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Maître Henrique Vannier, ancien bâtonnier du barreau de Melun (Seine-et-Marne), raconte la tentative d’assassinat dont il a été victime il y a six ans, et les dures années qui ont suivi pour se reconstruire. Propos recueillis par Ambre Rosala.

Dans ce podcast : L'avocat Henrique Vannier se considère comme un miraculé en 2015 ce père de famille de 50 ans ancien bâtonnier du barreau de Melun a été victime d'une tentative d'assassinat. Un confrère lui a tiré dessus à plusieurs reprises à l'intérieur du palais de justice. Entre la vie et la mort Henrique Vannier a réussi à persuader son agresseur de ne pas l'achever. Le Parisien lui a consacré un article en septembre dernier au moment de la parution d'un livre sur cette histoire. Il y raconte cette confrontation et les dures années qui ont suivi pour se reconstruire.
Henrique Vannier a grandi dans le jura il est né le 10 juillet 1971 ses deux petits frères et lui ont grandi dans un milieu très modeste avec une mère musicienne et un père qui cumule les petits boulots. Un père bosseur qui a fait 36 métiers pour pouvoir nourrir sa famille…

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Sarah Hamny et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian - Archives : France 2, RTL.

#henriquevannier #avocat #melun

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Code Source, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12L'avocat Henrique Vanier se considère comme un miraculé.
00:16En 2015, ce père de famille de 50 ans, ancien bâtonnier du barreau de Melun, a été victime d'une
00:22tentative d'assassinat.
00:23Un confrère lui a tiré dessus à plusieurs reprises à l'intérieur du palais de justice.
00:28Entre la vie et la mort, Henrique Vanier a réussi à persuader son agresseur de ne pas l'achever.
00:34Le Parisien lui a consacré un article en septembre dernier, au moment de la apparution d'un livre sur cette
00:40histoire.
00:41Il y raconte cette confrontation et les dures années qui ont suivi pour se reconstruire.
00:46Henrique Vanier se confie au micro d'Ambre Rosala.
00:59Je rencontre Henrique Vanier dans son cabinet d'avocat de Bricontrobert, à une trentaine de kilomètres de Paris.
01:04Son bureau est très épuré et décoré de manière très moderne.
01:09Il me raconte qu'il habite en Seine-et-Marne depuis plus de 20 ans, mais qu'il a grandi
01:13dans le Jura.
01:15Henrique est né le 10 juillet 1971.
01:18Ses deux petits frères et lui ont grandi dans un milieu très modeste,
01:21avec une mère musicienne et un père qui cumule les petits boulots.
01:26Un père bosseur qui a fait 36 métiers pour pouvoir nourrir sa famille.
01:32On a toujours compté pour aller au bout du mois et on a su ce que c'était que des
01:37difficultés financières,
01:38des huissiers d'justice qui tapent à la porte, des loyers qui ne sont pas payés, des expulsions,
01:43la justice qui intervient.
01:44Donc tout ça, je connais.
01:46Les parents d'Henrique rachètent un petit hôtel-restaurant à l'abandon,
01:49qu'ils rénorent et qui tournent grâce à la petite scène où viennent jouer des musiciens le samedi soir.
01:55Un jour, une bagarre éclate entre plusieurs musiciens et le père d'Henrique.
01:59Et ce dernier est incarcéré.
02:02Henrique a 7 ans à ce moment-là.
02:04Ma mère, elle ne me laisse pas le choix, ou en tout cas les événements ne me laissent pas le
02:08choix
02:08que d'être pas l'homme de la famille, mais quand même celui qui va aider sa maman lorsqu'elle
02:13n'est pas là
02:13ou lorsqu'elle est là dans les tâches ménagères.
02:15Et puis qui va aussi essayer de rassurer deux frères qui sont plus jeunes.
02:18Donc je prends ce rôle naturellement, en me disant que moi aussi mon père me manque,
02:23mais il va revenir. Je l'attends.
02:26En allant voir son père pour la première fois au Parloir,
02:29Henrique décide que quand il sera grand, il deviendra avocat.
02:32Quand son père sort de prison au bout d'un mois,
02:35la famille déménage au Luxembourg, puis en Italie,
02:38avant de revenir en France quand Henrique est adolescent.
02:41Il suit des études de droit et prête serment en 1998.
02:46Il rencontre Anne, une étudiante en école de commerce,
02:49et le couple s'installe en Seine-et-Marne.
02:51Le temps passe, et Henrique envisage de monter son propre cabinet.
02:56Je trouve ce local-là, en passant devant, l'immeuble a été livré depuis peu.
03:01Anne, avec moi, me dit qu'il faut qu'on fasse une belle déco,
03:04il ne faut pas qu'on soit dans quelque chose d'austère,
03:05donc elle y met beaucoup d'énergie.
03:07Et à nous deux, on crée cet environnement.
03:10Et j'ouvre le cabinet avec quelques dizaines de dossiers,
03:12ce qui est le cas de beaucoup d'avocats lorsqu'ils s'installent.
03:14Mais tout de suite, ça prend de l'ampleur.
03:16Donc moi, je suis très fier.
03:19Henrique et Anne ont ensuite deux enfants.
03:21Leur deuxième fils naît en 2008,
03:23l'année où Henrique est élu bâtonnier.
03:25C'est désormais à lui de représenter ses confrères du barreau de Melun,
03:29mais aussi d'assurer la discipline.
03:32Il fait alors la rencontre de Joseph Sipiliti,
03:35un avocat de 56 ans qu'il a déjà croisé plusieurs fois,
03:38mais qu'il ne connaît pas bien.
03:40C'est un homme très renfermé,
03:41qui ne participe jamais aux réunions de l'ordre des avocats de Melun.
03:45Henrique apprend que ce dernier est placé en liquidation judiciaire,
03:49parce qu'il n'a pas payé ses cotisations auprès du barreau.
03:51Et l'ordre se réunit en conseil pour décider d'une éventuelle suspension.
03:56Au moment de la délibération,
03:58la majorité du conseil vote pour que Joseph Sipiliti soit suspendu.
04:03Mais c'est à Henrique Vannier, le bâtonnier,
04:05que revient la décision finale.
04:08Je sais l'âge qu'il a.
04:09S'il est sanctionné disciplinairement,
04:11je ne vois pas quelle est sa possibilité de reconversion.
04:14Je pense à ça, moi.
04:15Je me dis, il a un métier, c'est le métier d'avocat.
04:18Il n'a pas de deuxième corde à son arc.
04:19Il va être en voie de lochardisation.
04:22C'est comme ça que je le vois.
04:23Donc je me suis dit, si je le poursuis disciplinairement,
04:26c'est sa mort sociale, voire sa mort tout court.
04:29Et je prends le temps de l'été pour prendre une décision
04:33qui va à l'encontre de cette délibération,
04:35en disant, bon, on va le laisser se réinstaller.
04:37Il a trouvé des locaux.
04:39Et on va lui laisser une deuxième chance.
04:41Henrique n'entend plus parler de Joseph jusqu'à la fin de son bâtonnat,
04:44qui prend fin en 2009.
04:46Cinq ans plus tard, en 2014,
04:48Henrique décide de se représenter,
04:50et est à nouveau élu bâtonnier de Melun.
04:53Il découvre, en reprenant son poste,
04:55que la situation de Joseph s'est aggravée avec les années.
04:58Il le convoque pour parler de ses difficultés financières,
05:01et l'entretien se passe bien.
05:03Henrique propose à Joseph Sipiliti
05:05d'étaler le remboursement de ses dettes dans le temps,
05:07en envoyant plusieurs chèques,
05:09qui seront encaissés à différents moments.
05:11Et il accepte.
05:13À un moment donné, sur la fin de l'entretien,
05:15on en vient à se dire,
05:16parce que moi je porte un nom très français,
05:18c'est Vanier,
05:19que j'ai des origines italiennes,
05:21notamment pour moitié de mon sang,
05:22et que j'ai vécu cinq ans d'Italie,
05:23que je parle italien,
05:24et que lui, avec son nom, je sais qu'il est italien,
05:26et il est ému,
05:28parce que j'échange quelques mots en italien,
05:30il a la larme à l'œil, je le vois bien,
05:32donc la poignée de main à la fin de cet entretien,
05:34elle est sincère entre deux personnes
05:36qui se sont vues pour,
05:38pas pour se dire des mauvaises choses,
05:40pour aller dans le bon sens.
05:41Donc à partir de là, je suis plutôt rassuré en me disant,
05:42bon voilà,
05:43parmi toutes mes missions,
05:44il y en a une, c'est celle-ci,
05:45c'est accompagner quelqu'un qui,
05:47encore une fois, ne va pas bien,
05:48mais ça fait partie du rôle du bâtonnier.
05:51Et finalement, dès le lendemain,
05:52je reçois un écrit qui me laisse à penser
05:54que j'ai affaire à quelqu'un
05:55qui a compétentment changé,
05:56ou en tout cas qui écrit le contraire
05:58de ce qu'il laisse paraître au cours d'un entretien,
06:00et là je me dis,
06:01je ne comprends pas.
06:03Dans sa lettre,
06:05Joseph Sipiliti accuse Henrik d'extorsion de fonds,
06:07et menace de porter plainte
06:09si l'ordre des avocats encaisse l'échec.
06:11Puis, dans les mois qui suivent l'entretien,
06:14Joseph Sipiliti envoie une dizaine d'autres lettres à Henrik,
06:17accusant le bâtonnier
06:18d'avoir fait de lui un bouc émissaire
06:20et d'être prêt à tout faire pour le nuire.
06:24C'est violent, virulent,
06:26et puis en filigrane,
06:27on sent quand même qu'on est dans l'ordre de la menace,
06:29surtout le dernier courrier.
06:31Le dernier courrier, la phrase,
06:32c'est le jour où je n'aurai plus le sourd en poche,
06:35je procéderai à une autre forme de règlement,
06:38je ne le vois pas comme étant quelque chose
06:39potentiellement réelle,
06:41si ce n'est que je fais quand même un petit peu attention
06:42sur les derniers mois dans mes rapports à ce monsieur.
06:45Henrik en parle au procureur de la République de Melun.
06:48Ce dernier lui demande s'il veut porter plainte,
06:51mais Henrik refuse d'attaquer un confrère en justice
06:53et préfère en rester là.
06:56Le mercredi 28 octobre 2015,
06:58Henrik passe la soirée seule avec Anne.
07:01Il prépare leur bagage pour partir
07:03le lendemain après-midi après le travail d'Henrik
07:06dans le Jura, où leur mariage doit avoir lieu l'été suivant.
07:10Anne est dans la démarche de choisir une robe de mariée,
07:13je sais que c'est la question des faire-parts,
07:16c'est la question de toutes ces choses-là.
07:19Nous, à chaque fois qu'on va dans le Jura,
07:20on revoit nos familles respectives,
07:21donc c'est toujours un aller qui est vraiment plaisant.
07:27Le jeudi 29 octobre 2015,
07:30Henrik arrive au tribunal de Melun tôt dans la matinée.
07:33Il salue Béatrice, sa secrétaire,
07:35qui lui dit que Joseph Sipiliti a demandé
07:37à prendre rendez-vous avec lui.
07:39D'abord, Henrik refuse.
07:42Puis il comprend que Joseph Sipiliti
07:44a pris rendez-vous pour un changement d'adresse
07:46et qu'il ne peut rien faire sans passer par lui.
07:50Alors il accepte.
07:51Et le rendez-vous est pris le matin même.
07:53Je bois un café avec d'autres confrères, d'autres consoeurs.
07:56Et puis il arrive à ce moment-là,
07:59avec sa valise à roulettes.
08:01Je lui dis, Joseph, parce que je tute,
08:02on peut y aller.
08:03Il me dit, non, j'ai besoin d'aller au toilette.
08:04Je lui dis, tu prends le temps qu'il faut,
08:06tu me tiens au courant.
08:07Puis à un moment donné, je le vois sortir des toilettes.
08:09Je lui dis, on y va, il me suit.
08:10Je le précède.
08:11C'est lui qui ferme la porte.
08:12Puis le temps que je fasse le tour du bureau,
08:14il y a une arme à la main qui pointe immédiatement contre moi.
08:17Il me dit, tu ne bouges pas.
08:22J'essaie de taper sur l'arme avec ce que j'ai sous la main.
08:25J'arrive à taper sur l'arme,
08:26pensant pouvoir avoir le temps de faire le tour
08:28pour peut-être tenter de le désarmer,
08:31en tout cas ne pas me laisser faire.
08:32Puis il tire tout de suite.
08:34La balle qui visait mon cœur, dans la mesure où j'ai bougé,
08:36elle passe sur le flan gauche,
08:38elle ressort au niveau du sternum.
08:40Donc je tombe très violemment au sol.
08:43Et lui fait tout de suite le tour du bureau
08:44et me vise la tête pour m'achever.
08:46Et moi, je lève mon bras gauche pour me protéger.
08:48Mais c'est une protection de réflexe.
08:50Donc il y a un deuxième coup de feu.
08:51La balle traverse mon bras gauche et ma gorge.
08:54Là, je me rends compte que c'est fichu.
09:00Et là, j'entends des voix.
09:02Parce qu'il y a des gens qui ont compris tout de suite
09:04qu'il se passait quelque chose de grave.
09:06Une voix de femme, c'est Béatrice, la secrétaire.
09:08J'entends d'autres voix, des avocats que je reconnais.
09:11Et qui ont un échange avec lui.
09:13C'est ce qui fait que ça laisse un laps de temps pour moi
09:15pour certainement me reprendre mes esprits.
09:17Et qui n'arrive pas à le raisonner
09:18puisqu'à un moment donné, lui dit
09:20« Mais sortez, sortez, c'est fini.
09:22Ce sera bientôt terminé, en fait. »
09:26Il ferme la porte.
09:26Et là, j'essaye d'échanger sur la possibilité
09:29d'appeler ma mère ou mon père.
09:31Il perçoit très mal la situation.
09:33En tout cas, il apprend très mal.
09:34Et il tire une troisième fois.
09:36Et donc, la balle ricoche à l'arrière.
09:39Et il me traverse l'épaule.
09:41Et j'arrive à me redresser, à me mettre assis,
09:43appuyer contre le mur.
09:44Et puis, à échanger un petit peu avec lui.
09:47Il sort une bouteille, un petit flash de rhum,
09:50une bouteille d'eau.
09:52Il y a une boîte rouge.
09:53Je pense qu'il y a des médicaments dedans.
09:54A priori, il en prend.
09:57Et j'échange.
09:58Et je lui dis « Mais est-ce que tu sais que j'ai deux garçons ? »
10:01J'ai Jules et Théo.
10:02Et je donne l'âge à ce moment-là.
10:03C'est 7 et 10.
10:05Et je répète, Jules, Théo, je suis un père de famille.
10:09Et en disant « Voilà, j'ai compris que tu es allé au bout.
10:11Si tu veux au bout, épargne-moi le visage,
10:12qu'il puisse me voir une dernière fois. »
10:14Et il continue à venir me viser avec la main à plusieurs reprises.
10:18C'est là que je sais qu'il finira par la mettre,
10:21cette dernière balle.
10:23En finalement, il se reprend et il me dit « Non, je te laisse en vie. »
10:26Il recule un siège pour que lui puisse être dans mon champ de vision.
10:30Et puis, je vois qu'il met l'arme dans la bouche.
10:31Moi, je ferme les yeux parce que je n'ai pas envie de voir ça.
10:33Et puis, j'entends la détonation.
10:34Il se suicide à ce moment-là.
10:40Enric parvient à se relever et à sortir de son bureau
10:43avant de perdre connaissance.
10:45Il est pris en charge par les pompiers et le SAMU.
10:47Une avocate et amie d'Enric appelle Anne
10:50qui rejoint immédiatement le tribunal.
10:53Plusieurs journalistes présents sur place
10:55relaient tout de suite l'information
10:56qui fait les gros titres des médias nationaux.
10:59La victime, c'est lui, Enric Vanier, bâtonnier de Melun,
11:02grièvement touché.
11:03Il est entre la vie et la mort.
11:05Le tireur, lui, est effectivement décédé
11:07après avoir retourné l'arme contre lui.
11:09Il s'agit d'un avocat, maître Joseph Schipiliti,
11:13spécialiste en droit des personnes,
11:14réputé proche de l'extrême droite.
11:16Enric est toujours vivant,
11:18mais son état est critique.
11:19Et il est transporté à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil.
11:24Je reprends conscience quand on me met dans l'ambulance.
11:27Je roubde les yeux, je vois le médecin urgentiste,
11:30un autre médecin, et je vois ma femme.
11:32Et là, je lui donne les consignes de fin de vie.
11:35Je dis qu'il continue à faire ce qu'on a toujours fait pour les enfants.
11:41Comme Enric est blessé au cou, au thorax et au bras droit,
11:44il est opéré par quatre chirurgiens en même temps.
11:47Et il s'en sort.
11:49Il se réveille le lendemain,
11:50le vendredi 30 octobre,
11:52avec 130 points de suture,
11:54et il ne peut plus bouger son bras droit.
11:56Mais il est rassuré d'être en vie.
11:58Comme l'affaire est très médiatisée,
12:01Jérémy, le frère d'Enric,
12:03lui conseille de rassurer tout le monde sur son état
12:05dans une interview pour la radio RTL,
12:07quelques jours après la fusillade.
12:09Moi, je fais bien.
12:10Beaucoup de chirurgie viscérale,
12:12beaucoup de chirurgie plastique,
12:13mais depuis hier, je suis debout.
12:16Les gens sont surpris.
12:17J'ai récupéré ma voix.
12:18Je suis en forme et j'ai le moral.
12:20Et c'est un second souffle.
12:22Je le vis comme ça.
12:24Enric sort de l'hôpital une semaine après son opération.
12:27Il répète à sa famille et à ses amis qu'il va bien
12:30et qu'il est complètement sorti d'affaires.
12:33Mais en réalité,
12:35il est effondré par ce qui lui est arrivé.
12:37Je trouve ça injuste d'avoir subi ça.
12:40Je trouve ça bizarre d'avoir pu en réchapper.
12:43Je me pose la question de savoir ce que j'ai bien pu faire
12:45pour qu'un homme décide de me tuer avec une arme à feu.
12:47Je me dis que peut-être que j'ai fait ce qu'il ne fallait pas
12:50et je suis à l'origine de tout ça.
12:52J'ai mal, je souffre,
12:54j'ai peur que l'on vienne m'achever.
12:57Et puis, on devient un cariatre.
12:59Moi, j'ai eu des grosses colères
13:00parce que je m'en voulais
13:01de ne pas avoir pu faire autrement avec ce monsieur,
13:04d'avoir été naïf,
13:05d'avoir pu le désarmer.
13:06Donc, je me suis retrouvé coupé du monde chez moi
13:10à pourrir la vie de mon entourage.
13:11Donc, mon entourage n'est pas nombreux.
13:13C'était essentiellement ma compagne.
13:15J'ai des soins du corps, d'hygiène
13:16que je ne peux plus du tout faire tout seul.
13:18Et puis, il y a des soins aussi,
13:19des pansements à changer.
13:21Je ne peux plus manger correctement.
13:23Et puis, je me demande ce que je vais faire derrière.
13:26Est-ce que je vais m'en sortir ?
13:27Est-ce que je vais pouvoir vivre comme avant ?
13:29Est-ce que je vais continuer à pouvoir être le soutien
13:30que j'ai été pour tout le monde autour de moi ?
13:33Et comment je vais en sortir avec le temps ?
13:36Enric revit son agression
13:37à chaque fois qu'il trouve un peu de repos
13:38et se réveille souvent en pleine nuit
13:40en faisant des crises de panique.
13:42Il commence alors une thérapie
13:44et voit une psychologue toutes les semaines.
13:47Rapidement,
13:48il a envie d'écrire son histoire quelque part,
13:50mais il ne sait pas comment s'y prendre.
13:53Il contacte alors Ondine Milot,
13:55une journaliste de Libération
13:56qu'il a rencontrée quelques jours
13:58après son agression.
13:59Il lui parle de son projet
14:01et elle accepte d'écrire un livre avec lui.
14:04À une condition,
14:06raconter dans un même livre
14:07l'histoire d'Enric,
14:09mais aussi celle de Joseph Sipiliti,
14:11pour essayer de comprendre
14:13comment cet avocat a pu en arriver là.
14:15Enric prend quelques jours pour réfléchir,
14:18puis il accepte.
14:20Il rencontre Ondine Milot chez elle,
14:22un an après son agression,
14:24pour lui raconter toute son histoire
14:25depuis sa naissance.
14:29Autant avec un psychologue,
14:30on ne sait pas ce qu'on va dire
14:31et on ne sait pas ce qui va être évoqué,
14:32autant là,
14:33elle m'a donné grande liberté de parole.
14:34Donc elle m'a dit,
14:35vas-y, tu commences à partir
14:36de tes premiers souvenirs
14:37et tu déroules.
14:38Et puis,
14:39c'était très agréable.
14:40J'avais quand même la sensation
14:42de dire tout ce que j'avais
14:44sur le cœur et dans ma conscience
14:45à quelqu'un qui déjà prenait des notes
14:47et qui devait en faire quelque chose.
14:49Enric et Ondine se rencontrent
14:51des dizaines de fois.
14:52Puis la journaliste commence son enquête
14:54sur la vie de Joseph Sipiliti
14:55et il se voit moins souvent,
14:57mais reste en contact par téléphone.
14:59Le livre d'Ondine Milot,
15:01Le candidat idéal,
15:03est publié le 15 septembre 2021.
15:06À l'intérieur,
15:07la journaliste tente de comprendre
15:09le geste de Joseph Sipiliti.
15:11Et elle se dit
15:12qu'il s'en est peut-être pris à Enric
15:14parce qu'il représentait
15:15tout ce qu'il aurait voulu être.
15:17Moi, ça m'aide à fermer
15:18la parenthèse de ce monsieur.
15:20Il n'est plus là.
15:21Il a fait ses choix.
15:23Il a voulu m'emporter.
15:24Je me suis accroché à la vie.
15:26Et puis maintenant,
15:27je l'oublie, ce monsieur.
15:28Je peux en parler.
15:29Je peux dire son prénom, son nom.
15:30Je pense qu'à un moment donné,
15:31dans ma vie,
15:31j'avais du mal à le nommer.
15:33Ce n'est plus le cas maintenant.
15:35Le livre, en fait,
15:36qui me permet
15:37de laisser partir des choses.
15:39Maintenant,
15:39je prends ça
15:40comme un accident de la vie.
15:43Depuis la fin de l'année 2020,
15:45Enric a repris le travail
15:46dans son cabinet d'avocat,
15:47cinq ans après son agression.
15:49Il recommence
15:50à travailler ses dossiers,
15:51mais il s'est associé
15:53avec un confrère
15:53qui représente
15:55leur client au tribunal
15:56parce que c'est encore
15:57trop compliqué
15:57pour Enric de plaider.
15:59J'arrive à expliquer
16:00à mes clients
16:01que je peux les rencontrer,
16:02je peux assumer
16:03leur dossier,
16:04il sera plaidé
16:05par mon associé.
16:07Mais j'étais au palais
16:08de justice
16:08la semaine dernière
16:09durant trois heures,
16:10c'est la première fois
16:11depuis six ans
16:11que j'y restais aussi longtemps.
16:13Ça a été très agréable.
16:14Mais ça ne reste quand même
16:15plus l'endroit
16:16où j'ai envie de rester
16:16très longtemps.
16:17Et comme je suis
16:18un avocat généraliste,
16:19que je fais beaucoup
16:19de droits de la famille,
16:20droits pénales,
16:21c'est-à-dire des matières
16:23où on reste très longtemps
16:23au palais de justice
16:24dans l'attente
16:25de passer son dossier
16:25pour le plaider
16:26ou ses dossiers,
16:27pour l'instant,
16:28je n'ai plus envie de ça.
16:31Je me suis posé
16:31la question d'une reconversion.
16:32Je n'ai pas trouvé
16:33ce qui aurait pu me plaire
16:34autant que la profession
16:35d'avocat.
16:37Et je suis content
16:38de ce que j'ai créé
16:39et je veux le mener à terme.
16:41Je ne voulais pas non plus
16:43laisser ma profession,
16:44cette profession d'avocat.
16:45Je l'avais trop à cœur.
16:45Donc je me suis battu
16:46quand même pour exercer
16:47autrement,
16:47mais continuer à l'exercer.
16:54Ambre, tu le disais,
16:55le livre de la journaliste
16:57Ondine Milot,
16:57Le Candidat Idéal,
16:58est paru mi-septembre
17:00chez Stock.
17:01Et dedans,
17:01elle tente d'expliquer
17:02pourquoi Joseph Sipiliti
17:04en voulait autant
17:05à Henrik Vanier.
17:06Alors,
17:06on ne pourra jamais
17:07savoir exactement
17:08ce qui a poussé
17:08Joseph Sipiliti
17:09à tirer sur Henrik Vanier.
17:11Mais en tout cas,
17:13ce qu'Ondine Milot
17:13a pu comprendre
17:14de ce geste
17:15à travers son enquête,
17:16c'est que c'était
17:17l'histoire
17:18d'une mauvaise rencontre
17:19finalement
17:19entre un homme dépressif
17:21et profondément malheureux
17:23et un autre,
17:24Henrik,
17:24qui incarne le succès
17:26et tout ce que
17:26Joseph Sipiliti
17:28aurait voulu être.
17:29Les deux hommes
17:29ont des parcours
17:31assez similaires finalement.
17:32Ils viennent tous les deux
17:33d'un milieu modeste.
17:34Ils ont tous les deux
17:35eu la volonté
17:36de s'en extraire.
17:37Et ce que m'a dit Henrik,
17:39c'est que cette thèse,
17:41il l'acceptait,
17:42en tout cas,
17:43il l'entendait complètement.
17:44Six ans après son agression,
17:46est-ce qu'Henrik Vanier
17:46souffre encore
17:47de séquelles physiques ?
17:48Oui, il a encore des séquelles.
17:50Aujourd'hui,
17:51il peut bouger son bras droit
17:52et s'en servir un petit peu.
17:54Mais par contre,
17:55il a perdu des sensations
17:56dans trois doigts
17:57de la main gauche
17:57et il ne peut plus
17:59tourner la tête vers la droite.
18:00Donc,
18:00il a toujours besoin d'aide
18:01pour certaines tâches
18:03du quotidien.
18:04Mais il a appris
18:05à vivre comme ça
18:06et il s'estime
18:07quand même chanceux
18:07vu la violence
18:09de l'agression
18:10qu'il a subie.
18:10Tu me disais,
18:11en préparant ce podcast,
18:12que sa compagne,
18:13Anne et lui,
18:14avait le projet
18:15de se marier,
18:16mais ce n'est toujours pas fait.
18:17Non, toujours pas.
18:19Le mariage avait été mis
18:20entre parenthèses
18:21après la fusillade,
18:22le temps qu'Henrik se remette,
18:23étant donné qu'il devait avoir lieu
18:24seulement quelques mois
18:25après son agression.
18:27La date avait été fixée
18:29en juillet dernier,
18:30en juillet 2021.
18:31Mais malheureusement,
18:32avec la crise sanitaire,
18:33ça n'aurait pas été possible
18:34de le fêter
18:35avec toute leur famille
18:36dans les conditions
18:37qu'ils le voulaient.
18:38Et donc,
18:38le mariage aura normalement
18:40lieu l'été prochain.
18:41Henrik et Anne
18:42ont vraiment hâte.
18:44Ça fait longtemps
18:44qu'ils l'attendent,
18:45ce mariage.
18:46et ils espèrent
18:47que ça va leur permettre
18:48de tourner la page
18:49définitivement
18:50de cette tentative
18:51d'assassinat.
18:53Merci Ambre Rosala
18:55et merci à Pascal Aigret
18:56pour son aide.
18:57Cet épisode de Code Source
18:59a été produit par
19:00Sarah Amny
19:01et Raphaël Pueillot,
19:03réalisation Julien Moukoukiol.
19:05Code Source
19:05est le podcast
19:06d'actualité du Parisien.
19:08Il est disponible
19:08sur toutes les plateformes.
19:10Nous publions
19:11un nouvel épisode
19:11chaque soir de la semaine.
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