- il y a 10 heures
Depuis son arrivée au pouvoir, le 46e président des Etats-Unis multiplie les réformes et verrouille sa communication… Code source fait le bilan des premiers pas de l’élu démocrate à la tête d’un pays divisé avec Yona Helaoua, correspondante du Parisien à Washington.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Raphaël Thomas, Ambre Rosala et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian
Archives : AFP, MSNBC, The White House, Washington Post, Good Morning America, CNBC, CNN, NBC News.
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00:03Bonjour, c'est Thibault Lambert pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Il était surnommé Sleepy Joe, Joe l'endormi par ses détracteurs pendant la campagne présidentielle.
00:18Ce jeudi 29 avril, cela fait exactement 100 jours que Joe Biden mène sa politique au pas de course à
00:25la tête des Etats-Unis.
00:26Son défi est de taille, faire oublier les années Trump et redresser un pays fracturé, durement touché par la crise
00:33économique et sanitaire.
00:34Dans Codesources, on revient sur ses premiers mois de mandat avec Yona Elahua, la correspondante du Parisien en ligne depuis
00:41Washington.
00:54Yona Elahua, vous nous avez déjà raconté dans un précédent épisode l'Inauguration Day, le 20 janvier,
01:00lorsque Joe Biden devient officiellement le 46e président des Etats-Unis au cours d'une cérémonie vraiment pas comme les
01:08autres.
01:08On est dans un contexte de pandémie, pas de public, un très petit nombre de journalistes, pas de parade, pas
01:15de balles dansants.
01:17Et puis deux semaines avant, il y a eu l'attaque du Capitole le 6 janvier par des partisans de
01:22Donald Trump.
01:23Donc les forces de l'ordre craignent de nouvelles menaces ce jour-là pour l'investiture.
01:27Et le Capitole est donc bouclé, impossible à approcher.
01:31Finalement, tout s'est bien passé, il y a bien eu une investiture qui s'est passée normalement.
01:35I, Joseph Robinette Biden Jr., do solemnly swear, that I will faithfully execute, that I will faithfully execute the office
01:43of President of the United States.
01:45Office of President of the United States.
01:47So help you God.
01:48So help me God.
01:49Congratulations, Mr. President.
01:51Mais sans grande fête.
01:53D'un mot, ce n'est pas la première fois que Joe Biden met les pieds à la Maison-Blanche.
01:57Non, parce que Joe Biden, il a été vice-président de Barack Obama pendant huit ans, donc la Maison-Blanche,
02:04il connaît bien.
02:04D'ailleurs, il le dit aux journalistes pendant les premiers jours, il dit qu'il a l'impression de rentrer
02:09chez lui à la Maison.
02:10Et au-delà de la Maison-Blanche, c'est quand même un homme politique qui a une très très longue
02:14carrière derrière lui.
02:16Il a servi au Sénat pendant 36 ans.
02:18Et aujourd'hui, c'est le président américain de l'histoire le plus âgé, puisqu'il a 78 ans.
02:27Que fait Joe Biden le soir de son investiture ?
02:30Le premier jour, l'idée, c'est de faire, si vous voulez, un point, une sorte de discours de motivation
02:35des troupes
02:35pour les équipes qui vont l'accompagner tous les jours à la Maison-Blanche.
02:40Biden va leur parler, mais par visioconférence, face à une télévision où on voit des dizaines de petits visages qu
02:46'il écoute.
02:47Et puis, il va leur dire une chose qui a quand même beaucoup marqué les esprits ce jour-là.
02:58Si vous travaillez avec moi et que je vous entends manquer de respect à un collègue, je vous promets que
03:04je vous vire sur le champ.
03:05Il dit « Tout le monde a le droit à être traité avec respect et dignité. »
03:10Et c'est ce qui a cruellement manqué ces quatre dernières années.
03:13C'est un message pour ces équipes, mais c'est surtout un message pour le pays.
03:17C'est l'idée d'un certain retour à une forme de morale, de droiture, après quatre ans d'une
03:22présidence Trump
03:23qui a un peu explosé, si vous voulez, les codes de la bienséance.
03:33Il va ensuite signer ses premiers décrets qui concernent principalement l'écologie.
03:38Il tient une promesse de campagne en signant un décret qui annonce le retour des États-Unis dans l'accord
03:45de Paris pour le climat.
03:46Donc ça, c'est vraiment un message pour le monde, encore une fois.
03:49On oublie ces quatre années avec un président climato-sceptique et on part sur de nouvelles bases.
03:55Et donc, au niveau du climat, on a un autre décret signé par Joe Biden.
03:58Il s'agit d'annuler un oléoduc géant qui s'appelle le Keystone XL
04:02et qui devait transporter du pétrole du Canada au Golfe du Mexique.
04:06Et cet oléoduc, il avait été rejeté par Barack Obama.
04:10Donald Trump, lui, il l'avait approuvé.
04:12Et donc Joe Biden dit « Non, c'est terminé, il n'y aura pas d'oléoduc ».
04:15Ça va déclencher l'opposition des Républicains qui, eux, disent
04:18« Attention, sans oléoduc, on va détruire les emplois ».
04:21Quatre jours après avoir prêté serment,
04:23Joe Biden s'entretient longuement au téléphone avec Emmanuel Macron.
04:28On sait ce qu'ils se disent ?
04:29On sait qu'ils discutent pendant plus d'une heure et demie.
04:31Et donc, les deux présidents vont évoquer ensemble, évidemment, pas mal de dossiers chauds du moment.
04:36Donc, l'Iran, la Chine, la Russie, l'Europe, le climat et bien entendu la pandémie.
04:41C'est quand même le sujet numéro un.
04:43Joe Biden va insister sur la nécessité de se rapprocher de ses alliés.
04:48Mais il rappelle quand même à Emmanuel Macron que sa priorité du moment,
04:52surtout en pleine pandémie encore une fois, ce sont les affaires intérieures du pays.
04:56Et le président américain lui dit qu'il va même revenir sur une mesure de Donald Trump qui impactait la
05:02France.
05:03Ce dossier, c'est en fait le dossier des taxes douanières américaines sur le vin français
05:08qui avait été mis en place par Donald Trump.
05:12Et bien, l'administration Biden annonce un moratoire sur ces taxes.
05:16Au fil des jours, les membres de son cabinet, l'équivalent de son gouvernement, prêtent serment
05:20après avoir été confirmés par un vote au Sénat.
05:23Comment décrire ce nouveau cabinet de Joe Biden ?
05:26Alors, en un mot, la diversité.
05:28Il y a une scène qui l'illustre assez bien.
05:30Le 3 février, le nouveau ministre des Transports, Pete Buttigieg,
05:34quand il prête serment sur la Bible, comme n'importe quel autre ministre,
05:39et bien c'est son mari qui tient la Bible.
05:51Et ça, c'est la première fois aux États-Unis qu'il y a un ministre ouvertement homosexuel.
05:56Et la personne qui lui fait prêter serment, c'est tout simplement Kamala Harris,
06:00qui, elle aussi, a fait l'histoire en devenant la première femme de couleur à être vice-présidente.
06:05Donc, il y a beaucoup d'autres exemples de cette diversité dans son cabinet.
06:10Le ministre de la Défense, Lloyd Austin, est noir.
06:13À la sécurité intérieure, c'est un latino qui s'appelle Alejandro Mayorkas.
06:17On a aussi la vice-ministre de la Santé, qui s'appelle Rachel Levine,
06:21qui est la première membre du cabinet ouvertement transgenre.
06:26Et donc, ça, évidemment, ça tranche aussi avec le gouvernement précédent de Donald Trump,
06:30qui était majoritairement composé d'hommes blancs.
06:33Yonah Elahua, à la mi-février, le président américain s'affiche en famille,
06:37devant quelques journalistes, le temps d'un week-end pour la Saint-Valentin.
06:41Oui, alors, ça fait un peu bizarre au début, parce qu'on a l'habitude, depuis 4 ans,
06:45de voir une première dame assez distante par rapport à son époux.
06:48Vous vous rappelez de Melania Trump, qui a été filmée plusieurs fois,
06:52en train d'éviter la main de Donald.
06:54Bon, alors, avec Biden, c'est différent.
06:56Pour la Saint-Valentin, on va le voir avec sa femme, Jill, dans les jardins de la Maison Blanche,
07:00qui ont été décorés avec des cœurs géants.
07:03Voilà, c'est un couple qui se montre uni.
07:05Évidemment, ça fait partie de leur communication.
07:07Disons que c'est un atout dont ils se servent.
07:09Et puis, un peu plus tard, ce week-end-là,
07:11Joe Biden part en famille à Camp David,
07:14la maison de campagne, si vous voulez, des présidents américains.
07:18Ça se trouve dans le Maryland.
07:19Sa petite fille poste des photos de lui.
07:22À un moment donné, il est en train de jouer avec elle à Mario Kart dans un jeu d'arcade.
07:26Ce sont des petits moments de détente en famille,
07:28qui sont des petits détails qui dessinent un personnage à qui la famille tient à cœur.
07:32C'est important pour lui, car, on l'a dit, pendant la campagne électorale,
07:36il a traversé de nombreux drames personnels.
07:39Sa femme et son bébé ont été tués dans un accident de voiture dans les années 70.
07:43Et puis, en 2015, c'est son fils, Beau,
07:46qu'il voyait un petit peu comme son héritier politique,
07:49qui succombe à un cancer.
07:50Donc, si vous voulez, il s'accroche à cette famille qui lui reste
07:54et il en fait un trait de sa personnalité.
08:00Et donc, à part cette première sortie très people en famille,
08:04c'est un président assez discret ?
08:06Déjà, il y a une différence majeure avec Donald Trump,
08:08c'est qu'il tweete peu.
08:09Et quand il tweete, soyons honnêtes, c'est quand même pas très palpitant.
08:12Donald Trump, il nous avait habitués à un réveil en fanfare,
08:15avec parfois des dizaines de tweets en majuscules,
08:18avec des annonces fracassantes.
08:20Là, tout est beaucoup plus cadré.
08:22Non seulement les déclarations du président sont pensées, sont cadrées,
08:26mais en plus, il n'y a pas de fuite.
08:28Il n'y a pas les sources anonymes,
08:30comme on pouvait en avoir dans la Maison Blanche de Donald Trump,
08:33où il y avait plusieurs clans rivaux qui balançaient les uns sur les autres.
08:36Là, tout le monde est soudé, derrière le patron,
08:38il n'y a rien qui déborde.
08:40Et ça, pour les journalistes, c'est très frustrant.
08:42À quoi ressemblent ces journées à Joe Biden ?
08:44Pareil, c'est très cadré.
08:46Le matin, il prend son café avec sa femme,
08:48il descend avec sa petite sacoche en cuir au bureau Oval.
08:52Il va recevoir son briefing de sécurité.
08:55Et puis, ce sont les activités classiques d'un président,
08:58donc coup de fil, rencontres ou visites.
09:00Et puis, à 19h, il retourne dans ses appartements.
09:03Parfois, il lit les courriers que les Américains lui envoient.
09:07Donc, on sait qu'Obama lisait des rapports jusqu'au bout de la nuit.
09:10On sait que Trump passait un temps fou à regarder la télévision.
09:13Eh bien, Biden, lui, c'est plutôt un couche-tôt.
09:18Yona Elawa, le 28 février, Joe Biden publie une vidéo sur Twitter
09:22à propos du combat qui fait rage depuis plusieurs semaines
09:25entre les salariés d'Amazon et leur direction.
09:28C'est une vidéo assez courte, assez sobre,
09:31mais qui est très importante parce que, pour la première fois,
09:34un président en exercice adresse un message de soutien
09:37sans équivoque au syndicat.
09:51Ils ne citent jamais le nom d'Amazon en particulier,
09:54mais évidemment, c'est Amazon qui est visé à ce moment-là
09:56puisque, à ce moment-là, en Alabama,
09:59on a une campagne de certains salariés
10:01qui veulent former un syndicat.
10:03Donc, ça donne plusieurs semaines de batailles acharnées
10:05qui vont se solder, là récemment, par un vote.
10:09Et ce vote, finalement, va rejeter le syndicat.
10:12Mais tout de même, ce message de Joe Biden,
10:14il est très, très bien reçu à gauche.
10:16Et d'ailleurs, les équipes du socialiste Bernie Sanders
10:19ont été mises dans la boucle avant même que la vidéo ne sorte.
10:22Bernie Sanders, ce sénateur qui s'était rallié à lui pendant la primaire,
10:27c'est important pour Joe Biden de garder
10:29toutes les sensibilités de gauche derrière lui ?
10:31Oui, c'est vraiment crucial, surtout en début de mandat.
10:34La majorité démocrate au Congrès est très courte,
10:37surtout au Sénat, on a une seule voix
10:39qui permet d'obtenir 51 votes sur 100 au Sénat.
10:43Et pour l'instant, la gauche de Bernie Sanders
10:45joue plutôt bien le jeu, elle n'aimait pas trop de critiques,
10:48même si elle a déjà dû avaler quelques pilules.
10:50Par exemple, le salaire minimum qu'elle voulait voir passer
10:53à 15 dollars de l'heure au lieu de 7,25 dollars au niveau fédéral,
10:57eh bien, cette proposition a été écartée par Biden.
11:00Donc voilà, chaque petit sujet peut remettre en cause
11:03cette union sacrée à gauche.
11:09Le 10 mars, le Congrès adopte l'American Rescue Plan,
11:13le plan de relance promis par Joe Biden,
11:161 900 milliards de dollars.
11:18À quoi doit servir cet argent ?
11:20Alors la mesure phare, ou en tout cas la plus populaire,
11:23c'est la distribution de chèques jusqu'à 1 400 dollars par habitant.
11:27On avait déjà eu des chèques sous Trump,
11:29donc Biden continue cette politique, mais en rehaussant la somme.
11:34Et là, on est finalement dans une expérimentation du revenu universel,
11:38certes pas régulier, mais quand même, c'est assez inédit.
11:41Ensuite, il y a une politique qui se rapproche de nos allocations familiales en France,
11:44c'est jusqu'à 3 000 dollars par enfant par an,
11:47au lieu de 2 000 auparavant.
11:48Et puis le plan débloque aussi des fonds pour les villes, pour les États.
11:53En tout cas, ce qu'il faut retenir, c'est la taille du plan.
11:561 900 milliards de dollars, c'est vraiment du jamais vu.
11:58À titre de comparaison, le plan de relance d'Obama après la crise financière,
12:03c'était de l'ordre de 800 milliards de dollars.
12:07Le lendemain, le 11 mars, Joe Biden s'adresse aux Américains
12:11dans une allocution télévisée.
12:13Il s'adresse à la nation en prime time, c'était la première fois.
12:16Et ce jour-là, ça fait un an que les États-Unis vivent avec des restrictions
12:21liées à la pandémie, qui sont plus ou moins fortes par État.
12:24En tout cas, ça fait un an que tout a changé dans la vie des Américains.
12:27Donc le message, c'est de leur dire, vous allez voir la lumière au bout du tunnel.
12:32Il dit même aux Américains que si tout va bien,
12:35s'ils continuent à respecter les règles sanitaires,
12:38et si la campagne de vaccination se déroule comme prévu,
12:41alors ils pourront fêter le 4 juillet comme il se doit.
12:46Le 4 juillet, c'est la fête nationale.
13:00Et ici, traditionnellement, c'est l'occasion de se réunir entre amis autour d'un barbecue.
13:05Donc c'est un message de communication assez efficace.
13:07D'un mot, depuis son arrivée au pouvoir,
13:09la campagne vaccinale s'est beaucoup accélérée.
13:11C'est une des plus grosses victoires de Joe Biden.
13:15La machine a été lancée par Trump avec des investissements massifs dans les vaccins.
13:19Mais la campagne de distribution, c'est bien l'administration Biden qui l'amène.
13:23Et les résultats parlent d'eux-mêmes.
13:25Depuis le 16 avril, tous les adultes sont éligibles au vaccin,
13:29quel que soit leur âge, quelle que soit leur condition médicale.
13:31Moi-même, à Washington, j'ai été vaccinée il y a près d'un mois.
13:34D'ailleurs, on en arrive au stade aux États-Unis
13:36où certains États ne trouvent plus de candidats au vaccin.
13:39Par exemple, dans le Mississippi,
13:41c'était l'un des premiers États à ouvrir la vaccination à tous les adultes.
13:45Et bien aujourd'hui, il peine à attirer une certaine population
13:48qui est réticente à se faire vacciner.
13:51Le 16 mars, au cours d'une interview accordée à un journaliste de la chaîne ABC News,
13:56il s'en prend frontalement à son homologue russe, Vladimir Poutine.
14:00Racontez-nous cette séquence.
14:01C'est la première interview en longueur qu'il donne à un média.
14:06C'est un format d'entretien, lumière tanisée,
14:09dans un gymnase transformé en studio pour l'occasion.
14:11Et puis vient le sujet de la Russie.
14:14Il dit qu'il connaît bien Poutine.
14:16Il dit qu'il l'a rencontré, donc voilà, il connaît l'homme.
14:18Et le journaliste lui dit « Mais alors, si vous le connaissez,
14:21est-ce que vous pensez que c'est un tueur ? »
14:25Et là, Biden répond « Oui » immédiatement, sans sourciller.
14:29Que va lui répondre Vladimir Poutine ?
14:31Vladimir Poutine va répondre à la télévision d'État russe
14:34et il va dire l'équivalent de notre expression en français,
14:37c'est celui qu'il dit qu'il est.
14:42Il met Biden ensuite au défi de débattre en direct à la télévision dans les jours qui viennent.
14:48Évidemment, Biden n'a pas donné suite à cette invitation.
14:51Et ces derniers jours, il a même annoncé des sanctions assez dures envers Moscou,
14:55même s'il tend la main à Poutine pour discuter.
14:57Pourquoi est-ce que Joe Biden adopte ce ton envers lui ?
15:00Parce qu'il l'a promis pendant la campagne présidentielle d'être plus dur envers Moscou.
15:05Il estime que l'administration Trump n'a pas été assez dure,
15:08alors même qu'on savait que la Russie avait interféré dans la présidentielle de 2016.
15:13Et même aujourd'hui, les services de renseignement continuent à considérer la Russie comme une menace.
15:18Donc Biden, il montre ses muscles et il dit à Poutine qu'il ne va pas pouvoir continuer son petit
15:24jeu avec lui bien longtemps.
15:26Pour l'instant, ça n'a pas vraiment l'air d'impressionner Poutine.
15:29Le 25 mars, pendant sa toute première conférence de presse à la Maison-Blanche,
15:34il est mis en difficulté au sujet de l'afflux de migrants à la frontière mexicaine.
15:38Il y a un afflux de migrants venus d'Amérique centrale et les autorités américaines sont débordées.
15:43Il y a des reportages à la télé qui tournent en boucle, on voit des migrants qui sont interrogés.
15:48Et quand on leur demande pourquoi ils viennent,
15:50eh bien beaucoup répondent parce que Joe Biden est un président généreux, accueillant.
15:55Joe Biden, lui, quand il est confronté à ces images, dit aux journalistes
15:59« Non, non, mais ce n'est pas parce que j'ai cette image de « good guy », de
16:02« mec bien » que les migrants viennent. »
16:10Il dit que si les migrants arrivent, c'est par vagues.
16:13Ce sont des vagues plus ou moins régulières et qu'il n'y a rien d'anormal à ça.
16:21Bref, il est dans le déni total.
16:28Il commet une erreur à ce moment-là ?
16:30Oui, c'est une de ses plus grosses erreurs jusqu'ici.
16:33On ne peut pas nier que le changement de ton de l'administration
16:36puisse avoir une influence sur les candidats à l'immigration.
16:39Au lieu de dire « C'est vrai, il y a une crise à la frontière, c'est un sujet
16:42important
16:42et mon administration travaille dessus », il fait l'autruche.
16:46Et donc forcément, les conservateurs lui tombent dessus et le taxe de laxiste.
16:58Yona Elawa, le 31 mars, Joe Biden se rend à Pittsburgh, en Pennsylvanie,
17:03et il va faire une annonce fracassante.
17:06Après 1 900 milliards pour la relance, il annonce 2 000 milliards de dollars
17:10pour renouveler les infrastructures du pays.
17:12C'est du jamais vu.
17:13Donc l'idée, c'est de reconstruire les ponts, les routes, les ports, les voies ferrées.
17:17Tout ça en mettant l'accent sur les énergies renouvelables
17:20et en mettant les Américains au travail pour relancer la machine économique.
17:24C'est un investissement qui est massif, mais les taux d'intérêt sont bas
17:28et il a la bénédiction de la Banque centrale pour le faire.
17:32Côté républicain, on hurle, on dit que ce sont des dépenses folles
17:35qui vont créer de l'inflation.
17:37Ces annonces d'investissement massif, c'est un tournant ?
17:39Oui, pendant 40 ans, les politiques économiques aux États-Unis
17:43ont été marquées par Ronald Reagan.
17:44Depuis ce président, il fallait que l'État se désengage.
17:48Il fallait baisser les impôts, il fallait laisser les individus
17:51être responsables de leur propre trajectoire économique.
17:54Et même les présidents démocrates, comme Bill Clinton et Barack Obama,
17:58ont été soumis, dans une certaine mesure, à ce dogme néolibéral.
18:02Là, ce qui est en train de tenter Joe Biden,
18:04c'est de changer la manière dont les Américains perçoivent l'État.
18:08C'est essayer de leur prouver que l'État fédéral
18:11peut les aider à améliorer leur vie.
18:13Et ça, c'est un sacré défi.
18:16Le 14 avril, Joe Biden fait une annonce importante
18:20concernant la présence de l'armée américaine en Afghanistan.
18:24Qu'est-ce qu'il dit ?
18:25Donald Trump avait annoncé le départ des troupes américaines le 1er mai.
18:29Et Joe Biden, ce jour-là, annonce que ce départ, finalement,
18:33sera effectif d'ici au 11 septembre.
18:35Les troupes américaines, ainsi que les forces déployées
18:38par nos alliés de nos NATO et nos partenaires opérationnels,
18:41vont sortir d'Afghanistan avant de marquer le 20e anniversaire
18:45de ce défi attaque au 11 septembre.
18:48Date, évidemment, symbolique.
18:50Les attentats du 11 septembre 2001,
18:52qui ont déclenché ensuite la guerre en Afghanistan.
18:54Donc, Joe Biden compte bien mettre fin à cette guerre
18:57qui est très impopulaire.
18:58C'est la guerre la plus longue des États-Unis.
19:00Ça fait 20 ans que ça dure.
19:01Mais ça va prendre un petit peu plus de temps que prévu.
19:06Plus récemment, le 28 avril,
19:09à la veille de son centième jour à la Maison-Blanche,
19:12Joe Biden détaille devant le Congrès
19:14un nouveau plan pour les familles américaines
19:16dans un grand discours de politique générale
19:19de plus d'une heure,
19:20axé sur l'emploi et la lutte contre les inégalités.
19:26Gratuité de certaines crèches et universités,
19:29prise en charge des longs congés maladies,
19:32crédit d'impôt pour payer la garde des enfants,
19:34coût total de ce plan 2 000 milliards de dollars,
19:38financés par une hausse des impôts
19:40pour les foyers les plus riches.
19:42Yona Elawa à Washington et dans les autres endroits
19:45où vous vous rendez pour vos reportages,
19:48que vous disent les gens que vous croisez
19:50sur ces premiers mois de mandat ?
19:52Alors déjà sur la forme, les gens s'attendaient
19:54à un président un peu papy, un peu maladroit, un peu fragile.
19:59Finalement jusqu'ici, il n'a pas fait de grosses gaffes
20:01comme il a pu en faire en campagne.
20:03Il y a eu une chute, même une triple chute,
20:05en montant dans l'avion Air Force One
20:07qui a été beaucoup commentée,
20:09mais vraiment à part ça, il fait plutôt le job.
20:12Et puis sur le fond, à droite évidemment,
20:14on reste opposé à Joe Biden,
20:16on trouve qu'il dépense trop,
20:17on trouve qu'il est trop souple sur les questions d'immigration,
20:20on en parlait tout à l'heure,
20:21mais c'est à gauche que c'est intéressant.
20:23Pendant la campagne, Joe Biden,
20:25il ne faisait franchement pas rêver la gauche de la gauche,
20:28la gauche de Bernie Sanders.
20:29Pendant les primaires, on voyait Biden comme un centriste,
20:32un modéré, ce qu'il est vraiment,
20:34et on se disait qu'il allait forcément décevoir,
20:36un peu comme Barack Obama.
20:38Sauf que là, les plans qu'il propose
20:40sont tellement transformateurs
20:41que cette gauche-là, elle est agréablement surprise.
20:45Yona Elahoua, c'est 100 premiers jours de Joe Biden,
20:47c'est un retour à la normale dans la politique américaine ?
20:51Non, ça va plus loin qu'un retour à la normale.
20:53Son problème, ça va surtout être
20:54de faire passer son agenda au Congrès.
20:57Jusqu'ici, le plan de relance,
20:58il a certes été adopté,
21:00mais il a été adopté grâce à une procédure spéciale
21:03qui lui a permis de passer
21:04avec seulement 51 voix au Sénat
21:06au lieu des deux tiers des sénateurs.
21:09Mais cette procédure, elle a des limites.
21:11On ne peut pas l'utiliser à toutes les sauces.
21:13On l'utilise seulement pour des questions liées au budget.
21:15Donc sur tout le reste, il va falloir négocier.
21:18Et là, on sait que les républicains
21:19ne sont pas du tout prêts au compromis.
21:21Qu'est-ce qu'il pourra faire sur l'immigration ?
21:23Qu'est-ce qu'il pourra faire sur les droits civiques ?
21:25Qu'est-ce qu'il pourra faire sur les armes à feu ?
21:26Toutes ces questions, on n'a pas les réponses.
21:28Et puis, je vous rappelle qu'il y a des élections en 2022,
21:31des élections de mi-mandat.
21:32En général, les présidents en exercice
21:34ont tendance à perdre leur majorité au Congrès.
21:36Et alors, si c'est le cas,
21:38on pourrait se retrouver à nouveau
21:40dans un scénario à la Obama
21:41avec un blocage total.
21:46Merci à Yona Elawa.
21:48Cet épisode a été produit par
21:49Ambre Rosala et Raphaël Thomas.
21:52Réalisation, Julien Mokoukiol.
21:54Si vous aimez CodeSource,
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22:00Et puis, dites-le nous en laissant des petites étoiles
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