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  • il y a 13 heures
Dans son édito du 09/04/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur les possibles ambitions présidentielles de Dominique de Villepin.

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Transcription
00:00Mathieu Bocoté, en France, très intéressant, la presse parle de plus en plus des ambitions présidentielles de Dominique de Villepin.
00:07Dans Le Parisien, en début de semaine, on lisait même, je cite, la nostalgie des grands hommes d'État.
00:13Comment Dominique de Villepin est devenue la nouvelle idole des jeunes ? Sérieux ?
00:19Alors, pour vous poser la bonne question, sur le qu'on peut se dire, c'est une blague, sur le
00:24qu'on peut se dire vraiment le retour,
00:25mais quand Le Parisien, qui est ce qu'on pourrait appeler un journal plutôt institutionnel, cherche, nous présente ainsi cette
00:32information,
00:33je ne peux m'empêcher de me dire qu'on nous passe un message.
00:36Non, mais surtout des jeunes, enfin, je ne crois pas.
00:37Ah, mais ça vient ensemble. C'est un récit, ça vient tout ensemble.
00:40On nous explique, on nous dit, prenez-le au sérieux.
00:43Et moi, je prends au sérieux, quand les élites nous disent, prenez quelque chose au sérieux, je le prends au
00:47sérieux,
00:47parce qu'ils ont une idée derrière la tête.
00:49Alors, qu'est-ce qu'on voit là devant nous ?
00:51On a un homme qui, depuis 2025, joue sur la possibilité de son retour.
00:56Il a fondé un parti, la France humaniste.
00:58On peut dire qu'il est peut-être atteint du syndrome du dernier tour de piste.
01:02C'est-à-dire, dans sa vie, c'est la dernière présidentielle à laquelle il va pouvoir se présenter.
01:05Il a toujours rêvé d'être candidat à la présidentielle et plus encore d'être président.
01:09Donc, il se dit, mais non, fonçons sur un malentendu, ça peut fonctionner.
01:12Mais, cela dit, il y a, la question est celle du créneau.
01:16Mais vous l'avez dit, particulièrement, il est attaché, les jeunes s'attachent à lui.
01:19Donc, qu'est-ce qu'ils apprécient chez lui ?
01:21On pourrait dire que Dominique de Villepin, c'est d'abord un style.
01:23Ce n'est pas moi qui l'ai dit, c'est le Parisien.
01:25Vous avez raison de le mentionner.
01:27Donc, c'est d'abord un style.
01:28Je pense qu'on peut le noter.
01:29Donc, il porte bien, il a une belle voix, il fait des interventions poético-politiques.
01:35On pourrait dire que c'est un peu le Mme Taubira de droite.
01:37C'est-à-dire, une parole un peu empoulée, qui se croit poétique, qui se croit lyrique,
01:43qui croit emporter nos sentiments les plus profonds,
01:46mais qui, chez certains, peut faire rire.
01:48Mais, manifestement, pas chez ces jeunes qui l'admirent.
01:50Il incarne aussi la possibilité d'une forme de France néo-thiermondiste.
01:54Donc, on l'a vu, c'est l'homme qui a le dernier.
01:57Tout ça, on lui reconnaîtra.
01:58En 2003, il a tenu tête aux Américains au moment de la guerre d'Irak.
02:02Et il a envoyé un signal à ce moment-là.
02:04La France n'est pas une province américaine.
02:06Elle a sa propre politique étrangère.
02:07Et c'est à ce moment, d'ailleurs, qu'il a gagné la réputation d'un grand homme d'État,
02:12potentiellement.
02:13Donc, il appartient à une période de l'histoire où la politique voulait dire quelque chose.
02:17Aujourd'hui, c'est le monsieur international dans la politique française.
02:21Il joue un peu le rôle d'une forme de Kissinger idéaliste.
02:24C'est-à-dire, c'est celui qui comprendrait tous les mécanismes de la politique internationale,
02:27mais qui refuserait le cynisme et qui nous éduquerait sur la possibilité d'une amitié entre les peuples.
02:33Et il renaît, bien évidemment, médiatiquement, autour de Gaza.
02:37Parce que là, il prend position très clairement pour Gaza contre Israël.
02:40Mais au-delà de ça, on pourrait dire que, sur la question de l'Iran, il y a un préjugé
02:43anti-américain fort chez lui.
02:45Il y a un préjugé anti-occidental fort au sens large chez lui.
02:49Donc, il se crée une forme de base autour de cela.
02:52Et chez les plus jeunes, il est vrai, il a un vrai succès sur TikTok, il a un vrai succès
02:55sur les différents réseaux sociaux.
02:57Donc, l'espèce de grand écart entre le style à l'ancienne du politique poète qui a connu les grands,
03:05qui était témoin de l'époque des grands, et de l'autre côté, le format TikTok et ainsi de suite,
03:09eh bien, ça fait une rencontre imprévue qui donne un succès relatif, mais suffisamment réel.
03:14Ils tiktokisent comme Jordan, pourrait-on dire.
03:17Eh bien, cette stratégie lui permet de faire parler de lui à quelques mois de la présidentielle,
03:22peut-être à la manière d'un recours, c'est-à-dire un homme qui aurait pu faire tout autre
03:26chose de sa vie,
03:27mais qui revient pour sauver son peuple.
03:28C'est ce que je crois comprendre de son message.
03:30Dominique de Villepin se présente-t-il comme un concurrent de Jean-Luc Mélenchon?
03:35Et vous avez raison de poser la question, parce que Jean-Luc Mélenchon,
03:38c'est l'homme qui a construit son offre politique sur la question de Gaza, notamment, depuis quelques mois.
03:42C'est celui qui est en... qui est pratiquement une forme de tiers-mondisme à la française.
03:46Et on sait que les électeurs sensibles au discours de Villepin,
03:49sur les jeunes, entre guillemets, qui sont sensibles au discours de Villepin,
03:54sont les électeurs spontanément de Jean-Luc Mélenchon.
03:57Bon. Pourtant, il croit avoir son créneau.
03:59Il croit avoir son créneau, et on peut dire qu'il va beaucoup plus loin, soit dit en passant,
04:02au-delà de Gaza, dans la redéfinition de son identité politique.
04:06Dominique de Villepin est entré aujourd'hui d'emprunter le langage du gaullisme
04:11pour imposer un multiculturalisme radical,
04:13et même, quelquefois, une forme de racialisme inattendu,
04:16que je ne m'attendais pas à voir chez lui.
04:18Alors, je donne un exemple. Il a fait publier un texte récemment, sur Twitter, encore une fois,
04:22où il explique que, selon lui, la France...
04:25En France, le racisme serait au pouvoir et le racisme systémique serait au pouvoir.
04:30Alors, c'est dans le cadre de la controverse autour de Bali-Bagayoko.
04:33Alors, que nous dit-il ?
04:34Le halo du racisme, c'est son terme,
04:37c'est ce qui doit nous conduire à conclure que le racisme est déjà au pouvoir,
04:41que le racisme est déjà et encore systémique.
04:45Dominique de Villepin considère que le racisme est au pouvoir en France,
04:48que le racisme est systémique.
04:50Ce discours n'est pas différent, par exemple, de Louis Boyard,
04:53pour prendre peut-être un jeune qui l'admire.
04:55C'est un salopournu en accuse.
04:56Donc, il va quand même assez loin avec ce terme.
04:58Le racisme systémique, c'est-à-dire que la structure même de la société française est raciste.
05:03Par ailleurs, il dénonce, donc il nous dit, le racisme anti-noir est de retour.
05:06Il dit, le racisme anti-noir, le texte commence ainsi.
05:09Il faut une urgence, d'ailleurs, d'un réveil républicain contre le racisme.
05:13Et le racisme anti-noir serait aujourd'hui au cœur de la vie française.
05:17Et pour cela, il nous dit, il faut réintégrer,
05:20il faut réintégrer notamment la mémoire noire de la France
05:23dans une forme de multiculturalisme nouveau genre.
05:26Je vais vous citer un extrait de son texte.
05:27Donc, il propose une nouvelle commission Stasi de 2003 sur la laïcité,
05:31mais aujourd'hui pour définir le racisme et pour mieux le combattre.
05:35Et je le cite, il faudra reconstruire la République à part égale,
05:39remettre en pleine lumière la part noire de la République.
05:42Rappelez les Lumières Noires qui, depuis 1789,
05:44n'ont jamais cessé d'accompagner la pensée de la République.
05:46C'est Toussaint-Ouverture, c'est la Société des amis des Noirs de 1791,
05:50c'est le mouvement de la négritude d'Aimé Césaire et de Léopold Sangor
05:53qui transforme la stigmate en fierté.
05:55C'est la pensée d'Édouard Glissant qui invente une pensée en archipel
05:58qui donne toute sa part à l'héritage entier de la France.
06:00Ce sont les tirailleurs sénégalais venus deux fois libérer le territoire métropolitain.
06:05Alors là, il y a deux choses qu'on doit se dire ici.
06:07Le racisme en général et le racisme anti-loir en particulier sont évidemment scandaleux.
06:11Qui dira le contraire?
06:12Mais ce que je note chez lui, c'est qu'il considère que c'est un élément
06:15structurant et en ascension et dominant aujourd'hui en France.
06:19Donc, il y a chez lui cette idée de se créer une candidature d'accusation.
06:24C'est une candidature d'accusation contre une France qui trahirait ses idéaux républicains,
06:28contre une France qui, par ailleurs, abandonnerait son rôle de nation
06:31qui éclaire les peuples du tiers-monde aujourd'hui.
06:33Et il va, soit dit en passant, entre-temps, il donne un coup quand même
06:36à ses amis, on pourrait dire, universalistes,
06:38parce qu'il dénonce aussi l'universalisme qui invisibiliserait le racisme aujourd'hui.
06:45Donc là, on est devant une proposition qui se veut du langage du gaullisme.
06:49C'est comme, dans son esprit, c'est comme le giga maxi-gaulliste.
06:52Mais qui, par ailleurs, nous dit qu'il faut finalement embrasser Gaza,
06:57le tiers-mondisme nouveau.
06:58Il faut, par ailleurs, condamner Israël et les États-Unis en toutes circonstances.
07:01Et il faut désormais célébrer, sans le dire ainsi, ce ne sont pas ses mots,
07:04un racialisme nécessaire en France.
07:06Pourquoi ? Pour combattre le racisme systémique qui sera au pouvoir en France.
07:09C'est une proposition politique inédite.
07:11En tout cas, ça serait bien qu'ils valorisent vraiment les ultramarins,
07:13parce qu'on voit qu'ils disparaissent en profit d'autres entre nous.
07:17Ne faut-il pas voir dans cette rumeur, Mathieu Bocoté,
07:21une manière pour les médias d'occuper le récit de la présidentielle
07:25avant qu'elle ne devienne vraiment sérieuse ?
07:27On parlait de Jean D'Ambardé, là, dans un instant.
07:29Oui, mais je suis d'accord.
07:32Le fait est qu'en politique, les journalistes politiques
07:35préfèrent raconter les couloirs, les coulisses du pouvoir
07:37plutôt que s'intéresser aux enjeux.
07:39Je le constate, ce n'est pas le cas de tous, il y en a de très bons.
07:41Mais normalement, ils aiment raconter sur le mode baron noir.
07:44Ah, il a fait ce mauvais coup, ce petit coup, c'est tordu,
07:46c'est diablement tordu, haha, on l'a bien eu.
07:48Bon, ça, ils aiment ça, c'est leur manière de parler de sport
07:50en parlant de politique.
07:51Donc, ça fait partie du récit.
07:53Vous noterez, ensuite, Villepin existe,
07:56il représente quelque chose dans la campagne,
07:58c'est la normalisation dans le langage gaulliste,
08:00je le l'ai dit, du multiculturalisme le plus radical.
08:02Mais cela dit, l'obsession racialiste va au-delà de Dominique de Villepin
08:05avec un autre candidat apparu il y a quelques jours,
08:07on en parle déjà un peu moins, mais je tiens à le mentionner,
08:10Bali Bagayoko, de passage chez...
08:12Anne-Sophie Lapix, sur M6.
08:14Lui demande, c'est quand même pas mal,
08:16certains vous considèrent déjà comme un Obama français.
08:19Question, madame Lapix, qui sont certains ?
08:21J'aimerais le savoir.
08:23Est-ce que...
08:24Je n'ai pas entendu...
08:25C'est seulement elle qui a dit ça, mais bon, quoi qu'il en soit.
08:27Est-ce que finalement, vous n'avez pas un profil plus intéressant
08:30pour représenter une candidature LFI
08:32parce que vous venez de cette nouvelle France
08:33dont vous parlez aujourd'hui,
08:34parce que vous êtes plus jeune,
08:35parce que justement, vous êtes noir,
08:37parce que vous êtes un élu de terrain
08:38depuis une vingtaine d'années ?
08:40Alors, qu'on se comprenne bien,
08:41Obama, au moment de devenir président,
08:43avait été sénateur, représentant,
08:45c'est une grande figure de la politique américaine
08:47qui était là depuis longtemps.
08:49OK ?
08:49Bali Bagayoko, qui est un homme honorable,
08:51je n'en doute pas,
08:52est une figure nouvellement élue
08:53avec un peu plus de 10 000 votes à Saint-Denis
08:56et maire de cette ville aujourd'hui.
08:58Quel est le point commun
08:59entre Bali Bagayoko et Barack Obama ?
09:01Manifestement, leurs parcours ne sont pas les mêmes,
09:03manifestement, leur héritage ne sont pas les mêmes,
09:04manifestement, leur langage n'est pas le même,
09:06c'est seulement qu'ils sont noirs.
09:07Donc, il y a une obsession racialiste
09:09chez Mme Lapique,
09:10sans même qu'elle ne s'en rende compte, évidemment.
09:12Une obsession racialiste.
09:13Donc, elle dit, puisque vous êtes noirs,
09:14pourquoi ne seriez pas le nouveau Obama français ?
09:16Soit etant passant, Obama français,
09:18c'est quand même, ça nous honte
09:18à quel point il y a un côté vintage
09:20chez nos élites, nos jordanistes politiques.
09:21Obama, ça fait longtemps que c'est terminé.
09:23Plus personne ne pense à lui.
09:25Donc là, se tourner vers lui,
09:26c'est comme chanter finalement
09:27une espèce de vieille chanson à l'ancienne
09:29en ayant l'impression d'embrasser les jeunes.
09:30Bon. Alors, quoi qu'il en soit,
09:32cette question, donc cette idée
09:33que peut-être il y aura un concurrent
09:34Jean-Luc Mélenchon
09:35qui s'appellerait Bali Bagayoko
09:36ou un autre qui serait peut-être
09:38dans les circonstances Dominique de Villepin.
09:40On peut y voir une forme de passe-temps
09:41de la classe journalistique
09:43qui parle de politique.
09:44Il n'en demeure pas moins qu'à travers cela.
09:46Ils dévoilent leurs obsessions idéologiques
09:47et je le redis dans les circonstances,
09:49obsessions racialistes.
09:51Sous-titrage Société Radio-Canada
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