00:00France Inter
00:04Mathilde Munoz
00:07Le 5-7
00:08Il est 6h21, après avoir braqué les projecteurs sur les mairies,
00:12il est important de regarder aussi du côté des intercommunalités,
00:16les agglomérations, communautés de communes ou métropoles,
00:18qui disposent bien souvent de prérogatives très importantes
00:21et où les majorités politiques risquent de changer aussi ces prochaines semaines.
00:25Et si c'était d'ailleurs l'échelon le plus important au niveau local ?
00:28Bonjour Brice Socol.
00:29Vous êtes politologue et essayiste, spécialiste des territoires.
00:33Aujourd'hui le vrai boss c'est qui ? Le maire ou le patron de l'intercommunalité ?
00:36Écoutez en toute franchise, aujourd'hui moi je dirais que c'est l'intercommunalité,
00:41c'est le président de l'intercommunalité.
00:42En fait toutes les têtes sont déjà tournées vers l'intercommunalité.
00:45Là on va voter pour les conseils municipaux, pour les maires,
00:48c'est important, c'est symbolique le maire parce que c'est le tiers de confiance des français.
00:52Mais en fait le vrai pouvoir aujourd'hui c'est celui qui va présider son intercommunalité.
00:57Qu'est-ce qui relève d'elle ?
00:58Écoutez, je dirais presque tout.
01:00Qu'est-ce qui ne relève pas d'elle ?
01:02La commune elle a quoi comme pouvoir ?
01:03Le maire peut délivrer les permis de construire,
01:07a autorité sur le funéraire,
01:10et puis sur un pouvoir de police.
01:12Mais tout le reste, l'aménagement du territoire,
01:14tout ce qui est la gestion des déchets,
01:16les ordures ménagères,
01:17l'assainissement,
01:18le financement et la construction des équipements publics,
01:20vous savez des stades, des médiathèques,
01:22tout ça relève de l'intercommunalité.
01:24Et ces compétences-là, c'est définie et limitée par la loi ou c'est à la carte selon les
01:28agglos ?
01:28Elles sont définies par la loi pour la majorité d'entre elles.
01:33Et c'est bien, là la question c'est qu'en fait,
01:35vous savez c'est apparu d'abord au XIXe siècle,
01:38voilà ces regroupements de communes,
01:40pour faciliter, pour mutualiser l'assainissement, la voirie.
01:44Puis vous avez eu les grandes lois de décentralisation de 1982,
01:47vous avez eu la loi chevènement de 1999,
01:49et puis des lois techniques depuis.
01:51Et progressivement, on a renforcé le pouvoir de ces intercommunalités.
01:55Mais il faut dire à nos auditeurs que ce ne sont pas des collectivités locales,
01:59attention, ce sont des établissements publics.
02:02Donc avantage aux intercommunalités pour les prérogatives,
02:05pour les compétences, pour les budgets, qu'est-ce qui gagne ?
02:07Pour les budgets, c'est évidemment l'intercommunalité qui gagne.
02:10Avec quel ordre de grandeur par exemple ?
02:12C'est quoi un budget d'une intercommunalité où il y a une grosse ville ?
02:15Non mais c'est énorme, c'est énorme parce qu'en fait, ça dépend des dotations de l'État,
02:20et puis ça dépend, on appelle ça des impôts, des entreprises.
02:23Les entreprises payent un impôt qui va aujourd'hui à l'intercommunalité.
02:27C'est ce qu'on appelle des groupements à fiscalité propre,
02:29on ne va pas rentrer dans la technique,
02:31mais ils ont une autonomie financière conséquente.
02:34C'est eux qui financent pratiquement toutes les infrastructures aujourd'hui sur un territoire.
02:38Et donc est-ce que ça donne une autre lecture finalement du résultat des municipales ?
02:41On va prendre l'exemple de Lyon,
02:42parce qu'en fait, c'est la seule ville où on a aujourd'hui déjà l'intercommunalité
02:45parce qu'ils votent dès les municipales.
02:47C'est une exception, c'est la seule ville où c'est comme ça.
02:50Donc Lyon reste écologiste avec la victoire de Grégory Doucet.
02:53Mais Jean-Michel Aulas, qui pourrait bien, d'après ce que j'ai vu,
02:56devenir le premier vice-président de l'AGLO ?
02:58Est-ce que finalement, ce n'est pas lui qui aurait plus de pouvoir ?
03:00Écoutez, oui, on peut dire qu'il a gagné, si je puis dire, sur tapis vert,
03:04même s'il y a eu une élection.
03:05C'est comme vous le disiez justement, c'est la seule ville où il y a eu une élection.
03:07Parce que le pouvoir économique, le pouvoir d'aménagement, le pouvoir financier,
03:11aujourd'hui, il est à la métropole du Grand Lyon.
03:13Et lorsque Grégory Doucet va continuer peut-être sa politique en matière de voirie,
03:21jusqu'à présent, elle était co-financée,
03:23elle était accompagnée par la métropole,
03:25puisque c'était la même couleur politique.
03:27Donc la politique dans les grandes métropoles,
03:29dans les grandes communautés urbaines, joue un rôle déterminant.
03:32Si votre président de communauté urbaine ou de métropole
03:36est de la même couleur politique que votre maire,
03:39ça facilite les relations, ça facilite l'aménagement,
03:41ça facilite le financement des infrastructures.
03:45Si, comme c'était le cas par exemple dans la dernière mandature à Cherbourg ou à Dinant,
03:50vous aviez un maire d'une couleur et un président d'une autre couleur,
03:53parfois c'est un peu compliqué pour arbitrer les financements et les aménagements.
03:58Et comment ça se passe ?
03:59Comment se passent les relations généralement, donc entre les mairies et les agglos,
04:03quand il y a une grosse ville ou quand ce sont des communautés de communes en milieu rural ?
04:08C'est différent ?
04:09Oui, c'est totalement différent.
04:10Vous savez, vous avez deux logiques dans l'intercommunalité.
04:13Alors vous avez une logique qui est d'abord, qui peut être politique.
04:16On vient d'en parler.
04:18Et c'est rare parce qu'en fait, initialement,
04:22notamment dans la ruralité, dans la périurbanité, dans les villes moyennes,
04:25ça se fait en bonne intelligence.
04:26C'est-à-dire qu'on peut avoir le maire d'une ville-centre qui est président de l'intercommunalité
04:30et qui gère avec des communes rurales, intelligemment, l'aménagement du territoire.
04:36On va faire une médiathèque dans telle petite ville et pas forcément dans la ville centrale.
04:40Et puis vous avez aussi des intercommunalités qui ne sont pas gérées par le maire de la ville-centre,
04:46qui sont gérées paradoxalement par un maire d'une commune rurale.
04:49Et là, peut-être, ça peut être parfois un peu plus compliqué parce que le maire d'une commune rurale
04:53n'a pas forcément la vision de ce qu'est une grande ville.
04:57Quelles sont les agglomérations qu'il va falloir suivre dans les prochaines semaines ?
05:00Écoutez, prenons l'exemple par exemple de Marseille.
05:03Marseille est intéressant parce que M. Payan est arrivé en tête de ses élections municipales.
05:07Il a été élu maire de Marseille, mais il est minoritaire à la métropole.
05:11Et donc, il va falloir qu'il discute peut-être avec des élus d'autres couleurs politiques,
05:16peut-être centristes, avec la maire d'Aix-en-Provence, le maire de Salon,
05:19pour trouver une majorité de projets.
05:21Vous avez Perpignan. Perpignan, c'est intéressant parce que Perpignan,
05:24c'est la plus grande ville de 100 000 habitants tenue par le Rassemblement national.
05:29Mais jusqu'à présent, il ne présidait pas l'agglomération.
05:32Donc vous voyez, par rapport à ce qu'on a dit, les difficultés sur le plan politique,
05:35peut-être en lui, en termes d'aménagement.
05:37Et je pense qu'il pourrait, parce qu'il y a deux communes qui ont basculé
05:40au Rassemblement national dans cette agglomération,
05:42il pourrait peut-être, demain, être le premier président du Rassemblement national
05:47d'une intercommunalité.
05:50Brice Coll, je le disais, les citoyens, à part à Lyon,
05:52analysent pas directement leurs conseillers communautaires.
05:55Donc on ne vote pas pour eux, mais ce sont eux qui ont le pouvoir,
05:57d'après ce que vous nous dites.
05:59Vous pensez que ça participe de la crise démocratique ?
06:02Pour moi, c'est un des éléments de la crise démocratique locale.
06:05On ne connaît pas les gens qui nous dirigent, finalement.
06:07Voilà, le maire reste le tiers de confiance.
06:10de nos concitoyens.
06:11On va voir le maire quand on a des besoins,
06:13quand on a des choses à lui demander, etc.
06:15Il est à portée de baffe, mais on ne connaît pas son président
06:18d'agglomération, son président d'intercommunalité.
06:20Et ça, c'est un vrai sujet, parce qu'on a besoin
06:22que le pouvoir de proximité soit incarné.
06:24Et si on a eu un taux d'abstention aussi élevé,
06:27c'est aussi une de ces raisons-là.
06:28C'est parce que parfois, on va voir le maire,
06:30le maire dit, mais c'est pas moi, c'est le président de l'interco,
06:32c'est pas moi, c'est le département, c'est la région.
06:34Et donc, le maire est pris en étau
06:37entre des compétences qu'il n'a pas
06:39ou qu'il n'a plus, et des citoyens
06:40de plus en plus exigeants.
06:41Et alors, comment on sort de l'impasse ?
06:43Est-ce qu'il y a une réflexion politique sur le sujet ?
06:44Ou tout le monde s'en fiche ?
06:47Tous les deux, trois ans, il y a le marronnier de la...
06:49Voilà, on a une loi de décentralisation.
06:50Mais je pense que c'est une priorité aujourd'hui,
06:52c'est un vrai sujet.
06:53C'est-à-dire qu'il va falloir réformer l'État,
06:55il va falloir rapprocher le pouvoir
06:57de nos concitoyens,
06:58et il va falloir définir ce que fait ou pas
07:00l'intercommunalité et la région
07:02dans les années à venir.
07:03Merci beaucoup pour vos explications,
07:05Brice Socol, politologue et essayiste.
07:07Et je vais citer le livre que vous avez écrit
07:09avec Frédéric Dhabi,
07:10de L'écharpe et les tempêtes.
07:12Et c'est publié aux éditions de Lobby,
07:14les 6h28.
07:15Et à la suite.