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En décembre 2016, la découverte du corps d’une femme défigurée dans une forêt du Jura déclenche une longue enquête de la police scientifique.
Crime story raconte cette affaire dans un podcast en deux parties.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Clara-Garnier Amouroux - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : Audio Network

Archives : INA

#crimestory #truecrimepodcast #crime

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Transcription
00:02Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast fait divers du Parisien.
00:08Décidément, ce sont les faits divers et leurs conséquences qui ont la vedette aujourd'hui.
00:14Des restes humains ont été retrouvés sur la propriété.
00:17Le préfet de la région Corse a été assassiné de plusieurs balles dans la tête ce soir.
00:21Un couple et ses quatre enfants ont donc disparu. L'enquête se montre aujourd'hui d'un geste criminel.
00:26Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle en m'appuyant sur l'expertise du chef du service police
00:33-justice du Parisien, Damien Delsenis.
00:38Bonjour Damien. Bonjour Claudia.
00:40Aujourd'hui dans Crime Story, premier épisode de notre podcast consacré à l'inconnu du franois.
00:45Un mystère aussi profond qu'une forêt du Jura, une femme suppliciée dont la disparition ne semble émouvoir personne,
00:52et une enquête où la police technique et scientifique a joué un rôle majeur.
00:59Jeudi 15 décembre 2016, dans une forêt enneigée du Jura.
01:03Un groupe de bûcherons travaille sur un secteur qui appartient à la commune du Franois, située juste à côté.
01:09C'est un petit village de moins de 200 habitants, au cœur de la région des lacs, sur les plateaux
01:14jurassiens,
01:14à 800 mètres d'altitude, dans le parc naturel régional du Haut-Jura, et pas loin des cascades du Hérisson.
01:21Cet après-midi-là, les forestiers s'affairent pour éclaircir une parcelle qui n'a pas été coupée depuis plusieurs
01:26décennies.
01:28Deux semaines plus tôt, ces hommes sont déjà venus au même endroit marquer les arbres.
01:32Ils n'ont rien noté de particulier, mais ont repéré un vieux spécimen,
01:36qu'ils avaient prévu de revenir couper, dans un endroit isolé, au milieu des bois,
01:41à une cinquantaine de mètres, en contrebas de la départementale 39.
01:45Cette fois, alors qu'ils s'installent, le regard de l'un d'eux est attiré par ce qu'ils
01:49pensent être le cadavre d'un sanglier.
01:52Quelque chose qui dépasse d'un amas de feuillages, et qui n'était pas là 15 jours plus tôt.
01:56Il en est certain.
01:58Le forestier s'approche, et recule soudainement.
02:03Ce n'est pas le cadavre d'un animal qu'il vient de trouver,
02:05mais la main d'une femme, qui dépasse du tas de feuilles.
02:09Il perçoit que la victime est dénudée, mais pas enterrée.
02:13Les bûcherons contactent la gendarmerie.
02:15A l'autre bout du fil, on leur dit de ne surtout rien toucher,
02:19de remonter sur la route et d'attendre leur arrivée.
02:22Les forestiers s'exécutent.
02:26Une fois sur place, les gendarmes de la compagnie de Lonce-le-Saunier constatent que la femme est entièrement nue
02:32sous le tapis de feuilles.
02:33D'après eux, elle aurait entre 20 et 25 ans.
02:37Des techniciens en identification criminelle arrivent à leur tour.
02:41Le procureur se déplace, et il saisit, en plus des gendarmes de Lonce-le-Saunier, la section de recherche de
02:47Besançon.
02:48Parce qu'elle est nue, et parce qu'on ne trouve pas de vêtements à proximité du cadavre,
02:53les enquêteurs pensent que le corps de la victime peut avoir été déplacé.
02:57Aucun signe distinctif apparent ne permet d'avoir une idée de son identité.
03:01Elle mesure environ 1m65, a des cheveux bouclés roux, apparemment teints,
03:06qui descendent jusqu'en dessous des épaules.
03:09Elle a un fin bracelet noir autour d'un poignet, aucun tatouage,
03:12l'oreille droite percée d'un trou, la gauche de trois.
03:20Damien, les enquêteurs n'arrivent pas vraiment à voir les traits de son visage.
03:24Et pourquoi ? C'est parce que des traits, elle n'en a plus.
03:26Elle est défigurée par les coups qui ont été portés.
03:29Son visage ne ressemble plus vraiment à grand-chose.
03:33Il ne fait aucun doute pour les enquêteurs qu'elle a été tuée de manière particulièrement violente.
03:37Et là, le visage complètement fracassé, la mâchoire cassée, il y a des dents cassées.
03:44Les dents, c'est extrêmement dur.
03:46Donc il y a eu un déchaînement de violence sur cette pauvre fille.
03:51Le corps est envoyé, comme c'est d'usage, à l'Institut médico-légal de Besançon pour une autopsie.
03:56Il va falloir attendre quelques jours pour avoir des conclusions.
03:59Sur les lieux de la découverte du cadavre, il n'y a pas de traces de sang.
04:02Aucune trace de sang. On a dit qu'il n'y avait déjà pas de vêtements.
04:05L'absence de traces de sang, compte tenu des blessures qui sont celles de cette femme,
04:10c'est-à-dire des coups extrêmement violents portés au visage,
04:13plus d'autres détails qu'on retrouve sur la scène de crime,
04:16démontrent que si elle avait été tuée à cet endroit,
04:18il y aurait forcément eu ce qu'on appelle des épanchements sanguins importants.
04:21Donc on aurait retrouvé du sang sur des feuilles, sur la terre.
04:24Et là, ce n'est pas le cas.
04:24Donc le fait qu'elle soit nue sans vêtements et qu'il n'y ait pas de traces de sang
04:27autour,
04:28ça confirme l'hypothèse que cette femme a été tuée ailleurs
04:31et que le corps a été déposé ici ensuite.
04:33Une enquête pour assassinat est ouverte.
04:35Oui, parce que même si rien n'est confirmé en l'état par l'autopsie,
04:40on est certain, enfin les enquêteurs le sont, que cette femme, elle a été tuée.
04:43Et donc l'ouverture d'une enquête pour assassinat,
04:46ça permet d'avoir des moyens importants en termes d'enquête,
04:49ça permet de faire tout un tas de recherches et d'écoutes téléphoniques,
04:52enfin de plein d'actes d'enquête qui ne peuvent pas être faits dans d'autres cas.
04:56Simplement, personne n'a déclaré pour l'instant la disparition dans la région
04:59d'une jeune femme qui puisse correspondre
05:01aux quelques caractéristiques dont disposent les enquêteurs.
05:07Le samedi 17 décembre, deux jours après la découverte du corps,
05:11le parquet du Jura lance un appel à témoins national
05:14et ouvre un numéro vert pour tenter de recueillir des informations.
05:18Le lundi 19 décembre, l'autopsie est pratiquée
05:21et livre la description de la jeune fille.
05:24Elle mesure 1m67, pèse 57 kg.
05:28Elle était bien âgée d'une vingtaine d'années.
05:30Elle semblait avoir une bonne hygiène de vie,
05:33développe Jean-Luc Lenon, le procureur.
05:35Elle n'a jamais été opérée et n'a jamais eu d'enfant.
05:38Si l'autopsie ne permet pas d'identifier la jeune femme,
05:41elle donne cependant des indications importantes
05:43sur la manière dont la victime est morte.
05:46Ou plutôt, sur la manière dont elle a été tuée.
05:49On estime que le corps était dans la forêt du Franois depuis 4 à 8 jours.
05:53Sur le corps de la victime, on dénombre 26 plaies
05:56au niveau du flanc gauche et des cervicales.
05:58Elles ont probablement été causées par des coups portés
06:01avec un objet contondant qui pourrait être un couteau.
06:03La jeune femme a également reçu de nombreux coups au visage.
06:07Soit des coups de pied, soit elle a été frappée avec un objet.
06:10En tout cas, avec une telle violence
06:12que l'ensemble de ses dents ont été cassées.
06:15Et qu'on estime que ce sont ses coups qui l'ont tuée.
06:18Son visage est méconnaissable.
06:20Pendant quelques jours, les enquêteurs se demandent
06:23s'ils n'ont pas enfin retrouvé le corps de Narumi Kurosaki,
06:26cette étudiante japonaise disparue au début du mois de décembre à Besançon.
06:29Son ex-petit ami chilien, Nicolas Zepeda,
06:32est soupçonné d'avoir fait le trajet jusqu'en France pour la tuer.
06:35Mais le corps de la jeune femme est introuvable.
06:38L'ADN du corps retrouvé dans la forêt
06:40est comparé à celui de Narumi, dont les enquêteurs disposent déjà.
06:44Et il s'avère que ce n'est pas elle.
06:46Dans le petit village du Franois,
06:48on ne parle plus que de ce meurtre.
06:50Les habitants ont la trouille, confie l'un d'eux au journal L'Est Républicain.
06:54Même si certains ne le disent pas, on est tous sous le choc.
06:57Il fallait connaître l'endroit pour l'emmener ici,
06:59s'inquiète une habitante du Franois, dans les colonnes du Parisien.
07:02Elle dit qu'elle ne dort plus,
07:03qu'elle a peur qu'il s'agisse d'un tueur en série.
07:06Un chasseur du coin poursuit,
07:08en précisant qu'il ne croit pas à la piste locale.
07:11Il rappelle qu'à 3 km du Franois,
07:13passe une départementale qui est un axe essentiel entre la France et la Suisse.
07:18Et si le tueur, comme la victime,
07:21était seulement des gens de passage dans le secteur ?
07:27Damien, les enquêteurs n'ont plus beaucoup d'éléments pour avancer.
07:30Non, toujours pas d'identité pour ce corps.
07:33Une enquête de voisinage qui ne donne pas grand-chose,
07:35en même temps l'endroit est extrêmement isolé.
07:37Donc une dizaine de jours plus tard,
07:39une cellule d'enquête spéciale est constituée,
07:41à partir de membres de la section de recherche de Besançon,
07:45des gens de la brigade de recherche,
07:46et du personnel du groupement de gendarmerie du Jura.
07:49Tous vont s'installer au même endroit,
07:51à Lens-le-Saunier,
07:52et ils vont tous travailler dans le même bureau jusqu'à nouvel ordre.
07:55En tout, ça fait 7 enquêteurs à temps plein sur cette affaire particulière.
08:00Leur premier travail, ça va être d'éplucher les 1330 fiches de personnes disparues éditées en France,
08:06pour essayer de voir si parmi ces 1330 personnes dont on a déclaré la disparition,
08:11il y a un rapprochement possible avec l'inconnu du Franois.
08:16L'ADN de la victime ne matche pas non plus.
08:18Non, parce qu'évidemment, on a fait sur la scène de crime des prélèvements sur le corps,
08:22prélèvements d'ADN, logique,
08:24donc on fait tourner cet ADN sur le fichier national des empreintes génétiques,
08:28il n'y a rien qui ressort,
08:29donc elle n'est pas connue, cette victime, au fichier national.
08:32Il y a un autre élément qu'ont récupéré les enquêteurs sur la scène de crime,
08:35les techniciens de scène de crime,
08:36ils ont récupéré un ADN masculin,
08:39au niveau notamment d'un pied de la victime.
08:42Il y a aussi du matériel génétique qui a été récupéré sous les ongles de la victime,
08:46mais tous ces éléments d'ADN, d'empreintes génétiques,
08:49ne matchent pas non plus au fichier national.
08:52Donc la victime pas connue au fichier national,
08:54et les ADN masculins qu'on trouve sur le corps,
08:57ils sont également inconnus.
08:59Les enquêteurs vont alors utiliser une méthode très innovante.
09:03Ils vont procéder à un travail d'anthropologie,
09:07alors d'anthropologie criminelle en l'état,
09:09ce sont les gens de l'IRCGN,
09:11l'Institut de Recherche Criminel de la Gendarmerie Nationale,
09:13qui vont travailler à ce moment-là.
09:15En fait, pendant l'autopsie,
09:16on va réaliser un scanner en 3D du crâne de la victime.
09:20À partir de ce scanner,
09:21des anthropologues vont travailler,
09:23ils ont 78 points,
09:25alors c'est un peu technique,
09:26on ne va pas faire un cours ici,
09:2778 points qui permettent de reconstituer,
09:30à partir d'une radio, d'un scanner,
09:33ce à quoi peut ressembler un visage,
09:35une forme de visage,
09:36et surtout un nez.
09:37Donc ce travail va être fait en laboratoire,
09:39à partir de ce scanner du crâne de la victime,
09:42et on va réussir à reconstituer en 3D un visage
09:47qui soit le plus proche possible du visage de la victime,
09:51dont on rappelle qu'il a été totalement abîmé
09:54par les coups qui ont été portés dessus,
09:55qui le rendaient méconnaissable.
09:57À partir de ce même travail en laboratoire,
09:59on va pouvoir aussi travailler sur les cheveux.
10:02On a retrouvé des cheveux,
10:03on connaît leur longueur,
10:04alors on sait qu'ils ont été teints en roue,
10:06mais l'ADN, ça permet aussi de trouver une couleur plus naturelle,
10:09c'est-à-dire avant une teinture.
10:10Donc tout ce travail de laboratoire,
10:12il va être très important pour essayer de donner un visage,
10:16tout simplement, à cet inconnu du franois.
10:18Le jeudi 12 janvier 2017,
10:20un peu moins d'un mois après la découverte du corps,
10:23le portrait robot de la jeune femme est publié.
10:26Qui est la victime du franois ?
10:28Plusieurs semaines après la découverte du corps dans le Jura,
10:31cette femme reste anonyme.
10:32Les enquêteurs ont établi un portrait robot
10:34pour tenter de l'identifier.
10:36Il est diffusé par Interpol.
10:38Donc apparaît le visage d'une femme blanche,
10:41un teint plutôt blanc,
10:42des lèvres assez épaisses,
10:43un nez plutôt large,
10:45des yeux un peu tombants.
10:46C'est vraiment une prouesse technique
10:48qui permet aux gendarmes d'avoir l'espoir
10:50que cette image,
10:51qui va être diffusée assez largement dans la presse,
10:54puisse amener un témoignage
10:55et surtout puisse les mettre sur la piste
10:57de l'identité de cette femme.
10:59Parce que tant qu'on n'a pas son identité,
11:00l'enquête, elle ne peut pas avancer.
11:05Le dimanche 15 janvier,
11:07trois jours plus tard,
11:08des témoins cités par le journal L'Est Républicain
11:10affirment qu'ils ont reconnu sur le portrait
11:12une femme d'origine bulgare
11:14qui vit dans une voiture à Besançon,
11:16sous la coupe d'un mari violent.
11:17Le lundi 16 au soir,
11:19le procureur de la République de Lons-le-Saunier
11:21prend la parole
11:22pour contredire ces témoignages.
11:24« Cette piste est une complète impasse »,
11:26précise-t-il.
11:27Des vérifications ont été effectuées,
11:29elles ont montré que la personne décrite
11:31dans l'article est vivante.
11:33Excepté cette fausse piste,
11:35le portrait robot ne fait pas tellement réagir.
11:37Et malgré le fait que l'ensemble
11:39des données récoltées soient diffusées
11:40dans 18 pays européens,
11:42la publication de ce portrait
11:44n'est pas suivie des résultats escomptés.
11:471300 fiches de personnes disparues
11:49sont étudiées à la loupe,
11:50en vain.
11:51L'affaire s'enlise
11:52et l'inconnu du franois
11:54reste non identifié.
11:56Au mois de novembre,
11:57tout s'accélère.
11:59À la faveur d'une collaboration
12:00entre les autorités suisses et françaises
12:02sur des affaires différentes,
12:04les enquêteurs suisses
12:05émettent une hypothèse.
12:07Au mois de décembre 2016,
12:09le mois où la femme non identifiée
12:11a été tuée
12:12et son corps découvert dans le Jura,
12:14une promeneuse suisse
12:15a fait une découverte étrange,
12:17de l'autre côté de la frontière.
12:19Alors qu'elle se promenait
12:20sur la commune de Sulins,
12:21à environ 80 km du franois,
12:24elle a trouvé ce qui lui a semblé être
12:25une flaque de sang séchée,
12:27sur un chemin bétonné
12:28entre deux champs.
12:30La trace est assez importante
12:31pour que la promeneuse
12:32la prenne en photo
12:33et se rende à la gendarmerie vaudoise
12:35pour montrer l'image.
12:36Les gendarmes n'y prêtent d'abord
12:38pas beaucoup d'attention.
12:39Mais plusieurs mois plus tard,
12:41les proches d'une femme
12:42viennent déclarer sa disparition.
12:44Ils décrivent une prostituée
12:46âgée de 18 ans
12:47et qui n'a plus donné signe de vie
12:49depuis le mois de décembre.
12:57Vous venez d'écouter
12:58le premier épisode de Crime Story
13:00consacré à l'affaire
13:01de l'inconnu du franois.
13:02Suite et fin de ce podcast
13:04dans le deuxième épisode,
13:05déjà disponible sur le site
13:06leparisien.fr
13:08et sur toutes les plateformes d'écoute.
13:10Crime Story
13:10est le podcast fait divers du Parisien.
13:12Crime Story
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