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À Washington, Londres, Paris, comme sur les réseaux sociaux, un cri de ralliement résonne depuis la fin du mois de mai : Black Lives Matter («Les vies noires comptent» ou «Les vies des Noirs comptent»). Les manifestants scandent le slogan pour protester contre la mort de George Floyd, 46 ans, asphyxié par un policier blanc lors de son interpellation le 25 mai à Minneapolis. Le récit de Code source.

Notre article, ici : https://www.leparisien.fr/podcasts/code-source/black-lives-matter-de-trayvon-martin-a-george-floyd-histoire-d-un-mouvement-devenu-planetaire-11-06-2020-8333922.php

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavie pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Black Lives Matter, les vies noires comptent.
00:14Derrière ce slogan repris dans le monde entier depuis la mort de George Floyd,
00:18il y a un mouvement lancé par trois femmes en 2013.
00:22Au départ marginal, il devient central et de plus en plus populaire aux Etats-Unis.
00:26« Black Lives Matter » est en train de gagner, affirme un éditorial du New York Times le 10 juin.
00:33Dans VoteSource aujourd'hui, la correspondante du Parisien à Washington, Yona Elahua, nous raconte l'histoire de ce mouvement.
00:44Ça fait bientôt deux semaines que la mobilisation a commencé.
00:48C'est parti de Minneapolis où George Floyd, ce noir de 46 ans, a été tué par la police.
00:55Des manifestations spontanées ont commencé les premiers soirs qui ont suivi sa mort.
01:00Et très vite, ces manifestations se sont étendues à des dizaines de villes américaines.
01:07Ils protestent tous contre les violences policières, contre le racisme au sein de la police,
01:13mais aussi contre le fait que les policiers ne soient pas suffisamment mis face à leurs responsabilités dans ces violences.
01:20Parmi les slogans sur les pancartes, on peut lire « Black Lives Matter ».
01:24Oui, alors « Black Lives Matter », ça veut dire tout simplement « la vie des Noirs compte ».
01:29C'est un slogan qu'on retrouve un peu partout, que ce soit en manif ou sur les réseaux sociaux.
01:35Et l'idée derrière ce slogan, elle est assez simple, c'est de dire que, eh bien,
01:39il n'est pas normal que les Noirs soient davantage tués par la police que les Blancs.
01:43Et ça, les études le prouvent.
01:45Les hommes Noirs ont, aux États-Unis, environ 2,5 fois plus de chances d'être tués par la police
01:50que les hommes Blancs.
01:53Yonah Elawa, vous allez nous raconter l'histoire de ce mouvement « Black Lives Matter »,
01:57dont le point de départ va être la mort d'un jeune afro-américain de 17 ans,
02:02Trayvon Martin, en février 2012, en Floride.
02:05Trayvon Martin, c'est un lycéen noir qui est en visite chez la fiancée de son père,
02:10dans une petite ville près d'Orlando.
02:12Cette femme habite dans une gaietide community.
02:14Vous savez, ce sont ces ensembles résidentiels qui sont fermés par des barrières.
02:18Donc, on ne peut pas y rentrer si on n'est pas invité ou si on n'y habite pas.
02:22Et donc, Trayvon Martin, lui, dans la nuit du 26 février 2012,
02:26il revient d'une supérette où il a acheté des bonbons et une boisson.
02:29Et là, il est tué par un homme, un homme de 28 ans qui s'appelle George Zimmerman,
02:33qui effectue à ce moment-là une patrouille de sécurité dans le quartier.
02:37George Zimmerman, il n'est pas policier, lui.
02:39C'est un résident qui joue les vigiles, mais il est armé.
02:42Et ce soir-là, il trouve suspect de trouver Trayvon Martin dans son quartier.
02:46Il a une altercation avec lui et il l'abat.
02:49Donc, il affirme qu'il a agi en état de légitime défense.
02:52Sauf que l'adolescent, lui, il n'était pas armé.
02:55Et que la famille de Trayvon Martin accuse Zimmerman de l'avoir tué parce qu'il était noir.
03:00D'avoir une motivation raciste dans cette affaire.
03:02Juste après la mort de Trayvon Martin,
03:05George Zimmerman n'est pas inculpé.
03:07Et ça provoque de nombreuses réactions.
03:09Oui, il y a eu plusieurs manifestations à la suite de cette affaire aux Etats-Unis,
03:13dans plusieurs villes.
03:14Il y en a eu notamment une à New York qui est restée célèbre.
03:17Ça s'est déroulé le 21 mars 2012.
03:19Et on l'a surnommée la Million Hoodie March.
03:22Ça veut dire la marche aux millions de pulls à capuche.
03:25Parce qu'en fait, c'est le vêtement que portait Trayvon Martin quand il a été tué
03:29qui est devenu une sorte de symbole.
03:31On a vu aussi plusieurs personnalités noires qui se sont engagées pour honorer sa mémoire.
03:36Comme le basketteur Lebron James, comme le révérend Al Sharpton ou encore le cinéaste Spike Lee.
03:42George Zimmerman est finalement jugé en juillet 2013, mais il est acquitté.
03:46Le jury a invoqué l'autodéfense.
03:57Les réactions là encore sont très nombreuses.
03:59Oui, encore une fois, des manifestations dans une centaine de villes.
04:02Mais ce qui est intéressant à l'époque, c'est que l'opinion est encore très divisée.
04:06C'est-à-dire qu'on a environ 90% des Noirs qui estiment que la réaction de Zimmerman était
04:11injustifiée.
04:13Et le chiffre est seulement de 33% pour les Blancs.
04:15Il y a aussi une division qui est politique, c'est-à-dire que les démocrates, dans leur globalité,
04:19condamnent le verdict, tandis que les républicains, eux, sont plutôt satisfaits.
04:25Comment réagit le président américain Barack Obama ?
04:28Il réagit à plusieurs reprises sur cette affaire.
04:31D'abord le 23 mars.
04:38Et puis plus tard, en juillet, donc six jours après le verdict,
04:42il donne un discours à la Maison Blanche.
04:44Il parle du procès, il parle des tensions raciales aux Etats-Unis.
04:48Et il dit que lui-même s'identifie à la victime.
04:56Et sur Internet, après cet acquittement, apparaît pour la première fois un nouveau hashtag sur les réseaux sociaux.
05:03C'est l'expression « Black Lives Matter » qui va apparaître pour la première fois sur un post Facebook.
05:09C'est un message qui est posté par une activiste noire qui est originaire de Californie.
05:13Elle s'appelle Alicia Garza et elle a aujourd'hui 39 ans.
05:17Et en fait, elle, elle est particulièrement touchée par la mort de Trayvon Martin parce qu'il ressemble à son
05:21petit frère.
05:21Et donc, qu'est-ce qu'elle écrit ?
05:23Et donc, elle écrit, je cite, « Les personnes noires, je vous aime, je nous aime, nos vies comptent, les
05:28vies noires comptent. »
05:29C'est-à-dire « Black Lives Matter », le slogan qu'on connaît aujourd'hui.
05:32Que se passe-t-il ensuite ?
05:34Et bien ensuite, il y a une autre activiste.
05:36Alors, elle, elle s'appelle Patrice Culloz.
05:38Et bien, elle va répondre au post d'Alicia Garza et elle écrit elle-même « Black Lives Matter »
05:43mais sous la forme d'un hashtag.
05:45C'est la première fois que ça apparaît sous la forme d'un hashtag.
05:47Elle est relayée par une troisième activiste.
05:50Elle s'appelle Opal Tometi qui lui apporte elle aussi son soutien.
05:54Et en fait, ces trois femmes, on considère aujourd'hui qu'elles sont les fondatrices du mouvement Black Lives Matter.
06:00Et donc, ce qui était au départ un hashtag va devenir un véritable mouvement.
06:04Aujourd'hui, Black Lives Matter, c'est quoi ? C'est une association ?
06:07C'est plutôt un réseau.
06:09C'est une confédération de mouvements locaux.
06:12Ce mouvement, il n'a ni hiérarchie, ni direction centralisée.
06:15C'était la volonté des créatrices.
06:17Et aujourd'hui, il compte 16 sections, dont 3 au Canada, le reste aux États-Unis.
06:23Quel est son objectif ?
06:24Alors, quand on va sur le site blacklivesmatter.com, ils expliquent très précisément que le mouvement vise à éradiquer la
06:31suprématie blanche
06:32et à intervenir face aux violences infligées aux Noirs.
06:35Et l'une des principales revendications, qu'on entend d'ailleurs beaucoup, beaucoup aujourd'hui, c'est la baisse du
06:41budget de la police.
06:42Et l'objectif, c'est de consacrer cet argent à d'autres postes, comme l'amélioration des conditions économiques, sociales,
06:50sanitaires de la communauté noire.
06:51Quelles sont les valeurs de ce mouvement ?
06:54Alors, ce qui est intéressant avec Black Lives Matter, contrairement au mouvement précédent qu'il a pu y avoir dans
06:59la lutte antiraciste,
07:00c'est que c'est un mouvement qui se veut à la fois inclusif et intersectionnel.
07:04Il combat non seulement pour les droits des Noirs, mais aussi pour les droits des personnes qui sont victimes de
07:10doubles ou de triples discriminations.
07:12Donc, c'est-à-dire les femmes Noires, les Noirs transsexuels, les Noirs homosexuels, les Noirs handicapés, les Noirs sans
07:20papier, etc.
07:22Le 17 juillet 2014, à New York, un homme de 44 ans, afro-américain, Eric Garner, est interpellé.
07:30Eric Garner, il est mis au sol par un officier de police qui le soupçonne de vendre illégalement des cigarettes.
07:37Le policier va l'étrangler avec son bras.
07:40Pendant ce temps-là, on va voir d'autres officiers qui le maintiennent au sol.
07:43Et Eric Garner, à 11 reprises, il va répéter les mots « I can't breathe », « je ne peux
07:48pas respirer ».
07:54Il va perdre conscience, il va être transporté à l'hôpital et puis il va mourir une heure plus tard.
08:00La scène est filmée, la vidéo sera massivement partagée sur Internet.
08:04Oui, parce qu'en fait, c'est un passant qui filme la scène et donc la vidéo, elle devient virale,
08:09elle déclenche une vague de manifestations à travers le pays.
08:13Et d'autant plus que le policier impliqué, il n'a toujours pas été inculpé.
08:17Ce qui s'est passé, c'est que la ville de New York, elle a dédommagé la famille d'Eric
08:21Garner et elle lui a donné 5,9 millions de dollars.
08:24Mais c'est tout.
08:24En août 2014, un jeune afro-américain est tué de 6 coups de feu tirés par un policier à Ferguson
08:30dans le Missouri.
08:31Alors lui, il s'appelle Michael Brown, il a 18 ans.
08:34Il est tué par un policier le 9 août 2014 après avoir volé une boîte de cigares.
08:41Le policier qui s'appelle Darren Wilson lui a tiré dessus 6 fois à l'issue d'une altercation.
08:46Il a démissionné, lui, mais par contre, il n'a pas non plus été inquiété par la justice.
08:50Et là encore, la légitime défense a été invoquée.
08:54Et là encore, Michael Brown n'était pas armé.
08:59Juste après, la communauté afro-américaine de Ferguson descend dans les rues pour exprimer sa colère.
09:05Pendant plusieurs jours, il y a eu des manifestations, d'abord pacifiques et puis de plus en plus violentes.
09:10On a eu un couvre-feu qui a été mis en place pendant la nuit.
09:13La garde nationale est envoyée par le gouverneur.
09:16Le 25 août, on a environ 4500 personnes qui assistent au funérail de Michael Brown.
09:22Et puis c'est aussi intéressant parce que la mort de Michael Brown, c'est le moment où le mouvement
09:27Black Lives Matter descend dans la rue.
09:29C'est-à-dire que c'est la première manifestation nationale qui est organisée par le collectif,
09:34avec plus de 500 membres Black Lives Matter qui se rendent à Ferguson.
09:37À ce moment-là, Yonah Elawa, est-ce qu'une partie de la société américaine continue de banaliser les meurtres
09:44d'afro-américains par des policiers ou des vigiles ?
09:47Il y a en fait une division de l'opinion publique assez forte.
09:51C'est-à-dire que les Noirs sont en très grande majorité à penser qu'il y a un vrai
09:56problème de racisme dans le pays.
09:58Les Blancs sont moins de la moitié à le penser.
10:01Encore une fois, le débat, il est aussi présent sur des lignes partisanes,
10:04c'est-à-dire que du côté des démocrates, on a plutôt tendance à dénoncer le racisme,
10:09alors que du côté républicain, on estime qu'on en a fait suffisamment.
10:12Et il faut comprendre qu'à cette période, le mouvement Black Lives Matter, il est en fait vu comme assez
10:17radical encore.
10:18Il y a encore des contre-mouvements, notamment avec le hashtag All Lives Matter,
10:22c'est-à-dire toutes les vies comptes, qui vient du monde conservateur et qui est assez présent.
10:31Yona Elawa, on ne va pas refaire toute l'histoire des Etats-Unis dans ce podcast,
10:36mais le pays a été marqué bien sûr par l'esclavage entre le XVIIe et le XIXe siècle
10:41et par la guerre de sécession, dont le point de départ justement est l'abolition de l'esclavage.
10:45Oui, et d'ailleurs l'année dernière, le pays a commémoré les 400 ans de l'esclavage.
10:50C'était en 1619 que les premiers esclaves ont été transportés de force en Virginie.
10:56Et vous savez, la question de l'esclavage aux Etats-Unis, elle est fondatrice.
10:59C'est-à-dire qu'avec le massacre des Amérindiens, l'esclavage, c'est l'un des péchés originels sur
11:05lesquels s'est bâti ce pays.
11:06Et donc les Blancs, ils ont accumulé des richesses et pris une avance économique qui n'a jamais pu être
11:11rattrapée.
11:12Et c'est pourquoi, notamment aujourd'hui, la question des réparations économiques est très présente
11:17et qui est portée d'ailleurs par le mouvement Black Lives Matter.
11:20Et en fait, aujourd'hui, on peut dire qu'on assiste à une sorte de nouveau chapitre de la lutte
11:23antiraciste.
11:24On a eu le mouvement pour les droits civiques dans les années 60.
11:27Aujourd'hui, Black Lives Matter porte une lutte qui s'attaque à ce qu'on appelle le racisme structurel ou
11:33institutionnel.
11:34C'est-à-dire un racisme qui est plus subtil et qui se manifeste à travers des institutions.
11:38Donc ici, c'est la police, la justice ou encore ça peut être le système de santé, l'école.
11:43À partir de l'été 2015, les militants de Black Lives Matter s'impliquent dans la campagne présidentielle de 2016.
11:50Eh bien, on va retrouver des membres de Black Lives Matter qui font irruption dans certains meetings de candidats.
11:55Côté démocrate, on les voit notamment chez Bernie Sanders.
11:58Bernie Sanders, à l'époque, c'est le rival d'Hillary Clinton aux primaires démocrates.
12:02Et on lui reproche Bernie Sanders de ne pas suffisamment prendre la question raciale à bras-le-corps dans son
12:08programme.
12:09Hillary Clinton, elle, c'est elle qui a fini par remporter la primaire,
12:13elle, elle promet une réforme de la justice criminelle et elle appelle aussi à un new deal pour les communautés
12:17de couleur.
12:18Donc on peut dire qu'à l'époque, en tout cas, elle a une popularité plus importante auprès de la
12:22communauté noire que Bernie Sanders, son rival.
12:25Et chez les Républicains ?
12:26Et chez les Républicains, eh bien, on critique énormément le mouvement Black Lives Matter.
12:30Il y a notamment un meeting du candidat Jeb Bush dont les partisans vont répondre aux White Lives Matter,
12:36donc la vie des Blancs compte ou alors All Lives Matter, toutes les vies comptent, à ceux qui viennent scander
12:42Black Lives Matter.
12:43Il y a aussi un meeting de Donald Trump en Alabama où un membre de Black Lives Matter va être
12:48agressé physiquement.
12:50Et en 2016, il va même devoir annuler un autre meeting qui était prévu à Chicago à cause d'une
12:55manifestation de Black Lives Matter.
12:59Des sportifs professionnels vont rejoindre le mouvement, notamment des joueurs de foot américains.
13:05Le cas de Colin Kaepernick, c'est le plus emblématique. C'est un quarterback qui joue à San Francisco.
13:11Les joueurs se tiennent face au drapeau, la main sur le cœur, en écoutant l'hymne.
13:16Lui décide, à partir de septembre 2016, de s'asseoir et, dans les matchs suivants, de mettre son genou à
13:22terre.
13:23Il est immédiatement sifflé par le public autour de lui, mais il résiste parce que c'est sa manière à
13:29lui de protester et de dire non aux violences policières.
13:32C'est un symbole fort ?
13:33Oui, évidemment, c'est un symbole fort. C'est un geste de protestation qui a déjà été utilisé avant lui,
13:39notamment par Martin Luther King en 1965.
13:41C'est aussi un geste, c'est une image en tout cas qui fait penser à celle des athlètes John
13:46Carlos et Tommy Smith en 68 à Mexico pendant les Jeux Olympiques.
13:50Vous savez, ce sont des athlètes qui avaient levé le poing en l'air alors qu'ils étaient sur le
13:54podium des Jeux Olympiques.
13:56Sauf que là, on est en 2016 et on commence à bien connaître le mouvement Black Lives Matter à ce
14:00moment-là.
14:00Et le fait que la question du racisme touche le monde du sport, c'est significatif.
14:05Il y a des réactions ?
14:06Du côté des conservateurs, des républicains, ça ne passe pas du tout. Ils considèrent que le geste est une insulte
14:12au drapeau.
14:12Il y aura même un mouvement de boycott de la NFL, la Ligue Nationale de Foot Américain, à cette occasion.
14:18Il y a eu des conséquences pour Colin Kaepernick ?
14:21Oui, le joueur n'a plus jamais retrouvé de club qui voulait bien signer avec lui et donc il a
14:26tout simplement perdu sa carrière sportive.
14:30L'élection présidentielle de novembre 2016 approche.
14:34La démocrate Hillary Clinton et le conservateur Donald Trump sont en compétition pour accéder à la Maison Blanche.
14:39Dans quel climat ?
14:41Campagne assez dure, assez violente verbalement.
14:44Donald Trump, on se souvient tous évidemment de ses commentaires sur les immigrés mexicains
14:49qui seraient des violeurs, des criminels, des dealers de drogue selon lui.
14:53On se rappelle aussi que l'une de ses plus emblématiques promesses de campagne, c'était le fameux mur à
14:58la frontière mexicaine.
14:59On se souvient aussi qu'il est soutenu pendant sa campagne par plusieurs groupes nationalistes et des suprémacistes blancs,
15:05notamment un certain David Duke qui est un ancien membre du Ku Klux Klan.
15:10Et puis concernant la communauté noire, Donald Trump s'oppose toujours au mouvement Black Lives Matter.
15:16D'ailleurs en meeting, il encourage ses supporters à scander All Lives Matter, toutes les vies comptent.
15:21Mais en parallèle, il tente de dire quelque chose aux électeurs noirs.
15:35Votez pour moi, essayez quelque chose de différent, puisque de toute façon, regardez,
15:40ça fait des années et des années que vous votez démocrate et que vous êtes resté dans la pauvreté.
15:47Quatre ans plus tôt, en 2012, quand il avait envisagé de se présenter à cette présidentielle,
15:52il avait aussi affirmé que Barack Obama n'était pas né aux Etats-Unis.
15:56Oui, c'est ce qu'on a appelé l'épisode du « birtherism ».
15:59C'est-à-dire que c'est un groupe de personnes qui ont relayé une théorie du complot,
16:04selon laquelle Barack Obama aurait falsifié son certificat de naissance,
16:08qu'il ne serait en fait pas né à Hawaï, mais au Kenya, c'est le pays d'origine de
16:13son père,
16:14et donc qu'il ne pourrait pas devenir président,
16:16puisque la Constitution américaine impose d'être né sur le sol américain pour accéder à cette fonction.
16:22Donc ça a démarré pendant sa campagne présidentielle de 2008, et ça a continué ensuite,
16:27et Donald Trump a fait partie de ces gens-là, et il a relayé ces fausses rumeurs.
16:31Donald Trump est élu le 8 novembre 2016.
16:33Comment est-ce qu'il va se comporter vis-à-vis de la communauté afro-américaine ?
16:37Donald Trump, c'est un président qui voit beaucoup les choses sous le prisme économique.
16:41Donc, avant la crise liée au coronavirus, son bilan économique, il s'en vantait.
16:47Et il disait à la communauté noire, « Vous voyez, grâce à moi, vous avez un taux de chômage historiquement
16:52faible. »
16:53Il leur dit que personne d'autre avant lui n'en a autant fait pour la communauté afro-américaine de
16:59ce pays.
16:59Ces critiques expliquent que, certes, le chômage a décliné,
17:03mais ça fait partie d'un mouvement de fond qui a été initié sous Barack Obama.
17:07Et puis, en parallèle de tout ça, il y a la rhétorique de Donald Trump,
17:10qui ne va évidemment pas du tout dans le sens d'un soutien au mouvement antiraciste comme Black Lives Matter.
17:16On se souvient notamment des événements à Charlottesville en 2017.
17:20Ce jour-là, des antifascistes et des nationalistes blancs s'affrontent violemment.
17:25Les violences font un mort.
17:26Et Trump, lui, il réagit. Il dit quoi ?
17:29Il dit « Oh, eh bien, il y avait des gens bien des deux côtés. »
17:32En mars 2018, un événement va émouvoir l'Amérique.
17:35Oui, c'est encore une nouvelle affaire de violences policières.
17:38Cette fois, il s'agit d'un jeune homme noir de 22 ans.
17:41Il s'appelle Stephen Clark.
17:43Il est tué d'au moins 7 balles par deux policiers
17:47lorsqu'il se trouvait dans le jardin de sa grand-mère à Sacramento, en Californie.
17:51Il a un téléphone à la main que la police confond avec une arme.
17:56Et ici encore, la scène a été filmée et les policiers n'ont pas été inculpés.
18:03On en vient aux événements les plus récents.
18:06Il y en a Elawa, le 25 mai, à Minneapolis.
18:09Des policiers interpellent un certain George Floyd, un Afro-Américain.
18:14D'abord, qui est-il ?
18:15George Floyd, il a 46 ans et c'est le papa de deux filles.
18:20Il a grandi dans un quartier défavorisé de Houston, Texas.
18:24Il va jouer au basket pendant un temps à l'université,
18:27mais il n'obtient pas son diplôme et il tombe dans la petite délinquance.
18:30Il va aller en prison pendant cinq ans pour une affaire de vol avant armée.
18:34Et puis, il décide de refaire sa vie.
18:36Il va aminer la police.
18:37Il s'implique auprès de son église, de sa communauté locale.
18:41Il travaille, il a plusieurs petits jobs comme vigile, comme chauffeur.
18:45Et avec le coronavirus, comme une bonne partie des Américains,
18:48il se retrouve sans emploi.
18:50Et en fait, c'est dans ce contexte-là qu'il a été arrêté.
18:52Alors justement, pourquoi est-ce qu'il est arrêté ?
18:54Eh bien, en fait, la police reçoit l'appel d'un employé d'une supérette
18:59qui accuse George Floyd d'avoir payé ses cigarettes avec un faux billet de 20 dollars.
19:04Son arrestation va être filmée, une vidéo massivement partagée sur les réseaux.
19:09On voit George Floyd face contre terre, subissant un plaquage ventral,
19:13un genou du policier Derek Chauvin sur le cou pendant plus de huit minutes.
19:18George Floyd dit la même chose qu'Eric Garner près de six ans plus tôt,
19:23« I can breathe ».
19:24Oui, c'est une scène terrible.
19:26Il est près du véhicule de police, sur le bitume.
19:29On l'entend supplier, on l'entend dire 16 fois au total « I can't breathe ».
19:34Je ne peux pas respirer.
19:35On entend les policiers aussi lui dire « Eh bien alors, lève-toi et monte dans la voiture ».
19:39Et là, George Floyd leur répond « Oui, mais je ne peux pas bouger ».
19:50Et la scène continue, le policier maintient son genou sur la nuque de George Floyd
19:54pendant qu'il perd conscience.
19:56Il y a des passants qui filment la scène, et c'est pour ça d'ailleurs qu'on a la
19:59vidéo aujourd'hui,
20:00et qui disent au policier d'arrêter.
20:01Mais le policier n'arrête pas.
20:03Il leur a fallu attendre l'arrivée de l'ambulance
20:05pour que le genou du policier se retire de la nuque de George Floyd.
20:09Mais évidemment, c'est déjà trop tard.
20:12Et ce qui va beaucoup choquer l'opinion publique américaine,
20:16c'est la faiblesse de la réaction de la justice.
20:18Oui, et puis c'est aussi surtout l'accumulation de toutes ces affaires.
20:22C'est le fait que dans beaucoup de cas, les policiers ne sont pas inquiétés.
20:25C'est le fait que les policiers ont beau porter des caméras sur leur uniforme désormais,
20:30ça n'empêche pas la brutalité de certains.
20:32Et puis cette vidéo, sa longueur, son caractère insoutenable,
20:36les mêmes mots prononcés par deux victimes à six ans d'écart,
20:40ça, ça crée un ras-le-bol comme on en a rarement vu ici.
20:43Il va y avoir des manifestations pacifiques,
20:45suivies d'émeutes dans plusieurs villes du pays,
20:48plusieurs jours d'affilée.
20:49Ça peut être mon père, ça peut être mon frère.
20:51Ça peut être moi.
20:52No justice, no peace !
20:54De très nombreuses personnalités,
21:02vont dénoncer la mort de George Floyd.
21:04Le 4 juin, cette mort est requalifiée en meurtre
21:08et les quatre policiers sont inculpés.
21:10On peut dire que le mouvement Black Lives Matter a pris une toute autre ampleur ?
21:15Oui, le mouvement Black Lives Matter aujourd'hui, il est plus puissant que jamais.
21:19Aujourd'hui, on a 76% des Américains qui estiment que le racisme et la discrimination,
21:25c'est un gros problème aux Etats-Unis.
21:27On a 71% des Blancs qui pensent la même chose.
21:31C'est énorme.
21:32En manifestation aujourd'hui, à Washington comme ailleurs,
21:35on voit énormément de Blancs qui défilent avec les Noirs.
21:38On voit aussi beaucoup, beaucoup de Blancs qui questionnent leur propre comportement.
21:43On a vu beaucoup de pancartes, notamment avec le slogan
21:46« White silence is violence ».
21:48Ça veut dire « Le silence des Blancs, c'est de la violence ».
21:51Tout ça, c'est significatif.
21:53Le geste aussi, le geste du genou à terre de Colin Kaepernick,
21:56il est aujourd'hui repris partout lors des manifestations.
21:58On a même vu des policiers le faire.
22:00On a vu des hommes politiques comme Joe Biden le faire.
22:03Joe Biden, vous savez, c'est le candidat démocrate
22:05qui va affronter Donald Trump en novembre.
22:07Et puis ce slogan « Black Lives Matter »,
22:10aujourd'hui, il n'est plus considéré comme radical.
22:12Il est repris partout.
22:13Même les grandes marques américaines ont fait des communiqués
22:16pour dire qu'elles soutenaient le mouvement.
22:18Dans plusieurs villes américaines,
22:20on a vu des mairies qui commençaient à déboulonner des statues
22:22de généraux esclavagistes.
22:24À Washington, la maire a rebaptisé une portion de rue
22:28devant la Maison Blanche, la « Black Lives Matter Plaza ».
22:31C'est dire qu'il y a vraiment un déclic
22:32qui est en train de s'opérer dans l'opinion.
22:49Merci à Yonah Elawa.
22:52Code Source est le podcast d'actualité du Parisien,
22:54disponible chaque soir du lundi au vendredi.
22:57Cet épisode a été conçu et préparé par Stéphane Genest,
23:00production Thibault Lambert et Myrène Garay-Koetchea,
23:03réalisation Benoît Laure.
23:05Si vous aimez Code Source, n'oubliez pas de vous abonner
23:08et de laisser un commentaire sur votre application de podcast préférée
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