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  • il y a 9 heures
Guerre ouverte avec son père et son frère, publication antisémite lorsqu’il étudiait en école de commerce à la fin des années 90… Impossible d’échapper à Yann Moix en cette rentrée littéraire. Faut-il zapper pour échapper à ce grand déballage, souvent nauséabond ? Au contraire, l’équipe de Code source a été intriguée par ce feuilleton. Son personnage principal est un écrivain connu, récompensé par plusieurs prix comme le Goncourt du premier roman et le Renaudot en 2013 pour Naissance (Grasset), mais dont les livres se vendent finalement assez peu. Il semble chercher l’attention pour mieux se faire détester. Dans cet épisode de Code source, Pierre Vavasseur, grand reporter au service culture du Parisien, nous raconte son histoire pour essayer de mieux cerner cet auteur devenu personnage de roman. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Clara Garnier-Amouroux et Jeanne Boezec - Réalisation et mixage : Benoît Gillon et Chloé Levoy - Musiques : François Clos pour Binge Audio - Identité graphique : Upian - Archives : TF1, On n'est pas couché, C à vous.

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Transcription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavie pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Guerre avec sa famille, son père, son frère, publication antisémite dans sa jeunesse,
00:16impossible d'échapper à Yann Mouax en cette rentrée littéraire.
00:20Alors faut-il zapper, tourner la page pour échapper à ce grand déballage souvent nauséabond ?
00:25Cette histoire, au contraire, nous a fascinés.
00:28Son personnage principal surtout, un écrivain connu, couronné de plusieurs primes
00:33et dont les livres se vendent finalement assez peu.
00:36On va essayer aujourd'hui de le connaître et de le cerner un peu mieux en racontant son histoire.
00:46Avec nous Pierre Bavasseur, grand reporter au service culture du Parisien, par ailleurs romancier.
00:51Pierre Bavasseur, quand est-ce que vous recevez le nouveau roman de Yann Mouax, Orléans ?
00:55Je crois que c'est le 2 ou le 3 juillet.
00:57C'est-à-dire qu'il y a bien longtemps maintenant, et je l'ai lu immédiatement.
01:02Parce qu'Yann Mouax, évidemment, et puis ensuite ce titre Orléans qui m'intriguait.
01:07Je crois que les titres un peu neutres comme ça, totalement neutres, sont les plus intrigants.
01:12C'est l'un des premiers de la rentrée littéraire que vous lisez ?
01:15De tous ceux que j'ai reçus, je crois que c'est l'un des tout premiers.
01:18Quelle est votre première impression déjà quand vous le recevez ?
01:21Voilà, je me dis, tiens, on va commencer par là, même si j'aime bien aussi défricher ailleurs.
01:26Mais bon, je sens bien que s'il y a de moi qui s'écrit un roman pour la rentrée
01:30chez Grasset,
01:31lui qui a déjà eu le prix Renaudot, c'est bien que quelque part, il peut essayer de rêver d
01:35'avoir autre chose, et notamment le concours.
01:36Est-ce que vous vous dites tout de suite que ça va être forcément l'une des polémiques de la
01:40rentrée, l'un des gros sujets pour vous de cette rentrée ?
01:42Moi que c'est un facteur de polémique.
01:44Mais pour l'instant, je ne le sais pas.
01:45Je me dis que c'est peut-être aussi tout bêtement un roman purement romantique.
01:50Et qu'est-ce que vous vous dites à ce moment-là ?
01:51Je me dis que je vais appeler le journal, et mes camarades peuvent en témoigner pour leur dire que
01:57le regard que j'avais, ou que nous avions tous, sur la personnalité très rulente,
02:05c'est une question de feu quand même.
02:06de Yann Mouax, risque de changer.
02:10L'homme qui nous agaçait, l'homme qui nous faisait sortir de nos gonds,
02:14l'homme qui semblait tellement rugueux, qui semblait du papier de verre, comme ça en permanence,
02:19allait changer avec ce livre dans notre esprit.
02:22Pourquoi ?
02:23Parce qu'en fait, tout d'un coup, il apparaît comme un enfant extrêmement malheureux,
02:30extrêmement brutalisé, extrêmement martyrisé.
02:34Quand on a vécu une telle enfance, on ne peut pas se comporter ensuite dans la vie tout à fait
02:39normalement.
02:40On a tous une image médiatique de Yann Mouax, on va essayer de raconter qui il est.
02:45Il a 51 ans, c'est d'abord un écrivain reconnu, il a été récompensé par plusieurs prix prestigieux.
02:49Oui, et notamment deux.
02:51Le premier, en 1996, le prix concours du premier roman pour Jubilation vers le ciel,
02:57qui est quand même magnifique.
03:00Et en 2013, le prix Renault d'eau pour Naissance.
03:05Et Naissance, c'est quand même 967 pages.
03:09Ça a été un prix Renault d'eau vendu à 38 000 exemplaires, c'est-à-dire très peu.
03:15Mais bon, je me souviens de l'arrivée de Yann Mouax devant Drouan,
03:19le fameux restaurant où on remet à la fois ce jour-là le prix Goncourt et le prix Renault d
03:23'eau.
03:23Il est sorti de sa voiture, évidemment entouré d'un essaim, comme on dit, de journaliste.
03:27Et j'ai parlé avec lui en lui demandant s'il était heureux, et il m'a semblé très heureux.
03:31Et en même temps, il y avait dans son regard quelque chose d'une petite déception.
03:37Pourquoi ?
03:37Parce qu'il rêve du Goncourt, et Yann Mouax est un homme d'extrême, d'idées extrêmes.
03:42Je ne parle pas de politique, quoi que ce soit, là.
03:44C'est un homme qui est en permanence assis sur du fer blanc en fusion,
03:50et donc pour lui, avoir un prix littéraire, c'est d'avoir le Goncourt.
03:52Il est hyper mnésique, il est ultra sensible, comment il peut définir son caractère ?
03:56Comme je viens de vous le dire, c'est-à-dire ne supportant pas la...
03:59J'imagine en tout cas, parce que moi c'est quelqu'un que je connais, mais je ne le fréquente
04:03pas.
04:04Mais ne supportant pas la demi-mesure, c'est tout ou rien.
04:08En entretien, en interview, il est comment ?
04:10Tout à fait charmant, mais assez préoccupé du résultat,
04:13puisqu'une fois je l'ai rencontré pour un de ses livres.
04:16Et trois secondes après, lorsque j'étais dans la rue, j'ai reçu, juste après notre entretien,
04:21tout à fait cordial, un coup de fil de son attaché de presse,
04:25qui me demandait quand il pouvait relire.
04:29Pas de papier ?
04:29Le papier.
04:30Et je lui ai dit, ben non, pas en relire.
04:34On se connaît suffisamment pour qu'il sache que je ne vais pas le trahir,
04:37et que je fais mon métier au mieux en tout cas.
04:40J'ai menacé, le mot est violent, mais de ne pas publier le papier,
04:44si tout d'un coup, il fallait que je le donne à relire, et tout s'est bien passé.
04:48Ce petit détail montre une sorte d'inquiétude essentielle chez lui.
04:55Yann Moax grandit à Orléans, dans une famille de la classe moyenne,
04:59père kinésithérapeute, mère secrétaire, il a un frère, on va y revenir.
05:02Qu'est-ce qu'il fait comme étude d'un mot ?
05:03Il fait des études qui sont censées, je crois, faire plaisir à ses parents.
05:08Mathsup, Mathspe, et ensuite il part à Supdeco, à Reims, il a 21 ans.
05:14Je crois que c'est une tête, à l'époque.
05:16C'est quelqu'un qui, de toute façon, va se montrer totalement avide d'apprendre partout.
05:25Sur tous les sujets ?
05:26Sur tous les sujets.
05:27Yann Moax est ambitieux à cette période, au début des années 90.
05:30Il rêve de percer à Paris, et il contacte plusieurs personnalités,
05:34dont Philippe Labreau et Bernard-Henri Lévy.
05:37Il était un lecteur éperdu de livres, et il m'a écrit une lettre de lecteur.
05:44Et puis je l'ai vu un matin au Flore, à l'heure du petit déjeuner, boulevard Saint-Germain,
05:49et j'ai tout de suite compris que j'avais en face de moi un personnage exceptionnel.
05:55Bernard-Henri Lévy, c'est intéressant parce qu'il lui fait passer un test, en fait.
05:59Bernard-Henri Lévy lui demande d'écrire, pendant un après-midi, trois textes.
06:04L'un sur le fascisme en Italie, l'autre sur le cinéaste Claude Berry,
06:08et le troisième sur le cinéaste Federico Fellini.
06:12Du moins c'est ce qu'il dit lui, et notamment c'est dans la fiche Wikipédia, c'est assez
06:15amusant.
06:16Et donc il rédige ces trois textes, et Bernard-Henri Lévy va lui proposer une place dans sa revue La
06:24Règle du jeu.
06:24Et ça dure encore.
06:26Et ça dure encore.
06:27En 1996, il reçoit donc le Goncourt du premier roman pour Jubilation vers le ciel, sa carrière est définitivement lancée,
06:33mais c'est grâce au cinéma qu'il se fait connaître du grand public.
06:36Il réalise Podium en 2004, adaptation de l'un de ses romans, et c'est un succès.
06:40Et c'est un succès absolu, 3,5 millions.
06:43Le thème est très attirant, très agrichant, puisqu'il s'agit des sosies, des grands chanteurs.
06:48Le thème du double, c'est quand même intéressant.
06:51Le thème de la schizophrénie, au fond, quelque part, on ne va pas convoquer toute la psychologie du monde,
06:55mais le thème du double est un thème très intéressant en littérature,
07:00et surtout, pour fouiller quelqu'un, c'est quand même la boîte de Pandore.
07:04À côté de sa carrière d'écrivain, Yann Moix est chroniqueur pour de nombreux journaux,
07:08Marianne, Paris Match, Le Figaro littéraire.
07:10Il y a une tâche dans ce parcours médiatique.
07:13En 2007, Yann Moix signe la préface du livre d'un proche du révisionniste,
07:17Robert Faurisson, Paul-Éric Blancru.
07:20Le livre s'appelle Le Monde contre soi, anthologie des propos contre les juifs,
07:25le judaïsme et le sionisme.
07:26Alors, c'est un livre qui ne fait pas beaucoup de bruit, mais qui sera réédité,
07:31qui est vendu sur le site néofasciste d'Alain Soral.
07:33Comment il arrive à ne pas devenir infréquentable à ce moment-là ?
07:36D'abord parce qu'on n'est pas encore à l'époque dans laquelle on vit aujourd'hui,
07:40où les réseaux sociaux vont tout de suite attiser et enflammer l'affaire.
07:43Donc ça, ça reste un petit peu souterrain.
07:45L'autre chose qui m'intéresse moi profondément, c'est que quand on sait que Paris va vous recevoir,
07:50vous accueillir en son sein, faire de vous une sorte de petit génie,
07:54et il a une autoroute à ce moment-là, que fait-il ?
07:58Il se tire une balle dans le pied.
08:00Ça, c'est quand même un aspect de sa personnalité qui me semble essentiel pour la suite des événements.
08:05Il y a tout juste 4 ans, en 2015, Yann Moix fait ses débuts comme chroniqueur
08:08chez Laurent Ruquier dans On n'est pas couché.
08:10Il a un rôle de polémiste, souvent virulent,
08:12et il n'a pas peur de se faire mal voir des invités.
08:14Non, d'ailleurs c'est pour ça que Laurent Ruquier l'invite.
08:17L'idée c'est que, puisqu'on est censé faire du spectacle,
08:21Ruquier sait qu'il a un très bon client,
08:23qui va en permanence être la lame aiguisée dans les deux sens de son émission.
08:27Et donc, ils sont rares les clients comme ça.
08:30On se souvient d'accrochage avec Michel Onfray,
08:32Patrick Sébastien, Mathieu Kassovitz.
08:34La liste est longue.
08:35La liste est longue, mais la liste a fait qu'on n'est pas couché.
08:39Tenez bien son nom.
08:41C'est-à-dire que non, on n'était pas couché parce qu'on voulait voir
08:45comment les étincelles allaient jaillir de partout.
08:47Eh bien, Yann Moix, c'est un homme d'étincelle.
08:49Il y a un an, en septembre 2018,
08:51c'est chez Thierry Ardisson, sur C8,
08:53qu'il déclenche une polémique en s'en prenant aux policiers.
09:15Pierre Vavasseur, la polémique, c'est une seconde nature chez Yann Moix ?
09:19Oui, moi je regrette quelque chose.
09:22C'est que Yann Moix n'ait pas existé chez Michel Pollack.
09:26Imaginez un Yann Moix dans Droits de Réponse.
09:29Mais je crois que le studio, déjà il finissait en pite aux états parfois,
09:34mais là il fallait aller appeler les pompiers.
09:37Il n'aurait plus rien resté du studio avec un Yann Moix.
09:41D'ailleurs, ça aurait pu être un accélérateur de sa personnalité,
09:44parce qu'il se serait laissé aller absolument.
09:47Bon, là c'était trop tôt, c'est dommage.
09:48Mais cet homme est fait par aller au front,
09:52aller au front de quelque chose qui, à mon avis,
09:54ne relève pas forcément de l'authenticité.
09:58Aller au front d'un suicide.
10:01C'est ça qu'il cherche Yann Moix.
10:04Il a envie d'exister en retournant l'arme contre lui.
10:13On en vient au grand déballage de cette rentrée littéraire.
10:16D'abord, ce n'est pas la première fois qu'Yann Moix parle dans ses livres
10:19de mauvais traitements qu'il dit avoir reçu de ses parents.
10:21Oui, mais c'est en filigrane dans les autres livres.
10:24Il y en a deux ou trois où il parle d'un personnage qui pourrait être lui,
10:27notamment dans Panthéon, c'est toujours Panthéon.
10:29En 2006 ?
10:30En 2006, oui, effectivement.
10:32Et puis on sent bien qu'il y a Anguille-sous-Roche.
10:35Mais c'est à demi-mot.
10:36Mais c'est à demi-mot.
10:37Ça passe, c'est là, c'est un petit peu...
10:40Rien n'est vraiment clair, on sent qu'il y a des soucis dans la famille, etc.
10:43Alors que dit-il cette fois-ci dans son nouveau roman, Orléans ?
10:46Ah ben alors là, c'est l'explosion.
10:48Je l'ai lu dix pages par dix pages, Orléans.
10:51Parce que c'était insupportable.
10:52Je posais le livre, je respirais un bon coup,
10:56puis là j'allais chercher quelqu'un d'autre,
10:58et je reprenais le livre cinq jours après.
11:01Alors je lisais encore dix pages, je prenais ma dose,
11:04et puis j'en relisais un autre, et puis dix pages.
11:07Enfin, je ne sais pas, quand il est comme ça, mais la vérité est là.
11:09C'est un des livres que j'ai mis le plus de temps à lire dans cette entrée littéraire.
11:13Tellement c'est violent.
11:14Oui.
11:16Le début, c'est d'une violence extrême.
11:18Qu'est-ce qu'il dit avoir subi ?
11:20Son père José, qui est une éthérapeute, vous l'avez dit tout à l'heure,
11:23lui fait subir des tortures, en fait, c'est quand même ça.
11:25Il le roule dans le verpilé, il va le perdre dans la forêt,
11:29il le jette dans un fossé dans la forêt la nuit,
11:31et la voiture repart.
11:34Comme il a peur d'avoir de mauvaises notes et de les annoncer à ses parents,
11:37il fait dans sa culotte, disons les choses telles qu'elles sont,
11:40et il cache ses sous-vêtements.
11:41Lorsque ses parents trouvent ses sous-vêtements soit amoisis depuis longtemps,
11:45soit encore un peu frais, comme il dit de la fange.
11:47Il lui barbouille le visage avec.
11:49Enfin, qu'est-ce que vous voulez ?
11:51Il y en a comme ça 36 000, les exemples.
11:54José Moix, le père de l'écrivain, réagit pour la première fois dans la République du Centre le 17 août.
11:58Qu'est-ce qu'il dit ?
11:59Il dit que oui, il a donné à son fils une éducation stricte,
12:03que ça vient sans doute de sa propre éducation à lui,
12:06mais que jamais il lui a fait subir ce que Yann Moix raconte dans son livre.
12:10Le 18 août, dans l'émission 7 à 8, TF1 diffuse un long entretien de Yann Moix.
12:15Il affirme que ce qui est dit dans son livre est vrai.
12:18Il raconte les coups de rallonge électrique,
12:20sa mère qui le poursuit avec un couteau de cuisine,
12:22ou encore une scène de punition incroyable.
12:25Un soir, j'ai retrouvé dans mon assiette mes excréments.
12:31Un soir où une jeune fille qui me plaisait était invitée avec ses parents.
12:35Que répond le père de Yann Moix sur cette accusation précise et terrible ?
12:40Il tombe des nus.
12:41Il dit que tout ça relève de la folie pure, de la psychiatrie.
12:44Dans cet entretien, Yann Moix raconte à la journaliste Stéphanie Davoignot
12:49qu'il juge ses parents responsables de ces nombreuses ruptures.
12:53Je pense qu'à chaque fois que je me fais quitter, c'est de leur faute.
12:56Mais longtemps, longtemps, longtemps, la rupture était la seule manière
13:00que j'avais trouvée pour me martyriser moi-même.
13:02Et d'ailleurs, il a écrit des livres sur ce sujet, sur la rupture.
13:07Je me souviens même d'un titre où il disait
13:09« Rompre, c'est mourir de son vivant ».
13:12Et on apprend aujourd'hui que ce seraient ces tortures-là
13:15qui l'empêcheraient d'avoir une vie amoureuse
13:18ou en tout cas sentimentale, qui ressemblent à quelque chose
13:21d'un minimum romantique.
13:22Ça le fait mourir à chaque fois.
13:24Ça le fait rompre à chaque fois.
13:26Et il a souvent parlé de ces ruptures,
13:29de sa vie sentimentale chaotique.
13:31Il a souvent expliqué que ça ne pouvait pas durer
13:34parce que déjà, il ne voulait pas d'enfant.
13:35Oui, absolument.
13:37Pierre Vavasseur, dans votre article publié le 19 août,
13:40vous racontez vous aussi, bien sûr,
13:41les doutes sur la véracité de ce récit.
13:43Le titre de votre article, c'est « Coups, sévices, abandon, faut-il croire l'autobiographie de Yann Moix ».
13:49Quelqu'un, que je ne citerai pas ici, de bien informé dans le petit monde littéraire,
13:53avec lequel je déjeune à Montparnasse un jour,
13:56il me dit « Qu'est-ce que tu as lu jusqu'à présent ? »
13:59Je lui ai dit « Écoute, j'ai entendu quelques-uns,
14:01mais celui qui m'a le plus marqué, c'est Orléans de Yann Moix ».
14:04Et cette personne m'a dit « Ouh là là, tu l'as lu ? »
14:07Il m'a dit « Oui, mais je sais de bonne source que ce n'est pas la réalité, que
14:11c'est romancé. »
14:12J'ai freiné des cas de fer en me disant « Ouh là, il y a peut-être Anguilles-sous
14:16-Roches ».
14:17Et il y avait Anguilles-sous-Roches.
14:19Oui, parce qu'au départ, ce que vous disiez,
14:21vous voyez un nouveau visage de Yann Moix,
14:23on prend ça pour un témoignage, et finalement non.
14:27Oui, alors pour un Jean-Contant, et en même temps, c'est marqué roman.
14:32C'est toujours la même histoire,
14:33mais le nombre de livres de rentrées littéraires
14:35qui racontent, je viens encore d'en sélectionner quelques-uns,
14:39qui racontent des histoires vraies,
14:40mais qu'ensuite la mémoire a trafiqué,
14:43que l'envie de peut-être de surprendre,
14:45ou d'intéresser le lecteur, ou de le choper quelque part,
14:48dépasser les bornes, c'est formidable dans l'autofiction,
14:51parce que c'est vraiment là où on se rapproche de la réalité.
14:53Et en même temps, est-ce qu'on n'a pas rêvé ce qu'on raconte ?
14:57Ce mot « romance » est très important.
14:59Mais là, oui, moi je l'ai cru 100%.
15:01Dans Le Parisien, dimanche dernier, le 25 août,
15:03Alexandre Moix, le petit frère, raconte sa vérité.
15:06Il y présente son grand frère, Yann,
15:08non pas comme une victime, mais comme un bourreau.
15:11En cherchant la manière de traiter,
15:12ou d'avancer en tout cas dans cette histoire,
15:14je me suis souvenu d'Alexandre,
15:16qui est un homme charmant,
15:17avec lequel j'avais eu la chance
15:19de participer à les salons du livre.
15:21Lui aussi, journaliste et écrivain,
15:23écrivain pour la jeunesse,
15:24et surtout documentariste pour Arte.
15:27Et c'est l'ombre de Yann Moix.
15:30Personne ne sait que Yann avait un frère
15:32qui s'appelle Alexandre.
15:35Je l'appelle, parce que j'avais toujours son numéro,
15:38on ne s'était pas vu depuis 10 ans,
15:39et là, je lui dis,
15:40est-ce que tu veux t'exprimer sur ton frère ?
15:42Au début, je lui propose un question-réponse,
15:45comme on dit chez nous.
15:45Et après avoir accroché, je le rappelle,
15:48et je lui dis, si tu veux même,
15:50si tu as envie d'écrire une lettre ouverte à ton frère,
15:53on est preneur, on accepte ta longueur,
15:56évidemment, tu ne seras pas ni trahi ni coupé.
15:59Et il me dit cette phrase,
16:01ça fait 40 ans que j'attendais ça.
16:03Que dit Alexandre Moix sur son frère ?
16:06Que dit-il sur cette période ?
16:07D'abord, le titre est éloquent,
16:09mon frère Sebouroux.
16:10Et sur cette période, il dit, en gros,
16:13que son arrivée,
16:14puisqu'il a 4 ans de moins que son frère,
16:16est une catastrophe dans l'esprit de Yann Moix.
16:19Et il raconte tout d'un coup comment
16:22son frère vient à chaque fois le battre,
16:25lui prend les doigts dans les persiennes,
16:29il s'évanouit, le jette par la fenêtre,
16:31et il finit dans la boue,
16:33un jour de pluie,
16:34le visage ensanglanté par les morceaux de verre
16:36de la vitre cassée.
16:38Un jour aussi,
16:40il lui met la tête dans la cuvette des toilettes.
16:42Voilà, cette torture physique et psychologique-là,
16:45c'est Alexandre qui la subissait.
16:47Et Alexandre Moix précise aussi,
16:49et ça, il n'y a pas lieu d'en douter,
16:50qu'il n'a présenté aucun de ses 4 enfants à Yann Moix.
16:53C'est une famille qui a pris 2 directions absolument différentes.
16:56D'ailleurs, Yann Moix dit une chose,
16:58je n'ai pas de frère.
16:59Quand on lui demande à la radio
17:00comment c'était sa famille,
17:02est-ce qu'il avait un frère ?
17:03Yann Moix répond,
17:05attendez, si je me souviens bien,
17:07il y avait un petit néo-nazi
17:08qui allait se plaindre à la commandanture.
17:10Et dans cette lettre,
17:12la lettre publiée dans Le Parisien,
17:13Alexandre Moix accuse son grand frère
17:15de révisionnisme,
17:17un mot qu'il n'a peut-être pas choisi au hasard.
17:19Quelques jours plus tard,
17:20le lundi 26 août,
17:22L'Express révèle que,
17:23dans sa jeunesse,
17:25en 1989-90,
17:27quand il était en école de commerce,
17:28Yann Moix a signé des dessins antisémites
17:30dans un magazine artisanal d'étudiants.
17:32C'est une publication artisanale,
17:35en noir et blanc,
17:36avec des textes et des dessins,
17:37comme on en a tous fait,
17:39mais pas sur ce thème.
17:40Sauf que ça s'appelle
17:41Oushoaïa,
17:42mélange de Oushoaïa,
17:44l'émission de Nicolas Hulot,
17:45et puis la Shoah.
17:46Il y participe,
17:48et il fait des dessins.
17:49Deux sont reproduits
17:50dans le témoignage de L'Express.
17:52Il y en a un qui est terrible,
17:54qui montre un personnage
17:55en pyjama rillé,
17:57les oreilles ridiculement décollées,
17:59le nez très long d'une laideur absolue,
18:03qui joue de la guitare,
18:04sur fond de camps d'extermination.
18:08On reconnaît au fond du dessin
18:11une colline de cadavres,
18:13et puis les cheminées,
18:15voilà.
18:16Et le micro branché sur un ampli
18:18est constellé de petites croix gammées.
18:21Tout est dit dans ce dessin.
18:22L'Express a demandé à Yann Moix de réagir.
18:25Comment est-ce qu'il se défend ?
18:26Il dit qu'il reconnaît absolument
18:28être l'auteur des dessins,
18:29qu'à l'époque, au fond,
18:30il ne s'en est pas compte,
18:31et qu'aujourd'hui,
18:31il regrette profondément
18:33d'être tombé dans cette abjection.
18:34Il y a aussi des textes
18:36dans cette publication antisémite.
18:37L'un d'entre eux est écrit de sa main.
18:39Il dit qu'en fait,
18:41ses camarades avaient tous
18:42une écriture illisible,
18:44et que lui était celui
18:46qui avait la plus jolie écriture,
18:47et donc il a juste recopié le texte.
18:50Et c'est une drôle de défense,
18:51mais surtout,
18:52il faut quand même,
18:53à un moment donné,
18:54se dire que s'il accepte de faire ça,
18:56c'est bien qu'il a envie,
18:57là aussi,
18:57d'aller dépasser les bornes.
18:59Finalement,
19:00mercredi,
19:01Yann Mouax admet,
19:02dans Libération,
19:02avoir signé aussi
19:03les textes antisémites.
19:05J'assume,
19:06j'endosse tout,
19:07tout ce que j'ai fait à l'époque
19:07avec trois ou quatre cons.
19:09On était des types
19:10complètement paumés.
19:11J'écrivais,
19:12je dessinais,
19:13je produisais de la merde.
19:14Ses textes et ses dessins
19:15sont antisémites,
19:16mais je ne suis pas antisémite.
19:18Aujourd'hui,
19:19l'homme que je suis en a honte.
19:20Tout le parcours que j'ai fait depuis,
19:22tout mon parcours d'homme,
19:23c'est l'histoire de quelqu'un
19:24qui a essayé de s'arracher
19:25à cette géographie toxique,
19:26m'extraire de cette nasse.
19:28Et Yann Mouax dit
19:29qu'il soupçonne son frère Alexandre
19:31d'avoir dévoilé ses dessins.
19:32C'est sans doute très possible,
19:34mais l'enquête de l'Express
19:36est peut-être aussi
19:37juste un travail d'archive.
19:38En tout cas,
19:39j'ai posé la question à Alexandre,
19:40il m'a dit qu'il n'avait pas
19:42fourni ses dessins à l'Express.
19:44Parmi les personnes ciblées
19:45par cette micro-publication,
19:47à l'époque,
19:47il y a Bernard-Henri Lévy
19:48qui a aidé,
19:50on l'a dit,
19:50qui a aidé Yann Mouax
19:51au début de sa carrière,
19:52mais il dit l'avoir prévenu
19:54que ça risquait de sortir.
19:55Là aussi,
19:55on tombe trois fois des nus,
19:57parce qu'il faut voir
19:58comment est traité,
19:59qualifié,
20:00Bernard-Henri Lévy,
20:01de philosopheux coprophage
20:03et sodomitionniste
20:05au nez long
20:06dont le crâne
20:06n'a pas été rasé
20:08par les amis d'Adolphe.
20:09Coprophage, c'est-à-dire ?
20:10Coprophage,
20:11eh bien écoutez,
20:11c'est quelqu'un
20:12qui mange ses excréments.
20:13Il explique qu'avec
20:14cette petite publication,
20:15le seul but était,
20:16je cite,
20:16de choquer,
20:17de déranger
20:18et de se faire détester.
20:19C'est le fil rouge
20:20qui conduit tout Yann Mouax,
20:22se faire détester.
20:24Que ce soit un amour,
20:25que ce soit en littérature.
20:28Le personnage de Yann Mouax
20:29ne pense qu'à une chose,
20:31se faire souffrir lui-même
20:32et d'être détesté.
20:34Je pense qu'il existe à l'envers.
20:36Il existe en se donnant
20:38des coups de poignard permanents.
20:40Est-ce que vos provocations,
20:42ce n'est pas une manière aussi,
20:43finalement,
20:44de recevoir des coups
20:45et d'être détesté ?
20:46C'est tout à fait possible.
20:50Est-ce qu'avec toute cette affaire,
20:52ce déballage,
20:53avec son père,
20:55son frère,
20:56ses dessins antisémites
20:57qui sortent aujourd'hui,
20:58Yann Mouax risque de passer
20:59de polémiste à triste cire ?
21:01Personne infréquentable.
21:02Ce qui serait intéressant
21:02dans 4 ou 5 jours,
21:04c'est de voir
21:04si les ventes de son livre
21:06ont augmenté
21:07ou si elles se sont arrêtées.
21:10J'ai commencé.
21:12J'ai rencontré
21:132 ou 3 libraires.
21:15Les 2 libraires m'ont dit
21:16mais on ne nous a pas
21:18demandé le livre
21:19depuis sa parution.
21:20Il y a des signes comme ça
21:21étonnants.
21:22C'est-à-dire que
21:22est-ce que ce livre,
21:23au fond,
21:24est fait pour marcher ?
21:25La morale de cette histoire,
21:26pour moi,
21:26elle est aussi littéraire.
21:28Elle est d'abord littéraire.
21:30Ce que peut-être
21:31essaye de dire
21:32Yann Mouax
21:33d'une manière
21:34profondément maladroite,
21:35je ne le défends pas,
21:36mais sur le plan littéraire,
21:38est-ce que ce n'est pas
21:38quelqu'un,
21:39un personnage
21:40assez incroyable
21:42qui fait tout
21:43pour devenir
21:44son propre personnage
21:45de fiction ?
21:46Pour la première fois,
21:47on aurait quelqu'un
21:47qui s'est transformé
21:49absolument
21:50en personnage de roman.
21:54Merci à Pierre Vavasseur.
21:57Code Source
21:57est le podcast
21:58d'actualité du Parisien.
21:59Production
22:00Jeanne Boézek
22:01et Clara Garnier-Amourou.
22:03Réalisation
22:03Adèle Itel
22:04et Chloé Levoix.
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