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Jusqu’en 2018, magistrats et enquêteurs se sont succédés pour tenter d’identifier cette fillette, laissée sans vie après avoir subi de nombreux sévices. Code source revient sur cette énigme judiciaire.

Dans ce podcast : C'est un mystère qui a duré plus de trente ans celui de l'enfant martyre de l'autoroute A10, le corps d'une fillette suppliciée a été retrouvé au mois d'août 1987 et pendant 31 ans son identité est restée inconnue. Le Parisien a parlé de cette affaire le 23 septembre en révélant le contenu d'une nouvelle expertise médicale.
Un jour de printemps 2016 en juin une bagarre éclate dans un commerce de Villers Cotterêts dans l'Aisne. C'est le patron d'un restaurant un genre de kebab à Villers Cotterêts qui reçoit une livraison de viande il va se disputer avec le livreur ça va se finir en bagarre.
La gendarmerie est arrivée, interpelle le restaurateur pour ces faits de violence…

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Thibault Lambert, Sarah Hamny et Timothée Croisan - Reporter : Ambre Rosala- Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : INA.

#ADN #A10 #enfant

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News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12C'est un mystère qui a duré plus de 30 ans, celui de l'enfant martyr de l'autoroute A10.
00:18Le corps d'une fillette suppliciée a été retrouvé au mois d'août 1987
00:22et pendant 31 ans, son identité est restée inconnue.
00:27Le Parisien a parlé de cette affaire le 23 septembre en révélant le contenu d'une nouvelle expertise médicale.
00:34L'auteur de cet article est dans Codesource aujourd'hui, Damien Delsény, chef du service police-justice du Parisien.
00:44Un jour de printemps 2016, en juin, Damien Delsény, une bagarre éclate dans un commerce de Villers-Cotterêts dans l
00:50'Aisne.
00:50Oui, c'est le patron d'un restaurant, un genre de kebab à Villers-Cotterêts qui reçoit une livraison de
00:55viande assez habituelle.
00:57Et puis il va s'embrouiller, il va se disputer avec le livreur.
01:00Ça va se finir en bagarre, en une vraie bagarre.
01:03Ce restaurateur, il va blesser assez sérieusement le livreur qui va déposer plainte.
01:09Et donc la gendarmerie arrive et interpelle le restaurateur pour ses faits de violence.
01:1429 ans plus tôt, à 260 kilomètres de là, à Suèvres, près de Blois, dans le Loir-et-Cher, des
01:20agents d'entretien de la société d'autoroute Coffiroute sont au travail.
01:24Nous sommes le 11 août 1987.
01:27C'est un jour de chasse et croisée, comme on dit, de vacances estivales, août 1987.
01:33Et donc ces deux employés de la société Coffiroute, ils font un aménagement assez banal, c'est-à-dire qu
01:37'ils sont là pour tondre la pelouse qui est sur le bord des voies de circulation.
01:41Et effectivement, ils aperçoivent au niveau, c'est très précis, du point kilométrique 135, on est tout près de la
01:46sortie Blois à l'époque,
01:48ils aperçoivent quelque chose, une forme, une masse dans un talus.
01:52Ils pensent au départ que ça peut être un animal, parce qu'il y a beaucoup d'animaux qui sont
01:55fauchés comme ça la nuit sur l'autoroute.
01:56Et puis en se rapprochant, ils distinguent quelque chose qui est plutôt une couverture bleue.
02:00Donc ils s'approchent et en ouvrant la couverture, ils s'aperçoivent qu'en réalité c'est un corps.
02:05Il y a une petite fille avec une robe de chambre.
02:09On a aperçu un paquet, une couverture enroulée avec quelque chose qui semblait suspect.
02:14Alors je me suis approché, c'est là que j'ai vu la tête de l'enfant et les pieds
02:19dépassés.
02:20J'ai fait le tour et j'ai aperçu l'horreur.
02:24Des hématomes partout, des coupures, des bleus, les yeux au beurre noir, ça a l'état.
02:36Tout ce que l'on sait au départ sur ce corps, finalement ce sont des chiffres.
02:41C'est ça, c'est le point kilométrique 135.
02:43C'est une petite fille qui mesure 95 centimètres, qui pèse 20 kilos.
02:47Ça c'est l'autopsie qui permet de le déterminer.
02:50C'est tout ce qu'on sait, aucun papier d'identité, aucune trace particulière.
02:53C'est une petite fille brune, on estime son âge à peu près entre 3 et 5 ans.
02:58Elle a les cheveux bouclés, elle a les yeux marrons.
03:00Mais voilà, c'est la petite inconnue de la 10, comme on va l'appeler tout de suite,
03:03parce qu'on ne peut pas lui donner un prénom ou un nom.
03:06L'autopsie, qu'est-ce qu'elle nous apprend d'autre ?
03:08D'abord que cette petite fille, elle a été martyrisée.
03:12Et pas martyrisée la veille ou quelques heures avant son décès,
03:15mais martyrisée depuis le début de sa vie.
03:17Parce que les médecins vont noter qu'elle a eu plusieurs fractures,
03:20qui se sont toutes consolidées seules,
03:22c'est-à-dire qu'elle n'a jamais été emmenée à l'hôpital ou chez un médecin
03:24lorsqu'elle a eu ces fractures.
03:26Les os se sont reconstituées eux-mêmes.
03:28Il y a aussi des brûlures sur son corps,
03:29des brûlures qui sont faites avec un fer à repasser.
03:32Et il y a d'autres lésions qui sont presque encore plus rares
03:35et encore plus terribles.
03:37C'est que cette petite fille, elle a été mordue,
03:39mais pas mordue un petit peu.
03:40On lui a carrément enlevé des morceaux de chair au niveau du thorax,
03:43et même au niveau de la joue, il lui manque un morceau de peau.
03:46Donc c'est une enfant qui a été, quelque part,
03:49torturée sur un temps assez long.
03:50Alors des tortures qui ne suffisent pas à la tuer à chaque fois,
03:53mais qui en tout cas font qu'elle est dans un état de santé général
03:56qui est très très mauvais.
03:57Et on ne sait pas précisément de quoi elle est morte en fait ?
03:59En fait, les médecins légistes, ils estiment que cette petite fille,
04:02elle est morte exsangue.
04:03C'est-à-dire qu'elle est morte de mauvais traitements,
04:06de malnutrition, de quelque chose qui a duré dans le temps,
04:08et qu'à un moment donné, il y a eu une forme d'épuisement de ce corps.
04:11Il n'y a pas effectivement un coup particulier,
04:13que ce soit un coup de poing ou un coup porté avec un coup de couteau.
04:16C'est une succession pendant sans doute des mois ou des années de maltraitance
04:20qui fait que cette petite fille, elle meurt.
04:22Cette fillette martyre, anonyme, est enterrée le 9 septembre
04:25dans le village de Suevres.
04:27Quand on ne peut pas identifier un corps,
04:28on charge la commune de procéder à l'enterrement, à l'inhumation.
04:32C'est ce qui se passe à cet endroit-là de l'autoroute,
04:35ce talus, il est sur la commune de Suevres.
04:37Donc on va voir le maire de Suevres, on dit voilà,
04:39il faut enterrer cette fillette, on ne sait pas qui c'est,
04:41mais il faut l'enterrer dans votre cimetière.
04:43Et donc ce village, qui est un petit village, qui fait 1600 habitants,
04:46il va se mobiliser pour cette petite fille,
04:48ils vont lui organiser des obsèques,
04:49et puis on va lui confectionner un petit cercueil,
04:52on va lui confectionner une tombe,
04:53et on va l'enterrer là.
04:55Il y a quelques gendarmes qui sont venus, des enquêteurs,
04:57parce qu'ils se disent que peut-être à l'occasion de cet enterrement,
05:00quelqu'un va venir, quelqu'un de la famille, un proche,
05:02qui va être un peu rongé par le remords et qui va venir.
05:05Donc ils vont assister à ces obsèques,
05:06mais en réalité il n'y a qu'une dizaine d'habitants qui sont présents,
05:09le curé qui va dire quelques mots,
05:10et puis on va enterrer cette fillette
05:12dans ce petit carré sous des graviers blancs
05:14dans le cimetière de la commune.
05:16Vous, vous avez été sur place, Damien Delceni,
05:18à quoi ressemble cette tombe ?
05:19C'est une tombe qui a vieilli,
05:20puisque forcément elle était entretenue uniquement
05:22par les habitants du village pendant des années,
05:24et puis une phrase qui a été gravée sur la pierre tombale
05:27où il y a marqué « ici repose un ange ».
05:30Une enquête débute, Damien Delceni,
05:32mais en 1987, les moyens de la police et de la gendarmerie sont limités.
05:37Il n'y a pas de vidéosurveillance à l'époque sur l'autoroute
05:39pour essayer de comprendre ce qui s'est passé.
05:41On n'a pas d'ADN.
05:42L'ADN, c'est vraiment la préhistoire de l'ADN à l'époque.
05:45C'est vraiment chercher une aiguille dans une botte de foin.
05:47Je donne quelques exemples.
05:48Le juge d'instruction à l'époque,
05:49il va aller récupérer les cartes de péage.
05:52À l'époque, quand on paye au péage,
05:53on a une carte, un petit morceau cartonné
05:55qui est donné aux usagers
05:56et qui est récupéré par l'employé du péage.
05:58Donc il va récupérer des milliers de cartes de péage
06:01pour essayer de trouver quelque chose,
06:03quelqu'un qui serait passé,
06:04pour essayer de retrouver des témoins.
06:05On va aussi envoyer des milliers de courriers
06:08à des écoles en France,
06:10à des assistantes sociales,
06:11à des médecins
06:11pour essayer de mobiliser des témoins
06:14qui pourraient avoir aperçu cette fillette
06:16qui était manifestement maltraitée.
06:18Mais la réalité, c'est qu'on ne peut pas donner un nom à cette fillette.
06:21Une photo du visage de la fillette va être exploitée.
06:23Oui, on va lancer un appel à témoins.
06:25Les gendarmes vont lancer un appel à témoins avec le juge.
06:27Et effectivement, ils vont exploiter cette photo
06:30qui est une photo qui est gênante
06:31parce que c'est vraiment la photo d'un cadavre d'une petite fille.
06:33Alors, elle va être un peu retouchée
06:35parce qu'il y avait cette joue qui était très abîmée.
06:37Et donc, on va gommer un petit peu tout ça
06:39pour rendre quand même la photo relativement présentable.
06:41Effectivement, cet avis de recherche,
06:43il va être diffusé le plus largement possible en France,
06:46dans les commissariats, dans les gares, dans les aéroports.
06:48Il va même être diffusé à l'époque
06:50dans des pays du Maghreb, en Algérie et au Maroc,
06:52notamment parce que cette autoroute A10
06:55qui descend vers le sud,
06:56descend aussi au moment du mois d'août
06:57pour des gens qui rentrent au pays,
06:59que ce soit en Espagne, au Portugal,
07:00mais aussi en Algérie et au Maroc.
07:02Et comme cette petite fille,
07:03elle a le type un petit peu maghrébin,
07:05on va diffuser également cette photo en Algérie et au Maroc
07:07pour espérer encore une fois que quelqu'un se signale.
07:12Un peu en désespoir de cause,
07:13les enquêteurs vont accepter l'aide d'un scientifique
07:15qui dit pouvoir trouver des informations
07:18grâce à des analyses au microscope.
07:20C'est un vrai scientifique,
07:21ce n'est pas un charlatan,
07:22c'est quelqu'un qui travaille dans un laboratoire en Gironde.
07:25Donc on va lui confier un certain nombre de scellés,
07:26notamment des résidus de craie
07:28qui sont trouvés dans la poche de la robe de chambre
07:30de cette petite fille.
07:32Et donc lui va examiner avec son microscope ces éléments
07:34et il va dire aux gendarmes
07:36« Ben voilà, ces morceaux de minéraux,
07:38ces morceaux de cailloux,
07:39ils proviennent d'une carrière
07:41qui se trouve juste à côté de Blois. »
07:42On va aussi essayer de savoir
07:43si un enfant scolarisé en France
07:45manque à l'appel.
07:46On se dit à l'époque que cette petite fille
07:49pouvait peut-être être scolarisée en maternelle
07:51dans un établissement un peu partout en France
07:53et que la rentrée de septembre,
07:54elle n'est plus là,
07:55elle n'est plus inscrite.
07:56Donc on va essayer,
07:57mais à l'époque c'est pareil.
07:59Les fichiers scolaires,
08:00en fait un fichier scolaire national,
08:01ça n'existe pas à l'époque.
08:02Le juge va d'ailleurs s'en rendre compte.
08:03Donc on écrit à toutes les écoles,
08:05à toutes les académies scolaires en France
08:06pour essayer de voir s'il manque pas
08:08une fille âgée entre 3 et 5 ans
08:10à la rentrée de septembre 87.
08:11C'est un travail de Romain,
08:12mais qui ne va pas aboutir.
08:14Toutes ces recherches,
08:15toutes ces démarches ne donnent rien.
08:17Les années passent
08:18et en 1992,
08:20la justice rend un non-lieu.
08:22Ça veut dire quoi ?
08:23Ça veut dire qu'en l'État,
08:245 ans après la découverte de ce corps,
08:26la justice ne peut toujours pas
08:28mettre un nom sur cette fillette
08:29et donc elle ne peut pas enquêter sur sa mort.
08:31En 1993, le lundi 26 avril,
08:35une nouvelle émission de télévision de TF1,
08:37témoin numéro 1,
08:39parle de l'enfant martyr de l'autoroute A10.
08:41Pour des enquêteurs,
08:42c'est insupportable de ne pas donner une réponse,
08:44de ne pas donner un nom à cette victime
08:45et donc ils ne vont avoir de cesse
08:47de prolonger,
08:48d'essayer de se dire
08:49on ne peut pas rester sur ce non-lieu,
08:50on ne peut pas rester sur cet échec.
08:52Donc ils vont essayer de mettre en place
08:53tout ce qu'ils peuvent.
08:54La télévision,
08:55l'émission télévision de Jacques Pradel,
08:56c'est un moyen pour eux
08:57de relancer des investigations
08:58et peut-être de se dire
08:59que quelqu'un devant sa télé
09:00va se souvenir de quelque chose
09:01de cette journée d'août 87
09:03et va les remettre sur une nouvelle piste.
09:05Pour ces affaires
09:06et toutes celles que nous évoquerons
09:08dans témoin numéro 1,
09:09nous avons besoin de vous.
09:10Lundi à 20h50,
09:11vous serez peut-être
09:12le témoin numéro 1
09:13qui permettra à la justice d'avancer.
09:16Il y a un témoin
09:17qui va se manifester à l'époque,
09:18quelqu'un qui raconte
09:19que ce jour d'août 87,
09:21alors on est quand même déjà
09:22six ans auparavant,
09:23mais lui,
09:23il se souvient d'avoir vu
09:25un automobiliste
09:26s'arrêter sur le bord de la route
09:28et déposer quelque chose
09:29sur le talus
09:30et il estime que c'est à peu près
09:31à l'endroit indiqué
09:32autour de Blois.
09:33Donc c'est évidemment
09:34une piste pour les gendarmes
09:35qui vont l'entendre.
09:36Bon, le problème,
09:36c'est que six ans après,
09:38les souvenirs,
09:40d'abord,
09:40est-ce qu'on est sûr
09:41que c'est bien le même jour ?
09:42Est-ce qu'il est capable
09:42de donner une description ?
09:43Alors il va parler
09:44à un moment donné
09:45d'une voiture,
09:46d'un break,
09:47de couleur plutôt claire,
09:48plutôt beige,
09:48mais on n'a pas
09:49d'autres renseignements
09:50qui permettent d'identifier,
09:52on n'a pas une plaque
09:52d'immatriculation,
09:53on n'a rien du tout.
09:54Lui, il se souvient effectivement
09:55d'avoir vu un homme,
09:56parce que ça l'a surpris
09:57ce jour-là,
09:58plutôt au petit matin,
09:59qui est venu déposer
10:01quelque chose dans le talus.
10:03En 1995,
10:04le corps de la fillette
10:05est exhumé.
10:06La science a progressé
10:08et on se dit
10:08que peut-être
10:09on va trouver d'autres choses,
10:10d'autres traces
10:11sur ce corps
10:12qui pourrait permettre,
10:13encore une fois,
10:14on est toujours
10:15dans la problématique
10:16de l'identifier,
10:16simplement,
10:17on n'est pas en train
10:17de chercher des auteurs,
10:19on est en train d'essayer
10:20de donner un nom,
10:20un prénom
10:21et une origine
10:22à cette personne.
10:23Cette nouvelle autopsie
10:24ne donnera rien
10:25et en 1997,
10:27la justice prononce
10:28un second non-lieu.
10:29En 2004,
10:30un nouveau chef
10:31arrive à la tête
10:32de la section de recherche
10:33de la gendarmerie d'Orléans,
10:34un certain Marc de Tarlé
10:37et il se demande
10:38ce qu'il peut tenter
10:39pour essayer
10:39de relancer l'enquête.
10:41Oui, lui,
10:41il arrive avec un regard neuf,
10:43il n'a pas participé
10:44au début de l'enquête.
10:45Comme on est en 2004
10:46et que l'ADN prospère,
10:48qu'on a désormais
10:49un fichier en France,
10:51il va poser la question
10:52au juge et à des experts,
10:53est-ce qu'on peut,
10:53à partir des scellés,
10:54puisqu'on a gardé,
10:55heureusement,
10:56dans des sacs fermés,
10:57la robe de chambre
10:58que portait cette fillette
10:59et la couverture
11:00qui l'entourait.
11:01Donc, on va aller voir
11:02ces scellés,
11:02on va les ouvrir,
11:03ils sont bien conservés,
11:04c'est une chance
11:05et c'est comme ça
11:06qu'ils vont arriver
11:07à extraire d'abord
11:08deux ADN sur cette couverture,
11:10un ADN masculin,
11:11un ADN féminin.
11:12C'est forcément
11:13des proches
11:14de cette petite fille.
11:14Donc, c'est un espoir
11:15qui renaît.
11:16On va enfin pouvoir
11:18peut-être un jour
11:19identifier les personnes
11:21qui étaient autour
11:22de cette fillette.
11:23Mais pour l'instant,
11:23ces ADN ne correspondent
11:24à aucun ADN
11:25présent dans un fichier.
11:26Alors, à l'époque,
11:27le fichier ADN,
11:28il est très peu riche,
11:29très peu fourni
11:29parce qu'on est au tout début
11:30du fichier national
11:31des empreintes génétiques.
11:33Donc, il y a
11:33quelques milliers d'ADN
11:34et dans ce millier d'ADN
11:36qui sont dans le fichier,
11:37il n'y a pas d'ADN
11:37qui corresponde
11:38à ces deux ADN
11:39trouvés sur la couverture.
11:41Cela fait plus de 20 ans
11:42que le petit corps
11:43de la martyr
11:44de l'autoroute A10
11:45a été retrouvé
11:46et sa tombe
11:46est toujours fleurie.
11:47Le juge d'instruction,
11:49dès qu'il passait
11:49dans la région,
11:50après être parti,
11:51après avoir été
11:52dessaisi du dossier,
11:53il faisait toujours
11:54un crochet par le cimetière
11:55pour venir se recueillir
11:55sur cette tombe.
11:56Et puis, les gens du village
11:57s'étaient devenus
11:58un petit peu
11:58la petite fille du village.
11:59C'est-à-dire que,
11:59oui, il fallait fleurir
12:00cette tombe régulièrement
12:01parce que personne d'autre
12:02évidemment ne le faisait.
12:03On savait où elle se trouvait
12:04dans le cimetière
12:05et effectivement,
12:06les gens, le maire,
12:06etc.,
12:07venaient entretenir la tombe.
12:14En 2012,
12:14la procureure Dominique Puechmaille
12:16arrivée à Blois
12:17trois ans plus tôt
12:18organise une grande
12:20conférence de presse
12:20pour essayer de remobiliser
12:22les médias
12:2325 ans
12:24après le début de l'affaire.
12:25Oui, elle relance
12:26un nouvel appel à témoins
12:27parce qu'on se dit aussi
12:28toujours dans ces affaires
12:29que quelque part,
12:30il y a quelqu'un
12:31qui a peut-être des souvenirs
12:31même lointains,
12:33même partiels
12:33et que le temps passant,
12:35ça peut libérer la parole.
12:37Il y a des gens
12:37qui peuvent vivre
12:38avec un secret très lourd
12:39pendant des années
12:40et vouloir s'en libérer.
12:41Donc, elle refait cette campagne
12:42pour faire vivre le dossier
12:44et espérer que quelqu'un parle.
12:45Une nouvelle fois,
12:46ça ne donne rien.
12:47En 2013,
12:49de nouvelles analyses
12:49sont effectuées
12:50sur la couverture bleue
12:51et la robe de chambre
12:52de l'enfant.
12:53Analyses qui permettent
12:54de détecter
12:55un troisième ADN
12:57inconnu à ce stade.
12:59Damien Delceni,
13:00on en revient
13:01à la bagarre
13:02que vous nous avez racontée
13:03au tout début
13:03de cet épisode
13:04de Code Source.
13:05Le restaurateur
13:06qui a été interpellé
13:07suite à l'altercation,
13:09qu'est-ce qu'il est devenu ?
13:10À l'époque,
13:11il est interpellé
13:12par les gendarmes,
13:12il est entendu,
13:14il est auditionné
13:15et puis il va être condamné
13:16à quelques mois de prison
13:17pour ces violences
13:18et à cette occasion,
13:20comme il est condamné
13:20pour des violences
13:21et comme c'est la loi à l'époque,
13:22on va lui prélever son ADN.
13:24Et l'année suivante,
13:25en 2017,
13:26son ADN match,
13:28comme disent les enquêteurs.
13:29Oui, alors là,
13:30c'est la première bonne surprise
13:31de ce dossier en 30 ans.
13:34Le fichier,
13:35si vous voulez,
13:35il tourne un peu tout seul,
13:36c'est-à-dire qu'on rentre
13:37des nouveaux ADN
13:37dans le fichier automatisé
13:38et puis le fichier,
13:40quand il se met à jour,
13:41en quelque sorte,
13:41pour faire simple,
13:42il fait des corrélations,
13:43il dit, bah tiens,
13:44cet ADN que vous avez rentré,
13:45il correspond à un ADN
13:47qui est déjà dans le fichier.
13:48Et là,
13:48c'est ce qui va se passer,
13:49c'est-à-dire que l'ADN
13:49de ce jeune homme,
13:50il va correspondre
13:52à cet ADN X,
13:54parce qu'il n'avait pas de nom,
13:55cet ADN qui était dans le fichier,
13:56qui était l'ADN
13:57de la petite fille de la 10.
13:58Et là,
13:59les experts vont dire,
14:00ce monsieur
14:01et cet ADN de jeune fille,
14:03ils ont une connexion,
14:04ils sont de la même famille.
14:05Il va s'avérer que cet homme
14:06qui se prénomme Anouar
14:07est le frère
14:08de la fillette de la 10.
14:10Quand les enquêteurs
14:11et les experts
14:12vont analyser cette corrélation,
14:14ils vont acquérir la certitude,
14:16effectivement,
14:16que ce Anouar,
14:18c'est le frère
14:19de la petite fille de la 10.
14:20Donc là,
14:20c'est le coup de théâtre absolu,
14:23parce que ça y est,
14:24là,
14:24on sait maintenant.
14:25On sait,
14:26on va pouvoir donner un nom
14:27à cette petite fille
14:27et puis on va pouvoir enquêter surtout.
14:29Les parents de cet homme
14:30et donc de la petite martyre
14:32de la 10
14:32sont interpellés
14:33le mardi 12 juin 2018
14:36dans deux communes différentes.
14:37Oui,
14:38le père est interpellé
14:39à Putot
14:39dans les Hauts-de-Seine
14:40et la maman
14:41est interpellée
14:42à Villers-Cotterêts
14:43dans l'Aisne.
14:44Les enquêteurs se rendent compte
14:44que les parents
14:45sont séparés
14:46depuis une dizaine d'années,
14:46ils ne vivent plus ensemble
14:47et on va les interroger.
14:48À partir de là,
14:49l'inconnue de l'autoroute A10
14:50a un prénom et un nom.
14:52Cette petite fille de la 10,
14:54elle s'appelait Inas
14:55parce qu'elle a été déclarée
14:57à l'état civil finalement.
14:58On pensait que c'était
14:59un enfant fantôme,
15:00elle ne l'était pas,
15:00elle avait été déclarée,
15:01elle avait même été inscrite
15:02à l'école.
15:03Maintenant,
15:03on sait.
15:05Inas est née
15:06le 3 juillet 1983
15:08au Maroc,
15:10à Casablanca.
15:10Qu'est-ce que l'on sait
15:11de sa courte vie ?
15:13On sait qu'elle a passé
15:14les 18 premiers mois
15:15de sa vie au Maroc.
15:16D'abord un tout petit peu
15:17avec sa maman
15:17mais surtout avec ses grands-parents.
15:19Sa maman est repartie en France
15:20où était resté d'ailleurs
15:21son papa qui travaillait.
15:23Et après,
15:24elle revient avec ses parents
15:25et puis après,
15:26elle rejoint ses deux grandes sœurs
15:28en région parisienne.
15:30Les parents d'Inas
15:31ont donc été interpellés
15:32le 12 juin 2018.
15:34Ahmed et Alima,
15:35qu'est-ce qu'ils disent
15:36pour expliquer
15:37la mort de l'enfant
15:38pendant leur garde à vue ?
15:39Ahmed,
15:40quand les policiers
15:40viennent le chercher,
15:42quand il ouvre la porte,
15:42une des premières phrases
15:43qu'il dit aux policiers,
15:44il leur dit
15:44ça fait 30 ans
15:45que je vous attends.
15:46Donc on comprend
15:47que le secret,
15:48il pèse depuis 30 ans
15:49et qu'il a envie d'en parler.
15:51Son ex-femme,
15:52la maman d'Inas,
15:52Alima,
15:53elle,
15:53elle va d'abord
15:55absolument nier
15:55ce qui a pu se passer.
15:56Elle dit même
15:57qu'Inas est encore en vie
15:58quelque part au Maroc.
15:59Elle raconte aux policiers
16:00effectivement
16:00qu'Inas allait en vie,
16:02qu'elle est au Maroc.
16:03C'est d'ailleurs
16:03une légende
16:04qui avait été racontée
16:05aux autres enfants de la famille,
16:06ceux qui sont nés après Inas,
16:08ses petits frères notamment
16:09qui sont nés après elle.
16:10Elle va essayer
16:11d'adapter
16:11cette espèce de fable familiale
16:13qui permettait
16:14de faire tenir le secret
16:15en racontant cette version-là
16:16aux enquêteurs.
16:17Bon,
16:18sauf qu'évidemment,
16:18ça ne tient pas la route
16:19cinq minutes.
16:24Au fil des interrogatoires,
16:26les enquêteurs
16:26parviennent à reconstituer
16:27les derniers instants
16:28de la vie d'Inas.
16:30Elle serait morte
16:31dans la nuit
16:32du 11 août 1987
16:33alors que la famille
16:35s'apprêtait à partir
16:36au Maroc en vacances.
16:37Que dit la mère ?
16:39La mère a une version
16:40très très édulcorée
16:41de ce qui a pu se passer
16:42parce que d'abord,
16:43elle raconte
16:44que sa fille
16:45n'était pas morte
16:46quand ils sont partis
16:47de leur logement
16:48pour prendre la route
16:49des vacances.
16:50Elle a dit,
16:50voilà,
16:50elle était endormie,
16:51elle était dans mes bras
16:52et c'est pendant le voyage
16:54qu'on s'est aperçu
16:55qu'elle ne respirait plus.
16:57Elle réfute
16:58toutes les violences.
16:59Elle dit qu'en gros,
17:00bon oui,
17:00c'est une fillette
17:01qui pleurait souvent,
17:02qui ne mangeait pas bien,
17:02qui était difficile,
17:03mais tout ça,
17:04elle le rejette
17:05d'un bloc complet.
17:06Ce n'est pas elle.
17:06Que dit le père,
17:07Ahmed,
17:08d'abord concernant
17:09les violences
17:10sur la fillette ?
17:11Ahmed, lui,
17:12il a une version
17:12qui est tout à fait différente.
17:14Lui, d'abord,
17:15il reconnaît
17:15qu'il y a eu des violences
17:16pendant l'enfance d'Inas.
17:18Il se souvient notamment
17:18de la brûlure au fer à repasser.
17:20Il avait constaté
17:20cette brûlure
17:21sur le dos de sa fille
17:22et sa femme lui avait dit
17:23à l'époque,
17:24c'est accidentellement,
17:25elle courait autour
17:26et puis le fer à repasser
17:27est tombé,
17:27elle s'est brûlée.
17:28Il n'y croyait pas trop
17:29à l'époque, le père,
17:30mais il avait peur de sa femme.
17:31En tout cas,
17:31c'est ce qu'il dit
17:32aux enquêteurs,
17:32il dit qu'il a toujours
17:33eu peur d'elle
17:33parce qu'elle avait
17:33des accès de folie,
17:34de violence
17:35et qu'il avait peur.
17:37Damien Delceni,
17:38donc pour lui,
17:38en résumé,
17:39que s'est-il passé
17:40pendant cette nuit
17:41du 11 août 1987 ?
17:44La version d'Ahmed,
17:45c'est de dire
17:45que lorsqu'il rentre
17:46ce soir-là,
17:47ils sont censés partir
17:48en vacances,
17:49en famille au Maroc,
17:50donc la voiture est chargée,
17:51on est prêt à partir.
17:52Ahmed,
17:52il rentre chez lui,
17:53ils vont partir de nuit
17:55et lui dit
17:55que quand il rentre,
17:57Inas est morte.
17:58Inas est sur le canapé,
17:59elle est inanimée,
17:59elle est morte
18:00et qu'à ce moment-là,
18:01une de ses filles
18:02lui dit qu'elle est tombée
18:04dans l'escalier
18:04parce que maman l'a poussée
18:05et qu'elle ne bouge plus,
18:06elle est morte.
18:07Lui raconte qu'à ce moment-là,
18:09la première démarche
18:10qu'il fait,
18:11qui semble être la bonne,
18:12c'est de sortir de chez lui
18:13pour aller au commissariat
18:15de police
18:15et dénoncer,
18:16enfin dire voilà,
18:17ma fille est morte,
18:18c'est ma femme
18:18qui l'a poussée
18:19et puis en chemin,
18:20il fait demi-tour.
18:21Il raconte,
18:22il dit
18:22j'ai pas eu le courage,
18:23j'ai pas eu le courage
18:24de dénoncer ma femme,
18:25j'ai pas eu le courage
18:25de plonger toute ma famille
18:26dans ce drame.
18:27Donc il fait demi-tour
18:28et là,
18:29on monte dans la voiture,
18:30on charge la voiture,
18:31on prend Inas,
18:32on prend les bagages,
18:33on part
18:33et on va déposer ce corps
18:35quelques heures plus tard
18:36sur l'autoroute A10
18:37à la sortie de Blois.
18:39Il va dire aux policiers,
18:40voilà,
18:41à partir du moment
18:41où on prend cette décision
18:43de ne pas prévenir la police
18:45ce soir d'août 87,
18:47on ferme le couvercle
18:48et après,
18:48c'est un secret de famille
18:49qui va durer pendant 30 ans
18:51parce qu'on ne peut plus
18:52rien faire.
18:53Il reconnaît même
18:54qu'ils se sont emprisonnés
18:54et que lui s'est emprisonné
18:55dans ce terrible secret
18:57et qu'après,
18:58on ne pouvait plus rien dire
18:58parce qu'on se dénonçait
18:59et en se dénonçant,
19:00on faisait partir
19:01toute la famille dans le drame.
19:05Damien Delceni,
19:06on ne sait pas encore
19:07quand les parents d'Inas
19:08seront jugés,
19:09sans doute en 2022
19:10et le jeudi 23 septembre,
19:12le Parisien revient
19:14sur cette affaire
19:14en révélant le contenu
19:15d'une nouvelle expertise médicale
19:17qui semble accabler
19:18la mère d'Inas.
19:19Oui,
19:20ce qui est sûr,
19:20c'est que toutes les expertises médicales
19:22qui ont été faites,
19:22les précédentes et celles-là,
19:24valident plutôt
19:25la version de Ahmed,
19:26la version du père.
19:27Pourquoi ?
19:27Parce que d'abord,
19:28tout ce qui a été fait,
19:29notamment sur les deux morsures
19:30qu'on constate
19:31sur le coordinat 187,
19:33ce sont des mâchoires féminines.
19:35Ça a été validé absolument.
19:37Et il y a une de ces traces
19:38dont on sait que c'est forcément
19:40la mâchoire de Halima.
19:41C'est quand même
19:42un élément lourd dans le dossier.
19:44Et comme elle,
19:45sa version depuis le début,
19:47c'est d'expliquer
19:47qu'elle n'a jamais battu sa fille,
19:49que quand elle est montée
19:50dans la voiture,
19:50elle était vivante
19:51et presque en bonne santé,
19:52ça ne colle pas du tout en fait.
19:55La grande sœur de la fratrie
19:57qui avait 9 ans
19:58au moment des faits,
19:59a longtemps dit
20:00qu'elle ne se souvenait de rien.
20:02Mais au printemps 2019,
20:04en mai,
20:04pendant une audition,
20:05elle a finalement parlé
20:06de cette petite sœur
20:07et de sa mère à l'époque.
20:09Sur sa mère,
20:10elle se souvient
20:10d'une maman
20:11qui pouvait d'un seul coup
20:12changer totalement de comportement,
20:14devenir extrêmement violente
20:15vis-à-vis des enfants,
20:17surtout vis-à-vis d'Inas d'ailleurs.
20:19On n'a jamais tellement su
20:20pourquoi elle s'était acharnée
20:21sur Inas
20:22et pas sur ses autres enfants.
20:23Elle avait même
20:24des crises de violence
20:24vis-à-vis de son mari.
20:26Et puis,
20:26dans le même temps,
20:275 minutes après,
20:29redevenir quelqu'un de normal,
20:30une femme normale,
20:31calme,
20:32une maman normale.
20:33Donc ça,
20:33elle l'a racontée.
20:34Elle en a un souvenir
20:35assez précis.
20:37Il faut quand même
20:38se rendre compte
20:38de ce que c'est
20:39pour cette jeune femme
20:40maintenant,
20:40qui était une petite fille
20:41à l'époque,
20:42de ce qu'elle a vu
20:43et de ce qu'elle a vécu.
20:44Elle raconte aux enquêteurs
20:46la scène
20:46du mois d'août 87
20:48dans l'appartement
20:49quand elle constate
20:49effectivement,
20:50elle a vu sa sœur morte.
20:51Elle,
20:52pendant des années,
20:53elle a été
20:54un des acteurs
20:55de ce secret,
20:55mais de manière
20:57totalement traumatique.
20:57Et aujourd'hui,
20:58quand elle se souvient,
20:59quand elle parle aux enquêteurs,
21:01elle a ce souvenir-là.
21:02Elle a ce souvenir
21:02d'avoir vécu
21:03une soirée de crise
21:04avec des gens qui crient,
21:05avec des gens qui sont en panique.
21:07C'est son souvenir à elle
21:08et puis son souvenir surtout
21:09qu'après,
21:10elle a plus d'amère
21:10de sa petite sœur.
21:22Merci à Damien Delsenny.
21:24Code Source
21:24est le podcast
21:25d'actualité du Parisien
21:26disponible chaque soir
21:27du lundi ou vendredi.
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21:39et Timothée Croizan.
21:41Réalisation,
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