00:02Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast fait divers du Parisien.
00:08Décidément, ce sont les faits divers et leurs conséquences qui ont la vedette aujourd'hui.
00:14Les restes humains ont été retrouvés sur la propriété.
00:17Le préfet de la région Corse a été assassiné de plusieurs balles dans la tête ce soir.
00:21Un couple et ses quatre enfants ont donc disparu. L'enquête se plante aujourd'hui d'un registre criminel.
00:26Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle en m'appuyant sur l'expertise du chef du service police
00:33-justice du Parisien, Damien Delsenis.
00:38Bonjour Damien. Bonjour Claudia.
00:40Aujourd'hui dans Crime Story, le cas Rodica Négroyou.
00:44Oui, une femme trois fois veuve et accusée d'être une empoisonneuse mais qui a toujours clamé son innocence.
00:54Le lundi 17 décembre 1990, la nuit est déjà tombée quand le téléphone sonne au commissariat de Vendœuvre-les-Nancies
01:01en Meurthe-et-Moselle.
01:03L'agent qui décroche entend à l'autre bout du fil, un homme, expliquer qu'il souhaite dénoncer un potentiel
01:09meurtre.
01:09C'est celui d'un ancien militaire, Raymond Jactel.
01:12Il avait 82 ans et il est mort brutalement trois jours plus tôt, le vendredi 14 décembre, après avoir fait
01:18un infarctus du myocarde.
01:22Ce jour-là, il faisait très froid.
01:25Raymond Jactel avait décidé de sortir avec sa pelle pour déneiger l'accès à son pavillon situé en banlieue de
01:30Nancy, rue Sainte-Barbe.
01:32Pendant qu'il travaille à l'extérieur de la maison, l'homme est pris de vertige et fait un malaise.
01:37Les secours arrivent, le transportent à l'hôpital de Nancy.
01:40Mais c'est trop tard.
01:41En apprenant son décès, ses amis et anciens collègues ne sont pas si surpris que ça.
01:46Raymond était un vieil homme et même s'il n'avait pas de soucis particuliers, sa mort n'a rien
01:51d'extraordinaire.
01:52L'octogénaire était veuf et vivait seul.
01:55Il n'avait pas d'enfant mais n'était pas isolé pour autant.
01:59Raymond avait des amis, des voisins avec qui il s'entendait très bien.
02:02Et depuis quelques mois, une nouvelle femme dans sa vie.
02:06Une aide-soignante de 50 ans dont il est tombé sous le charme.
02:12Petit à petit, elle avait pris une grande place pour Raymond, au point de remplacer son infirmière attitrée.
02:18C'est pour parler d'elle que, ce 17 décembre, l'ami de Raymond décroche son téléphone et contacte donc
02:24le commissariat de Vendeuvre-les-Nancy.
02:26Car en mettant le nez dans les affaires de Raymond-Jacquetel, ses amis ont réalisé que 700 000 francs en
02:32bons aux porteurs qui appartenaient au vieil homme ont disparu.
02:38Des bons aux porteurs sont des titres d'emprunt émis par l'État et remboursables à échéance.
02:43Pour résumer, n'importe qui de solvable, après quelques démarches, peut acheter un bon du trésor public.
02:49Il devient ainsi créancier de l'État qui doit rembourser l'argent emprunté à l'acheteur avec intérêt.
02:54C'est ce qu'avait fait Raymond-Jacquetel.
02:56Il voulait les destiner à Claude, un enfant de l'assistance publique qu'il avait pris sous son aile depuis
03:01déjà plusieurs années,
03:02pour que ce soit lui qui touche l'argent remboursé par le trésor public.
03:06Pendant un temps, il avait même souhaité en faire son légataire universel, avant que les relations entre les deux hommes
03:11ne se délitent.
03:12Claude est tout de même le seul à savoir à quel endroit l'octogénaire avait caché les bons et quels
03:17étaient leurs numéros de série.
03:18Et une chose est sûre, ils n'y sont plus.
03:21Le policier prend note de ce que lui dit son interlocuteur et décide d'enquêter sur la mort de Raymond
03:26-Jacquetel et sur sa relation avec cette aide-soignante.
03:35Damien, l'enterrement a lieu l'après-midi même de ce coup de téléphone et Charles Deray, le commandant de
03:40police, en profite pour questionner les voisins de Raymond-Jacquetel.
03:44Ça va lui permettre d'apprendre une chose, le nom de cette femme, elle s'appelle Rodica Negrouyou.
03:50Et les voisins, ils la connaissent, alors ils ne la connaissent pas depuis très longtemps.
03:53Elles disent qu'elle est arrivée dans la vie de Raymond-Jacquetel depuis environ deux ou trois mois.
03:56C'est une Roumaine, elle est beaucoup plus jeune que Raymond, elle a les cheveux blonds, elle parle fort, elle
04:03a un fort accent.
04:04Elle n'est donc pas passée complètement inaperçue dans le quartier.
04:07Sa présence fait beaucoup jaser.
04:09Oui, alors vous comprenez, elle est beaucoup plus jeune que Raymond-Jacquetel, qui a plus de 80 ans.
04:14Les gens, ils se demandent tout de suite dans des quartiers comme ça, pourquoi elle est là.
04:17Donc les rumeurs vont bon train.
04:19On lui prête nécessairement des motivations qui ne sont pas très nobles, qui ne seraient pas que d'aider un
04:24vieil homme à finir sa vie.
04:26On la voit quand même s'occuper des rosiers qui sont dans le jardin.
04:29Elle fait le ménage et elle accompagne Raymond au cimetière pour qu'il se recueille sur la tombe de sa
04:34femme.
04:35Il note aussi que c'est elle qui, sur place, s'occupe de vider et de ranger la maison du
04:40vieil homme après sa mort.
04:41Très vite, finalement, les policiers se disent que ce n'est pas tout à fait normal.
04:45Et ça va leur mettre un peu la puce à l'oreille.
04:47Et ça peut pour eux remettre en question le côté naturel de la mort de Raymond-Jacquetel.
04:52Ils se disent que cette femme, qui est décrite quand même d'une manière assez contrastée dans le quartier,
04:56et qui s'empresse de vider et de ranger une maison, elle y est peut-être pour quelque chose.
05:03Le commandant de police transmet un rapport au juge d'instruction.
05:07Et le mercredi 19 décembre 1990, une enquête préliminaire est ouverte.
05:15Rodika Negroyou est arrivée en France cinq ans plus tôt, en janvier 1985, avec son fils.
05:21Elle est alors infirmière diplômée en Roumanie, mais ne peut faire valoir son diplôme dans l'Hexagone.
05:26Elle doit se contenter d'une activité d'aide-soignante et ménagère.
05:29Trois ans plus tard, elle entre au service de Raymond-Jacquetel.
05:33D'abord relativement discrète, elle finit par devenir omniprésente dans la maison de l'octogénaire.
05:38Lui semble conquis par cette femme, plus jeune et très autoritaire.
05:43Petit à petit, il perd le contact avec ses amis, les voyant d'abord de moins en moins,
05:48et finissant par abandonner toute vie sociale.
05:51En quelques mois, il n'y a plus que Rodika Negroyou dans le quotidien de Raymond-Jacquetel.
05:56Deux mois avant la mort du vieil homme, les enquêteurs découvrent qu'il a vendu sa maison à son aide
06:01-soignante.
06:02C'est doublement surprenant.
06:04Déjà parce que pendant longtemps, cette propriété était promise à Claude,
06:08l'enfant de l'assistance publique à qui Raymond-Jacquetel a légué les bons aux porteurs.
06:12Ensuite, parce qu'elle n'a pas été vendue de n'importe quelle manière.
06:16Elle a été vendue en viagé.
06:18Le prix n'est donc pas défini à l'avance.
06:21L'acheteur doit verser chaque mois une rente au vendeur,
06:24et ce jusqu'à sa mort, quel que soit le moment où elle intervient.
06:29Plus le propriétaire meurt tôt, plus l'acquisition est intéressante.
06:34Et donc, dans le cas de Rodica Negrouillou,
06:36l'achat de la maison de Raymond-Jacquetel seulement deux mois avant sa mort est une très bonne affaire.
06:45Et ce n'est pas tout.
06:46Les policiers sont alertés par un employé de la Poste
06:49qui leur dit qu'un homme s'est présenté au guichet pour échanger des bons du trésor public.
06:54Quand on lui a demandé ses papiers d'identité,
06:56il a préféré quitter le bureau de Poste plutôt que de les présenter.
07:00Les enquêteurs ne savent pas qui était cet homme,
07:02mais une chose est sûre, ce n'était pas Claude.
07:11Damien, finalement, les enquêteurs découvrent l'identité de cet homme.
07:15On sait qu'il se prénomme Roger,
07:17mais surtout, on apprend qu'en fait, ce Roger, c'est le compagnon de Rodica.
07:22À ce moment-là, Rodica, elle vit un peu avec Raymond-Jacquetel comme dame de compagnie,
07:25mais elle a aussi un compagnon qui s'appelle Roger.
07:28Donc, ça ramène les enquêteurs vers Rodica.
07:30Les enquêteurs sont de plus en plus convaincus que Raymond-Jacquetel a été assassiné.
07:35Et pour en être sûr, il demande au juge d'instruction de faire exhumer son corps.
07:40Qu'est-ce qui se passe quand une personne, un homme ou une femme, meurt chez lui ?
07:44Le médecin passe et il délivre ou pas un permis d'inhumé.
07:47C'est le médecin qui décide ça.
07:48S'il a un doute sur les origines de la mort,
07:51il refuse de signer ce permis d'inhumé.
07:52C'est ce qu'on appelle un obstacle médico-légal.
07:55Ça veut dire qu'on demande une autopsie, le médecin dit « moi, je ne suis pas sûr de la
07:58cause de la mort,
07:59j'ai besoin d'une autopsie ».
08:00Dans le cas de Raymond-Jacquetel, ça n'a pas été fait parce que le médecin qui est passé ce
08:04soir-là,
08:04il a juste constaté le décès, il n'a pas constaté de signes de violence
08:08ou de choses visibles qui pourraient faire douter d'autre chose que d'une mort naturelle.
08:11Donc, il a délivré le permis d'inhumé.
08:13Et donc là maintenant, comme les enquêteurs ont un doute
08:15et qu'ils veulent procéder à un certain nombre de vérifications et de prélèvements,
08:19on ouvre la pierre tombale, on ouvre le cercueil, on sort le corps
08:22et on va l'autopsier à l'Institut médico-légal de Strasbourg
08:25où on va examiner son corps.
08:27Et les analyses, elles vont avoir des résultats intéressants
08:30parce qu'elles vont démontrer que dans le corps de Raymond-Jacquetel,
08:33il y a de la digitaline qui est un médicament
08:35qui a une provocation de faire baisser le rythme cardiaque
08:39et du phénobarbital qui est un médicament anti-épileptique.
08:43On trouve la présence de ces deux produits dans le corps de Raymond-Jacquetel.
08:48Les enquêteurs savent que Raymond-Jacquetel n'est ni cardiaque ni épileptique.
08:53Ils savent aussi qu'il ne s'est jamais fait prescrire ce type de produit.
08:56Donc, ils se demandent comment il s'est retrouvé en contact avec ces médicaments-là.
09:01Ils vont évidemment entendre Rodica puisque c'est elle qui vit à ses côtés
09:04et elle, elle va leur dire qu'elle non plus,
09:07elle n'a jamais eu ses produits en sa possession.
09:09Ils vont découvrir, en fait, qu'elle s'est fait prescrire
09:12et qu'elle a retiré en pharmacie le mercredi 29 août 1990.
09:17Ça veut dire qu'on est six mois avant la mort de Raymond-Jacquetel.
09:20Elle s'est fait prescrire ses produits.
09:22Alors, quand les policiers vont lui mettre ça sous le nez,
09:24ils vont dire, voilà, vous nous dites que non,
09:25mais en fait, vous avez été chercher ses produits.
09:26Elle va dire, c'est faux.
09:27Le seul problème, c'est qu'il y a une ordonnance.
09:29Du coup, les policiers, ils vont creuser la vie de Rodica Négroyou.
09:32Oui, alors, ils vont découvrir que Rodica,
09:34elle a déjà, comme ça, aidé d'autres personnes âgées
09:37et que parmi les personnes âgées qu'elle a aidées,
09:39il y a un autre homme qui est mort, lui aussi,
09:41de manière très suspecte.
09:47Vous venez d'écouter le premier épisode de notre podcast
09:50consacré à Rodica Négroyou, l'empoisonneuse de Maxéville.
09:54Suite et fin de ce podcast dans le deuxième épisode,
09:57déjà disponible sur leparisien.fr
09:59et sur toutes les plateformes d'écoute.
10:02Crime Story est le podcast fait divers du Parisien.
10:04Sous-titrage Société Radio-Canada
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