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Chantal Anglade, 61 ans, travaille depuis 2018 pour le pôle « actions éducatives » de l’Association française des victimes du terrorisme. En novembre et en décembre, elle a accompagné sept classes de lycéens au procès de l’assassinat de Samuel Paty.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clémentine Spiler, Clara Garnier-Amouroux et Pénélope Gualchierotti - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network

Archive : France 2

#samuelpaty #antiterrorism

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le vendredi 20 décembre, le verdict est tombé dans le procès des adultes impliqués dans l'assassinat du professeur Samuel
00:17Paty.
00:1816 ans de réclusion criminelle pour deux amis du terroriste qu'il avait aidé à s'armer,
00:2313 et 15 ans de prison pour les deux auteurs de la campagne de haine en ligne dont a été
00:29victime le professeur d'histoire-géographie.
00:31Ils ont fait appel, il y aura un nouveau procès.
00:34Le 25 novembre, le Parisien a fait le portrait d'une professeure de lettres
00:38qui a organisé la venue à ce procès de sept classes de lycéens dans le cadre d'un travail de
00:44sensibilisation.
00:46Chantal Anglade a 61 ans, elle est membre de l'Association française des victimes du terrorisme.
00:51Sa fille avait été blessée dans un attentat en Égypte et depuis 2018, Chantal Anglade va dans les classes pour
00:59parler aux élèves du terrorisme.
01:01Elle raconte son parcours et son engagement aujourd'hui dans Code Source au micro de Barbara Gouy.
01:12Je rencontre Chantal Anglade dans les locaux de l'Association des Français victimes de terrorisme à Levallois-Péret.
01:19Elle est fatiguée par les semaines intenses qui viennent de s'écouler, mais reste souriante et toujours prête à parler
01:25de ses actions auprès des lycéens.
01:27Chantal Anglade est née le 30 mai 1963.
01:31Elle grandit dans un milieu populaire en région parisienne avec un frère qui a 10 ans de plus qu'elle.
01:37A l'école, Chantal adore apprendre.
01:39Elle en profite pour découvrir ce qu'elle n'apprend pas chez elle, comme les langues.
01:43J'ai été très jeune, très très reconnaissante à l'égard de mes enseignants.
01:48C'est-à-dire qu'ils m'ont ouvert toutes ses portes, évidemment en particulier celle de la littérature, puisque
01:55je suis devenue prof de français.
01:57J'ai travaillé beaucoup en ZEP avec des élèves dits en difficulté, mais que je voyais progresser.
02:06C'était une très très grande satisfaction.
02:09A 27 ans, Chantal a un premier enfant, un garçon, et trois ans plus tard, en 1994, elle donne naissance
02:15à deux jumelles.
02:17Chantal élève ses enfants à Levallois-Pérez et se plaît dans son travail d'enseignante.
02:22Lorsque l'une de ses jumelles a 14 ans, elle lui demande de partir en Égypte, en colonie de vacances.
02:27J'étais quand même très consciente de la difficulté, non pas des difficultés en Égypte, mais de ce qui se
02:34passait dans le monde.
02:35C'était l'époque d'événements très très durs sur la bande de Gaza, et c'est vrai que moi
02:40-même, je m'étais posé des questions avant leur départ en Égypte.
02:44Chantal accepte tout de même qu'elle parte avec son amie, et sa fille s'envole pour le Caire, en
02:49Égypte, en février 2009.
02:51Le voyage en Égypte se passe très très bien.
02:53C'est-à-dire que les enfants visitent le Caire, et puis partent sur la mer Rouge, font des activités
03:00aquatiques, et s'apprêtent à revenir en France.
03:05Oui, oui, les nouvelles sont excellentes.
03:08Le 22 février, sa fille est toujours en voyage en Égypte.
03:12Chantal est en train de travailler, et elle allume la télé pour se changer les idées.
03:16J'apprends qu'il y a un attentat au Caire.
03:19Un attentat a eu lieu au Caire, dans un quartier touristique de la ville. Au moins 17 personnes auraient été
03:23blessées par l'explosion.
03:25Ma première réaction a été de penser que le Caire, c'est une ville immense, et que nos enfants n
03:30'étaient pas sur cette place.
03:32Et j'entends dans un premier temps qu'il y a une Française décédée.
03:37Et selon l'agence France Presse, une Française aurait déjà perdu la vie.
03:42J'ai appelé d'autres mamans.
03:44La deuxième personne que j'appelle me répond avec une voix que je perçois comme extrêmement affectée.
03:52Et avant même qu'elle me dise que les enfants sont dans l'attentat, je comprends à sa voix qu
03:56'ils y sont.
03:57Et la seule chose qu'elle est capable de me dire, c'est « appelle la mairie ».
04:00Et donc j'appelle la mairie, et je tombe sur une personne qui s'occupait justement des séjours pour les
04:09jeunes,
04:10et qui cherche dans une liste, j'imagine, et qui me dit que ma fille est blessée et qu'elle
04:15est à l'hôpital.
04:17Il me demande d'attendre, et j'attends.
04:23Et au bout de plusieurs heures, je décide que je n'attendrai plus, et je vais à la mairie.
04:30Je me retrouve avec d'autres parents, qui eux ont eu la nouvelle du décès de Cécile.
04:38Cécile, c'est une petite jeune fille de 17 ans, et c'est ma fille, mon autre jumelle, qui me
04:44dit les choses,
04:46qui me dit que Cécile est décédée, ce que je ne veux pas croire dans un premier temps.
04:51Même si Cécile est plus âgée que sa fille, Chantal la connaît car c'est une amie de son fils.
04:5725 personnes sont blessées, mais il n'y a pas d'autres victimes dans cet attentat à la bombe,
05:01où un explosif a été déposé sous un banc dans un quartier touristique du Caire.
05:06Chantal reste à la mairie, elle est sous le choc, et cherche seulement à avoir des nouvelles de sa fille.
05:11J'ai des nouvelles de ma fille dans la soirée, très tard, vers minuit j'imagine.
05:17Elle est hospitalisée, et la consule se trouve auprès des enfants blessés à l'hôpital,
05:25et elle appelle de son téléphone.
05:28Et donc je peux parler à ma fille, et j'apprends qu'elle est blessée à la jambe, au pied,
05:34mais elle a d'autres blessures, ça je le constaterai par la suite.
05:39Le lendemain matin, Chantal prend un avion avec d'autres parents pour rejoindre leurs enfants.
05:43Ils arrivent à l'hôpital.
05:45C'est très difficile, nos enfants sont évidemment extrêmement choqués, blessés aussi.
05:54Ils n'ont pas de béquilles, donc on les voit boiter, donc ça c'est très très visible.
05:59Et ce sont des enfants profondément choqués.
06:03Ma fille, elle est brûlée, elle a les cheveux brûlés, elle a le ventre brûlé.
06:10Je sais que les médecins ont constaté aussi que cet impan était éclaté.
06:16Je parle assez peu, je l'interroge assez peu.
06:21Je l'écoute si elle parle, mais elle a peu de choses à dire.
06:24Elle a très très peu de choses à dire.
06:27Donc moi, ma mission consiste à lui dire, écoute, je vais te ramener.
06:32Je vais te ramener et tu vas retrouver ton frère, ta soeur,
06:37et puis ça va aller, on va te soigner, etc.
06:40Mais elle est très très choquée.
06:47Chantal et sa fille rentrent la nuit suivante et elles enchaînent les rendez-vous médicaux
06:51pour soigner ses blessures.
06:53Deux semaines plus tard, Chantal décide de retourner travailler dans le lycée où elle enseigne.
06:57Je reprends mon travail certainement beaucoup trop vite.
07:00J'avais moi aussi besoin de temps.
07:03Personne ne me le dit et donc je reprends le travail et ça c'est affreux, c'est épouvantable.
07:08Ça j'ai un souvenir, moi qui adore mon métier.
07:11Le matin du jour où j'ai repris, je pleurais en salle des profs et j'ai pris sur moi.
07:16Mais je l'ai fait avec une douleur immense.
07:19C'était très très difficile.
07:21Ça c'est un très très mauvais souvenir.
07:23J'ai mis plusieurs mois à reprendre mon activité de manière correcte.
07:29Les familles touchées par cet attentat se soutiennent entre elles en se rendant des services.
07:33Moi j'apportais un soutien scolaire,
07:36mais je me souviens de parents de deux jeunes filles qui sont victimes de cet attentat,
07:41qui étaient tous les deux dermatologues et qui ont enlevé à la pince à épiler les débris métalliques qui affleuraient
07:50sous la peau de ma fille.
07:52Et ça, ça a duré des heures.
07:53À la pince à épiler, ils étaient deux à enlever débris par débris.
07:57C'était le seul moyen de communiquer aussi avec nos enfants.
08:02Chantal parvient à parler de l'attentat avec sa fille uniquement lorsqu'elle la soigne en lui faisant des pansements.
08:07Elle se remet petit à petit de ses blessures.
08:10En juin 2009, Chantal participe à la création de l'AFVT,
08:14l'Association française des victimes de terrorisme,
08:17pour sensibiliser le grand public et aider les victimes dans leur parcours administratif et juridique.
08:23Tout en s'engageant dans ce combat, elle essaye de reprendre une vie normale.
08:27Quelques années plus tard, aux alentours de 2012,
08:30Chantal ressent un profond malaise face à une classe de BTS.
08:34Ce que j'ai pu constater en classe de BTS,
08:38c'était des élèves qui regardaient des vidéos de décapitation.
08:42Ils ne s'en cachaient pas,
08:44mais je ne comprenais pas les motifs pour lesquels ils les regardaient.
08:48C'est-à-dire que les motifs, entre guillemets, religieux ou idéologiques, je ne les comprenais pas.
08:54Et moi, ce que je comprenais, c'est qu'ils avaient du goût pour du sensationnel et pour quelque chose
08:59d'épouvantable.
09:00Ça, j'ai essayé d'en parler avec eux.
09:03Ce que j'ai pu constater aussi, et là j'ai compris qu'il s'agissait de quelque chose de
09:08religieux,
09:09c'est dans la même classe, les garçons qui se mettaient d'un côté, les filles qui se mettaient de
09:14l'autre côté.
09:14Mais c'était extrêmement nouveau, et donc ce n'était pas facile de trouver le moyen,
09:23en tous les cas, de parler avec les élèves de ce qui se passait.
09:30En 2015, la France est marquée par plusieurs attentats.
09:34Le 7 janvier, la rédaction du journal Charlie Hebdo est visée par deux terroristes,
09:38les frères Kouachi, qui tueront 12 personnes ce jour-là.
09:41C'est certainement à ce moment-là que je comprends que le corps enseignant est démuni
09:47lorsqu'il s'agit d'entamer une discussion avec les élèves à propos des attentats.
09:54Ça, je le vis en classe, je le vois, je le constate.
09:58Les élèves, je les trouve profondément indifférents.
10:01C'est moins difficile, finalement, le 13 novembre 2015,
10:05parce que cela concerne l'ensemble de la population.
10:08Le 13 novembre 2015, une série d'attentats djihadistes se déroule à Paris et dans sa banlieue.
10:14130 personnes sont assassinées.
10:16Une première attaque à la bombe se déroule près du Stade de France à Saint-Denis.
10:19Des fusillades ont lieu dans les rues des 10e et 11e arrondissements,
10:23visant des terrasses de café et de restaurant,
10:26et une autre fusillade dans la salle de concert du Bataclan.
10:29C'est-à-dire que les élèves vont davantage s'identifier aux victimes du 13 novembre.
10:33Ils ont quand même le sentiment que ça aurait pu être eux.
10:38Et cette identification permet le dialogue.
10:40Et donc, on a un accès à nos élèves qui est plus facile à ce moment-là.
10:45Ça devient un sujet de société.
10:47Et je commence à réfléchir à la question de la transmission.
10:51Comment à la fois ne pas perdre le dialogue avec nos élèves,
10:56et d'autre part, que transmettre à ce sujet-là ?
11:03Deux ans plus tard, Chantal soumet au ministre de l'Éducation nationale
11:07le projet de faire un pôle éducatif dans son association, la FVT,
11:12afin de pouvoir parler des attentats avec les élèves dans des ateliers spécialisés.
11:16Le projet est accepté.
11:18Dès 2018, elle concrétise ce projet
11:20dans lequel se rencontrent des personnes victimes de terrorisme et des élèves.
11:24Ma proposition fait peur à la totalité des établissements scolaires.
11:30C'est-à-dire que les premières actions que je mets en place,
11:33je les mets en place avec des collègues qui sont aussi des amis
11:36et qui me font confiance.
11:38Parce que le sujet est totalement inédit.
11:41Et qu'on a très très peur que soit développé ce qu'on pourrait appeler le pathos.
11:47Qu'on soit là pour faire pleurer les élèves.
11:49Alors ça, j'ai toujours été très consciente
11:51qu'une forme d'émotion était inévitable
11:55parce que vous êtes face à quelqu'un qui a perdu un proche de manière violente
11:59ou bien qui a subi un attentat forcément violent et traumatisant.
12:04Mais ce qui nous importe, c'est d'aller au-delà de l'émotion
12:08et d'aller vers la réflexion.
12:09Et une réflexion qui n'est pas la nôtre d'adultes
12:12mais qui est la leur de lycéens,
12:15c'est-à-dire de jeunes gens
12:16qui sont concernés comme tout un chacun
12:18par le phénomène terrorisme dans notre société
12:22mais qui par ailleurs pourraient être les proies de recruteurs
12:27qui cherchent à embrigader des jeunes gens
12:29dans une idéologie qui favorise le terrorisme
12:34ou qui peut le produire.
12:37Donc il y a aussi cette dimension de prévention de la radicalisation
12:41qui n'est pas ouvertement dite aux élèves
12:44mais qui est sous-jacente au projet.
12:48Avec l'AFVT, Chantal met en place une vingtaine d'ateliers par an.
12:52Mais les attentats djihadistes en France ne s'arrêtent pas en 2015.
12:55Le 16 octobre 2020, un professeur d'histoire-géographie, Samuel Paty,
13:00est assassiné et décapité près de son collège à Conflans-Saint-Honorine.
13:05Quelques jours auparavant, Samuel Paty avait montré des caricatures du journal Charlie Hebdo
13:10dans un cours sur la liberté d'expression, ce qui a provoqué la colère d'un père d'une élève.
13:16Celui-ci publie des vidéos sur les réseaux sociaux dans lesquelles il insulte le professeur
13:21et ces vidéos sont repérées par le terroriste qui tuera Samuel Paty.
13:26Le 16 octobre, le terroriste se rend devant le collège et propose de l'argent à un élève
13:31pour qu'en échange, il l'aide à identifier Samuel Paty.
13:35L'élève accepte et Samuel Paty est assassiné.
13:38C'est l'impensable, c'est l'impensable qui surgit.
13:43Moi, je suis la première à penser que l'école est un sanctuaire
13:46et qu'entre les quatre murs de notre classe, nous avons une vie avec nos élèves
13:52et que rien ne pénètre dans la classe.
13:56Et là, c'est vraiment la stupeur.
14:00Dans un premier temps qu'un professeur soit assassiné,
14:02dans un deuxième temps que des collégiens aient reçu de l'argent
14:07et aient désigné le professeur au terroriste.
14:10Ça, c'est vraiment très, très, très difficile à concevoir et à supporter.
14:17Rapidement, Chantal se rend au collège du Bois d'Aulnes, celui de Samuel Paty,
14:21avec d'autres membres de l'Association française des victimes de terrorisme.
14:24Nous venons vers les professeurs du Bois d'Aulnes et les personnels du Bois d'Aulnes
14:29pour leur dire que nous les comprenons
14:31et que nous savons que la route va être difficile,
14:36que ça va être long et nous leur proposons de les accompagner.
14:40Et nous allons proposer de nous adresser aussi aux élèves
14:45et donc de réaliser des actions éducatives dans ce collège
14:49qui seront forcément très, très particulières
14:52puisque le public est impacté par un attentat terroriste
14:57et que le public peut avoir contribué à diffuser la rumeur.
15:03Je leur ai proposé un atelier d'écriture sur la question de « je me souviens ».
15:09Je leur ai interdit, alors là, tout pathos,
15:13c'est-à-dire je leur ai dit « vos sentiments, vos émotions ne m'intéressent pas ».
15:16Ce que je veux savoir, c'est vraiment des faits.
15:18De quoi vous souvenez-vous ?
15:20Est-ce que vous vous souvenez de la rumeur ?
15:22Qu'est-ce qu'ils se disaient ?
15:24Qu'est-ce qu'ils se répétaient ?
15:26Est-ce que vous vous souvenez d'avoir reçu la photo ?
15:29Etc.
15:30Et en fait, ça a soulagé ces élèves-là.
15:34J'ai été la première surprise.
15:36Enfin, les élèves pouvaient évoquer leur participation à cet événement.
15:42Ils n'étaient plus passifs, vous voyez ?
15:44Et on a pu y réfléchir.
15:47Je suis contente d'avoir terminé ainsi avec eux, au moins par la vérité.
15:51Parce que ce qui me manquait au Collège du Bois-d'Aulne, c'est que les élèves disent la vérité.
15:57Les établissements sont dorénavant en demande des ateliers éducatifs de Chantal.
16:01Lors du procès-fleuve des attentats du 13 novembre 2015,
16:05qui s'ouvre en septembre 2021 et qui se déroule jusqu'en mai 2022,
16:09une nouvelle idée émerge.
16:10Un certain nombre de professeurs viennent vers moi et me demandent de travailler sur la justice
16:16parce qu'ils ont suivi, du moins dans la presse, le procès des attentats du 13 novembre.
16:21Et après les attentats du 13 novembre, on a d'autres procès.
16:25On a le procès de Nice, par exemple, qui est beaucoup moins long, qui est moins médiatisé.
16:29Et c'est à ce moment-là que je vais emmener des élèves à la fois à Paris et à
16:36Nice,
16:36puisqu'il y a une salle de retransmission à Nice, suivre des audiences du procès de Nice.
16:41Le procès des attentats de Nice se déroule fin 2022.
16:45Le 13 octobre 2023, un autre professeur est assassiné par un terroriste,
16:50c'est Dominique Bernard, qui cherchait à protéger ses élèves d'un ancien élève radicalisé.
16:55Peu de temps après, le procès des mineurs impliqués dans l'assassinat de Samuel Paty
16:59s'ouvre à huis clos au tribunal pour enfants.
17:02Comme il est à huis clos, Chantal n'a pas pu emmener d'élèves à ce procès.
17:06J'y assiste auprès de mes collègues du collège du Bois-d'Aulne,
17:10pour qui évidemment c'est très très important puisqu'il s'agit de leurs propres élèves.
17:16Et évidemment, nous avons des attentes.
17:18Nous avons beaucoup d'attentes et nous espérons que les élèves donneront des explications,
17:26des explications qui puissent être convaincantes aux actes qu'ils ont commis.
17:32On ne cherche pas, nous, à les juger, c'est la cour, c'est le tribunal pour enfants qui doit
17:37les juger,
17:37mais nous, nous attendons des explications.
17:40Et ces explications, nous ne les aurons pas.
17:42Voilà.
17:43Donc c'est un procès qui a été très déceptif pour moi et pour les professeurs du collège du Bois
17:51-d'Aulne.
17:55Un an plus tard, un nouveau procès s'ouvre pour juger cette fois-ci les adultes impliqués dans l'assassinat
18:01du professeur.
18:01Quand est audiencé le procès des adultes de l'attentat contre Samuel Paty,
18:09ce procès réunit à la fois les éléments sur la justice, sur le terrorisme et sur la position d'élèves
18:19et sur le lien prof-élève.
18:21À ce moment-là, moi, j'ai envie de construire un nouveau projet.
18:25J'ai besoin de récolter leurs réflexions à ce sujet.
18:29Chantal emmène donc sept classes de lycéens à la cour d'assises pendant sept semaines pour assister au procès.
18:35Évidemment, chaque classe vient à une audience différente.
18:38Certains ont entendu des experts, d'autres des témoins, d'autres le réquisitoire, les plaidoiries de la défense.
18:44Donc ces élèves, chaque classe est à un moment différent du procès.
18:48Moi, je les prépare, je leur explique ce qu'est la cour d'assises spécialement composée.
18:54Je leur présente quelques éléments du dossier, en tous les cas les chefs d'accusation contre chacun des accusés.
19:01Leur prof leur explique aussi un certain nombre de choses.
19:06Je leur montre la disposition de la salle, etc.
19:12Mais une fois qu'ils viennent, ils sont dans le concret.
19:14C'est toujours pareil.
19:15Le concret va vraiment aider les élèves à penser.
19:19Et le plaisir qu'ils y trouvent fait que le projet fonctionne très bien.
19:24C'est très, très agréable de s'apercevoir qu'ils y prennent beaucoup de plaisir.
19:29Et l'idée, c'est de les faire travailler tous ensemble ensuite.
19:32Je ne sais pas si ça va être possible.
19:34Cette classe, j'espère qu'on ira plus loin, mais je ne sais pas encore.
19:38Ça va dépendre d'eux.
19:49Barbara Chantal Anglade, est-ce qu'elle se consacre uniquement maintenant à ce travail de prévention auprès des élèves ?
19:54Oui, depuis 2018, elle est détachée de l'éducation nationale.
19:57Ça veut dire qu'elle n'exerce plus en tant qu'enseignante, mais qu'elle travaille uniquement pour son association.
20:02Et elle me dit qu'elle a appris ce détachement en milieu d'une année scolaire.
20:05Donc ça n'a pas été facile de quitter ses élèves et d'arrêter d'enseigner en plein milieu d
20:09'une année scolaire.
20:10Mais elle ne regrette pas ce choix.
20:12Aujourd'hui, ce qu'elle me dit, c'est qu'elle se considère toujours comme une enseignante, comme une prof.
20:16Elle m'explique que pour elle, ces ateliers, ça reste de l'enseignement.
20:20Merci Barbara Gouy.
20:21Si vous souhaitez entrer en contact avec Chantal Anglade, vous pouvez aller sur le site de l'Association française des
20:28victimes du terrorisme, afvt.org.
20:31Cet épisode de Codesource a été produit par Clémentine Spiller, Clara Garnier-Amourou et Pénélope Gualquier-Roti.
20:38Réalisation Pierre Chafonjon.
20:40Codesource est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
20:43Nous publions un nouvel épisode chaque soir de la semaine, du lundi au vendredi.
20:46Et puis on vous invite également à écouter le second podcast du Parisien, Crime Story.
20:51Chaque samedi, une affaire criminelle racontée par Claudia Prolongeau avec Damien Delsenis, le chef du service police-justice du Parisien.
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