donc, ça s'est tendu comme ça très rapidement,
08:56à la fois dès le début de l'après-midi
08:57et aussi dans la soirée pendant une bonne partie de la nuit.
09:01Le jour de la mort de Naël, je suis en sortie scolaire.
09:04Je vois mon téléphone, il sonne.
09:07Et à ce moment-là, tout s'arrête.
09:09Parce que nous, on a vécu, on se dit,
09:11bon, il faut apporter ce soutien et de l'aide et on y va.
09:14Je vais tout de suite à Nanterre.
09:16Je dis, il faut que j'aille à Nanterre.
09:17Il faut aller voir la famille de Naël.
09:20Il faut aller voir les jeunes dans le quartier.
09:23Je pense que quand j'arrive, il est peut-être 22h, 22h30.
09:26Je vais rester jusqu'à peut-être 3, 4h du matin.
09:34Donc là, on est avec la mère de Naël, dehors.
09:38Quand on est dans le quartier, je lance un avest Insta.
09:41Parce que ce moment-là, tout le monde doit le vivre et tout le monde doit le ressentir.
09:45Et je suis avec Mounia, les gens viennent la voir.
09:49Et je dis à Mounia, c'est important que tu puisses parler à ce moment-là.
09:51C'est important que toi, tu puisses casser cette déshumanisation
09:56qui s'est construite très rapidement,
09:58qui s'est organisée très rapidement autour de Naël.
10:01C'est très important que les gens puissent s'accrocher à une personne,
10:03à une émotion, que cette émotion, moi, je l'avais.
10:06Parce que j'étais avec elle à ce moment-là.
10:08J'étais là.
10:09Et je ressentais les mots et l'émotion de Mounia, mais pas les autres.
10:13Et c'était important que les gens puissent ressentir l'émotion de la mère de Naël.
10:17C'était la seule personne qui pouvait le faire.
10:19Les mecs, j'ai perdu un enfant de 17 ans.
10:21Je l'étais toute seule avec lui.
10:23Ils m'ont enlevé un bébé.
10:25C'était encore un enfant.
10:28Il avait besoin de sa mère.
10:31Ce matin, il m'a fait un gros bisou.
10:32Il m'a dit « Maman, je t'aime ».
10:34Je lui dis « Fais attention à toi ».
10:35Je lui dis « Je t'aime, fais attention à toi ».
10:39Vraiment, ça me fout la rage.
10:41Je suis dans une tristesse folle.
10:44D'écouter la détresse de cette femme qui raconte qu'on lui a pris son fils unique.
10:49Et elle était dans un tel état de sidération que c'était à la fois terrifiant et d'une tristesse
10:59folle.
10:59Et je sais que je l'ai écoutée jusqu'au bout, en direct.
11:04Et je me suis dit que ça allait être encore un martyr.
11:07C'était encore un visage auquel il allait falloir qu'on s'habitue.
11:11Et le lendemain, en fait, c'est une flambée.
11:20J'ai 17 ans et elle a chaud au lycée et je vais passer le bac.
11:24Moi, j'ai 17 ans.
11:25Je viens de m'en repas dans les Yvelines.
11:28La vie de Noël, moi, je l'ai vue dehors.
11:30Je connais, entre potes, ça tourne, regarde ce qui s'est passé et tout.
11:33C'est là où j'ai vu la vie de Noël.
11:35Premièrement, c'est choqué.
11:37Parce qu'il avait mon âge, Noël, quand il est parti.
11:41Je sais quoi, ça aurait pu être moi.
11:42Il voulait conduire, il voulait faire son...
11:44Il n'avait pas à faire ça, ça c'est vrai.
11:46D'accord avec ça, il n'a pas le droit.
11:49Mais ce n'est pas une raison pour mourir.
11:50Jamais de la vie.
11:51On ne peut pas enlever la vie de quelqu'un comme ça.
11:53Et c'est ça qui m'a fait encore plus mal.
11:55C'était quelqu'un qui avait mon âge.
11:57Donc tu te sens directement concerné.
11:59Donc je suis sorti le lendemain de la mort de Noël.
12:02On s'est dit que ça ne peut pas rester impuni ce qui s'est passé.
12:07Et que ce soir, on allait faire des émeutes.
12:11On disait qu'il faut qu'on récupère des mortiers.
12:13Il faut qu'on récupère des molotovs.
12:15Tout ce qu'il faut.
12:16Tu es, il voulait tuer.
12:24Et on a reçu des mortiers.
12:26On est déjà parti pour cette marne.
12:28On a croisé une patrouille de police.
12:29Il ne fallait pas qu'elle soit là.
12:31Elle est tombée au mauvais moment.
12:32Elle s'est fait allumer, elle est partie.
12:35Mon but, c'est d'attaquer les policiers.
12:38Clairement.
12:41Non, mais c'est une dingue ça, les gars.
12:44On a allumé tout ce qu'il y avait en rapport avec la police.
12:47Commissariat, voiture de police, tout.
12:50Tout ce qu'il y avait en rapport avec la justice.
12:53Les pompiers, la police, ils prenaient énormément de temps à venir.
12:57Et ça, c'était choquant parce qu'on avait l'impression que c'était l'anarchie.
13:00Et la ville, elle était à nous.
13:02C'était vraiment cette impression...
13:04De fin du monde, tu pouvais faire ce que tu veux.
13:06Tu rentrais dans n'importe quel magasin.
13:08Moi, tu prenais et personne ne pouvait rien faire.
13:12Incroyable.
13:16Incroyable.
13:17Incroyable.
13:18Quand tu as tes amis déterminés,
13:21franchement, tu n'as peur de rien sur le coup.
13:23Tu te découvres, en fait.
13:25Tu te dis, c'est moi que je fais ça.
13:28Je ne suis plus le même.
13:30On teste ses limites.
13:32On ne les teste pas, mais on les met à l'épreuve.
13:35C'est vraiment marquant parce que
13:37j'étais là pour soutenir.
13:39Moi, je n'étais là pas pour piller,
13:41pas pour...
13:41Je dis ça parce que je sais qu'à côté, dans des villes,
13:44ça va piller tout ça.
13:45Moi, j'étais là pour défendre conviction.
13:47Ça ne peut pas rester impuni.
13:49Parce qu'on se demande quand ça va s'arrêter.
13:52Je te parle des émets en 2005.
13:54Après ça, ça s'est calmé, on va dire.
13:56Après, ça repart avec Théo.
13:58Même si je te parle à l'international,
14:00je te parle de George Floyd
14:02avec le mouvement Black Lives Matter.
14:04On ne sait pas à quoi ça va s'arrêter.
14:06Du coup, c'est ça qui m'énerve un petit peu, on va dire.
14:12Je suis susceptible, en tout cas, d'être au danger.
14:14À certains endroits avec ma couleur de peau.
14:16J'aimerais dire qu'il n'y a aucun voyou,
14:19en tout cas avec moi,
14:20il n'y a pas de racailles.
14:21La plupart des gens, on a un casier verge,
14:24on n'a pas de problème avec la police.
14:26On est juste des gens
14:27qui ont été choqués par ce qui s'est passé.
14:29On a vu une mère en pleurs
14:31et on s'est dit que ça pourrait être notre mère
14:34et qu'on s'est révoltés, on va dire.
14:37Comme il y a eu plein de révoltes en France,
14:38nous aussi, on s'est révoltés.
14:39On ne voulait pas juste faire du mal aux policiers,
14:42faire du mal à la mairie qui paye,
14:44à nos parents qui payent des impôts,
14:46et après rentrer chez nous.
14:47Ce n'était pas ça le but.
14:47Le but, c'était vraiment
14:49de viser la police,
14:51qu'ils soient vraiment conscients
14:53de ce qui s'est passé
14:55et après, que ça change.
14:57C'était vraiment une semaine
14:58où il fallait se faire entendre
14:59et je pense qu'on s'est fait entendre.
15:01Je ne parle pas spécialement de ma ville,
15:03mais je parle du mouvement.
15:06Je pense qu'on s'est fait entendre.
15:08À Jardin !
15:10On va là !
15:11On va rafler, on va rafler !
15:13On va rafler, on va rafler !
15:41Je ne suis pas d'accord
15:42quand on dit que c'est une révolte
15:44et c'est un sentiment légitime
15:46mais c'est un sentiment qu'on comprend
15:49et qu'on ne peut pas effacer.
15:50On ne peut pas les museler,
15:51on ne peut pas leur dire
15:52« Fermez les yeux »,
15:53on ne peut pas leur dire
15:53« Taisez-vous »,
15:54on ne peut pas leur dire « Asseyez-vous »
15:55parce que quand Naël se fait tuer,
15:57Naël se rajoute à une liste
15:59de plusieurs jeunes
16:01qui se font tuer dans les quartiers.
16:03Et la question qu'il faut se poser
16:05au grand public, à tout le monde,
16:06et pourquoi ce sont toujours
16:08les mêmes jeunes,
16:09les mêmes profils de jeunes
16:10qui se font tuer
16:11que des personnes de couleur,
16:12des personnes majoritairement noires et arabes ?
16:15Pourquoi ?
16:16Ça veut dire que c'est complètement ciblé,
16:18c'est complètement orienté.
16:19Quand il y a une exécution
16:20et qu'on voit qu'elle est visée
16:22sur un certain profil,
16:24c'est assez volontaire.
16:27Il est clair que la nature de la scène
16:30et le fait que Naël soit un jeune
16:32issu de l'immigration
16:33provoquent une émotion très vive
16:35auprès d'une jeunesse
16:36qui s'identifie très clairement
16:38à Naël, à son expérience,
16:41à sa vie dans les différents quartiers de Nanterre.
16:43Mais c'est aussi un temps
16:44qui va susciter de l'émotion
16:47auprès des élus locaux,
16:48des parents, des enseignants,
16:50des travailleurs sociaux.
16:52Ce temps émotionnel
16:53est important à qualifier comme tel
16:56parce qu'il a touché
16:58au-delà de la population des jeunes
17:01des quartiers, par exemple,
17:03de Nanterre
17:03ou d'autres banlieues parisiennes.
17:04Ça a rassemblé
17:06différentes catégories de la population
17:09qui condamnent
17:11ce qui s'est passé
17:12et qui trouvent que cette scène
17:14a un côté insupportable.
17:17Ils étaient plus de 6000
17:19rassemblés pour exprimer leur colère
17:21autour de la mère de Naël,
17:23l'adolescent de 17 ans
17:24tué par un policier.
17:26C'est pas une marche blanche,
17:27c'est une révolte.
17:28Et après, bien évidemment,
17:29il faut l'exprimer
17:29en étant pacifiste.
17:32Une marche blanche,
17:33c'est silencieux normalement.
17:34Mais je pense que les jeunes,
17:35là, c'est un ras-le-bol
17:36et qu'ils ne peuvent pas contenir
17:37leur rage, leur colère.
17:40Les gens avaient besoin
17:41de cette marche-là.
17:43Tout le monde est venu
17:44que ce soit des quartiers populaires,
17:46des centres-villes,
17:48du plus jeune au plus vieux.
17:50Tout le monde était là.
17:51Et c'était un moment très fort.
17:53C'était un moment
17:53où l'émotion, elle était là,
17:55de dire, là, vous avez été trop loin.
17:57On ne va pas se laisser faire.
17:59Vous n'allez pas recommencer.
18:00Et on est venu à Nanterre
18:01et on va marcher.
18:02Et on sentit quelque chose
18:03de très unitaire.
18:07Ce qui est arrivé le 27 juin 2023,
18:10ce n'est pas un fait isolé.
18:11Ce n'est pas une bavure d'un policier.
18:13C'est une des victimes
18:15de violences policières en France.
18:18L'ONU, le 30 juin 2023,
18:21accuse la France
18:21d'un racisme systémique
18:24et de pratiques discriminatoires constantes.
18:26Elle lui demande
18:27de prendre les mesures nécessaires
18:29pour y remédier.
18:30La réponse de la France officielle
18:31ne se fait pas attendre.
18:32Il y a un déni absolu
18:34de ces accusations.
18:37Ce ne sont pas
18:39le fait d'individus isolés,
18:40des bavures.
18:42Il y a des violences
18:44policières constantes.
18:46Et il y a un racisme systémique
18:48dans le maintien de l'ordre,
18:50mais pas que.
18:51Et pour lesquels
18:52il est absolument urgent
18:54que la France,
18:55d'une part,
18:55l'accepte,
18:57le reconnaisse
18:58et agisse.
19:06C'est papiers !
19:12Voilà, c'est nous !
19:13C'est nous le condé !
19:14Ton, ton, ton, ton !
19:35À partir de la troisième nuit,
19:37on assiste à un temps
19:39que j'ai plutôt qualifié
19:40d'insurrectionnel.
19:41Il apparaît lors de la troisième nuit,
19:43va toucher progressivement
19:46un très grand nombre
19:47de petites villes
19:47et villes moyennes
19:48qui étaient auparavant
19:50très peu concernées
19:51par les émeutes
19:52et dans lesquelles
19:53on va assister aussi
19:54à des scènes
19:55de pillage
19:56et de destruction
19:57de magasins.
19:58Alors,
19:59l'exemple emblématique
20:00de ce deuxième temps,
20:01c'est la ville de Montargis,
20:03par exemple,
20:04qui est simplement
20:05à 120,
20:06130 kilomètres
20:06de Paris
20:07et qui a connu
20:10une nuit typique
20:12de ce que j'indique là,
20:14c'est-à-dire
20:15avec une dégradation
20:18de plusieurs magasins,
20:20d'un grand nombre
20:20de magasins
20:20de la principale rue
20:21commerçante,
20:23incendie d'une pharmacie
20:25et a d'ailleurs aussi
20:26attaque du commissariat.
20:30Si on regarde
20:31les éléments statistiques
20:34au niveau national,
20:36ce que l'on constate,
20:37c'est que les villes
20:39qui ont été touchées
20:40par les émeutes
20:41sont plus pauvres,
20:44concentrent plus
20:45de logements sociaux,
20:46plus de familles
20:47monoparentales,
20:48plus de logements
20:49suroccupés,
20:50etc.
20:51Il y a une corrélation
20:52très forte
20:53entre le profil social
20:56de la commune
20:57et la probabilité
20:58que des émeutes
20:59aient lieu dans cette commune.
21:00Mais le plus important,
21:02ce que montre
21:03notre travail,
21:04ce n'est pas tellement
21:06d'établir ce lien
21:07qui est assez classique,
21:09mais de montrer
21:10que plus que la pauvreté,
21:12la précarité
21:13ou la présence
21:14de populations immigrées
21:15ou d'origine immigrée
21:16dans la commune,
21:17c'est la concentration
21:19dans un ou quelques
21:20quartiers spécifiques
21:21qui explique le mieux
21:23la probabilité
21:24de connaître une émeute.
21:25La concentration
21:27dans quelques
21:28quartiers spécifiques
21:29est un facteur
21:30amplificateur
21:31à la fois
21:32du ressentiment,
21:34du sentiment
21:35de relégation,
21:36de discrimination
21:37qui sont bien évidemment
21:39des moteurs essentiels
21:40de mobilisation
21:41au moment des émeuteurs.
21:42Hier soir,
21:43les forces de l'ordre
21:44ont arrêté
21:45875 personnes
21:46dans toute la France.
21:47Environ 400
21:48en région parisienne
21:49et ça explique aussi
21:50l'appel d'Emmanuel Macron.
21:52Beaucoup sont très jeunes,
21:53Arthur Delaborne.
21:54Effectivement,
21:55selon une note
21:55des renseignements
21:56territoriaux,
21:57un tiers des émeutiers
21:58sont donc mineurs
21:59avec un âge médian
22:00de 17 ans.
22:01Moins de 2% d'entre eux
22:03sont connus des services
22:04et ce sont quasi
22:05exclusivement des hommes.
22:06Ils sont des primo-délinquants
22:08et qui ne font pas
22:10la différence
22:10entre une mairie,
22:12entre un parc de loisirs,
22:14entre un accueil
22:15pour famille.
22:16Nous, malheureusement,
22:17sur mon territoire,
22:17on a eu un accueil social
22:19et un accueil de famille
22:20qui a été incendié.
22:21Et je pense que
22:22dans les jeunes
22:23qui incendient cet accueil,
22:24il y a des gamins
22:25qui ne savent peut-être pas
22:26que les mamans
22:26vont dans son centre.
22:28Donc c'est totalement
22:29irrationnel.
22:30D'abord,
22:31il faut partir du principe
22:32qu'il y a une diversité
22:32de profils.
22:33Il n'y a pas un profil type.
22:35Concernant les sources,
22:37c'est assez biaisé
22:38parce qu'on a essentiellement,
22:40on s'appuie sur des sources
22:40policières et judiciaires.
22:42C'est les personnes
22:42interpellées.
22:43Mais les personnes
22:44qui se font interpeller,
22:45notamment les jours
22:46où ça se passe,
22:47en flagrant délit,
22:49c'est souvent les personnes
22:49les moins expérimentées.
22:51Parce que la révolte,
22:53la confrontation,
22:54ça nécessite
22:55un savoir-faire tactique.
22:56On a différents profils,
22:58mais parce qu'il y a
22:59différents motifs
23:00d'engagement.
23:01Si l'essentiel des personnes
23:02se solidarise avec la victime,
23:04exprime un sentiment
23:05d'injustice,
23:06on a d'autres personnes
23:07qui viennent aussi
23:07par opportunisme économique
23:10qu'on voit dans les pillages,
23:11notamment.
23:15on a des personnes
23:16qui viennent aussi
23:18participer à un mouvement de foule,
23:19se faire filmer,
23:20filmer eux-mêmes,
23:21donc être dans le mood.
23:23Vous voyez maintenant ?
23:25Vous voyez ?
23:26Vous voyez maintenant
23:27ce qui se passe ?
23:28Et puis,
23:29il y a quelque chose
23:29qui relève aussi
23:30du contentieux politique
23:31qui se règle.
23:32C'est un moment
23:33qui offre l'opportunité
23:35de régler des contentieux politiques,
23:37soit avec les autorités locales,
23:38soit avec certaines institutions,
23:40soit avec certains commerçants,
23:42soit avec certains voisins.
23:43Moi, c'est souvent
23:44quelque chose qui me frappe.
23:45On se dit,
23:46tiens, dans une ville,
23:46il y a tel ou tel commerce
23:48qui a été touché.
23:50La question, moi,
23:51qui m'intéresse,
23:51c'est pourquoi d'autres
23:52n'ont pas été touchés
23:53et qui étaient juste à côté ?
23:54On a un contentieux
23:55avec la police municipale
23:56pour telle affaire.
23:57On a un contentieux
23:58avec tel équipement public
24:00qui ne prend pas
24:00les enfants du quartier.
24:02On règle ce contentieux-là.
24:04Même si le sentiment d'injustice,
24:05la révolte,
24:06c'est le moteur
24:07et la locomotive principale,
24:09il y a d'autres rationalités
24:11et de raisons d'agir
24:12qui se greffent
24:12et qui impliquent
24:13d'autres publics.
24:14Partout en France,
24:16les services publics
24:17sont devenus des cibles.
24:19Ici, à Vendeuve,
24:20près de Nancy,
24:21des émeutiers
24:22ont pris d'assaut
24:23le service des impôts.
24:25En pleine nuit,
24:25d'autres ont forcé
24:26l'entrée de cette école primaire
24:28à ville urbaine.
24:29La directrice
24:30d'une école voisine
24:30tente de s'interposer.
24:32Avec des coups de pied,
24:34ils forcent
24:35une porte de l'école
24:36et là,
24:37mon sang n'a fait qu'un tour.
24:39Pour moi,
24:40on n'attaque pas une école,
24:41c'est une école.
24:42Donc,
24:42j'ai foncé,
24:43j'ai essayé
24:44de les raisonner,
24:45je les ai suppliés
24:46de ne pas toucher à l'école.
24:49Il est difficile
24:49de concevoir
24:51que l'école
24:52puisse être
24:53la cible
24:55de dégradation,
24:56d'incendie,
24:57de destruction.
24:57puisque dans notre
25:00vision nationale,
25:02républicaine
25:02d'intégration sociale,
25:04on place précisément
25:05l'école
25:06au cœur
25:06de ce processus.
25:09Mais c'est parce que
25:11l'école
25:11ne réussit pas
25:13aussi bien
25:13qu'ailleurs
25:15dans ces quartiers-là
25:15qu'elle est perçue
25:16comme une institution
25:17de déclassement,
25:19d'humiliation,
25:20de relégation.
25:21C'est sans doute aussi
25:22pour une part
25:23pour cette raison-là
25:24qu'elle est parfois
25:24la cible d'incendie
25:25ou de destruction.
25:41Alors Blum,
25:42on a suivi
25:43toute la séquence émeute
25:44à travers les publications
25:46sur les réseaux sociaux.
25:47Pour cela,
25:48on a utilisé
25:48nos outils
25:49pour aller collecter
25:50toute la donnée
25:52qui se viralisait
25:54sur les réseaux sociaux
25:55autour des émeutes.
25:57l'intensité
25:58telle qu'on l'a mesurée
25:59était très clairement
26:00inédite.
26:01À titre de comparaison,
26:02on était allé regarder,
26:03on avait étudié
26:04les violences
26:05autour de la réforme
26:06des retraites
26:06qui avait lieu
26:07quelques mois avant
26:08et ce qu'on a pu observer
26:10c'est qu'on est à des niveaux
26:11à peu près 5 fois plus élevés
26:12pour une séquence
26:13beaucoup plus courte
26:13sur les réseaux sociaux.
26:15Globalement,
26:16on a deux grandes communautés
26:19qui se sont affrontées
26:21durant toute la séquence
26:23autour de thématiques différentes
26:25qui vont évoluer
26:25au fil du temps.
26:26On a d'abord
26:27la communauté
26:28d'extrême droite
26:30donc on va dire
26:31tout ce qui est
26:31RN et au-delà
26:36qui a beaucoup publié
26:38et qui a généré
26:39énormément d'engagement
26:40et ça sur toutes les plateformes
26:41notamment sur Twitter
26:43et sur TikTok.
26:44Beaucoup sur TikTok.
26:45Et ensuite,
26:47là aussi de l'autre côté
26:48du spectre politique
26:49on a une gauche
26:50on va dire
26:51qui part de la NUPES
26:53jusqu'à l'ultra-gauche
26:54qui elle aussi
26:55s'est beaucoup investie
26:56sur les réseaux sociaux
26:57et au final
26:58quand on fait la comparaison
26:59entre les deux communautés
27:01on se rend compte
27:02on a mesuré
27:035 fois plus d'interactions
27:05et donc 5 fois plus
27:06d'impact
27:07des contenus
27:08en provenance
27:09de l'extrême droite
27:09qu'en provenance
27:10de la gauche.
27:11Donc si on regarde
27:12là encore
27:13toute la séquence
27:14très clairement
27:15elle a bénéficié
27:16à l'extrême droite.
27:17On voit bien
27:18que nous sommes
27:20dans un des prodromes
27:22de guerre civile.
27:24On voit bien
27:24que nous avons...
27:25Guerre civile ?
27:25Oui.
27:26Vous savez
27:27qu'est-ce que c'est
27:28la guerre civile ?
27:28La guerre civile
27:29c'est les affrontements
27:30entre une partie
27:31de la population
27:32contre les autorités publiques
27:35contre l'Etat.
27:36Voilà.
27:37C'est exactement
27:37ce que nous avons.
27:38Nous avons une révolte
27:40manifestement
27:41ethnique
27:42mais qui n'est pas
27:43seulement
27:44définie par des termes
27:45ethniques
27:45qui sont aussi
27:45par des termes
27:46utilitaires.
27:47Le spectre
27:48d'une guerre civile
27:49fait partie
27:49du narratif
27:50que l'on observe
27:51dans l'extrême droite
27:52et plus particulièrement
27:53sur les réseaux sociaux
27:54depuis des années.
27:55Et là vous aviez
27:56un exemple
27:57extrêmement visuel.
27:59Ces images
28:00correspondaient
28:00exactement
28:02à ce narratif
28:03autour
28:03de la guerre civile
28:05qui vient
28:05et donc
28:06on a pu observer
28:07une très forte
28:08mobilisation
28:08des figures
28:10d'extrême droite
28:11sur les réseaux sociaux.
28:12On peut citer
28:12par exemple
28:13Damien Rieux
28:13qui a publié
28:14plus de 300 contenus
28:16sur la séquence
28:17et donc
28:17qui a vu
28:18comme une opportunité
28:19finalement
28:19de prouver
28:20que ce qu'ils annoncent
28:21depuis des années
28:22maintenant
28:23était en train
28:23de se réaliser
28:24sous nos yeux.
28:32On a ouvert ça
28:34dans un élan
28:34pour aider
28:35une famille
28:36en souffrance
28:37suite à l'arrestation
28:39et à l'emprisonnement
28:40d'un fonctionnaire
28:41de police
28:42qui je le rappelle
28:42est toujours présumé
28:43innocent.
28:45La famille
28:45n'ayant obtenu
28:46aucune aide
28:46de personne
28:48j'ai voulu
28:48lui donner
28:49un coup de main.
28:49Donc on a
28:50une troisième séquence
28:51qui va être initiée
28:52au bout de quelques jours
28:53donc la première
28:54la vidéo
28:54la deuxième
28:55la violence
28:55et la troisième
28:56autour de la cagnotte
28:57pour le policier
28:58et pas seulement
28:59de la cagnotte
29:00mais du succès
29:00de la cagnotte
29:01et là
29:02ça va réactiver
29:04cette polarisation
29:05ce clivage
29:06entre la gauche
29:08et l'extrême droite
29:09avec d'un côté
29:11un soutien
29:12affirmé
29:13et des relais
29:14très importants
29:16de cette cagnotte
29:17en soutien aux policiers
29:19et de l'autre côté
29:20une dénonciation
29:22de l'existence même
29:24de cette cagnotte
29:25dans les sphères
29:26gauche-extrême-gauche
29:27et comme on a pu l'observer
29:29sur l'ensemble
29:30de la séquence
29:30si on fait le bilan
29:31de ce moment précis
29:32de la cagnotte
29:33on voit que
29:34une fois de plus
29:35c'est l'extrême droite
29:36qui sort vainqueur
29:37de cette séquence finale
29:38ce qui énerve en la matière
29:40c'est le succès
29:41de la cagnotte
29:421,6 million d'euros
29:44en trois jours
29:45ça c'est une signification politique
29:47mais c'est pas moi
29:48qui la donne
29:48ce sont les français
29:49qui la donnent
29:50et c'est une réponse
29:51à l'insurrection
29:53qui a eu lieu
29:54dans les cités
29:55et au fait
29:56que les gens
29:56effectivement
29:57à travers cet exemple
29:58veulent soutenir
29:59l'état de droit
30:00cette cagnotte
30:01elle nous a encore plus
30:02nous a encore plus énervés
30:04parce qu'étant donné
30:05qu'il y a un jeune
30:06qui est mort
30:06il y a une maman en pleurs
30:07une famille en pleurs
30:08tu rajoutes de plus
30:09que le policier
30:10il a pris un million d'euros
30:11en tuant un enfant
30:13ça nous a encore plus déterminés
30:15si en plus
30:16il a eu le droit
30:16de toucher cet argent
30:17c'est que
30:19il n'y a pas de justice
30:20ça dit quelque chose
30:21de la manière
30:22dont ces gamins
30:24dont toutes les questions
30:25de quartier populaire
30:26d'immigration
30:28de descendants d'immigrés
30:29sont aujourd'hui perçus
30:31par une part
30:31des citoyens français
30:33cette cagnotte
30:36quand elle arrive
30:37c'est pas un choc
30:38pour nous les familles
30:40qui avons perdu un proche
30:41ce qu'on laisse passer
30:43aura forcément
30:43des répercussions après
30:44et beaucoup plus fortes
30:46quand on dénonçait
30:47ces violences policières
30:48quand on allait dans la rue
30:49quand on allait au front
30:50quand on en parlait
30:51c'était pas pour rien
30:52c'était pas pour faire plaisir
30:53c'était pas pour juste dénoncer
30:55une mort
30:55ou celle de mon frère
30:56mais c'était pour dénoncer
30:58cette question
30:58des violences policières
30:59c'est-à-dire ce racisme
31:01qui est en train
31:01de s'installer
31:01la peine de mort
31:02elle a été abolie
31:03mais on a l'impression
31:04qu'il y a une passation
31:04de pouvoir
31:05qui est en train
31:05d'être faite
31:06et qu'elle est en train
31:06d'être légitimée
31:08et cette cagnotte
31:09elle symbolise
31:10mais on tombe pas des nues
31:12quand on la voit
31:13si on nous avait écoutés
31:15si on avait pris au sérieux
31:17si on avait mis au centre
31:20ces violences policières-là
31:21les victimes
31:22les morts
31:22Naël ne serait pas mort
31:23ce jour-là
31:28les nuits de la banlieue lyonnaise
31:29ont été particulièrement chaudes
31:31tous les soirs
31:32ou presque
31:32vol de voiture
31:33rodéo
31:34incendie
31:35et affrontement
31:35avec la police
31:36alors quelques arrestations
31:3714
31:37et surtout une grande interrogation
31:39que se passe-t-il
31:40et comment éviter le retour
31:42à de tels incidents
31:43dans la banlieue lyonnaise
31:44il va y avoir des phénomènes
31:46d'émeute
31:48à partir
31:49des années 80
31:51et en 81
31:52juste après l'arrivée
31:54de François Mitterrand
31:55au pouvoir
31:56avec un programme
31:57qui était de changer la vie
31:58et l'idée aussi
31:59de changer la police
32:01mais très vite
32:02en fait
32:02ils envoient
32:03les forces de sécurité mobile
32:05dans la banlieue lyonnaise
32:07immédiatement
32:07c'est ce qu'on appelle
32:08les étés chauds
32:09parce qu'il y en a
32:10qui nous croient
32:11qu'on est capable
32:11de rien faire
32:12mais on est toujours
32:14réadaptable
32:15la société commandée
32:15en vrai
32:16il y a toujours un moyen
32:17de se redresser
32:19mais là ils disent
32:19non c'est les mecs
32:20il faut les laisser
32:20bien sûr
32:21s'ils nous laissent tomber
32:22ça va dégénérer
32:22ça va faire du mal
32:24il se passe quelque chose
32:25à la fois dans les pratiques
32:26de police
32:26mais aussi dans le fait
32:27que ces pratiques
32:29sont jugées insupportables
32:30ils sont partis ce matin
32:32des quartiers sud de Marseille
32:33de la Cagnole
32:34très exactement
32:35il va y avoir
32:36la marche pour l'égalité
32:37qui va partir de Marseille
32:39et qui va remonter
32:40jusqu'à Paris
32:41au début
32:41dans la différence
32:43très large
32:44et après avec une assez
32:45grande attention des médias
32:46lorsqu'on s'approche de Paris
32:47et là
32:48ce qui est intéressant
32:49c'est qu'on a déjà
32:50la dénonciation
32:51des violences policières
32:53et là on est en 1980
32:54aujourd'hui on est en 2024
32:58donc on parle de 40 années
33:00de dénonciation
33:02par des organisations
33:03des associations
33:05des ligues de protection
33:06des droits
33:09de ces violences policières
33:10c'est quand même
33:11c'est quand même quelque chose
33:12et puis on va avoir
33:13la première grande émeute nationale
33:15en 2005
33:15Bonjour, bienvenue au 13h
33:1723 voitures brûlées
33:18plusieurs bâtiments vandalisés
33:20la ville de Clichy-sous-Bois
33:21en Seine-Saint-Denis
33:22a été le théâtre d'émeute
33:23cette nuit
33:23un peu plus tôt
33:24en fin d'après-midi
33:25deux jeunes du quartier
33:26sont morts électrocutés
33:28ils s'étaient cachés
33:29dans un transformateur EDF
33:30alors que la police
33:31intervenait sur un vol de chantier
33:32probablement en raison
33:33de l'intensité du choc moral
33:35parce qu'il y a quand même
33:35deux adolescents sur trois
33:36qui meurent
33:37il y a la police
33:38qui ment ostensiblement
33:40et ça ça provoque
33:41la colère
33:42comment vous pouvez avoir
33:43confiance dans les institutions
33:44quand vous avez
33:45des responsables politiques
33:46qui ne vous disent pas la vérité
33:47ça accélère
33:49le mouvement de protestation
33:50le mal-être des banlieues
33:51s'exprime violemment
33:52et pas seulement
33:53autour de Paris
33:54flottons de CRS
33:55voitures incendiées
33:56et jeunes en colère
33:57contre la mort inexpliquée
33:58de deux adolescents
33:59contre le chômage et l'ennui
34:01contre le ministre de l'Intérieur
34:02vous avez un site
34:03cette bande de racailles
34:04on va vous en débarrasser
34:06et ensuite
34:07vous allez avoir régulièrement
34:09et de façon continue
34:11des mini-émeutes en France
34:13à chaque fois
34:15à la suite
34:15d'un décès
34:17d'une personne
34:18qui va mourir
34:20au cours d'une opération
34:21de police
34:22donc on va avoir
34:23en fait une sorte d'habitude
34:24d'avoir deux phénomènes
34:25un, les émeutes
34:26à date anniversaire
34:2814 juillet
34:29et nuit de la Saint-Sylvestre
34:30et deux, les émeutes
34:32en réaction
34:33à des homicides policiers
34:34aujourd'hui
34:35la priorité absolue
34:37c'est le rétablissement
34:40de la sécurité
34:41et de l'ordre public
34:44je réfute
34:45toute forme
34:47d'angélisme
34:50qui vise à trouver
34:51en chaque délinquant
34:52une victime
34:53de la société
34:57en chaque émeute
34:58un problème social
34:59ce qui s'est passé
35:01à Villiers-le-Bel
35:02n'a rien à voir
35:03avec une crise sociale
35:05ça a tout à voir
35:06avec la voyocratie
35:08la loi
35:09l'ordre républicain
35:10et la justice
35:12doivent
35:14retrouver
35:15toute leur place
35:16ici
35:17à Amiens
35:18ces épisodes 2
35:19de révolte dans un quartier
35:20ils sont étouffés
35:20par les discours
35:22de type martial
35:24c'est le discours
35:25du retour à l'ordre
35:25de l'ordre
35:26de l'autorité
35:26qui écrase
35:27les autres formes
35:28de discours
35:28un mois après
35:29qu'est-ce que vous avez compris
35:30la leçon que j'en tire
35:32c'est 1
35:32l'ordre
35:33l'ordre
35:33le gouvernement
35:34ne peut pas supporter
35:36qu'il y ait un désordre
35:38parce que c'est la négation
35:39de son essence
35:40un gouvernement
35:41c'est l'affirmation
35:42d'un ordre politique
35:44sur un territoire
35:44lorsqu'il y a une émeute
35:47qui éclate
35:48et qu'elle se diffuse
35:48dans le territoire national
35:49le travail du ministre
35:51de l'intérieur
35:51c'est de réprimer l'émeute
35:52et comment ?
35:54en dissuadant
35:55en montrant des policiers
35:56et en faisant
35:57des interpellations
35:59ça ça ne peut pas
36:00être autrement
36:01dans n'importe quel pays
36:03ça va être le cas
36:03mais après
36:04la question c'est
36:05comment on fait ça
36:05avec combien de personnel
36:08à quel degré de brutalité
36:10quel type d'armement
36:11quel type d'unité
36:22des fois je me dis
36:22je vais me réveiller
36:23mais en fait
36:24je me réveille toujours
36:24avec la tête déformée
36:26avec ses migraines
36:27avec cet oeil flou
36:28ça reste dur
36:29ça reste dur à porter
36:31en fait
36:31j'ai eu un trauma
36:32trauma crânien
36:33dû à un tir
36:34de flashball
36:35et du coup
36:36j'ai une partie
36:37du crâne en moins
36:38il y a eu dans la rue
36:39une répression
36:41beaucoup plus intense
36:42mais une répression violente
36:44des personnes
36:45qui pouvaient
36:46exprimer leur colère
36:47ou des personnes
36:48qui étaient juste de passage
36:48c'est à dire qu'on a eu
36:49beaucoup de personnes
36:50qui ont été blessées
36:52il y a eu des attentes graves
36:53pour des personnes
36:54qui étaient juste de passage
36:55où les policiers
36:55dans certaines villes
36:56étaient en roue libre
36:57en roue libre
36:58en entière de tabassage
36:59de coups de tir
37:00de flashball
37:01mais il y a eu la volonté
37:03dans beaucoup de villes
37:03de l'état
37:04de dire
37:05si vous restez dehors
37:06vous allez le payer cher
37:07mais dans votre corps
37:11alors je croise la police
37:13dans la nuit
37:14donc je ne sais pas
37:15exactement quelle heure
37:16il était
37:16il était tard
37:17après minuit
37:18et j'étais avec
37:20de la famille
37:21et des amis
37:21je suis sorti un peu
37:22pour voir
37:24s'il y avait encore
37:24une épicerie d'ouverte
37:25ou quelque chose
37:26comme ça
37:27pour acheter à manger
37:28à boire
37:29etc
37:29et puis j'ai croisé
37:31une patrouille
37:32de plusieurs policiers
37:34quand je suis arrivé
37:35à leur niveau
37:35il y a un policier
37:36il m'a dit
37:37hé toi
37:38qu'est-ce que tu fais là
37:38casse-toi
37:39et il a élevé son arme
37:40et il m'a tiré
37:41en plein visage
37:42donc je n'ai pas eu
37:43trop le temps
37:43de réfléchir
37:45et puis
37:47ça m'a
37:48j'avais l'impression
37:49qu'on m'avait arraché
37:51la partie gauche du visage
37:52donc je me suis senti
37:53tomber à la renverse
37:54j'ai eu une sorte
37:56d'instinct de survie
37:57où je ne me suis pas
37:58laissé tomber
38:00contre le sol
38:01parce que je sentais
38:02que j'étais en danger
38:03et du coup
38:04les policiers
38:05ils m'ont dit
38:05de me casser
38:07donc je suis parti
38:10et ils n'ont pas tenté
38:11de me suivre
38:12ou autre
38:12ce n'était pas
38:13une interpellation
38:14une tentative
38:15de contrôle
38:16ou autre
38:16c'était vraiment
38:18casse-toi
38:18et voilà
38:20pour faire simple
38:21de ma boule
38:24jusqu'à mon front
38:26tout était cassé
38:27fracturé
38:28endommagé
38:29j'ai même perdu
38:30de l'audition
38:31au niveau
38:32de l'oreille gauche
38:32etc
38:33et puis forcément
38:35mon oeil
38:38avait subi
38:39trop de dégâts
38:39pour pouvoir
38:40le récupérer
38:41mais sinon
38:42mâchoire
38:43déplacée
38:44gonflée
38:44tout était cassé
38:46en fait
38:46fracturé
38:48au niveau
38:49de la partie gauche
38:50de mon visage
38:50donc je ne pouvais pas
38:51manger
38:52je ne pouvais pas
38:53forcément
38:54je ne pouvais plus voir
38:56je ne pouvais pas
38:57non plus écouter
38:58de musique
38:58du côté gauche
38:59parce que mon oreille
39:00était endommagée
39:01le tir était tellement
39:02proche
39:03qu'en fait
39:03ça a tout détruit
39:04sur la partie gauche
39:05de mon visage
39:06au début
39:07on pense que ça
39:07n'arrive qu'aux autres
39:08jusqu'à ce que ça
39:09nous arrive
39:10donc en plus
39:11comme j'étais militaire
39:13c'est pour ça
39:13que je ne me suis
39:15vraiment pas méfié
39:16quand je me suis
39:17rapproché d'eux
39:18et je suis quelqu'un
39:19de très humain
39:19qui croit beaucoup
39:21en l'être humain
39:22quand je croise
39:23des êtres humains
39:24même s'ils sont policiers
39:25etc
39:25je ne pense pas du tout
39:27à la violence gratuite
39:29donc à ce moment là
39:30je ne m'imagine
39:31pas un seul instant
39:33que la minute d'après
39:34j'allais perdre mon oeil
40:02je ne m'imagine
40:05plusieurs éborgnements
40:07constatés
40:07avec l'usage d'armes
40:08de nouvelles munitions
40:10d'ailleurs
40:10les binbags
40:11on n'avait jamais vu
40:13ces munitions
40:13utilisées dans le maintien
40:14de l'ordre
40:15c'était quelque chose
40:15de nouveau
40:16et puis une nuit
40:19où certes
40:20il y avait des pillages
40:21dans le centre-ville
40:22qui avait eu pas mal
40:23de dégradations
40:24des confrontations
40:24il y a un jeune homme
40:27qui filme
40:29avec son téléphone portable
40:31des policiers
40:32en train d'interpeller
40:34violemment
40:36des manifestants
40:38et puis après
40:39la famille
40:41n'a plus de nouvelles
40:41de lui
40:43et ce n'est que
40:44beaucoup plus tard
40:45qu'on apprendra
40:46qu'il a été
40:48en fait tué
40:49du fait
40:50de tir
40:51de munitions
40:52par le raid
40:53qui était justement
40:54en faction
40:55dans une des rues
40:57de Marseille
40:57une des rues
40:58commerçantes de Marseille
40:59et ils lui ont tué
41:00dessus
41:00il y avait des vidéos
41:01on les a retrouvés
41:03on apprendra même
41:04que le raid
41:06disposait de ces vidéos
41:07depuis longtemps
41:08mais ne s'est jamais
41:09manifesté auprès de la police
41:11essayant de dissimuler
41:12ce qui s'était passé
41:15et en fait
41:16le tir
41:17sur Mohamed
41:18alors qu'il était
41:18en scooter
41:19donc avec une grande
41:19célérité
41:20a atteint le coeur
41:21et il est mort
41:22d'une crise cardiaque
41:25il y a eu aussi
41:26un autre drame
41:28la veille
41:29de la mort de Mohamed
41:30toujours dans le centre
41:32c'est un jeune homme
41:33qui s'appelle
41:34Abdel Karim
41:34qui se promène
41:36dans les rues
41:37de Marseille
41:39et qui va
41:41être visé
41:42par des projectiles
41:44on apprendra plus tard
41:45que c'était des projectiles
41:46tirés également
41:46par le raid
41:48et il se trouve
41:49que c'est le cousin
41:50de Mohamed
41:51on pense d'ailleurs
41:52que Mohamed
41:53était dans les rues
41:54de Marseille
41:54le soir où il était tué
41:56pour essayer de comprendre
41:57comment son cousin
41:58Abdel Karim
41:59avait perdu la vue
42:01donc voilà
42:02deux cousins
42:03à deux jours d'écart
42:05l'un qui perd la vue
42:07du fait d'un tir
42:08d'arme du raid
42:09l'autre qui perd la vie
42:11du fait d'un tir
42:13d'arme du raid
42:14voilà les conséquences
42:16de l'usage
42:17et de
42:19l'usage
42:20de ces unités
42:21d'élite
42:21dans les rues
42:22de Marseille
42:22et ailleurs
42:24en France également
42:28ce qu'on voit
42:29c'est on va s'installer
42:30un modèle
42:30de maintien de l'ordre
42:32dans lequel
42:33il y a les unités
42:34qui avant
42:35étaient les unités
42:36dites spécialisées
42:37CRS Gendarme mobile
42:38et on bascule
42:39vers un nouveau modèle
42:40où les nouvelles
42:42unités spécialisées
42:43en fait
42:44c'est quoi
42:44c'est la BAC
42:45c'est le raid
42:47c'est la BRI
42:48c'est-à-dire qu'on voit
42:49s'affirmer un nouveau modèle
42:51de gestion
42:52des troubles
42:53qui est un modèle
42:55beaucoup plus militarisé
42:57beaucoup plus
42:59offensif
43:00et qui s'appuie
43:01sur des unités
43:02qui ont des armes
43:03beaucoup plus dangereuses
43:05la demande
43:06qu'Amnesty porte
43:07sur le maintien
43:09de l'ordre
43:10en général
43:10et les forces
43:12de l'ordre
43:12qui doivent intervenir
43:13en maintien de l'ordre
43:14c'est que ce soit
43:15des forces de l'ordre
43:17spécialisées
43:18formées
43:18à intervenir
43:20à utiliser
43:22les armes
43:23dont ils ont
43:24la responsabilité
43:25à avoir une attitude
43:26particulière
43:27à répondre
43:28justement
43:29notamment
43:30au rétablissement
43:31de l'ordre
43:32et pour cela
43:33c'est des heures
43:34de formation
43:35c'est une doctrine
43:37à intégrer
43:38et donc
43:39toute unité
43:41spécialisée
43:41mais sur d'autres sujets
43:43qui intervêtient
43:43un maintien de l'ordre
43:44nous on s'y oppose
43:45on le critique
43:46puisque ça peut entraîner
43:47derrière des dérives
43:48et une gestion
43:49du maintien de l'ordre
43:49qui n'est pas du tout
43:51adaptée
43:52c'est Gérald Darmanin
43:54lui-même
43:54qui a décidé
43:55de positionner
43:57le RAID
43:58et la BRI
43:59dans les rues
44:00de Paris
44:02Marseille
44:02Strasbourg
44:03et ailleurs
44:04et je crois même
44:05je pense
44:07j'en suis même
44:07presque sûr
44:08connaissant
44:08quelques éléments
44:09que
44:10le RAID
44:12lui-même
44:13ne comprenait pas
44:14ce choix
44:16de Gérald Darmanin
44:22beaucoup de membres
44:23spécialisés
44:24de la police
44:25ou de la gendarmerie
44:26n'ont pas compris
44:28encore
44:28pourquoi est-ce
44:29qu'on mettait
44:29des unités spécialisées
44:30dans
44:31l'antiterrorisme
44:32ou dans
44:33la grande criminalité
44:34pour
44:35des populations
44:36civiles
44:37s'agissant
44:37des meutes
44:38le drame
44:39ne pouvait
44:39qu'arriver
44:40Gérald Darmanin
44:42est le principal
44:43le premier
44:45responsable politique
44:47de la mort
44:48et des éborgnements
44:48la mort de Mohamed
44:50l'éborgnement
44:51d'Abdel Karim
44:52et d'autres encore
44:53les policiers sont en colère
44:55contre la loi
44:55alors que membre de la BAC
44:57est en détention provisoire
44:58à Marseille
44:58les forces de l'ordre
44:59voudraient être exemptées
45:01de cette mesure
45:01pour comprendre
45:02lire des forces de l'ordre
45:04dont certains
45:04se sont mis en arrêt maladie
45:06pour exprimer leur colère
45:07il faut remonter au début
45:08du mois de juillet
45:09en marge des émeutes
45:10qui ont secoué le pays
45:11des policiers sont soupçonnés
45:13d'avoir passé à tabac
45:14un jeune homme de 22 ans
45:15coma
45:16mâchoire fracturée
45:1760 jours d'ITT
45:194 policiers de la BAC
45:20sont mis en examen
45:21l'un d'entre eux
45:22est placé en détention provisoire
45:24Frédéric Vaud estime
45:25qu'un policier
45:25n'a pas sa place en prison
45:26avant un procès
45:27c'est un soutien
45:28à ce fonctionnaire
45:29de la BAC de Marseille
45:30placé en détention provisoire
45:32pour des soupçons
45:33de violence sur un jeune
45:34savoir ce policier en prison
45:36dit-il aussi
45:37m'empêche de dormir
45:38la réaction
45:40du directeur général
45:41de la police nationale
45:43c'est du jamais vu
45:45c'est une réaction
45:46qui consiste à dire
45:47et puis
45:48il le dit dans un interview
45:49qu'il donne aux parisiens
45:51donc avec l'assentiment
45:53du ministre de l'intérieur
45:54jamais un directeur général
45:55peut aller dans un journal
45:57donner une interview
45:59sur deux pages
45:59sans l'assentiment
46:02du ministre
46:03parce que le ministre
46:03est comme il le dit lui-même
46:05le premier flic de France
46:06donc le directeur général
46:08est en fait le deuxième
46:08ou un des seconds
46:10pas le premier
46:10donc il ne peut pas agir
46:12sans l'autorité de son chef
46:13donc il y va
46:14et là il dit
46:16un policier
46:17n'a pas sa place
46:18en prison
46:18même s'il a fait des fautes
46:20c'est incroyable
46:22c'est incroyable
46:23on parle de devoir de réserve
46:25mais là on est complètement
46:27sorti du devoir de réserve
46:28on a tout d'un coup
46:29des fonctionnaires
46:30qui disent
46:31à l'Assemblée nationale
46:32au pouvoir judiciaire
46:34ce qu'ils doivent faire
46:35et ce qu'ils ne doivent pas faire
46:36et il est appuyé
46:37par le préfet de police
46:39de Paris
46:40qui fait un tweet
46:41en disant à moi
46:42et je suis à la tête
46:43de 30 000 hommes
46:47et là
46:49c'est vrai que
46:49ça faisait un peu
46:50froid dans le dos
46:52le directeur général
46:53dit que la police
46:53ne doit pas être en prison
46:54et moi
46:55préfet de police de Paris
46:56à la tête de 30 000 hommes
46:58je vous dis pareil
47:00c'est quand même impressionnant
47:01c'est quand même impressionnant
47:03parce que 30 000 hommes
47:04ce n'est pas
47:04une petite force
47:06donc je ne dis pas
47:07qu'ils préparaient
47:08un coup d'état
47:09mais je dis
47:10que ce sont des propos
47:12qui sont profondément
47:15choquants
47:16pour un politiste
47:18et puis encore plus
47:19pour un citoyen
47:19et ce qui va arriver après
47:21c'est que
47:22le ministre de l'Intérieur
47:24et le président de la République
47:26vont très bien
47:27s'accommoder
47:28de ces déclarations
47:28les policiers
47:29ne réclament pas
47:29être au-dessus des lois
47:30ils ne réclament
47:31de ne pas être
47:32en dessous des lois
47:32et les policiers
47:33ça ne peut pas être
47:34les seules personnes
47:35en France
47:35pour qui la présomption
47:36d'innocence
47:37ne compte pas
47:37pour qui les procès
47:39biatiques
47:39l'emportent
47:40sur le procès juridique
47:41le président de la République
47:43il ne se prononce
47:44absolument pas
47:45sur ces éléments
47:48et il dit
47:49c'est une affaire en cours
47:50je ne veux pas me prononcer
47:51je pense que le ministre de l'Intérieur
47:52est plutôt de notre côté
47:53même idéologiquement parlant
47:55je crois qu'il a fait
47:56un grand pas aujourd'hui
47:57il montre
47:58qu'il est encore proche
47:58de ses troupes
47:59il montre
47:59qu'il est prêt
48:00à évoluer
48:01et même légiférer
48:02et faire appel
48:03peut-être
48:04à son parti politique
48:06pour faire en sorte
48:07d'évoluer
48:07sur certains sujets
48:08il y a une forme
48:09d'idéologisation
48:10de la police
48:10par le prisme
48:11syndical
48:12qui mène une course
48:15tous les syndicats
48:16en fait de police
48:16mènent une course
48:17à l'échalote
48:17ils ont vraiment
48:18un rôle politique
48:19et idéologique
48:20qui se rapproche
48:21de plus en plus
48:22des mesures
48:22d'extrême droite
48:29j'ai quand même eu
48:30un petit peu peur
48:31que les institutions
48:33ne basculent
48:34à ce moment là
48:35ça aurait pu être le cas
48:36ça n'a pas été le cas
48:37je ne sais pas
48:38ce qui va se passer
48:39les fois prochaines
48:40parce qu'il y en aura
48:41d'autres
48:41des fois prochaines
48:43il y a tellement
48:43de policiers
48:44qui vont être jugés
48:45dans les prochains mois
48:47et prochaines années
48:48s'agissant de violences
48:49policières
48:49parce qu'il y a
48:50beaucoup d'instructions
48:50qui arrivent à leur terme
48:51notamment celle
48:52concernant les gilets jaunes
48:53qu'il y a un moment
48:54ou un autre
48:55les syndicats de police
48:56vont recommencer
48:57à taper du pied
48:59du poing
48:59et l'état
49:00fragile
49:01à l'égard
49:02des syndicats de police
49:03puisqu'ils acceptent
49:04tout ce qu'ils demandent
49:05à un moment
49:06ou à un autre
49:07ils vont faire un faux pas
49:09la peur qu'on a
49:10globalement
49:11d'un point de vue
49:11institutionnel
49:12c'est que la police
49:14devienne un pouvoir
49:15à part entière
49:17au même rang
49:17que le pouvoir législatif
49:19le pouvoir exécutif
49:21et l'autorité judiciaire
49:23et là si on a quatre pouvoirs
49:24au lieu d'en avoir trois
49:25ce qui est le cas
49:27depuis la révolution française
49:28et ce qui permet
49:29une séparation des pouvoirs
49:31on pourrait avoir
49:32ce qu'on appelle
49:32un état de police
49:33c'est ça qui est inquiétant
49:34dans la réaction des institutions
49:47nous avons mis en place
49:49cette mission
49:51avec l'objectif
49:52qui est de comprendre
49:53ce qui s'est passé
49:54à l'occasion de ces émeutes
49:56de ne pas seulement avoir
49:57François-Noël Buffet
49:57je suis sénateur du Rhône
49:59et je préside
50:00la commission
50:00des lois du Sénat
50:02depuis
50:02le mois d'octobre 2020
50:05et dans le cadre
50:06de notre travail parlementaire
50:08et de notre travail
50:09de contrôle
50:10nous avons décidé
50:12et j'ai proposé
50:13à la commission
50:13de mener une mission
50:15sur les émeutes
50:17qu'a connues la France
50:17en juin 2023
50:30On fait mine de s'interroger
50:36donc tout le monde est interrogé
50:37tout le monde a le droit
50:37à la parole
50:38et puis on fait
50:38des grandes synthèses
50:39et on fait des préconisations
50:40C'est un outil formidable
50:42pour dire
50:42je suis à tel endroit
50:43on se retrouve à tel endroit
50:44tout le monde se regroupe
50:45à tel endroit
50:45ici ça se passe pas
50:46et la police n'y allait pas
50:47ici il n'y est pas
50:48on y va
50:49là on peut rentrer par là
50:50on demande un renforcement
50:51de la coopération
50:51et des échanges
50:52entre les réseaux sociaux
50:53et les services de l'État
50:54pour la réunion régulière
50:55du groupe de contact
50:56permanent
50:57pour mieux anticiper
50:57la coordination
50:58entre acteurs
50:59J'ai vu ce qui a été gardé
51:01dans les préconisations
51:03tout l'aspect
51:05remis en question
51:06de la plupart
51:07des sociologues
51:08des experts locaux
51:09des manières de faire
51:10de la police
51:11tout ça passe à la trappe
51:12à la fois des solutions
51:14gouvernementales
51:14à la fois
51:15des préconisations
51:16d'une commission
51:17sénatoriale
51:18c'est-à-dire qu'on a
51:18une espèce de surdité
51:20politique organisée
51:22et assumée
51:23Moi je pense qu'ils ont
51:25une incompréhension chronique
51:27parce qu'on n'est pas du tout
51:29sourds à rien
51:31En tout cas le pouvoir législatif
51:33je pense a fait son travail
51:34de contrôle
51:34et d'analyse
51:35il appartient maintenant
51:36au pouvoir exécutif
51:39de se saisir
51:39de ces sujets-là
51:40et d'aller au bout
51:41des choses
51:42Je pense
51:43et ça ira dans le sens
51:45de nos universitaires
51:48j'allais dire
51:48et de nos chercheurs
51:50que si on s'en arrête là
51:51on aura des problèmes
51:53à nouveau
51:53et tant qu'on ne sera pas
51:55capable
51:55de façon plus large
51:58de définir
51:59ce qu'est un destin collectif
52:00de définir
52:01quel est le rôle
52:01de chacun
52:02de faire respecter
52:03les règles
52:04de notre vie en société
52:05mais également
52:06que chacun trouve
52:08la possibilité
52:08de faire son parcours
52:10sur le territoire
52:11on sera en difficulté
52:12C'est un sujet
52:13fondamental
52:14un sujet politique
52:15fondamental
52:16et il faut que ceux
52:17qui sont en capacité
52:18de proposer des solutions
52:20en réalité
52:22les gouvernants
52:23nous on peut faire bien
52:24tous les rapports du monde
52:25c'est très intéressant
52:26mais ce sera insuffisant
52:27se saisissent de ce sujet
52:29à défaut
52:29on aura des lendemains difficiles
52:34Et le problème
52:34c'est ça
52:35c'est comment on arrête
52:36de faire bégayer l'histoire
52:38et donc pour ça
52:39il faut une volonté politique
52:41voilà
52:41il faut faire en sorte
52:43d'offrir à chacun
52:44et à chacune
52:45un horizon possible
52:46un horizon désirable
52:47C'est le problème
52:48de l'état français
52:50à l'égard des populations
52:52issues
52:53de l'immigration postcoloniale
52:55tant que la France
52:56n'aura pas à régler ce problème
52:58tant qu'on aura
52:59un regard criminalisant
53:01sur les quartiers populaires
53:02tant qu'on commettra
53:04des contrôles de faciès
53:05en permanence
53:06tant qu'on commettra
53:08des violences
53:08et qu'on tuera
53:09des gamins de 16 ans
53:11tant qu'il y aura ça
53:13il y aura d'autres émeutes
53:14d'autres révoltes populaires
53:16quel que soit le terme
53:16qu'on les utilise
53:17d'autres morts
53:18d'autres blessés
53:19d'autres colères
53:21et évidemment
53:22on attend impatiemment
53:24que
53:25l'état
53:26ses représentants
53:28puisse prendre
53:29la mesure du problème
53:31c'est une question
53:32aussi ethnique
53:33parce qu'on est
53:33dans un continuum colonial
53:35mais c'est aussi
53:36et surtout
53:37une question sociale
53:38si
53:39on met tous les pauvres
53:40au même endroit
53:41dans des cages à poules
53:43dans des conditions
53:44de vie pourries
53:45sur une bretelle
53:46du périphérique
53:47ou de l'autoroute 1
53:49et de la 86
53:51avec
53:51pas de transport
53:53pas de
53:55pas d'école digne de ce nom
53:56pas de prof
53:57pas de taf
53:59enfin à un moment
54:00bien sûr que c'est criminogène
54:02mais ça
54:03n'importe qui
54:04d'un peu sensé
54:04le sait
54:05donc on le sait
54:07mais
54:08pour ça
54:09il faut y croire
54:10il faut avoir un projet
54:11il faut investir
54:12puis il faut porter un récit
54:13sauf qu'en ce moment
54:14ceux qui portent un récit
54:16qui s'avère plus désirable
54:18c'est peut-être pas
54:19le bon côté de la pièce
54:23les gilets jaunes
54:23c'est aussi ce qu'ils ont dit
54:24on veut de la dignité
54:26et ça c'est fini comme
54:28pareil
54:28et on ne leur a pas répondu
54:31la banlieue
54:32c'est des zones
54:33pauvres
54:34dans lesquelles les gens
54:35votent pas beaucoup
54:36donc électoralement
54:37100 habitants
54:38en banlieue
54:39pèse beaucoup moins
54:39que 100 habitants
54:40dans une petite ville
54:41française
54:42parce que
54:42il n'y a pas
54:44l'expression politique
54:46qui lie
54:47le gouvernement
54:48à la population
54:50un gouvernement
54:51il va répondre
54:52aux attentes
54:53exprimées
54:54dans les urnes
54:55mais si vous avez
54:56des zones
54:56où les gens
54:56votent pas
54:57et qui sont pauvres
54:58et donc ont pas beaucoup
54:59de moyens de se faire
55:00entendre non plus
55:00il va être plus insensible
55:02en fait
55:02à ces personnes-là
55:06c'est nous qui avons des questions
55:07c'est au gouvernement
55:08de répondre à nos questions
55:10pourquoi ça se passe comme ça
55:11pourquoi la police
55:12est-elle violente
55:13pourquoi y a-t-il des violences
55:14policières
55:15pourquoi y a-t-il
55:16de l'impunité policière
55:17pourquoi il y a du racisme
55:19pourquoi ils n'assument pas
55:20qu'il y a du racisme
55:21assumer qu'il y a du racisme
55:22c'est pas une faiblesse
55:23c'est pouvoir sauver des vies
55:24pourquoi
55:25nous avons tant de questions
55:27et nos vies en dépendent
55:28mon frère a été tué
55:29Naël a été tué
55:30et beaucoup d'autres
55:31ont été tués
55:32on est dans un tournant
55:33et ce tournant
55:34il faut continuer à le prendre
55:36et c'est important
55:37que cette jeunesse se dise
55:39qu'ils sont complètement légitimes
55:41et qu'en face
55:42ils ne se rendent pas compte
55:43que c'est eux
55:44qui ont de la chance
55:45de les avoir
55:46et toute cette jeunesse
55:47elle a une histoire
55:48elle a une histoire
55:49qui revient de loin
55:50et j'ai envie de leur dire
55:51que ce sont des enfants
55:52et des petits-enfants
55:53de héros
55:53qui ont combattu
55:54pour ce pays
55:55pour la France
55:56si on avait considéré
55:59nos arrières
56:00leurs arrières
56:00grands-parents
56:01aujourd'hui
56:02ils auraient un statut
56:03de héros
56:03et on ne tue pas
56:04les petits-enfants
56:05de héros
56:05et on ne tue pas
56:50voilà trois mois
56:51que la Nouvelle-Calédonie
56:52est dans l'impasse
56:53en proie
56:54à une nouvelle flambée
56:55de violence
56:56le bilan
56:57est porté
56:57à 11 morts
56:58après qu'un homme
56:59a été tué
56:59par des tirs
57:00de gendarmes à Thio
57:01les esprits
57:02s'échauffent
57:02en Martinique
57:03et ça fait
57:04depuis une quinzaine
57:05de jours
57:06que ça dure
57:06depuis le début
57:07du mois de septembre
57:08regardez les dernières images
57:10dans les rues
57:12de Fort-de-France
57:12ces derniers jours
57:15le préfet
57:16de Martinique
57:18a instauré
57:18un couvre-feu
57:19partiel
57:20dans certains
57:21quartiers
57:22monsieur François-Noël
57:23Buffet
57:23je ne sais pas
57:24je ne suis pas
57:24gouvernement
57:25ministre auprès
57:26du premier ministre
57:27chargé des Outre-mer
57:28chacun sait ici
57:30qu'il y a des situations
57:31de tension
57:33évidemment
57:33que je les connais
57:36et que ça va être
57:37la première des priorités
57:39bien sûr
57:41à peine nommé
57:42Bruno Retailleau
57:43annonce la couleur
57:44sur ses réseaux sociaux
57:45honoré et fier
57:47de servir la France
57:48au sein du gouvernement
57:49de Michel Barnier
57:49les forces de l'ordre
57:51qui risquent leur vie
57:52pour la sécurité
57:52de nos compatriotes
57:53peuvent compter sur moi
57:55je serai leur premier soutien
57:56la politique
57:57de la majorité nationale
57:59avec trois priorités
58:02vous les retiendrez facilement
58:05la première
58:06rétablir l'ordre
58:08la deuxième
58:09rétablir l'ordre
58:10la troisième
58:11rétablir l'ordre
58:13de la première
58:13rétablir l'ordre
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