00:00Il est 8h20 sur BFM Business et sur AMC Life, notre invité c'est Thomas Reynaud.
00:03Bonjour, vous êtes le directeur général d'Iliad, vous avez publié vos résultats annuels mardi.
00:08Chiffre d'affaires en hausse de 3,2%, 62 millions d'abonnés en Europe.
00:13Vous en avez gagné même en France où le marché est quand même assez abouti,
00:18où il faut aller chercher chez les concurrents, plus 200 000.
00:21Où est-ce que vous allez les chercher ? Est-ce que c'est toujours le prix qui fonctionne chez
00:25Free
00:25où désormais vous arrivez à faire venir sur autre chose et peut-être avec des offres à valeur ajoutée ?
00:31Free c'est un peu une triple promesse, vous l'avez dit, c'est une promesse de pouvoir d'achat,
00:34c'est aussi une promesse d'innovation et on a beaucoup bousculé le marché français en 2025 avec des innovations.
00:39On a désormais un VPN gratuit dans son offre mobile Free,
00:42on a une nouvelle application Free TV qui fait un carton et l'investissement.
00:49On a énormément investi, on a beaucoup plus investi que nos concurrents.
00:52On réinvestit l'équivalent de quasiment 20% de notre chiffre d'affaires dans nos réseaux
00:57et on a désormais 41 millions de foyers qui ont accès à la fibre Free.
01:00On a plus de 30 000 points hauts et on est le numéro 1 de la 5G.
01:03Et c'est ce que les Français reconnaissent et c'est pour cela qu'ils nous plébiscitent,
01:07à la fois pour la qualité de nos réseaux, notre innovation et cette promesse de pouvoir d'achat.
01:12Alors avant qu'on arrive sur les sujets tech avec Anthony Morel,
01:14puisque c'est ça qui l'intéresse, le rachat de SFR et cette consolidation dont on parle,
01:19le passage à trois opérateurs, je ne sais pas, depuis 20 ans, 15 ans,
01:21enfin le passage à trois opérateurs attendu.
01:24Selon les informations de BFM Business, il y aurait une offre qui serait en train de se constituer.
01:28Alors est-ce que c'est 20, 22 milliards ? Est-ce que c'est le chiffre autour ?
01:32C'est juste une question de prix aujourd'hui, la question du rachat des SFR ou c'est plus compliqué
01:37que ça ?
01:38C'est un tout petit peu plus complexe.
01:41Vous savez, c'est comme dans un marathon, ce sont les derniers kilomètres qui sont les plus difficiles.
01:45Nous sommes dans la dernière ligne droite des discussions, mais ces discussions,
01:49même si on parle de la consolidation depuis 2014, ces discussions, en tout cas dans ce cycle de négociations,
01:55n'ont débuti que début janvier, lorsqu'on a commencé l'audit de SFR.
02:00Donc on se retrouve autour de la table, le vendeur, les potentiels acheteurs, uniquement depuis quelques semaines.
02:06Mais vous avez raison, on est sur le point de rentrer dans les arrêts de jeu.
02:10Et si ça ne se fait pas, c'est grave ? Il faut absolument que ça se fasse ou pas
02:14?
02:14Quelle est l'idée de la consolidation ? C'est assurer la pérennité des investissements, la pérennité des réseaux.
02:22Le marché français est probablement le marché le plus exigeant au monde.
02:26Pourquoi ?
02:26IAD opère dans 19 pays dans le monde, mais en termes d'obligations d'investissement,
02:30de surfiscalité sectorielle, de concurrence entre les opérateurs,
02:35on est aujourd'hui dans le marché le plus exigeant au monde.
02:38Et on a le sentiment que dans un marché en plus qui devient mature,
02:41que cette consolidation apparaît inévitable à terme.
02:46Ça compenserait tout ça ?
02:47Comment elle va intervenir ? Je ne sais pas.
02:49En tout cas, moi ce que je peux vous dire pour Free, c'est que ce n'est pas une
02:51fin en soi.
02:51C'est juste un moyen de faire grandir notre modèle avec plus d'abonnés.
02:56Nous sommes dans un métier avec des effets d'échelle.
02:58Et aussi, et c'est ça qui nous intéresse, un moyen d'accélérer,
03:01d'accélérer nos investissements dans l'IA, dans le cloud,
03:05dans la puissance de calcul dédiée à l'intelligence artificielle.
03:0822 milliards, c'est à peu près le prix ?
03:11On ne va pas avoir cette négociation ici, ça sera autour d'une autre table.
03:14Anthony ?
03:15Vous avez prononcé les mots-clés, cloud, puissance de calcul,
03:18ça c'est extrêmement intéressant.
03:19Est-ce que dans quelques années, Free sera encore un opérateur ?
03:22Ou sera encore principalement un opérateur ?
03:24Ou est-ce que ce sera plutôt justement tout ce que vous êtes en train de mettre en place
03:27dans le domaine des data centers avec Scaleway,
03:30dans le domaine de l'intelligence artificielle qui va prendre le pas ?
03:33Dans quelles mesures ça va devenir important dans les années qui viennent ?
03:36Free continuera, il y a, il continuera à être un opérateur télécom avant tout.
03:40On est présent dans 19 pays dans le monde, on a plus de 110 millions d'abonnés.
03:45Mais depuis 5-6 ans, avec une conviction très forte
03:47qui est portée par le fondateur de Free, par Xavier Niel,
03:51on investit dans des nouveaux métiers qui nous semblent essentiels.
03:53D'une part, parce que, comme on vient de le dire,
03:55le marché des télécoms devient de plus en plus mature.
03:57Et nous, on est un peu une boîte de développeurs, une boîte d'ingénieurs.
04:01On a développé des véritables expertises.
04:03À la différence de nos concurrents, on construit nos propres Freebox,
04:06on construit certains réseaux télécoms.
04:08Et on a une véritable expertise que l'on est en train de redéployer
04:10dans des sujets qui nous sommes essentiels pour le développement de notre groupe.
04:14Mais pour l'Europe, la puissance de calcul dédiée à l'intelligence artificielle,
04:19on a besoin de puissance de calcul localisée en France.
04:23C'est une question de souveraineté.
04:25C'est une question qui est tout aussi importante que l'énergie ou les réseaux.
04:27Là, vous avez un gros projet avec EDF.
04:30C'est ça, c'est 4 milliards d'euros pour développer un data center
04:32de plusieurs centaines de mégawatts.
04:35C'est à la fois hyper impressionnant.
04:37Et en même temps, quand on compare avec les annonces
04:39que les Américains font tous les jours,
04:41où c'est des puissances en gigawatts,
04:42avec des sommes qui sont pour le coup pas en milliards,
04:45mais en dizaines, voire en centaines de milliards,
04:47on se dit qu'on est encore des nains.
04:48Est-ce qu'on a les armes quand même pour mener cette bataille-là ?
04:51Moi, je considère qu'il n'est pas trop tard.
04:52On est au tout début de cette bataille.
04:55L'investissement que vous mentionnez,
04:57c'est un investissement qui est important.
04:58Ça pourrait devenir le premier data center en Europe
05:01en termes de puissance de calcul dédié à l'intelligence artificielle.
05:04On parle d'un site de 250 à 300 mégawatts
05:07qui s'installe sur une ancienne friche industrielle,
05:10une ancienne centrale à charbon sur 24 hectares.
05:14Et c'est essentiel.
05:15Aujourd'hui, le projet est bien avancé.
05:18On a les financements, on a les compétences,
05:21le design est prêt.
05:23On a beaucoup de clients qui viennent taper,
05:25et notamment d'acteurs européens de l'intelligence artificielle
05:27qui viennent taper à notre porte.
05:28Aujourd'hui, le principal enjeu,
05:29c'est les autorisations administratives.
05:31Et c'est sur quoi nous sommes très concrètement en train de se battre.
05:35Mais sur les questions de souveraineté,
05:36vous avez vraiment l'impression qu'il se passe quelque chose.
05:38On voit aujourd'hui l'État qui fait des appels d'offres
05:40pour passer d'un acteur américain à des acteurs européens.
05:43On en est là, vraiment, au-delà des réflexions, à faire des contrats ?
05:47Oui, nous sommes dans un moment véritablement européen.
05:49Je pense qu'il y a eu un avant et un après
05:51les mesures protectionnistes décidées par Donald Trump,
05:54le Liberation Day.
05:55Et nous, on le voit à travers Scaleway.
05:57Scaleway, c'est notre société de cloud
06:00qui n'est pas du tout exposée aux législations extra-européennes.
06:04C'est vraiment un cloud souverain.
06:05Et on a vu, depuis le Liberation Day,
06:08une multiplication de grands contrats.
06:10On a signé la mairie de Copenhague,
06:13je pense que c'est lié avec le Groenland,
06:15pour la gestion des données des administrés
06:18qui vivent à Copenhague.
06:19On a signé la Commission européenne sur son projet
06:22d'euro numérique.
06:23Vous allez faire quoi là-dessus ?
06:24Et enfin, on a signé un certain nombre de contrats
06:28avec des grandes sociétés du CAC 40.
06:31Et il y a ce moment de prise de conscience
06:35extrêmement importante
06:36et qui, quelque part, vient valider
06:37nos investissements depuis 5-6 ans sur ces sujets-là.
06:40Vous allez faire quoi sur l'euro numérique ?
06:42Sur l'euro numérique, on va mettre à disposition
06:44de la Commission européenne
06:46toute l'infrastructure de calcul,
06:49d'hébergement des données.
06:50Sur la partie intelligence artificielle,
06:53ce qui est intéressant également,
06:54c'est que vous travaillez avec Mistral,
06:56vous travaillez avec Qtai aussi,
06:57dont on parle souvent,
06:58un laboratoire de recherche.
06:59Donc là, on a l'impression qu'en fait,
07:00il y a peut-être une possibilité
07:02de début d'écosystème
07:03qui est en train de se mettre en place.
07:04C'est plus seulement les briques,
07:05on a le modèle de langage Mistral,
07:07les datacenters avec Scaleway,
07:08les laboratoires de recherche,
07:09tout est en train de s'imbriquer.
07:11Et peut-être là, pour le coup,
07:12une vraie réponse
07:12à ce que font les Américains
07:13et les Chinois aujourd'hui.
07:14C'est peut-être comme ça, en fait,
07:15que la riposte française et européenne
07:16peut se mettre en place.
07:17Non, l'écosystème, il est là.
07:19Et ce qui est important,
07:20c'est qu'il soit là,
07:20non pas uniquement à l'échelle française,
07:23mais à l'échelle européenne,
07:24parce que je ne crois pas
07:24à une souveraineté numérique française.
07:26Ce sera une souveraineté numérique européenne.
07:29L'écosystème est là,
07:30les acteurs sont là,
07:30ce dont on a besoin,
07:31c'est d'un changement d'échelle.
07:33Et le changement d'échelle,
07:33il passe par des décisions politiques,
07:35par une volonté politique.
07:37Les entreprises font beaucoup,
07:38mais on a besoin, selon moi,
07:40de trois choses.
07:41Mais on l'a aujourd'hui ou pas,
07:41cette volonté politique européenne
07:43de changer les choses ?
07:44Vous la ressentez ?
07:45Alors, il y a eu ces rapports,
07:47Draghi, l'État,
07:48pendant qu'on voit passer
07:49des rapports à l'action.
07:51On commence à voir les lignes bouger,
07:53notamment sur la commande publique,
07:55fléchées vers des acteurs européens,
07:57ce que l'on appelle
07:57un European by Act.
07:58Le commissaire français Stéphane Séjourné
08:01travaille sur ces enjeux-là.
08:04On doit aussi faire tomber
08:06les barrières administratives
08:08et avoir un réel marché européen.
08:11On a besoin d'un marché unique.
08:13Et donc ça, ça passe par un gros travail,
08:15un choc de simplification administrative.
08:18Il ne faut pas pointer du doigt Bruxelles.
08:19Le législateur français
08:20a une part de responsabilité aussi importante
08:23dans la surtransposition
08:24du droit européen en droit français,
08:26en étant parfois
08:27beaucoup plus exigeant
08:29que ce qu'impose
08:29le droit européen
08:31et l'union des marchés de capitaux.
08:33Merci beaucoup Thomas Reno
08:34d'être venu ce matin
08:35directeur général d'Iliad.
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