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00:00L'invité éco, Fanny Guinochet.
00:04Bonsoir Amier Rezato-Figui.
00:06Bonsoir Fanny Guinochet.
00:07Vous êtes le président de la CPME, la Confédération des Petites et Moyennes Entreprises.
00:12Merci d'être avec nous ce soir sur France Info.
00:15Alors la CPME, on le rappelle, c'est une organisation patronale qui réunit des entreprises et des fédérations dans différents
00:23secteurs, 320 000 adhérents.
00:26Ça vous donne une bonne idée un peu du marché et de notre économie.
00:32Et la première question qu'on a envie de vous poser aujourd'hui, c'est cette guerre, la hausse des
00:38carburants.
00:38Comment les entreprises, elles y font face ? Qu'est-ce qu'ils vous disent, vos adhérents ?
00:42Déjà, ça dépend des secteurs d'activité.
00:44On a des secteurs d'activité aujourd'hui qui sont très fortement impactés.
00:48Si on prend par exemple les transporteurs routiers, aujourd'hui, les transporteurs routiers ont la perte.
00:53Parce qu'avec la hausse du prix du carburant, qui correspond à 30% du coût de revient d'un
00:59transporteur routier,
00:59aujourd'hui, ils roulent à perte.
01:01Ils ne peuvent pas répercuter à leurs clients.
01:03Et donc, on est face à un risque majeur que de nombreuses PME dans le transport routier tombent
01:08parce que demain, ils n'auront plus les moyens de financer l'essence et n'auront plus les moyens de
01:11payer les salariés qui roulent aujourd'hui.
01:13Alors ça, c'est pour les transporteurs.
01:14Il y a d'autres secteurs que vous identifiez, où vous avez des remontées sensibles qui relèvent le même type
01:20d'inquiétude ?
01:23Alors, on a par exemple les taxis, parce que forcément, le coût de l'essence les impacte beaucoup.
01:27On a les commerces ambulants.
01:29Mais après, on a aussi le prix du gaz qui a augmenté.
01:31Et le prix du gaz sur l'industrie, si on prend par exemple la chimie, si on prend la verrerie,
01:35ça a un impact important.
01:36Et donc, c'est des industries aujourd'hui qui sont en danger et des secteurs activités qui vont avoir besoin,
01:43à un moment donné, d'avoir des aides ciblées.
01:45Et encore une fois, des aides ciblées.
01:46Pas des aides massives, mais des aides ciblées pour les aider à passer le cap.
01:49Alors, jusqu'à présent, le gouvernement s'y est refusé.
01:54Les aides ciblées, comment on cible ?
01:55Ça veut dire qu'on fait un guichet pour ces entreprises-là ?
01:58Comment on peut procéder ? Parce que c'est difficile de cibler par secteur.
02:02Le premier point, c'est qu'on est conscient de l'état des finances publiques.
02:05Et on n'est pas du tout là à dire qu'il faut des aides massives.
02:08On paye aujourd'hui tous ces budgets de renoncement qui font qu'on a un tel déficit qu'on ne
02:13peut pas soutenir l'économie,
02:14on ne peut pas soutenir les Français d'une façon massive.
02:16Maintenant, il va falloir prendre les filières d'activité qui sont fortement impactées,
02:20je parlais des transporteurs par exemple, et de réfléchir à comment on peut les accompagner.
02:23Parfois, ce ne sont même pas des aides qui coûteront à l'État, par exemple des contre-garanties de BPI
02:27France,
02:28pour qu'ils puissent justement continuer à acheter de l'essence.
02:30Parfois, juste décaler les charges.
02:31C'est-à-dire des prêts, finalement, que BPI se porte garants.
02:36Exactement.
02:36Ça, c'est une demande qu'on a faite.
02:37On a écrit un courrier au Premier ministre et au ministre des Transports avec les fédérations du transport,
02:42pour justement dire qu'il faut les aider pour leurs prêts.
02:45Il faut par exemple les aider juste sur décaler leur charge, le paiement des charges,
02:49juste parce qu'après, il y a un problème de trésorerie.
02:50Vous savez, parfois, c'est juste un problème de trésorerie.
02:52C'est qu'elles n'ont pas les moyens potentiellement de payer tout de suite leurs charges,
02:55mais elles pourront le faire dans deux mois ou dans trois mois.
02:56Et ça, ça ne coûtera rien à l'État à terme.
02:58En ce moment, il y a une réunion par jour au gouvernement sur ce sujet,
03:02que ce soit au ministère de l'Économie, au ministère de l'Industrie ou même carrément à Matignon.
03:08Quand vous leur proposez ces solutions, qu'est-ce qu'ils vous disent ? On attend ?
03:13Aujourd'hui, on voit bien que la crainte, et nous, on la partage,
03:16c'est qu'il y a un effet de contagion et que tout le monde demande ensuite des aides et
03:21des financements.
03:21Nous, on dit bien, s'il y a des aides, il faut qu'elles soient bien ciblées.
03:24Et donc, bien prendre les secteurs d'activité qui sont fortement impactés
03:28et pour lesquels il y a un danger massif de faillite d'entreprises.
03:31Ensuite, dans ces réunions-là, on évoque comment l'économie aujourd'hui se porte,
03:35quelles sont les différents filières d'activité.
03:35Ça sert à quelque chose, ces réunions ?
03:37Bien sûr.
03:38Ça nous permet déjà de faire remonter au gouvernement les situations les plus critiques
03:42et de pouvoir proposer des choses.
03:43Notamment, par exemple, on a demandé à ce que tous les préfets soient alertés
03:47sur le fait qu'ils soient plus disponibles pour les entreprises qui pourraient en avoir besoin sur les territoires.
03:53Alors, vous ne demandez pas, en revanche, de baisse, par exemple, de taxes,
03:58comme on l'entend beaucoup, comme certains pays, on pense à l'Espagne, notamment l'Italie,
04:03ont pu le faire, de taxes sur le carburant ?
04:05Encore une fois, quand on voit l'état des finances publiques de la France,
04:08ce serait irresponsable de demander ça aujourd'hui.
04:11Et le problème, c'est pour ça que la CPME, depuis des années,
04:14se bat pour qu'on ait un équilibre des finances publiques.
04:17C'est pour que lorsqu'il y a une crise comme aujourd'hui,
04:18on puisse soutenir l'économie, on puisse soutenir les Français.
04:21Et bien, le résultat de ces années de renoncement,
04:24à chaque fois qu'on a fait des budgets en déficit,
04:26c'est qu'aujourd'hui, on est incapable d'avoir les finances pour soutenir notre économie.
04:30Alors, justement, en parlant de budget, on voit bien que le budget 2026,
04:33qui vient d'être validé quelque part,
04:36et bien, il a été conçu avec des indicateurs qui, aujourd'hui, sont quasiment caduques.
04:41Est-ce que vous pensez qu'il faut revoir ce budget ?
04:45Puisqu'on va avoir une inflation un peu plus élevée,
04:47une croissance peut-être un peu plus faible ?
04:50J'imagine que cet été, il y aura une loi de finances rectificative.
04:54Maintenant, ce qui est important, c'est déjà de voir
04:56est-ce que ce conflit va durer ou pas.
04:58Et on voit bien qu'on est passé d'une incertitude à une inquiétude,
05:01et maintenant, à une certitude que le conflit peut durer,
05:03et que donc, les impacts peuvent être importants.
05:05Et donc, je pense que, pour l'instant, c'est compliqué de savoir
05:07jusqu'où va aller cette crise.
05:09Aujourd'hui, vous dites donc que ce conflit peut durer.
05:12Est-ce que ça veut dire, par exemple, qu'il peut y avoir des risques de pénurie ?
05:15Est-ce que vous en observez ?
05:17Non, je pense qu'on n'en est pas là encore aujourd'hui.
05:19On voit qu'il y a des anticipations d'inflation.
05:21Et par exemple, dans le secteur du bâtiment,
05:22on voit bien que, moi, je rencontre des artisans qui me disent
05:25que, parfois, pour des produits, il y a déjà des anticipations de hausse de prix
05:29sur certains produits.
05:30Donc, on voit que ça peut avoir un effet d'inflation,
05:34mais pour l'instant, on n'en est pas encore à avoir une pénurie.
05:37Et je pense qu'il ne faut pas faire paniquer les gens.
05:38On voit cependant qu'il y a un petit mouvement de Français
05:42qui font des réserves de produits essentiels.
05:45Est-ce que c'est pareil du côté des entreprises,
05:47où on a des entrepreneurs qui se disent
05:50« Je risque de manquer d'engrais, je risque de manquer de certaines denrées,
05:54donc je stocke ? »
05:56Non, et d'ailleurs, aujourd'hui, ce type de comportement,
05:58c'est ce qui peut provoquer le sentiment d'une pénurie.
06:01Et donc, les entrepreneurs, aujourd'hui, ils n'ont, en général,
06:03pas non plus, en tout cas pour les petites entreprises,
06:05pas non plus les moyens d'aller doubler ou tripler leurs stocks.
06:08Donc, aujourd'hui, je pense qu'il ne faut pas avoir d'inquiétude sur les pénuries.
06:11Il ne faut pas commencer à vouloir justement consommer plus
06:13pour faire des stocks.
06:15Alors, cette guerre, elle a un caractère particulier pour vous,
06:19Amir Reza Tofighi, parce que vous êtes d'origine iranienne.
06:21Alors, vous êtes née en France, vous avez grandi à Grigny,
06:24mais vos parents ont fui le régime des Mollahs.
06:27Ils sont réfugiés politiques.
06:29Vous avez encore de la famille en Iran ?
06:32Oui, j'ai encore une grande partie de ma famille qui vit toujours en Iran.
06:35Vous avez des nouvelles ?
06:36Pas depuis quelques jours, mais je n'ai plus en avoir à un moment donné, oui.
06:40Vous attendez quoi de ce conflit ?
06:42De cette guerre ?
06:44C'est très particulier parce que j'ai...
06:46Je suis partagé entre, bien évidemment, l'envie que cette guerre s'arrête
06:50et parce que c'est mieux pour l'économie et c'est mieux pour tout le monde.
06:53Et en même temps, cette crainte que cette guerre s'arrête sans que le régime y tombe,
06:58ce serait terrible pour ce pays et pour ce peuple qui,
07:00il y a encore quelques mois, a perdu plus de 30 000 personnes
07:03qui ont été tuées pendant les manifestations.
07:05Et souvent des très jeunes.
07:06Beaucoup de personnes qui ont été emprisonnées,
07:07qui sont exécutées aujourd'hui,
07:09qui parfois sont devenues avelles parce qu'on leur a tiré dans les yeux.
07:12Et ce peuple qui aspire à la liberté,
07:14aujourd'hui, ma ma crainte, c'est qu'à la fin de cette guerre,
07:17que ce régime soit encore là.
07:19Je disais, vous avez grandi en France et très tôt,
07:21vous avez eu la fibre entrepreneuriale
07:24parce que vous aviez à peine une vingtaine d'années
07:26que vous avez créé votre première entreprise,
07:30Vitaliance, qui fait de l'aide à domicile,
07:31dont vous êtes encore à la tête.
07:34Alors, c'est de l'aide à domicile pour les personnes dépendantes.
07:37Plus de 10 000 salariés aujourd'hui,
07:39mais vous avez aussi fondé Itch,
07:41qui est une plateforme de transport nocturne,
07:43Click on Boat.
07:44Vous aviez vraiment l'envie de créer.
07:48Ça sera quoi, votre projet d'entreprise ?
07:50En tout cas, aujourd'hui, entre Vitaliance et mon engagement à la CPME,
07:54c'est déjà un engagement de 100% de tout mon temps.
07:58Donc, pour l'instant, c'est vraiment la CPME et Vitaliance
08:01qui me prend tout mon temps en jeu.
08:02Je n'ai pas encore mon prochain projet.
08:03Est-ce qu'on dirige la CPME comme on dirige une entreprise ?
08:07En tout cas, la CPME, on représente des entrepreneurs.
08:09Donc, l'exigence, c'est d'appliquer et d'être comme dans nos entreprises,
08:14avec la même efficacité.
08:16Moi, mon ambition, c'est justement de moderniser les organisations patronales,
08:19de moderniser la CPME, d'en faire une organisation qui est beaucoup plus agile,
08:22beaucoup plus au service de tous les entrepreneurs
08:24et de faire en sorte que chaque entrepreneur se sente reconnu, se sente défendu.
08:28Est-ce que c'était une organisation vieillotte ?
08:30Vous savez, dans toutes les organisations patronales,
08:33à un moment donné, chaque nouveau président arrive avec sa nouvelle énergie.
08:36Et je ne dirais pas qu'elle était vieillotte,
08:37mais en tout cas, j'aimerais la rendre encore plus agile
08:40et encore plus en défense de tous les entrepreneurs.
08:44Alors justement, en parlant de la défense des entrepreneurs,
08:46nous sommes à la veille d'un deuxième scrutin,
08:51en tout cas un deuxième tour des municipales.
08:53Ces élections, elles sont importantes pour les entreprises,
08:55les élections municipales ?
08:57Elles sont très, très importantes.
08:58Vous savez, le maire a un impact très, très important
09:02sur l'économie locale, à travers tous les choix qu'on fait
09:06d'accessibilité du centre-ville, de la fiscalité locale,
09:09de logements, et qui du coup, pour les entreprises,
09:11sert pour les logements des salariés,
09:12des marchés publics.
09:14Et donc, aujourd'hui, moi, le double appel que je lance,
09:17c'est un, il faut aller voter.
09:18Il faut aller voter parce qu'on parlait tout à l'heure de l'Iran,
09:21il y a des gens qui meurent pour justement avoir le droit de voter.
09:23Moi, mes parents n'ont jamais eu le droit de voter,
09:24que ce soit en Iran ou en France.
09:26Donc, il faut qu'aujourd'hui, les gens aillent voter
09:28parce que c'est un rituel important pour notre démocratie.
09:30Mais surtout, il faut aller voter pour des municipalités,
09:33des maires qui tiennent compte de l'économie.
09:35Parce qu'aujourd'hui, si on n'a pas un soutien
09:37du monde politique localement pour notre économie,
09:40il ne faut pas s'étonner derrière que
09:41les emplois dans les territoires disparaissent,
09:43qu'il est difficile pour les salariés de se loger,
09:45qu'on a des commerces dans le centre-ville qui disparaissent.
09:47On voit d'ailleurs que dans certains de vos rangs,
09:49dans certaines CPME territoriales,
09:52puisque vous êtes implanté un peu partout en France,
09:55avec le MEDEF, où chacun dans son coin, j'ai envie de dire,
09:59il y a des inquiétudes, des appels,
10:01en disant attention si ce sont certaines formations politiques
10:05et les filles pour ne pas les citer,
10:07les entreprises risquent d'être malmenées,
10:09ça risque de ruiner notre économie.
10:12Vous trouvez que c'est la position qu'il faut tenir ?
10:14Vous savez, les élections municipales,
10:16ce sont des élections très locales.
10:18Et donc, en effet, il y a eu, notamment à Toulouse,
10:21un appel, mais il faut le comprendre en fait,
10:24Toulouse, c'est une ville industrielle,
10:25c'est une région industrielle.
10:26Et quand on a des candidats qui ont un discours anti-économique,
10:31dans une région qui est aussi importante pour la France,
10:33dans une région qui est un fleuron industriel de la France,
10:35moi je comprends les entrepreneurs locaux qui paniquent,
10:37et qui se disent que c'est potentiellement la fin
10:40d'un fleuron industriel sur ce territoire.
10:42Écoutez, merci beaucoup Amir Reza Tofighi
10:45d'être venu ce soir dans l'Invité Éco de France Info.
10:49On retiendra ce message, il faut voter,
10:51c'est important, donc dimanche.
10:54Merci beaucoup.
10:54Merci beaucoup Fanny Guinochet.
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