- il y a 9 heures
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Depuis juin 2017, une dizaine de parlementaires a quitté le groupe LREM à l’Assemblée nationale. Récit d’une mésentente entre l’exécutif et des députés de la majorité.
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NewsTranscription
00:00Bonjour, je suis Clara Garnier-Amouroux et vous écoutez Code Source, le podcast d'actualité du Parisien.
00:13La colère gronde au sein de la majorité.
00:15Une douzaine de députés La République En Marche a démissionné depuis 2017
00:19et depuis quelques mois, la grogne s'intensifie chez les députés marcheurs.
00:24Tensions autour des investitures pour les municipales,
00:26polémiques pendant les débats sur la loi du congé pour le deuil d'un enfant,
00:30des accords sur la réforme des retraites,
00:32à tel point qu'Emmanuel Macron a réuni ses députés mardi dernier pour tenter d'apaiser la situation.
00:38Dans Code Source, aujourd'hui, on revient au début de l'histoire
00:41et on vous raconte comment la majorité en est arrivée là.
00:44Récit de Valérie Hacot, journaliste au service politique du Parisien,
00:48et de David Ducan, chef du service politique du Parisien.
00:56David Ducan, en mai 2016, Emmanuel Macron est toujours ministre de l'économie.
01:00Il a créé son mouvement En Marche quelques mois auparavant
01:03et le 28 mai, il donne le top départ de sa première grande marche.
01:07En quoi elle consiste ?
01:08Il voulait mettre en scène l'idée que ce projet provienne du peuple français.
01:13Nous commençons aujourd'hui un moment important,
01:16celui de la mobilisation générale, celui de la grande marche.
01:19Cette grande marche, son objectif, c'est d'aller à la rencontre des Français.
01:26C'est de faire ce diagnostic du pays en ouvrant les portes,
01:30en allant au-devant des autres.
01:33On ne peut pas construire aujourd'hui un projet sans comprendre où en est le pays.
01:37Et donc, il a mis en place cette grande marche.
01:39Il envoie ce qu'il appelle dans le jargon macronien les « helpers ».
01:43En français, ce sont des militants.
01:45Faire des porte-à-porte, ils arrivaient avec des QCM,
01:47ils disaient aux gens « sur tel sujet, quelle est à votre avis la meilleure solution ?
01:52Sur tel autre, avez-vous des suggestions ? »
01:53Il y avait des questions ouvertes aussi.
01:55Et ces données, elles ont ensuite été compulsées,
01:57elles ont été analysées, résumées.
02:00Et c'est ce qui a servi de base à la construction du projet présidentiel d'Emmanuel Macron.
02:04Qui sont ces volontaires qui parcourent alors la France avec ces questionnaires ?
02:07Moi, j'ai le souvenir de les avoir croisés dans les meetings d'Emmanuel Macron
02:11lorsque je couvrais sa campagne présidentielle.
02:13Ils étaient souvent jeunes et ils étaient, pour certains, en réalité, issus d'anciens partis.
02:19C'est qui ont rejoint Emmanuel Macron.
02:20Et puis, il y avait aussi des gens qui ne s'étaient jamais engagés en politique
02:23et qui avaient été séduits par l'idée de dire
02:25« Maintenant, voilà, on peut militer, on peut s'engager
02:27sans pour autant être dans le cadre contraint d'un parti politique,
02:31mais simplement en cliquant sur Internet pour une adhésion. »
02:34Voilà, un clic, une adhésion.
02:35C'était ça aussi qui a pu séduire toute une partie de nos concitoyens
02:38et qui se sont donc mobilisés derrière Emmanuel Macron.
02:41À ce moment-là, ils sont dans quel état d'esprit ?
02:43Il y a un enthousiasme, parce que c'est l'enthousiasme d'abord qui est commun
02:45à tous les débuts de campagne.
02:47Et puis, ils commencent à se sentir à ce moment-là,
02:49donc on ne s'est même pas encore déclaré candidat.
02:51Ce sont des prémices.
02:52Eux, ils commencent à sentir un écho.
02:54Ils sentent une sorte d'appétit pour un candidat
02:57qui ne serait pas le produit des partis traditionnels.
03:02Emmanuel Macron se déclare candidat à la présidentielle en novembre 2016
03:06et le 10 décembre, il tient son premier grand meeting
03:09devant plus de 10 000 marcheurs à la porte de Versailles à Paris.
03:13Comment ça se passe ?
03:14Des quartiers de militants arrivent.
03:17Des gens ne parviennent pas à entrer à l'intérieur de la salle.
03:20Une deuxième salle est ouverte avec un écran géant
03:23pour que ceux qui n'ont pas pu entrer puissent observer le discours.
03:27Là, vous vous dites, ah, attention, il se passe quelque chose.
03:30Parce que quand vous avez 10 000 personnes dans un meeting,
03:32ça veut dire que vous n'avez pas juste le cœur militant qui vient.
03:36Et puis, il y a le discours en lui-même qui a marqué.
03:38Et pour gagner, ce que je veux, c'est que vous, partout,
03:44vous alliez le faire gagner parce que c'est notre projet.
03:50Vive la République ! Vive la France !
03:54Donc là, il y a quelqu'un, un candidat, qui semble habiter.
03:57Il y met toute l'énergie nécessaire.
04:00Et à la fois, les interrogations commencent à poindre.
04:03Est-il à la hauteur ? Va-t-il tenir le rythme de la campagne ?
04:05La durée ?
04:06Et les opposants, d'ailleurs, s'emparent de ce discours immédiatement
04:09pour l'attaquer en disant, il n'est pas fiable.
04:11Donc, l'opposition à Emmanuel Macron s'en empare.
04:14C'est aussi un signe.
04:15Et puis, il y a du monde.
04:16Et il y a cette énergie qui apparaît au grand jour.
04:24Valérie Hacot.
04:25Le 14 mai 2017, Emmanuel Macron est élu président de la République.
04:29Un mois plus tard, le 18 juin, le deuxième tour des élections législatives
04:32confirme que le mouvement est solide.
04:34Après à peine un an d'existence,
04:37La République En Marche envoie 306 candidats à l'Assemblée nationale.
04:41Qui sont ces nouveaux députés ?
04:42C'est un air frais à l'Assemblée nationale.
04:44C'est qu'on se retrouve avec des profils qui n'étaient pas les profils classiques.
04:47Il faut savoir que ce sont pour beaucoup des gens qui se sont engagés,
04:50pour certains d'entre eux, pour la première fois en politique.
04:53L'objectif, c'est la parité.
04:54Il y a 50% de femmes, ce qui n'était pas si classique que ça
04:57dans les formations traditionnelles jusqu'à maintenant.
04:59Des gens issus de la société civile.
05:01Et puis aussi, des politiques qui ont rejoint En Marche.
05:04Il y a notamment pas mal d'anciens élus du Parti Socialiste,
05:06qui est quand même la base des troupes d'Emmanuel Macron, à cette époque-là en tout cas.
05:10Mais au-delà de ces personnalités politiques,
05:13c'est aussi effectivement beaucoup de personnes
05:14qui viennent d'un horizon complètement différent.
05:17La plupart d'entre eux ont été sélectionnés par Internet.
05:20Alors, ce qui ne manquait pas de faire sourire
05:22tous les opposants à Emmanuel Macron,
05:25qui les appelaient les candidats à Internet avec un petit peu de mépris.
05:28Mais ça avait été la stratégie adoptée par En Marche à ce moment-là.
05:32Et du coup, dans quel état ils arrivent à l'Assemblée ?
05:33Ils se retrouvent effectivement face à un univers
05:35qu'ils ne connaissent pas du tout, pour nombre d'entre eux.
05:38Donc c'est, encore une fois, assez frais.
05:41Ils découvrent ça, ils ont aussi l'envie de tout changer.
05:44Aussi, indéniablement, ils n'ont pas encore tous les codes de la politique.
05:46On voit que c'est pour beaucoup d'entre eux
05:48de véritables débutants de la vie politique.
05:50Sur l'accompagnement, excusez-moi, de la filière industrielle...
05:56Le bal des débutants, c'est drôle, quelques minutes ?
05:59Franchement, c'est saoulant, quoi.
06:01Oui, c'est saoulant.
06:02Mais ils étaient pleins d'enthousiasme.
06:05Dès les premiers mois au pouvoir, le gouvernement enchaîne les grandes réformes.
06:09Comment les nouveaux députés qui découvrent la vie politique vivent ce rythme ?
06:13C'est compliqué.
06:13C'est vrai que le début du quinquennat était particulièrement costaud.
06:17On a enchaîné les lois de travail, la réforme de la SNCF, etc.
06:20Donc, pour certains d'entre eux qui avaient des profils de cadre supérieurs,
06:25pour beaucoup avec des gros salaires,
06:27ils ne s'attendaient pas aux séances de nuit, à toute cette charge de travail, mine de rien.
06:31Dès le mois d'août, il y avait déjà des rumeurs comme quoi certains n'en pouvaient plus.
06:34Aller jeter des plombs, je voulais retourner dans le privé.
06:37Bon, ça n'a pas été exactement suivi des faits,
06:39mais ça a été une découverte un petit peu violente pour certains d'entre eux.
06:41Ce qui était étonnant à l'époque,
06:43et ce à quoi nous n'étions pas habitués avec les anciennes mandatures,
06:47c'est qu'assez rapidement, on a eu vent de plaintes
06:50de députés qui se disaient fatigués,
06:53bousculés dans leur rythme personnel et familial.
06:56On n'avait pas entendu ça dans les mandatures précédentes, pas tellement.
06:59Ils ont pris un peu en pleine figure le fonctionnement de l'Assemblée.
07:03Et puis surtout, ils se sont rendus compte qu'un député, ça n'a pas beaucoup de pouvoir.
07:06Pour certains d'entre eux qui venaient du monde de l'entreprise,
07:08où ils avaient de très hautes responsabilités, ça leur a fait bizarre.
07:11La discipline de groupe peut être assez contraignante,
07:14le travail en commission peut parfois être frustrant,
07:16ils ont le sentiment parfois de porter des projets pendant de nombreuses semaines
07:19et de ne pas les voir aboutir.
07:21Et ils ont exprimé ça.
07:23Donc ça, c'était un élément effectivement nouveau.
07:25Et les débats sur les premiers textes sont un baptême du feu.
07:28Disons qu'il y a eu des gros couacs au départ.
07:31L'été 2017, c'était quand même la période de grosses rigolades
07:33autour de la façon de fonctionner des députés de la République en marche.
07:37Ce qui a marqué les esprits, c'était pendant un des premiers textes emblématiques,
07:40indéfendus par les marcheurs,
07:42à savoir celui sur la moralisation de la vie politique,
07:45celle qui était présidente de la commission des lois,
07:47laisse son micro ouvert, elle ne s'en rend pas compte,
07:50et elle prend la parole, mais au beau milieu des débats.
07:52Et là, elle s'énerve contre les marcheurs qui ne sont pas assez offensifs.
07:57Attends, on a une responsable de texte qui est inexistante,
08:00c'est comme si elle était à Nouméa sur un chaisement.
08:03Naïma, elle fait ce qu'elle peut, et on a un groupe qui dort,
08:06qui ne s'est pas monté au créneau, qui est beau tout.
08:10Tout ça, micro ouvert, au beau milieu de l'hémicycle,
08:13ça n'avait pas été du meilleur effet.
08:16En juillet 2017, c'est la première convention de ce tout jeune mouvement.
08:19C'est aussi la première fois que les marcheurs rencontrent le Premier ministre,
08:22et les doutes sont déjà là.
08:24Un collectif est créé, les marcheurs en colère.
08:27Exact, oui, ça commence déjà à grogner.
08:29Eux, ce qu'ils veulent, c'est dénoncer un manque de transparence,
08:31un manque de démocratie interne au sein d'En Marche.
08:34C'est aussi le fait d'une certaine frustration,
08:36parce que beaucoup de ces marcheurs qui se sont engagés dans la campagne d'Emmanuel Macron
08:41espéraient avoir en retour une candidature pour les législatives.
08:45Et évidemment, tout le monde n'a pas pu être satisfait.
08:48Et puis la promesse de ce mouvement, de faire de la politique différemment,
08:51d'avoir un mode de fonctionnement plus démocratique,
08:53n'a pas forcément été tenue.
08:55C'est-à-dire que les marcheurs qui espéraient pouvoir avoir leur mot à dire,
08:58parce que c'était quand même la démocratie participative,
09:00c'était quand même ce que défendait Emmanuel Macron au départ,
09:02se sont vite retrouvés confrontés à une organisation pyramidale.
09:08Il y avait aussi également des rivalités sur le terrain,
09:10entre marcheurs, des personnes qui voulaient être référentes locales à la place du référent local,
09:14enfin le truc assez classique de relations humaines qui ne se passent pas bien,
09:17et puis qui assez rapidement se transforment en débuts de germes de contestation au sein des marcheurs.
09:22En avril 2018, c'est la loi Asile et Immigration qui crispe les députés marcheurs les plus à gauche.
09:28Est-ce que vous pouvez nous raconter comment se passe le vote ?
09:30Disons que c'est le premier moment où on sent de réelles tensions au sein du groupe En Marche.
09:35Jusqu'à maintenant, ils avaient hérité de ce sobriquet de députés Godillot,
09:40à savoir les députés qui votaient tous les textes qu'on leur proposait.
09:43Là, pour la première fois, on change un petit peu de tonalité.
09:46Les députés de l'aile gauche, qui sont sur une ligne politique issue du Parti Socialiste
09:52et qui ne sont pas du tout sur ces sujets régaliens Asile et Immigration,
09:56tous un petit peu quand ils voient la loi défendue par Gérard Collomb.
09:59Les centres de rétention deviennent des centres de détention et sont indignes de notre République.
10:07Emmanuel Macron, c'est le premier qui nous a dit qu'il faut renverser la table.
10:11Je ne pense pas que des Godillots à l'Assemblée aideront plus Emmanuel Macron.
10:17Richard Ferrand, au départ, il avait glissé cette consigne qui était qu'une abstention,
10:21c'était un péché véniel et un vote contre, c'était un péché mortel.
10:24Sous-entendu, vous votez contre, vous sortez.
10:26Et tout ça, on se dit, oulala, il va y avoir une fronde extraordinaire, ça va monter en puissance.
10:30Au final, ça s'est traduit par 14 abstentions et un vote contre.
10:35Il y a eu une députée qui a voté contre la loi Asile et Immigration et elle n'a pas
10:38eu de sanctions du tout.
10:40Mais ça a été quand même un épisode qui a souligné pour la première fois qu'il pouvait y avoir
10:43des frictions,
10:44des divergences et puis des appréciations différentes au sein du groupe En Marche.
10:48En revanche, le 22 avril 2018, il y a une première démission, c'est le député Jean-Michel Clément qui
10:54quitte le groupe.
10:54Il a été le premier à quitter le groupe. Il avait un problème de conscience avec la loi Asile et
10:58Immigration.
11:03Cinq mois plus tard, le 28 août 2018, Nicolas Hulot, ministre de l'écologie d'Emmanuel Macron, démissionne en direct
11:11sur France Inter.
11:11Je vais prendre pour la première fois la décision la plus difficile de ma vie. Je ne veux plus me
11:17mentir.
11:17Je ne veux pas donner l'illusion que ma présence au gouvernement signifie qu'on est à la hauteur sur
11:23ces enjeux-là.
11:24Et donc je prends la décision de quitter le gouvernement.
11:26Est-ce que vous remarquez un changement d'état d'esprit chez les députés La République En Marche à ce
11:30moment-là ?
11:31Nicolas Hulot qui démissionne, Gérard Collomb qui prend la porte, l'affaire Benalla qui à ce moment-là est encore
11:38vive dans l'actualité française.
11:40Tout cela commence à instiller du doute.
11:42Parce que ces députés marcheurs, ils se sont lancés en 2017.
11:45Ils avaient cet enthousiasme, cette envie derrière Emmanuel Macron.
11:49Et lorsque Nicolas Hulot claque la porte, Gérard Collomb de la même manière, et il y a l'affaire Benalla,
11:54et bien c'est Macron lui-même qui vacille.
11:56Ses plus proches lieutenants, les plus connus, s'en vont.
12:00Il est directement mis en cause dans une affaire qui a quand même très fortement interpellé les Français, l'affaire
12:06Benalla.
12:06Et donc ces députés à ce moment-là, bien sûr, eux aussi sont troublés.
12:10Ils sont troublés, ils sont inquiets.
12:11Ils se disent, le chef de l'État, celui qui nous a emmenés ici, celui que nous suivons, celui que
12:15nous défendons,
12:16et bien nous le voyons vacillé.
12:18Donc c'est normal.
12:19Par effet de conséquence, eux aussi se retrouvent à ce moment-là déstabilisés.
12:26On en arrive à la rentrée 2018.
12:28La République En Marche ne connaît pas de répit.
12:30Et depuis leur circonscription, les élus transmettent au gouvernement la colère qu'ils sentent monter sur le terrain.
12:35Les députés La République En Marche, dès le mois de novembre, commencent à dire, on sent que quelque chose gronde.
12:41Au moment où le président de la République a fait son itinérance mémorielle dans l'Est et dans le Nord
12:46de la France,
12:47il était interpellé à chaque coin de rue et il était interpellé sur le prix de l'essence.
12:52Vous n'êtes pas juste avec le gouvernement.
12:53Faites votre calcul.
12:54Tout ce qu'on nous fait cadeau d'un côté, on nous le reprend doublement de l'autre.
13:02On est une semaine avant le 17 novembre, mais en Macronie, on ne le voit pas venir.
13:07Ce qu'on sait avec certitude, c'est que le gouvernement a été surpris.
13:11Emmanuel Macron a été surpris aussi par la puissance de la colère qui a commencé à s'exprimer à partir
13:16du 17 novembre.
13:17Paris en plein chaos ce soir.
13:19La troisième journée de mobilisation des Gilets jaunes a été émaillée depuis ce matin de très violents affrontements.
13:25La situation est toujours extrêmement tendue, je me répète, depuis ce midi, mais c'est un petit peu le jour
13:30sans fin.
13:31Le face-à-face dur depuis ce matin.
13:33Gilets jaunes, force de l'ordre sur les Champs-Elysées, barricades incendies, pavés décélés, ripostes aux canons à eau et
13:39gaz lacrymogènes.
13:40Au moins 26 personnes interpellées dans la capitale.
13:44Et pendant le mouvement des Gilets jaunes, les élus La République En Marche sont directement visés.
13:48Dans le mouvement des Gilets jaunes, il y a ces nombreuses manifestations, des déchaînements de violences dans certains centres-villes.
13:53Et puis il y a des attaques ciblées sur des permanences de députés La République En Marche, sur certains domiciles
13:58aussi.
13:59On se souvient d'une élue dont la maison avait été murée.
14:02Et donc le président Macron, les ministres, le premier ministre n'ont eu de cesse de condamner, bien sûr, ces
14:09violences adressées directement aux élus de la République.
14:11Mais à ce moment-là, commence à germer une fatigue.
14:16Le sentiment d'être peut-être dans une adversité et sans qu'il y ait une réelle solidarité entre le
14:25gouvernement et le groupe à l'Assemblée nationale.
14:30Les députés de la majorité sont donc déçus par leur mandat et certains se projettent dans les municipales.
14:36Comment se passe la course à l'investiture ?
14:38Ça se passe pas très bien, c'est le moins qu'on puisse dire.
14:41Certains députés se verraient bien aller aux municipales, certains marcheurs se verraient bien aller aux municipales.
14:47Sauf que le parti préfère nouer des alliances avec ses partenaires.
14:53Alors En Marche va faire des deals avec le Modem, qui est le partenaire historique.
14:59Et puis encore pire, En Marche va aussi nouer des alliances avec les maires sortants, les Républicains.
15:04Et donc, le fait de se retrouver écartés au profit de personnes qui sont jugées soit comme étant des adversaires
15:10politiques, soit comme étant des partenaires, ça rend les marcheurs hors d'eux.
15:14Bien souvent, ces militants qui sont devenus des marcheurs, c'était en réalité dans les villes, l'opposition aux maires
15:20sortants.
15:21Et ce sont des gens qui depuis des années étaient dans l'opposition à tel maire socialiste ou tel maire
15:26UMP.
15:27Et ils se retrouvent, alors que les investitures municipales commencent à La République En Marche, à s'entendre dire
15:32« Non, non, mais on va soutenir le maire sortant contre lequel vous vous battez depuis des années. »
15:36Ils se disent « Je ne comprends pas, je me suis engagé dans un mouvement justement alors que moi je
15:39me battais contre l'ancien monde, entre guillemets. »
15:41Et on me dit qu'on va soutenir ce même maire.
15:43Donc là, ça a généré une réelle colère.
15:46Depuis le début de l'année 2020, les tensions entre l'exécutif et sa majorité s'intensifient.
15:51Exemple, à Paris.
15:52Benjamin Griveaux et Cédric Villani visent tous les deux la mairie, mais rien ne va se passer comme prévu.
15:57Donc on se retrouve avec deux candidats LREM à Paris, un investit officiellement, un autre dissident.
16:02Le mouvement ne sait pas quoi faire avec cette situation.
16:05Il n'exclut pas Cédric Villani.
16:06Donc pendant des mois et des mois, on se retrouve avec cette situation ubuesque
16:11qui n'est clairement pas une bonne nouvelle pour le candidat officiellement désigné.
16:14Le 29 janvier, Cédric Villani, marcheur de la première heure, est exclu du parti.
16:18Quelle est la réaction au sein de La République En Marche ?
16:21Il est exclu un peu tard, à un moment où ça a l'air assez fébrile,
16:25parce que c'est les premiers sondages qui sortent et on voit qu'il n'y a pas de dynamique
16:28Griveaux.
16:29Donc on se dit, ah bah tiens, ils sont en panique, donc ils sont obligés de sortir Villani.
16:32Donc au sein de la majorité, ce n'est pas vu comme un signe de reprise en main du parti.
16:37C'est vraiment vu comme une certaine fébrilité tout en haut de la formation.
16:41Le lendemain, le 30 janvier, c'est une proposition de loi de l'UDI, alliée de La République En Marche,
16:45qui vient encore un peu plus semer le trouble.
16:48L'UDI lance une proposition de loi pour dire, aujourd'hui, 5 jours de congés sont prévus.
16:54Lorsqu'un parent perd un enfant, il faut faire passer ce nombre de congés à 12.
16:59Et le gouvernement ne soutient pas cette proposition.
17:03Le congé, c'est 100% payé par l'entreprise.
17:06Est-ce que c'est normal que ce soit la petite entreprise qui paye 100% ça et pas la
17:09solidarité nationale ?
17:115 jours ou 12 jours, de toute façon, ne répare pas, ne permet pas de compenser ce traumatisme.
17:15Les députés La République En Marche présents à ce moment-là, c'est un jeudi soir tard dans l'hémicycle,
17:21votent contre.
17:22Et là, c'est la catastrophe parce qu'ils votent non, parce qu'ils considéraient que la loi n'était
17:26pas aboutie.
17:27Mais là, on aperçoit une forme d'inexpérience.
17:30Ils ont été mécaniques et ça leur a coûté très cher.
17:33Évidemment, les oppositions n'ont pas hésité à le dire, au point que le président de la République a été
17:39contraint de s'en mêler.
17:41Parce qu'en voyant la polémique enflée, le gouvernement demande à sa majorité de faire preuve de plus d'humanité.
17:47Hier, après 3 jours de malaise, l'Elysée donc communique.
17:51Le président a demandé au gouvernement de faire preuve d'humanité.
17:55Comment le prennent les députés ?
17:56Ça a été un coup terrible pour les députés marcheurs qui se sont sentis humiliés.
18:00Parce que les députés ont un petit peu l'impression d'avoir été les dindons de la farce dans cette
18:04histoire.
18:04Parce que s'ils ont voté contre cet amendement, c'est aussi parce qu'ils avaient reçu une consigne du
18:09gouvernement.
18:10Et donc, quelque part, ils ont l'impression qu'on les lâche en pleine pampa,
18:13qu'on leur fait retomber sur eux la responsabilité de cette situation,
18:16alors qu'ils n'ont fait qu'appliquer simplement ce qu'on leur disait de faire.
18:19La réunion du groupe majoritaire avec Edouard Philippe, qui a lieu tous les mardis, est particulièrement tendue cette semaine-là.
18:26Pour la première fois, 3 députés se sont élevés contre Emmanuel Macron.
18:31Alors, ce qui n'arrive jamais, parce qu'Emmanuel Macron, c'est un petit peu la figure tutélaire,
18:35c'est celui qui rend tout ça possible et que personne n'attaque jamais.
18:39Mais sa reprise en main a été jugée tellement injuste que 3 députés, encore une fois, ça ne paraît rien,
18:45mais ça n'est pas rien en Macronie, se sont emportés contre le président de la République.
18:50Le même jour, ce sont les questions au gouvernement à l'Assemblée.
18:52Et c'est de plus en plus visible, les députés marcheurs, désert tolérants.
18:57L'assitude, frustration, voire sentiment d'inutilité,
19:012 nouveaux députés claquent la porte de La République en marche.
19:04Frédéric Tufnel, élu de Charente-Maritime,
19:06Xavier Battu qui lui décide de se mettre en retrait du parti.
19:10S'il garde la majorité absolue dans l'hémicycle,
19:13difficile d'ignorer le malaise qui secoue la majorité présidentielle.
19:17Dix jours après cet épisode, le mardi 11 février,
19:21Emmanuel Macron réunit les députés de sa majorité à l'Elysée.
19:24Le rendez-vous dure près de deux heures.
19:26Comment ça se passe ?
19:27Il fallait absolument qu'il arrive à recoller le lien avec ses députés.
19:33Donc, pendant toute son intervention,
19:35il y avait des faux airs de grands débats.
19:36Il était debout avec un micro dans la salle,
19:39tout le monde était assis en rond autour.
19:41Il y avait des interactions.
19:42Mais pendant son intervention, il a fait un petit peu de calinothérapie.
19:45Il a un petit peu reprécisé ses propos sur l'inhumanité.
19:48Et puis, il a aussi souhaité les remobiliser pour la suite,
19:52sur la réforme des retraites, pour qu'ils y aillent tous ensemble.
19:54Et puis, la suite du quinquennat avec En vue 2022.
19:57Parce que l'idée, c'est ça,
19:58c'est de garder ce lien intact avec sa majorité.
20:01C'est un épisode qui marque un tournant.
20:03Pour la première fois, on a entendu des députés,
20:06alors certes pas nombreux, mais quand même,
20:07on a entendu des députés s'offusquer, dire du mal d'Emmanuel Macron,
20:12ce qui n'arrivait jamais jusqu'à maintenant.
20:14Valérie Hacot, David Doucan,
20:16depuis 2017, une douzaine de députés La République En Marche ont démissionné.
20:19Est-ce que c'est beaucoup par rapport aux précédentes majorités ?
20:22Cet épisode du congé de deuil parental tombe vraiment très mal.
20:25Parce que la réforme des retraites arrive sur le métier à tisser.
20:28La stabilité du texte,
20:29elle est essentielle politiquement pour Emmanuel Macron,
20:32puisqu'il joue son quinquennat là-dessus.
20:33Donc, à court terme, oui,
20:35il y a une difficulté pour le gouvernement.
20:37Ils sont, ces marcheurs-là,
20:39dans une relation affective avec Emmanuel Macron.
20:42Lorsque les socialistes
20:452012-2017
20:46sont dans une relation politique
20:48avec François Hollande,
20:49vous avez une majorité pléthorique de députés marcheurs
20:52qui sont dans une relation
20:53qui, au fond, est plus affective que politique
20:57à l'égard d'Emmanuel Macron.
20:58Ils ont l'impression que celui qu'ils aiment leur dit
21:01« Vous n'êtes pas digne, finalement,
21:03d'avoir cette relation de complicité,
21:05d'affection et de confiance
21:06que nous entretenons depuis 2017. »
21:08Et ça, ça les blesse profondément.
21:09Il y a aussi une petite difficulté pour Emmanuel Macron,
21:12c'est qu'il a été élu en 2017
21:13avec un socle qui était plutôt de centre-gauche.
21:16Sa majorité, alors, elle est diverse,
21:18mais c'est vrai que dans des grandes largeurs,
21:21elle est quand même plutôt issue aussi du centre-gauche.
21:25Et plus ça va, plus Emmanuel Macron
21:27y mène une politique de centre-droit.
21:30Donc ça va être la difficulté pour lui,
21:31c'est de garder la cohésion de sa majorité,
21:33de son groupe, de tous les gens qui l'ont suivi,
21:35tout en continuant à mener cette stratégie.
21:46Merci à David Ducan et Valérie Hacot.
21:50Épisode conçu et préparé par Marion Bottorel.
21:53Production, Claudia Prolongeau et Stéphane Genest.
21:56Réalisation, Benoît Gilon.
21:58Code Source est le podcast d'actualité du Parisien,
22:01disponible chaque soir, du lundi au vendredi, à 18h.
22:04Vous pouvez nous écouter sur toutes les applications de podcast,
22:07mais aussi Deezer et Spotify.
22:09Et n'hésitez pas à nous écrire
22:11codesource.fr
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