00:00Mathieu Bocoté, il y a plusieurs manières d'écrire le bilan des élections municipales.
00:04L'une d'entre elles consiste à avoir ce qu'elles disent de l'état de la démocratie française.
00:09Et selon vous, elle pourrait être en phase d'autodestruction.
00:14Oui, je pense qu'il nous faut poser le juste diagnostic.
00:18C'est-à-dire, on doit cesser à certains égards de parler de politique comme les journalistes parlent de politique.
00:23C'est-à-dire la passion des coulisses, la passion des alliances secondaires.
00:27Et chercher à comprendre la politique du point de vue du commun des mortels.
00:30Et le sentiment qui prédomine, je crois, ne serait-ce que l'abstention en est un signe,
00:35mais le vote pour des partis moralement interdits en est un d'autre, c'est un profond dégoût.
00:41Un profond rejet.
00:42Pas simplement de telle partie, pas simplement de tel autre,
00:45mais un rejet et un dégoût de la classe politique et de la politique elle-même,
00:50comme si elle avait non seulement déçu,
00:52mais comme si finalement elle se retournait contre le commun des mortels et contre le pays.
00:57Et le commun des mortels se dit, mais désolé, mais cette farce, je n'y participe plus, je n'irai
01:02plus voter.
01:03On nous dit, l'élection du maire, c'est la plus importante pour les Français, manifestement.
01:07C'est moins vrai qu'on le dit.
01:08Parce que plusieurs s'en détournent en disant, c'est assez, c'est assez.
01:11Donc je pense qu'il nous faut comprendre ce dégoût
01:13et voir comment une certaine conception de la démocratie aujourd'hui
01:17se retourne contre elle-même, entre dans une logique d'autodestruction.
01:21Parce que bon, démocratie, c'est le mot, on dit le mot démocratie, c'est l'équivalent de dire bien.
01:25Démocratie égale bien, démocratie égale juste.
01:27Mais ce pourrait-il que quelquefois cette idée se retourne contre elle-même.
01:30C'est un peu l'hypothèse que nous allons suivre.
01:32Alors, premier élément, en démocratie aujourd'hui, on a le culte des droits de l'homme.
01:36Le culte des droits de l'homme au point d'oublier quelquefois la figure du peuple.
01:39La figure du peuple, c'est presque de trop.
01:41Donc il y a un culte des droits de l'homme, un culte de l'universel
01:45qui culmine quelquefois dans une forme de préférence,
01:48non seulement pour l'universel, mais une préférence étrangère,
01:50une préférence pour l'étranger et un dégoût de soi.
01:54Donc c'est comme si pour embrasser l'humanité dans son ensemble,
01:56on devait se maudire soi-même.
01:58Je citerai ici Bali Bagayoko, le nouveau maire de Saint-Denis,
02:02qui a eu cette formule sur la Nouvelle-France.
02:05C'était ce matin, je crois, ou hier.
02:07La Nouvelle-France s'inscrit pleinement dans la République.
02:10Elle y est bien plus fidèle que les tenants du RN.
02:14La Nouvelle-France, ce sont les enfants de la République
02:16qui ont grandi dans les quartiers populaires.
02:18Trop souvent, ils ont été relégués ou stigmatisés.
02:21Saint-Denis-Pierre-Fitte deviendra la capitale de l'insoumission.
02:24C'est intéressant.
02:25Donc la vraie France, on nous explique ici qu'il y a une vraie France.
02:27Pendant des années, on nous a dit qu'il n'y avait pas de vraie France,
02:29il n'y avait que des Français.
02:30Là, il y a une vraie France.
02:32C'est un mot sale.
02:34Absolument.
02:35Il fallait s'en détacher.
02:36Il fallait des républiques à la place.
02:37Et là, la France retrouve une existence, une existence propre.
02:41C'est celle de la population historique de Saint-Denis
02:43dont nous parlait M. Bagayoko.
02:46Et dans les circonstances, c'est une forme de préférence étrangère.
02:49Une préférence étrangère, cette idée que la véritable France
02:51est celle issue de l'immigration.
02:53Je note que les scènes dont nous parlerons plus tard
02:57de brutalité contre les élus,
02:59il y a quand même une dimension là-dedans que personne ne mentionne.
03:01C'est une volonté, pas toujours, mais fréquente,
03:03d'humiliation ethnique, de revanchisme racial.
03:05Si on ne nomme pas ce qu'on a devant les yeux
03:07parce qu'une forme d'interdiction morale à nommer ce qu'on voit,
03:10si on ne voit pas que les tensions ethniques...
03:11Ou aussi raciales.
03:12Je ne dis pas que c'est que ça.
03:13Je dis que c'est aussi ça.
03:15Et je note que plusieurs politiques aujourd'hui,
03:17Éric Zemmour, Marion Maréchal, mais bien d'autres,
03:19ont pris la peine de dire qu'il faut nommer cette réalité.
03:21Je ne veux évidemment pas réduire ça à ça,
03:23ça serait scandaleux.
03:25Vous permettez qu'on regarde un tweet de Rima Hassan ?
03:27Mais bien sûr !
03:27Ah oui, sur les nôtres ?
03:28Oui.
03:29Allez-y.
03:29Regardons effectivement ce tweet de Rima Hassan.
03:32Je ne sais pas si France, notre chef d'édition, l'a.
03:35Elle dit la fierté des nôtres.
03:37Et elle montre, voilà, six mères noires issues de banlieues
03:41à la tête des villes qui les ont vues grandir.
03:44Pas un hasard, pas un symbole isolé, une réalité.
03:46Ce qui s'impose, ceux qu'on pensait loin des décisions
03:50sont désormais au cœur, discrètement, le paysage change
03:53et ce n'est que le début.
03:55Donc, les nôtres, mais qui sont les autres ?
03:57Qui sont les autres ? Je suis curieux de le savoir.
03:59Premier élément.
04:00Deuxième élément de ce qu'on pourrait appeler
04:02cette démocratie qui s'autodétruit,
04:03vraiment la suradministration.
04:05Là, c'est un tout autre registre.
04:06Mais la suradministration, qu'est-ce que c'est ?
04:07On a comme idéal, en démocratie, on veut tout gouverner,
04:10tout administrer, tout planifier,
04:12selon la saine raison, selon la science,
04:14selon les projets collectifs.
04:15Mais dans les faits, on accouche d'une classe bureaucratique
04:18qui s'autonomise.
04:20Et cette classe bureaucratique,
04:21ces postes qui se multiplient,
04:23ces technostructures qui s'étend,
04:24dans les faits, qu'est-ce que ça fait ?
04:25Ça paralyse la politique.
04:26Ça paralyse la démocratie.
04:28Ça crée une société dans l'administration permanente
04:30d'elle-même, mais incapable de prendre
04:32les réformes nécessaires.
04:33Autre élément, le gouvernement des juges.
04:35Le gouvernement des juges, et là, c'est important,
04:37officiellement, le pouvoir des juges,
04:38c'était pour nous protéger de l'arbitraire.
04:40Donc, c'était pour nous protéger
04:42d'un souverain capricieux
04:43qui déciderait de frapper à sa guise.
04:45Dans les faits, et on le voit
04:46avec Fabrice Delgérie aujourd'hui,
04:48la frappe lancée contre Fabrice Delgérie,
04:50qu'est-ce que ça veut dire ?
04:50C'est l'arbitraire des juges,
04:53c'est la volonté de paralyser par le droit
04:55l'action politique,
04:56c'est la volonté de criminaliser
04:57l'action des élus,
04:59c'est la volonté de criminaliser
05:00l'action du politique
05:01quand il s'agit de protéger son propre peuple.
05:03C'est une donnée essentielle aujourd'hui.
05:05Donc, le droit se retourne contre le droit.
05:08La logique des droits sociaux,
05:09si je prends la peine de le dire,
05:10alors les droits sociaux, à la base,
05:11c'est bien pour tout le monde,
05:12c'est-à-dire qu'on entend les droits minimaux,
05:13mais à partir d'un certain moment,
05:15il pousse à l'engourdissement démocratique.
05:17Il nous transforme en clients de l'État,
05:20il nous transforme en assistés permanents de l'État.
05:23Et quand on est dans ce rapport
05:24d'assistanat permanent avec l'État,
05:26quelle que soit notre couleur de peau,
05:27soit dit en passant,
05:28quelles que soient nos origines,
05:29l'assistanat crée un rapport de dépendance
05:31et ça finit par créer une forme
05:32d'engourdissement civique.
05:34Je pense qu'on doit le dire aussi.
05:36Et un autre élément dans cette démocratie
05:38qui se retourne contre elle-même,
05:39le culte de la propagande.
05:40Ça, je pense qu'il faut le nommer aujourd'hui.
05:42Théoriquement, en démocratie,
05:43on veut se convaincre les uns les autres.
05:44C'est très bien, c'est une bonne chose.
05:46Mais le fait est que pour convaincre les uns les autres,
05:47on passe rapidement de la conviction
05:49à la propagande, à la manipulation.
05:51Et dès lors, la population est infantilisée.
05:54On cherche le slogan le plus bête,
05:55le plus excitant,
05:56pour être capable de mobiliser sa troupe,
05:58l'amener voter et conserver le pouvoir
06:00pour les siens ensuite.
06:01Donc, tous les grands idéaux
06:03qu'on défend presque systématiquement
06:04sur le mode pavlovien,
06:06on les voit se retourner contre nous aujourd'hui.
06:08Voilà pourquoi je dis de cette démocratie
06:10qu'elle s'auto-détruit.
06:11Juste pour Fabrice Lédieri,
06:13pour placer aussi dans le contexte,
06:14rappeler que c'est l'ancien directeur de Frontex
06:17et qu'il fait l'objet d'une enquête
06:19pour complicité de crimes contre l'humanité
06:22à la suite de plaintes d'officines immigrationnées.
06:26Pour avoir mené une politique recommandée
06:28de protection des françaises européennes.
06:31C'est ça.
06:32Alors, vous nous présentez...
06:33Pardon ?
06:34Oui, bien sûr, même chose que Salvini.
06:35Exactement.
06:36Vous nous présentez, Mathieu Beaucouté,
06:38une sorte de système bloqué.
06:40On regarde les Français
06:41qui se disent, effectivement,
06:42on ne va pas voter.
06:43C'est l'abstention.
06:44Mais est-ce que ce système est réparable ?
06:46Donnez-nous un peu d'espoir.
06:47Je devrais dire oui.
06:48Donc, un peu.
06:52Mais dans quel sens ?
06:53Alors, tout système bloqué
06:54provoque par définition une réaction.
06:56Ça, on pourrait dire,
06:57c'est presque une loi de la physique.
06:58Donc, on a un système qui est bloqué,
06:59qui contrarie de plus en plus
07:01une population qui n'en peut plus.
07:03Dès lors, cette population,
07:04soit elle se réfugie dans l'abstention,
07:06soit elle se tourne vers ce qu'on appelle,
07:07ce que le système appelle les extrêmes
07:09pour les discréditer,
07:10mais les partis populistes qui disent,
07:11ça ne va plus dégager.
07:13Dégager.
07:14On ne veut plus des réformettes.
07:15On veut qu'ils dégagent,
07:16qu'ils dégagent soit les nuls
07:18ou alors les malveillants
07:20ou alors les idéologues fous
07:21qui nous gouvernent.
07:22Il arrive de temps en temps
07:23dans l'histoire
07:24qu'il faille dégager
07:24la classe politique dominante.
07:26Donc, plusieurs se disent cela.
07:28Une fois que c'est dit,
07:30la classe politique
07:30est quand même assez nulle,
07:32franchement,
07:32d'un parti à l'autre,
07:33soyons honnêtes,
07:33on n'est pas exactement
07:34à l'époque des grands hommes politiques.
07:36Pourquoi ?
07:36Parce qu'il n'y a plus
07:37de grands hommes aujourd'hui ?
07:38Non.
07:38C'est dans une société
07:39où la politique est bloquée de partout,
07:41où la démocratie semble en faillite.
07:42Mais ceux qui ont des grandes ambitions,
07:44ceux qui ont de véritables...
07:45Les grands hommes,
07:46comme on disait autrefois,
07:47ne vont plus en politique.
07:48Ils vont dans la tech,
07:49ils vont dans le capitalisme,
07:50ils vont dans le domaine
07:51de l'entreprise.
07:52Les véritables personnalités
07:53d'exception fuient la politique
07:55pour aller plutôt
07:56dans les domaines
07:57où il y a un véritable
07:58jeu de conquête possible.
08:00Traduisons ça concrètement.
08:02Si Napoléon Bonaparte
08:03ou Alexandre Legrand
08:04était de retour aujourd'hui,
08:05il ne chercherait pas
08:06à la mi-vingtaine
08:06ou à la mi-trentaine
08:07à se faire élire maire
08:08ou conseiller régional.
08:09Ce n'est pas ainsi
08:10qu'il surgirait
08:11dans la vie publique.
08:12Donc, les personnalités
08:13d'exception aujourd'hui
08:14ont tendance à aller ailleurs
08:15qu'en politique.
08:17Ensuite, qui...
08:18Bon, la politique
08:19attire quand même des gens.
08:20Manifestement,
08:21il ne manque pas de candidats.
08:22Donc, ou à tout le moins,
08:23lorsque les postes
08:23sont vaguement intéressants.
08:24Mais qui est attiré
08:25par la politique aujourd'hui?
08:27Il y en a quelques meilleurs
08:28quand même, il faut le dire.
08:29Je pense sur les plus romantiques
08:30ou les lyriques.
08:31Ceux qui pensent la politique
08:32à la lumière de l'histoire,
08:33de la littérature,
08:34des grandes émotions,
08:35des grands sentiments
08:36et qui veulent redresser
08:37leur pays.
08:37Mais ceux-là,
08:38on les maudit.
08:39Ceux-là,
08:39on les diabolise.
08:41Ceux-là,
08:41on les présente
08:41justement comme
08:42les infréquentables.
08:43Il y a les attirés
08:44de l'appareil,
08:45c'est-à-dire ceux
08:45à qui on promet
08:46la possibilité
08:47d'un poste comme
08:48à Paratchik
08:48dans un appareil.
08:49C'est toujours attirant.
08:50Il y a aussi,
08:52inévitablement,
08:53les médiocres ordinaires
08:54qui trouvent le moyen
08:54de s'accrocher à ça
08:55d'une forme
08:55de fonctionnaire
08:56de carrière,
08:57dans le mauvais sens du terme,
08:59transposée dans la vie
08:59politique à jamais.
09:00Et à travers cela,
09:01il y a aussi
09:01les idéologues de gauche.
09:02Ne les oublions pas.
09:03Ils sont importants
09:04parce qu'eux ont vu
09:04que l'État
09:05est d'abord
09:05un instrument
09:06de conditionnement
09:07de la population
09:07au service de leur idéal
09:09quelquefois toxique.
09:10Et à travers cela,
09:11le commun et mortel,
09:11je le disais,
09:12préfère souvent se replier
09:13dans l'intime,
09:14le privé,
09:15dans les ghettos communautaires,
09:16dans le ghetto familial
09:17en disant
09:18la cité ne m'intéresse plus,
09:19laissez-moi vivre ma vie
09:20à l'abri des fous.
09:22Mathieu Beaucoté,
09:23il y a eu un hommage
09:24une minute de silence
09:24à l'Assemblée nationale
09:25pour Lionel Jospin.
09:26Vous teniez aussi
09:28à dire un mot
09:28sur la commémoration
09:29de Lionel Jospin
09:30qui aura lieu jeudi
09:31parce qu'à votre avis,
09:32il y a un lien
09:32entre ce sujet
09:33de la crise de la démocratie
09:35et Lionel Jospin.
09:36Pourquoi?
09:36Il est très clair, je pense.
09:37C'est-à-dire que la démocratie
09:38souffre d'une crise
09:39de la vérité aujourd'hui.
09:40Alors, je comprends,
09:41je comprends
09:42la mort d'un homme,
09:43donc personne n'a envie
09:44de cracher sur l'homme.
09:45Ça va de soi.
09:45Je maudirais
09:46ceux qui cracheraient
09:46sur l'homme.
09:47Mais est-ce qu'on est obligé
09:49de basculer
09:49dans la célébration
09:51obligatoire du bilan?
09:52Est-ce qu'on est obligé
09:53d'avoir l'impression
09:53que quelque chose
09:54comme De Gaulle
09:54vient de mourir à nouveau?
09:56Est-ce qu'on est obligé
09:56de célébrer tout un héritage
09:58donc du trotiquisme
09:59revendiqué aux 35 heures
10:01à la loi SRU,
10:01à l'AME,
10:02à la régularisation massive
10:03des clandestins,
10:04à la capitulation
10:05devant le voile?
10:06Est-ce que nous sommes obligés
10:07parce que c'est cette espèce
10:08de psychologie conformiste
10:10propre à la démocratie
10:11qui nous oblige
10:11à toujours tous répéter
10:12la même chose,
10:13de peur d'être celui
10:14qui dit quelque chose
10:15de différent
10:15et d'être dès lors
10:16le controversé du jour?
10:17Donc là, chacun cherche
10:18à tricoter son petit compliment
10:19pour Lionel Jospin
10:20et franchement,
10:21sommes-nous obligés
10:22de dire de son oeuvre
10:23qu'elle était si magnifique?
10:24C'était probablement
10:25un homme honorable,
10:26je n'en doute pas,
10:27un grand politique.
10:28Franchement,
10:28on ne m'obligera pas
10:29à mentir pour avoir l'air gentil.
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