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En 1990, cette aide soignante est suspectée du meurtre du vieil homme dont elle s’occupait.
Dans Crime story, la journaliste Clawdia Prolongeau raconte cette enquête dans un podcast en deux parties avec Damien Delseny, chef du service police-justice du Parisien.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Thibault Lambert, Barbara Gouy et Raphaël Pueyo - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : Audio Network

Archives : INA

#crime #empoisonneuse #meurtre

Catégorie

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News
Transcription
00:02Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast fait divers du Parisien.
00:08Décidément, ce sont les faits divers et leurs conséquences qui ont la vedette aujourd'hui.
00:14Les restes humains ont été retrouvés sur la propriété.
00:17Le préfet de la région Corse a été assassiné de plusieurs balles dans la tête ce soir.
00:21Un couple et ses quatre enfants ont donc disparu. L'enquête se plante aujourd'hui d'un registre criminel.
00:26Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle en m'appuyant sur l'expertise du chef du service police
00:33-justice du Parisien, Damien Delsenis.
00:38Bonjour Damien. Bonjour Claudia.
00:40Aujourd'hui dans Crime Story, le cas Rodica Négroyou.
00:44Oui, une femme trois fois veuve et accusée d'être une empoisonneuse mais qui a toujours clamé son innocence.
00:54Le lundi 17 décembre 1990, la nuit est déjà tombée quand le téléphone sonne au commissariat de Vendœuvre-les-Nancies
01:01en Meurthe-et-Moselle.
01:03L'agent qui décroche entend à l'autre bout du fil, un homme, expliquer qu'il souhaite dénoncer un potentiel
01:09meurtre.
01:09C'est celui d'un ancien militaire, Raymond Jactel.
01:12Il avait 82 ans et il est mort brutalement trois jours plus tôt, le vendredi 14 décembre, après avoir fait
01:18un infarctus du myocarde.
01:22Ce jour-là, il faisait très froid.
01:25Raymond Jactel avait décidé de sortir avec sa pelle pour déneiger l'accès à son pavillon situé en banlieue de
01:30Nancy, rue Sainte-Barbe.
01:32Pendant qu'il travaille à l'extérieur de la maison, l'homme est pris de vertige et fait un malaise.
01:37Les secours arrivent, le transportent à l'hôpital de Nancy.
01:40Mais c'est trop tard.
01:41En apprenant son décès, ses amis et anciens collègues ne sont pas si surpris que ça.
01:46Raymond était un vieil homme et même s'il n'avait pas de soucis particuliers, sa mort n'a rien
01:51d'extraordinaire.
01:52L'octogénaire était veuf et vivait seul.
01:55Il n'avait pas d'enfant mais n'était pas isolé pour autant.
01:59Raymond avait des amis, des voisins avec qui il s'entendait très bien.
02:02Et depuis quelques mois, une nouvelle femme dans sa vie.
02:06Une aide-soignante de 50 ans dont il est tombé sous le charme.
02:12Petit à petit, elle avait pris une grande place pour Raymond, au point de remplacer son infirmière attitrée.
02:18C'est pour parler d'elle que, ce 17 décembre, l'ami de Raymond décroche son téléphone et contacte donc
02:24le commissariat de Vendeuvre-les-Nancy.
02:26Car en mettant le nez dans les affaires de Raymond-Jacquetel, ses amis ont réalisé que 700 000 francs en
02:32bons aux porteurs qui appartenaient au vieil homme ont disparu.
02:38Des bons aux porteurs sont des titres d'emprunt émis par l'État et remboursables à échéance.
02:43Pour résumer, n'importe qui de solvable, après quelques démarches, peut acheter un bon du trésor public.
02:49Il devient ainsi créancier de l'État qui doit rembourser l'argent emprunté à l'acheteur avec intérêt.
02:54C'est ce qu'avait fait Raymond-Jacquetel.
02:56Il voulait les destiner à Claude, un enfant de l'assistance publique qu'il avait pris sous son aile depuis
03:01déjà plusieurs années,
03:02pour que ce soit lui qui touche l'argent remboursé par le trésor public.
03:06Pendant un temps, il avait même souhaité en faire son légataire universel, avant que les relations entre les deux hommes
03:11ne se délitent.
03:12Claude est tout de même le seul à savoir à quel endroit l'octogénaire avait caché les bons et quels
03:17étaient leurs numéros de série.
03:18Et une chose est sûre, ils n'y sont plus.
03:21Le policier prend note de ce que lui dit son interlocuteur et décide d'enquêter sur la mort de Raymond
03:26-Jacquetel et sur sa relation avec cette aide-soignante.
03:35Damien, l'enterrement a lieu l'après-midi même de ce coup de téléphone et Charles Deray, le commandant de
03:40police, en profite pour questionner les voisins de Raymond-Jacquetel.
03:44Ça va lui permettre d'apprendre une chose, le nom de cette femme, elle s'appelle Rodica Negrouyou.
03:50Et les voisins, ils la connaissent, alors ils ne la connaissent pas depuis très longtemps.
03:53Elles disent qu'elle est arrivée dans la vie de Raymond-Jacquetel depuis environ deux ou trois mois.
03:56C'est une Roumaine, elle est beaucoup plus jeune que Raymond, elle a les cheveux blonds, elle parle fort, elle
04:03a un fort accent.
04:04Elle n'est donc pas passée complètement inaperçue dans le quartier.
04:07Sa présence fait beaucoup jaser.
04:09Oui, alors vous comprenez, elle est beaucoup plus jeune que Raymond-Jacquetel, qui a plus de 80 ans.
04:14Les gens, ils se demandent tout de suite dans des quartiers comme ça, pourquoi elle est là.
04:17Donc les rumeurs vont bon train.
04:19On lui prête nécessairement des motivations qui ne sont pas très nobles, qui ne seraient pas que d'aider un
04:24vieil homme à finir sa vie.
04:26On la voit quand même s'occuper des rosiers qui sont dans le jardin.
04:29Elle fait le ménage et elle accompagne Raymond au cimetière pour qu'il se recueille sur la tombe de sa
04:34femme.
04:35Il note aussi que c'est elle qui, sur place, s'occupe de vider et de ranger la maison du
04:40vieil homme après sa mort.
04:41Très vite, finalement, les policiers se disent que ce n'est pas tout à fait normal.
04:45Et ça va leur mettre un peu la puce à l'oreille.
04:47Et ça peut pour eux remettre en question le côté naturel de la mort de Raymond-Jacquetel.
04:52Ils se disent que cette femme, qui est décrite quand même d'une manière assez contrastée dans le quartier,
04:56et qui s'empresse de vider et de ranger une maison, elle y est peut-être pour quelque chose.
05:03Le commandant de police transmet un rapport au juge d'instruction.
05:07Et le mercredi 19 décembre 1990, une enquête préliminaire est ouverte.
05:15Rodika Negroyou est arrivée en France cinq ans plus tôt, en janvier 1985, avec son fils.
05:21Elle est alors infirmière diplômée en Roumanie, mais ne peut faire valoir son diplôme dans l'Hexagone.
05:26Elle doit se contenter d'une activité d'aide-soignante et ménagère.
05:29Trois ans plus tard, elle entre au service de Raymond-Jacquetel.
05:33D'abord relativement discrète, elle finit par devenir omniprésente dans la maison de l'octogénaire.
05:38Lui semble conquis par cette femme, plus jeune et très autoritaire.
05:43Petit à petit, il perd le contact avec ses amis, les voyant d'abord de moins en moins,
05:48et finissant par abandonner toute vie sociale.
05:51En quelques mois, il n'y a plus que Rodika Negroyou dans le quotidien de Raymond-Jacquetel.
05:56Deux mois avant la mort du vieil homme, les enquêteurs découvrent qu'il a vendu sa maison à son aide
06:01-soignante.
06:02C'est doublement surprenant.
06:04Déjà parce que pendant longtemps, cette propriété était promise à Claude,
06:08l'enfant de l'assistance publique à qui Raymond-Jacquetel a légué les bons aux porteurs.
06:12Ensuite, parce qu'elle n'a pas été vendue de n'importe quelle manière.
06:16Elle a été vendue en viagé.
06:18Le prix n'est donc pas défini à l'avance.
06:21L'acheteur doit verser chaque mois une rente au vendeur,
06:24et ce jusqu'à sa mort, quel que soit le moment où elle intervient.
06:29Plus le propriétaire meurt tôt, plus l'acquisition est intéressante.
06:34Et donc, dans le cas de Rodica Negrouillou,
06:36l'achat de la maison de Raymond-Jacquetel seulement deux mois avant sa mort est une très bonne affaire.
06:45Et ce n'est pas tout.
06:46Les policiers sont alertés par un employé de la Poste
06:49qui leur dit qu'un homme s'est présenté au guichet pour échanger des bons du trésor public.
06:54Quand on lui a demandé ses papiers d'identité,
06:56il a préféré quitter le bureau de Poste plutôt que de les présenter.
07:00Les enquêteurs ne savent pas qui était cet homme,
07:02mais une chose est sûre, ce n'était pas Claude.
07:11Damien, finalement, les enquêteurs découvrent l'identité de cet homme.
07:15On sait qu'il se prénomme Roger,
07:17mais surtout, on apprend qu'en fait, ce Roger, c'est le compagnon de Rodica.
07:22À ce moment-là, Rodica, elle vit un peu avec Raymond-Jacquetel comme dame de compagnie,
07:25mais elle a aussi un compagnon qui s'appelle Roger.
07:28Donc, ça ramène les enquêteurs vers Rodica.
07:30Les enquêteurs sont de plus en plus convaincus que Raymond-Jacquetel a été assassiné.
07:35Et pour en être sûr, il demande au juge d'instruction de faire exhumer son corps.
07:40Qu'est-ce qui se passe quand une personne, un homme ou une femme, meurt chez lui ?
07:44Le médecin passe et il délivre ou pas un permis d'inhumé.
07:47C'est le médecin qui décide ça.
07:48S'il a un doute sur les origines de la mort,
07:51il refuse de signer ce permis d'inhumé.
07:52C'est ce qu'on appelle un obstacle médico-légal.
07:55Ça veut dire qu'on demande une autopsie, le médecin dit « moi, je ne suis pas sûr de la
07:58cause de la mort,
07:59j'ai besoin d'une autopsie ».
08:00Dans le cas de Raymond-Jacquetel, ça n'a pas été fait parce que le médecin qui est passé ce
08:04soir-là,
08:04il a juste constaté le décès, il n'a pas constaté de signes de violence
08:08ou de choses visibles qui pourraient faire douter d'autre chose que d'une mort naturelle.
08:11Donc, il a délivré le permis d'inhumé.
08:13Et donc là maintenant, comme les enquêteurs ont un doute
08:15et qu'ils veulent procéder à un certain nombre de vérifications et de prélèvements,
08:19on ouvre la pierre tombale, on ouvre le cercueil, on sort le corps
08:22et on va l'autopsier à l'Institut médico-légal de Strasbourg
08:25où on va examiner son corps.
08:27Et les analyses, elles vont avoir des résultats intéressants
08:30parce qu'elles vont démontrer que dans le corps de Raymond-Jacquetel,
08:33il y a de la digitaline qui est un médicament
08:35qui a une provocation de faire baisser le rythme cardiaque
08:39et du phénobarbital qui est un médicament anti-épileptique.
08:43On trouve la présence de ces deux produits dans le corps de Raymond-Jacquetel.
08:48Les enquêteurs savent que Raymond-Jacquetel n'est ni cardiaque ni épileptique.
08:53Ils savent aussi qu'il ne s'est jamais fait prescrire ce type de produit.
08:56Donc, ils se demandent comment il s'est retrouvé en contact avec ces médicaments-là.
09:01Ils vont évidemment entendre Rodica puisque c'est elle qui vit à ses côtés
09:04et elle, elle va leur dire qu'elle non plus,
09:07elle n'a jamais eu ses produits en sa possession.
09:09Ils vont découvrir, en fait, qu'elle s'est fait prescrire
09:12et qu'elle a retiré en pharmacie le mercredi 29 août 1990.
09:17Ça veut dire qu'on est six mois avant la mort de Raymond-Jacquetel.
09:20Elle s'est fait prescrire ses produits.
09:22Alors, quand les policiers vont lui mettre ça sous le nez,
09:24ils vont dire, voilà, vous nous dites que non,
09:25mais en fait, vous avez été chercher ses produits.
09:26Elle va dire, c'est faux.
09:27Le seul problème, c'est qu'il y a une ordonnance.
09:29Du coup, les policiers, ils vont creuser la vie de Rodica Négroyou.
09:32Oui, alors, ils vont découvrir que Rodica,
09:34elle a déjà, comme ça, aidé d'autres personnes âgées
09:37et que parmi les personnes âgées qu'elle a aidées,
09:39il y a un autre homme qui est mort, lui aussi,
09:41de manière très suspecte.
09:47Vous venez d'écouter le premier épisode de notre podcast
09:50consacré à Rodica Négroyou, l'empoisonneuse de Maxéville.
09:54Suite et fin de ce podcast dans le deuxième épisode,
09:57déjà disponible sur leparisien.fr
09:59et sur toutes les plateformes d'écoute.
10:02Crime Story est le podcast fait divers du Parisien.
10:04Sous-titrage Société Radio-Canada
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