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Depuis que cette mère de famille s’est volatilisée le 27 février 2000, son mari Jacques Viguier clame son innocence… Crime story raconte cette affaire dans un podcast en deux parties. Dans Crime story, la journaliste Clawdia Prolongeau raconte cette enquête avec Damien Delseny, chef du service police-justice du Parisien.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Thibault Lambert et Barbara Gouy - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network

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#crime #crimestory #suzanneviguier

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Transcription
00:00Vous écoutez Crime Story, la disparition de Suzanne Viguier, deuxième et dernier épisode.
00:10Le mardi 1er mars 2000, Jacques Viguier, éminent professeur de droit, vient signaler dans un commissariat de Toulouse que sa
00:17femme, Suzanne, a disparu depuis 4 jours.
00:21Les policiers le soupçonnent de l'avoir tué et de s'être débarrassé de son corps.
00:25Il le place en garde à vue le vendredi 10 mars.
00:27Mais sans aveu et sans corps, ils finissent par le relâcher au bout de 36 heures sans qu'aucune charge
00:34ne soit retenue contre lui.
00:38Après sa sortie de garde à vue, Jacques Viguier prend les devants et crie à l'injustice.
00:44A l'université de Toulouse, où il enseigne, il utilise même son cas pour illustrer un cours magistral sur les
00:49gardes à vue et les méthodes discutables des policiers.
00:53Pendant ce temps, les enquêteurs continuent à chercher Suzanne Viguier.
00:56Ils sont convaincus que son mari l'a tué.
00:59Ils veulent absolument retrouver le matelas du canapé-lit dont Jacques Viguier s'est mystérieusement débarrassé dans une déchetterie, juste
01:06après la disparition de sa femme Suzanne.
01:08Mais on ne trouve pas le matelas.
01:10Pour tester sa crédibilité, il décide alors de lui présenter un matelas lambda.
01:15Jacques Viguier le reconnaît formellement, ce qui affaiblit un peu plus sa défense.
01:20Le vrai matelas est en fait retrouvé quelques jours plus tard, dans une décharge où il a été aspergé d
01:25'essence et brûlé.
01:27Le professeur disait s'en être débarrassé car il était sale.
01:30Il était en fait quasiment neuf.
01:32Les enquêteurs en ont la certitude car ils ont retrouvé le vendeur.
01:36Dans la maison aussi, les experts de la police technique et scientifique ont révélé la présence de traces de sang
01:42dans plusieurs pièces.
01:43Jacques Viguier dit que c'est son sang à lui.
01:46Les analyses montrent au contraire que c'est celui de Suzanne.
01:49C'est qu'elle a eu ses règles, répond le spécialiste de droit.
01:53La villa abritait aussi des couteaux de chasse.
01:55Jacques Viguier pratiquait la chasse à Lizar, cette chèvre des montagnes très présente dans les Pyrénées.
02:00Mais ses armes auraient aussi pu servir à tuer Suzanne.
02:04Il y a également ces 400 cassettes vidéo de films policiers.
02:07Jacques Viguier est en effet un grand cinéphile, passionné de comédie musicale et des films d'Alfred Hitchcock.
02:13Le lundi 13 mars 2000, deux policiers déposent aux objets trouvés de Toulouse le portefeuille de Suzanne qu'il déclare
02:20avoir trouvé sur la voie publique.
02:22Mais aucun rapprochement n'est fait avec la disparition.
02:26Trois jours plus tard, un chauffeur de taxi raconte qu'il aurait pris une jeune femme avec une valise au
02:3121 de la rue où habite la famille Viguier pour la déposer à la gare.
02:35Ce témoignage ouvre une brèche dans laquelle Jacques Viguier et sa défense s'engouffrent.
02:39Et si Suzanne n'était pas morte ?
02:42Si elle avait volontairement quitté le foyer ?
02:45Son amant et la juge d'instruction n'y croient pas.
02:48Le jeudi 11 mai au matin, un mois et demi après la disparition de Suzanne,
02:53Jacques Viguier est de nouveau convoqué par la juge.
02:55Il est entendu pendant 13 heures, à l'issue desquelles il est mis en examen
02:59et placé en détention provisoire à la vieille prison Saint-Michel de Toulouse.
03:04Entre temps, son dossier s'est rempli un peu plus.
03:08Pendant son soi-disant jogging, les enquêteurs ont établi que Jacques Viguier avait téléphoné à ses parents.
03:14Depuis sa remise en liberté, après sa première garde à vue, il est placé sur écoute.
03:19Les enquêteurs découvrent que le vice-doyen a appelé à plusieurs reprises une de ses amies magistrates
03:25dans un département voisin pour lui demander conseil.
03:27A tel point qu'elle finit elle-même par être convoquée et entendue.
03:41Damien Delsenie, un mois après le début de sa détention,
03:46Jacques Viguier formule une première demande de remise en liberté.
03:49Sans succès, Viguier c'est un prisonnier plutôt modèle à la prison Saint-Michel.
03:55Il partage la cellule numéro 4270 avec un petit délinquant.
04:00Et les autres détenus le consultent parfois pour obtenir des tuyaux en droit sur leur propre procédure.
04:06En prison, il exécute ses deux promenades quotidiennes.
04:09Il ne rate jamais la messe du dimanche à l'aumônerie de la prison.
04:12Et puis, le reste du temps, il travaille, il potasse son dossier.
04:16Et tous les samedis, il voit au parloir ses parents ainsi que ses trois enfants.
04:21Alors, les cours, eux, ils reprennent. L'université, c'est la rentrée de septembre ensuite.
04:26Évidemment, sans Jacques Viguier.
04:28Et c'est à ce moment-là qu'un de ses collègues à la fac, un de ses amis,
04:31va accepter de témoigner dans les colonnes du Parisien
04:35en estimant que la justice n'a pas grand-chose à reprocher à Jacques.
04:39Cet ami, il est directeur, lui, de l'Institut du droit de la communication.
04:43Et il pense, lui, qu'en fait, les policiers, ils ont été un peu déroutés
04:46par la personnalité de Jacques Viguier, qui, c'est vrai, est un personnage un peu curieux.
04:51Et qu'ils ont foncé tête baissée sur cette piste du féminicide, en fait.
04:56Même si, à l'époque, ça ne s'appelait pas comme ça.
04:57Et le prof ajoute, il dit d'ailleurs, on va créer un comité de soutien
05:01fort d'une quarantaine d'enseignants, d'employés, d'étudiants
05:04qui le connaissaient bien et qui souhaitent un peu le défendre,
05:07en tout cas faire en sorte qu'il ne moisisse pas trop en prison.
05:10Cet ami reconnaît quand même que Jacques Viguier n'était pas disposé à divorcer.
05:14Oui, mais il va dire, bon, ok, il ne voyait pas ce divorce d'un très bon oeil,
05:17mais ça ne fait pas de lui un tueur.
05:19Il dit quand même, Jacques, c'est un type sympa, serviable, assez ordinaire, finalement.
05:24Et ce n'est surtout pas le personnage un peu glacial
05:27qui est décrit par certains depuis le début de la procédure,
05:30ni une forme d'aristocrate universitaire un peu hautain.
05:33Il dit qu'il n'est pas du tout comme ça.
05:35C'est vraiment une espèce de plaidoirie que fait son collègue.
05:37Alors, elle peut avoir même cette plaidoirie dans le Parisien,
05:40quelques aspects déroutants, parce qu'il va expliquer à un moment donné,
05:42il va dire, mais même les criminels ont durci,
05:44ils finissent toujours par craquer.
05:46Mais Jacques, lui, il est resté de marbre,
05:47il a toujours gardé son sang-froid.
05:49Le jeudi 30 novembre 2000, alors que Jacques Viguier est toujours écroué,
05:53la juge d'instruction fait organiser une reconstitution assez originale.
05:58Oui, parce qu'elle va reconstituer le fameux footing.
06:01Alors, ils vont se positionner à 15h30 sur les bords du canal du Midi à Toulouse.
06:06Scène assez insolite, Jacques Viguier porte un short bleu, un t-shirt blanc.
06:10Il a les cheveux courts, il s'est laissé pousser une fine moustache en prison.
06:15Il a l'air assez concentré, il a un regard fixé vers l'avant.
06:19Il est quand même incarcéré à ce moment-là depuis le 11 mai,
06:21donc ça fait six mois qu'il est en prison.
06:23Et donc, il va faire ce footing, ce fameux footing qu'il est censé avoir fait le matin de la
06:27disparition de sa femme,
06:29escorté par deux policiers eux-mêmes en tenue de sport qui courent à ses côtés.
06:33Et il y a tout autour des policiers qui sont sur des VTT,
06:37qui sont là un peu pour sécuriser, armer,
06:39au cas où, évidemment, Jacques Viguier essaierait de profiter de l'occasion pour s'évader.
06:44Il y a aussi des motards qui sont là.
06:45Il y a sur le bord de la route, au-dessus, sur le quai, des voitures qui suivent doucement
06:50cette espèce de cortège un peu bizarre avec les gyrophares allumés.
06:53À bord des voitures, il y a des policiers, bien sûr.
06:56Il y a aussi la juge d'instruction, Myriam Viargue, qui est chargée du dossier,
07:00sa greffière, et puis l'avocat du suspect, Georges Catala, qui assiste lui aussi à ce footing.
07:06Alors, ce footing, il va être réalisé en 32 minutes, 6,6 km en 32 minutes,
07:11c'est-à-dire 2 minutes de plus environ que le fameux jour, le fameux dimanche où il prétend avoir
07:16couru.
07:17Alors, c'est un bon rythme, parce qu'il y a même un policier qui a dû abandonner à 1
07:20km de la fin
07:21parce qu'il n'en pouvait plus.
07:22Et puis, il y a une dernière scène qui est assez folle,
07:25c'est qu'il y a des journalistes, évidemment, qui suivent cette reconstitution en plein air avec des caméras
07:30et Jacques Viguier, qui les a aperçus, va, à un moment donné, crier qu'il est innocent,
07:35il va crier son innocence devant les caméras.
07:38Je suis innocent ! Innocent ! Innocent !
07:40Qu'il y a un sens !
07:41Qu'est-ce que je suis ?
07:43Les policiers, ils sont là, ça me fait mal en bas que vous ne vous reprochez !
07:46C'est ce que vous m'avez fait !
07:47C'est dégueulasse !
07:51Jacques Viguier passe le réveillon du nouvel an 2001 en prison.
07:55Après 9 mois d'incarcération, il est finalement libéré le jeudi 15 février.
08:00L'instruction continue.
08:02Jacques Viguier reste mis en examen, mais reprend une vie presque normale.
08:07Il donne des cours à l'université, emmène ses enfants à l'école,
08:10regrette que sa femme Suzanne les ait abandonnées et espère qu'elles reviennent un jour.
08:15Avec le temps, il n'est plus tout à fait sûr qu'elles soient bien rentrées,
08:19la fameuse nuit du 26 au 27 février 2000.
08:22Il n'est plus sûr de l'avoir entendue,
08:24se dit que ces bruits, c'était peut-être finalement autre chose.
08:28Et puis il soupçonne aussi Olivier Durandet d'être responsable de la disparition de sa femme.
08:33Ses enfants le soutiennent indéfectiblement.
08:36Sa fille, Clémence, qui a d'abord dit aux enquêteurs que sa mère l'a rejointe au lit le dimanche
08:41matin de sa disparition,
08:42n'est plus certaine, elle non plus.
08:44Ce n'est qu'une enfant de 11 ans.
08:46Devant une cour d'assises, que peuvent vraiment valoir ses souvenirs ?
08:50Finalement, plus personne n'est vraiment capable d'affirmer ce qu'il s'est passé exactement ce jour-là,
08:56entre 8h30 et 10h30, dans la maison de la rue des Corbières.
09:03Damien, les deux magistrats qui instruisent le dossier demandent le renvoi de Jacques Viguier devant une cour d'assises,
09:09mais la chambre de l'instruction va ordonner un complément d'enquête.
09:12Oui, et on est quand même déjà en mai 2006, c'est-à-dire qu'il s'est quand même
09:16passé déjà quasiment 6 ans
09:18depuis la disparition de Suzanne Viguier.
09:19Ça paraît très très long comme délai.
09:21Alors, ça s'explique d'une manière assez simple.
09:24Jacques Viguier, il a multiplié les recours, les appels, comme le permet le code.
09:29Il a utilisé des armes parfaitement légales pour freiner la procédure.
09:33En plus, comme il a été libéré de prison, il n'est plus en détention provisoire.
09:37Les délais sont moins contraignants pour la justice.
09:39Mais effectivement, ce complément d'enquête, il l'a demandé quasiment depuis le début,
09:44depuis sa mise en examen, parce que lui, il estime que les policiers ont négligé
09:49ou tout simplement pas étudié certaines pistes.
09:52Alors, il va notamment parler d'une piste où serait impliqué le monde de la nuit,
09:58quelque chose qui ne paraît pas tellement en rapport avec l'avis de Suzanne Viguier.
10:01Mais son avocat, lui, va déposer des conclusions en ce sens,
10:05alors que du côté de la famille de Suzy, notamment Hélène, sa sœur,
10:09elle, elle pense que voilà, les portes, elles ont été fermées
10:12et que le seul suspect qui reste, c'est bel et bien Jacques Viguier.
10:14Finalement, ces nouvelles investigations ne donnent rien
10:17et quasiment 7 ans jour pour jour après la disparition de Suzanne,
10:22Jacques Viguier est renvoyé devant les assises.
10:24Effectivement, ce nouveau supplément d'enquête qui n'a rien donné,
10:27il a encore rallongé les délais, donc on est en 2007.
10:31Et la difficulté, c'est que dans une telle affaire où il n'y a pas de corps,
10:35pas d'aveu, arriver devant une cour d'assises 7 ans après les faits
10:39et en plus libre, puisqu'il est libre à ce moment-là Jacques Viguier,
10:42ça donne tout de suite une connotation particulière au procès.
10:55Le lundi 20 avril 2009, le procès de Jacques Viguier s'ouvre
11:00devant la cour d'assises de la Haute-Garonne à Toulouse.
11:03Les journalistes sont venus nombreux.
11:05Le public aussi, qui fait la queue sous la pluie pour espérer avoir une place.
11:10Jacques Viguier compare libre, mais doit quand même s'installer
11:13dans le box des accusés pendant les audiences.
11:15Il est vêtu d'un costume foncé et d'une chemise blanche.
11:19« Je suis fatigué, mais en même temps, ce sera une délivrance dans 15 jours,
11:22quand je serai acquitté », lâche-t-il sur les marches du palais.
11:26Depuis 2005, Jacques Viguier a été diagnostiqué bipolaire,
11:30ce qui explique son comportement et ses humeurs,
11:32qui le font passer de l'euphorie à la dépression
11:34et le plonge parfois dans un mutisme où il semble agarre.
11:38Dans la salle pourtant, le combat s'annonce rude.
11:41Une amie et collègue de Suzanne à l'école de danse témoigne à la barre.
11:45« Suzy en était très amoureuse », dit-elle.
11:47Apprendre que Jacques l'a trompée, l'a affreusement blessée.
11:51Sylvia ajoute que Suzanne Viguier se serait plainte d'un époux brutal.
11:55« Un jour, je l'ai vue avec des bleus derrière ses lunettes de soleil.
11:58Il y a eu dans le couple des périodes de violences conjugales.
12:01Suzy avait très peur de son mari.
12:03L'un des avocats de l'accusé bondit.
12:05« 60 personnes ont dit que M. Viguier n'a jamais frappé sa femme.
12:09Vous êtes la seule », lance-maître Catala.
12:12Rigide dans son box, le professeur de droit s'anime et dément.
12:17« Je conteste catégoriquement, je n'ai jamais battu ma femme.
12:20Jamais touché à un de ses cheveux.
12:22Elle essayait de séduire en se faisant plaindre.
12:24La victimisation, c'était aussi le caractère de Suzy.
12:29Le 3 février 2000, trois semaines avant sa disparition,
12:32Suzanne Viguier avait consulté une spécialiste du droit des femmes.
12:36« Elle m'a parlé de violences conjugales », témoigne cette juriste.
12:38Elle était au bout du rouleau à cause de cette situation,
12:41mais n'avait rien de suicidaire.
12:43Selon un couple d'amis qui soutient Jacques,
12:45ils ne s'opposaient pas à un divorce à l'amiable,
12:48même si Suzanne prétendait le contraire.
12:50Le mercredi 22 avril 2009, c'est au tour du commissaire
12:53qui a mené l'enquête de témoigner.
12:56Le fond de sa pensée tient en quatre mots.
12:58Jacques Viguier est coupable.
13:06Damien, Olivier Durandet témoigne également,
13:08et il est lui aussi persuadé de la culpabilité de Jacques Viguier.
13:12Totalement. Durandet, c'est le pire avocat général pour Viguier dans ce procès.
13:17Lui, il est persuadé de sa culpabilité,
13:19et il passe son temps à dire depuis maintenant neuf ans
13:22que Viguier sait ce qu'il a fait à Suzy,
13:24c'est sa conviction profonde.
13:2615 à 20 ans de prison sont finalement requis contre Jacques Viguier.
13:29Oui, l'avocat général va faire un long réquisitoire
13:32dans lequel il va tenter de prouver le mobile,
13:34ce divorce que refuse Viguier par fierté,
13:37par peur de perte de son prestige.
13:39Il va aussi raconter la détestation
13:42qui s'est propagée au sein d'un couple en lambeaux.
13:45Il va aussi évoquer les éléments troublants du dossier.
13:48Évidemment, le matelas jeté à la déchetterie,
13:51les 40 traces de sang retrouvées dans 7 endroits différents de la maison.
13:55Mais tout ça, c'est que de la déduction,
13:57parce que la construction du réquisitoire,
13:59elle peut paraître solide comme ça,
14:01mais il manque une poutre.
14:02La preuve qui emporte tout.
14:04Et le jeudi 30 avril,
14:06les jurés acquittent Jacques Viguier,
14:08qui, à sa sortie, va dire
14:10« J'ai déjà vécu 9 ans d'horreur,
14:12passé 9 mois en détention
14:14et enduré 9 jours d'un procès terrible. »
14:17Mais ce verdict est un véritable soulagement.
14:20Il avoue même avoir ouvert une bouteille de champagne
14:23avec quelques amis,
14:25mais assure aussi qu'il n'aura de repos
14:27que lorsqu'il saura ce qui est arrivé à Suzy.
14:30Deux jours plus tard, le lundi 4 mai 2009,
14:32sans surprise, le parquet annonce qu'il fait appel
14:35et donc que Jacques Viguier sera rejugé.
14:42Le second procès s'ouvre le lundi 1er mars 2010,
14:45cette fois-ci devant la cour d'assises du Tarn, à Albi.
14:49Dix ans précisément ont passé
14:50depuis le meurtre supposé de Suzanne Viguier.
14:53Jacques Viguier, qui a pris quelques kilos,
14:55semble plus confiant, moins tendu qu'au premier procès.
14:59Il a derrière lui son acquittement,
15:00prononcé un an plus tôt,
15:02ses enfants, qui croient dur comme fer à son innocence,
15:05la preuve irréfutable qui manque à l'accusation,
15:08et un nouvel avocat, Éric Dupond-Moretti.
15:11Il n'est pas encore acquis à tort,
15:13mais sa réputation et sa légende sont en marche.
15:17Ce choix me laisse penser que M. Viguier n'est pas si tranquille,
15:20nuance maître Guy de Buisson,
15:22avocat d'une sœur de Suzanne Viguier.
15:24Mais se dressent toujours contre lui
15:26les policiers et l'amant de Suzanne,
15:28convaincu de sa culpabilité.
15:30Au premier jour de son second procès,
15:33Jacques Viguier clame une nouvelle fois son innocence,
15:35se disant choqué de l'horreur qu'on lui impute.
15:39Le jeudi 4 mars,
15:41Arlène, une amie du couple Viguier,
15:43est invitée à s'exprimer.
15:44Elle l'avait déjà fait au précédent procès.
15:47Ça n'avait pas eu beaucoup d'intérêt.
15:49Cette fois-ci, c'est différent.
15:51Ex-maîtresse de l'enseignant,
15:53restée son amie et celle de son épouse,
15:55Arlène, 52 ans,
15:56décrit l'état du couple début 2000.
15:59Suzy était très déprimée.
16:01Jacques, qui a longtemps refusé le divorce,
16:03était très énervé, complètement à bout.
16:05Quelques jours avant la disparition de Suzy,
16:07elle l'a eue au téléphone.
16:09Au bord des larmes,
16:10elle m'a dit
16:11« J'ai peur, j'ai peur,
16:13ça m'a bouleversée, »
16:14relate Arlène.
16:16« Peur de qui ? »
16:17demande le président.
16:18« De lui. »
16:25Damien,
16:26alors que la partie
16:27semble loin d'être gagnée
16:29pour Jacques Viguier,
16:30un élément va tout faire basculer.
16:32Nous sommes le mardi 9 mars 2010,
16:35donc huit jours
16:36après le début du procès,
16:37et c'est Séverine
16:38qui se présente à la barre.
16:39Séverine,
16:40c'est l'ex-baby-sitter
16:41du couple Viguier,
16:42et elle va craquer
16:43à la barre de la cour d'assises du Tarn,
16:46craquer sous le feu
16:47des questions
16:47de maître Eric Dupond-Moretti,
16:49parce que cette femme de 32 ans,
16:51elle va tout simplement
16:52avouer devant le président
16:53et devant les jurés
16:54avoir visité
16:56avec Olivier Durandet,
16:57donc l'amant,
16:58la maison des Viguiers
16:59le surlendemain
17:00de la disparition de Suzy.
17:02Et encore plus que ça,
17:03elle va dire
17:04que l'amant,
17:04Olivier Durandet,
17:06lui a demandé
17:06de taire cette visite,
17:07de ne pas en parler,
17:08évidemment,
17:09et qu'elle a caché
17:10cette vérité
17:10depuis 10 ans,
17:12cachée sur l'insistance répétée
17:13et encore récente
17:14d'Olivier Durandet.
17:16Donc,
17:16conséquence de tout ça,
17:18Séverine et l'amant Durandet
17:19sont placés en garde à vue
17:21en plein procès,
17:22elle pour faux témoignage
17:23et lui pour subordination
17:24de témoins.
17:25Rebandissement dans le procès
17:26en appel de Jacques Viguier,
17:28accusé du meurtre
17:28de sa femme Suzy,
17:30disparu en 2000.
17:31Hier,
17:31l'amant de celle-ci
17:32a été placé en garde à vue
17:33pour subordination
17:34de témoins
17:34ainsi que la baby-sitter
17:36du couple.
17:36À la barre,
17:37cette dernière a reconnu
17:38avoir menti.
17:39Olivier Durandet
17:40passe donc à ce moment-là
17:41de témoin à suspect ?
17:43Non,
17:44mais ça va évidemment
17:45jeter un trouble
17:46sur ce personnage
17:47clé de l'affaire
17:48parce que c'est quand même
17:48le principal accusateur,
17:50celui qui a apporté
17:51beaucoup d'éléments
17:51à l'enquête
17:52et en fait,
17:53les écoutes téléphoniques
17:54qui ont été réalisées
17:55ont montré
17:55qu'il avait beaucoup collaboré,
17:57étroitement collaboré
17:59avec la police,
17:59il a même préparé
18:01des témoins
18:01avant leurs auditions
18:02et c'est lui
18:03qui a vraiment répondu
18:04la thèse du mari coupable
18:05et le voilà maintenant
18:07accusé d'avoir demandé
18:08à un témoin
18:09de mentir,
18:10d'avoir demandé
18:10à un témoin
18:11de cacher quelque chose
18:12alors il va complètement
18:13assumer ce mensonge
18:14mais le procès
18:15il a déjà connu son tournant
18:16parce qu'Éric Dupond-Moretti
18:18il va continuer
18:19à appuyer évidemment
18:20sur ce qui fait mal
18:21il va appeler Durandet
18:22l'auxiliaire de justice
18:23l'officier de police judiciaire
18:25tout ça de manière
18:25très ironique
18:26il va aussi dire
18:26que c'est l'enfant de coeur
18:27de l'accusation
18:28il va pilonner en fait
18:30Durandet
18:30pourquoi ?
18:31parce que Durandet
18:31c'est le témoin clé
18:32et c'est celui
18:33qui a beaucoup pesé
18:35pour asseoir
18:36les convictions
18:36de nombreux acteurs
18:38du dossier
18:38sur la culpabilité
18:39de Jacques Villiers
18:40le samedi 20 mars 2010
18:42Jacques Villiers
18:43est définitivement acquitté
18:45du meurtre de sa femme
18:46oui parce que là
18:47c'est la deuxième fois
18:48la seconde fois
18:49donc acquittement définitif
18:50évidemment
18:51l'épisode Durandet
18:52cette garde à vue
18:53pendant le procès
18:54cette subornation de témoins
18:56ce faux témoignage
18:57ça a probablement
18:58achevé de peser
19:00sur les débats
19:00mais en réalité
19:01le dossier
19:03il était déjà
19:04fragile
19:05dès le premier procès
19:06dès le premier acquittement
19:06et surtout
19:07ce qui a beaucoup aussi
19:08pesé dans les débats
19:09et ce qui a sans doute
19:11beaucoup influencé
19:11les jurés
19:12c'est le comportement
19:13des enfants
19:13en fait
19:14de Jacques Villiers
19:14et de Suzanne Villiers
19:15parce qu'eux
19:16ils sont venus à la barre
19:17dire que depuis
19:18la disparition de leur mère
19:19ils sont convaincus
19:21de l'innocence
19:22de leur père
19:22il y a même
19:23l'avocat
19:24qui va demander
19:25à la fille
19:25aînée des Villiers
19:27est-ce que vous pourriez
19:28encore vivre
19:28dans une maison
19:29où en gros
19:30votre père a tué
19:31votre mère
19:31elle va dire
19:32évidemment pas
19:33si j'avais eu
19:33le moindre soupçon
19:35contre mon père
19:35je pourrais pas le défendre
19:36donc le fait
19:37que toute cette famille
19:38en tout cas
19:39tous les enfants
19:39soient derrière leur père
19:41va aussi beaucoup compter
19:43dans l'acquittement
19:44de Jacques Villiers
19:44cette affaire
19:45fait beaucoup penser
19:46au cas de Cédric Jubilard
19:48accusé d'avoir fait disparaître
19:50sa femme Delphine
19:50en décembre 2020
19:52on n'a jamais retrouvé son corps
19:54mais Cédric Jubilard
19:55est renvoyé lui aussi
19:56devant les assises
19:57pour meurtre
19:58il y a de réelles similitudes
20:00entre ces deux affaires
20:00il y a une similitude
20:01un peu géographique
20:02parce que
20:02l'affaire Jubilard
20:04se déroule dans le département
20:05voisin du Tarn
20:05on n'est pas très loin de Toulouse
20:06mais surtout
20:07il y a
20:08un personnage central
20:09suspect
20:10qui multiplie
20:12les incohérences
20:12les déclarations étranges
20:14les mensonges aussi
20:15dans les différentes versions
20:16où Jacques Villiers
20:18ou Cédric Jubilard
20:19ont pu tenir
20:20devant les enquêteurs
20:21il y a des éléments
20:21matériels
20:22très troublants
20:23mais il y a aussi
20:24évidemment
20:25le fond de l'histoire
20:26c'est-à-dire que
20:26que ce soit l'affaire Villiers
20:27ou l'affaire Jubilard
20:28on n'a pas de corps de victime
20:30et on n'a pas d'aveu
20:31Est-ce qu'on pense
20:32qu'aujourd'hui
20:32le verdict serait différent
20:34concernant l'affaire Villiers
20:35c'est toujours très périlleux
20:37et en fait vain
20:38de refaire les procès
20:39le dossier Villiers
20:40c'est un amas de doutes
20:42et en cours d'assises
20:43il y a deux règles immuables
20:44la première
20:45c'est
20:46on juge
20:46selon son intime conviction
20:48donc finalement
20:49on peut condamner
20:49sans preuve
20:50c'est un principe
20:51qui date du XIIe siècle
20:53mais
20:53il y a une deuxième règle
20:54en cours d'assises
20:55c'est que le doute
20:56doit profiter
20:57à l'accusé
20:58et dans le cas précis
21:00de Jacques Villiers
21:00le doute
21:01lui a profité
21:0423 ans après
21:05la disparition
21:07de Suzanne Villiers
21:08reste une énigme
21:09qui a inspiré
21:10plusieurs films
21:10sur le site
21:12de l'université
21:13Toulouse Capitole
21:14Jacques Villiers
21:15aujourd'hui âgé
21:16de 66 ans
21:17apparaît toujours
21:18comme professeur
21:19des universités
21:19et en 2019
21:21il habitait encore
21:22dans la maison familiale
21:24de la rue des Corbières
21:37Vous venez d'écouter
21:38Crime Story
21:39le podcast fait divers
21:40du Parisien
21:41avec à la production
21:42Clara Garnier-Amourou
21:44Barbara Gouy
21:45et Raphaël Pueyo
21:46à la réalisation
21:48Julien Moncouquiol
21:49et à la rédaction en chef
21:51Jules Lavi
21:52Un épisode raconté
21:54avec Damien Delsenis
21:55et un podcast
21:56à retrouver chaque samedi
21:58sur le site
21:59leparisien.fr
22:00et sur toutes les plateformes
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