- il y a 2 jours
Depuis plus de deux décennies, Fred Fugen passe ses journées à sauter dans le vide. Ce savoyard a commencé le saut en parachute au lycée, avant de se spécialiser dans le freefly, qui consiste à enchaîner les figures acrobatiques dans les airs. Après trois titres de champions du monde dans cette discipline, il se lance dans des projets fous avec son coéquipier Vincent Reffet. Après la mort tragique de ce dernier en novembre 2020, Fred Fugen continue le projet qu’ils avaient ensemble de maîtriser le “Jetman”, un engin volant révolutionnaire.
Il raconte son parcours au micro de Raphaël Pueyo.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Raphaël Pueyo - Production : Clara Hage et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.
Il raconte son parcours au micro de Raphaël Pueyo.
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NewsTranscription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Après un an et demi d'épidémie, nous sommes nombreux et nombreuses à rêver d'évasion et d'aventure.
00:17Cet été, Codesource a choisi de vous proposer les témoignages de cinq aventurières et aventuriers,
00:22des hommes et des femmes qui repoussent leurs limites, parfois jusqu'à se mettre en danger.
00:26Aujourd'hui, Fred Fugin, 42 ans, parachutiste à l'origine, devenu homme volant.
00:33Fred Fugin raconte son histoire dans Codesource, au micro de Raphaël Pueillot.
00:50Fred Fugin m'a donné rendez-vous chez lui à Chamonix.
00:53C'est ici qu'il vit avec sa femme Laurence et leurs deux chats, Roblochon et Noisette.
00:58Fred grandit à Thônes, une commune de Haute-Savoie située en plein cœur des Aravices.
01:03Ses parents, Josette et Yves, sont des passionnés de chute libre.
01:07Et tous les week-ends, ils emmènent avec eux dans leur paquetage Fred et ses deux sœurs sur un centre
01:12de parachutisme.
01:14Moi, je faisais partie des gamins qui étaient là, qui regardaient les parents sauter.
01:19Et puis, en 1989, quand j'avais 10 ans, du coup, mon père m'a proposé de m'emmener en
01:26tandem.
01:27C'était un peu le début du tandem en France, qu'on appelle le tandem.
01:30C'est vraiment le vol en bi-place, quand on est attaché à un instructeur pour faire un saut d
01:34'avion.
01:35J'étais assis tout au fond de l'avion, en fait, avec mon père.
01:37On partait en dernier, donc les autres parachutistes commencent à sortir de l'avion et à sauter les uns après
01:42les autres.
01:43Et au moment où ils partent de l'avion, je les vois comme aspirer dans le ciel.
01:47Ça m'a impressionné. Je me suis dit, voilà, le prochain, c'est moi.
01:50Et puis, on est partis en chute.
01:51Au début, je n'ai pas tout compris ce qui se passait.
01:53Je ne sais pas, alors, montée d'adrénaline, le vent un peu dans tous les sens.
01:57J'étais fixé vers le bas. En fait, je regardais le sol.
02:00Et là, j'ai senti quelqu'un qui venait me prendre la main.
02:02Et en fait, c'était le pote de mon père qui nous avait accompagnés et qui était là et qui
02:06est venu m'attraper la main.
02:07Et du coup, j'ai tourné la tête et j'ai vu ses lunettes avec ses cheveux.
02:10Il avait les cheveux longs et les cheveux qui volaient dans le ciel comme ça.
02:13Le parachute s'est ouvert.
02:14Je me suis posé en leur disant que j'aurais envie de refaire un saut à un moment.
02:18Et en fait, tous les ans, mon père nous offrait un saut en parachute si on avait des bons résultats
02:23à l'école et qu'on passait en classe supérieure.
02:24Et donc, j'ai fait 10 sauts en tandem avant de faire mon stage, juste un peu avant mes 17
02:30ans, avant de commencer à sauter tout seul en parachute.
02:34C'était pas courant d'être un gamin de 17 ans au lycée et de sauter en parachute.
02:38J'étais entouré de gens qui comprenaient clairement pas le plaisir que je pouvais en tirer.
02:42Ils comprenaient pas les sensations.
02:43Et j'ai essayé de leur expliquer, truc de ouf et tout, t'es à la tête en bas, tu
02:46pars dans tous les sens, tu voles, ça va vite, on va à 300 km heure.
02:50Et bon, les mecs, ils m'engarnaient un peu, genre ouais, ok, mais bon, j'étais un peu tout seul,
02:54quoi.
02:54Donc j'avais qu'une hâte, en fait, c'était de retourner le week-end, retourner sur le centre de
02:58paras, retrouver mes potes,
02:59et puis sauter de l'avion avec eux, quoi, parce que c'était vraiment ça qui me faisait triper, quoi.
03:03Le parachutisme est un sport qui coûte cher, et ses parents ne peuvent pas financer indéfiniment sa passion.
03:09Fred doit donc trouver un moyen de gagner de l'argent en parallèle de ses études.
03:14Rapidement, j'ai voulu sauter plus.
03:16Et donc, il y avait un moyen pour se payer des sauts, c'était de plier des parachutes.
03:20Et quand on arrivait à plier des parachutes assez vite, du coup, on arrivait à faire quand même un peu
03:24d'argent,
03:25et moi, je me payais mes sauts comme ça.
03:26À la suite de l'été 98, où je passe deux mois à plier des parachutes sur le centre et
03:33à sauter beaucoup,
03:34je suis déprimé, j'ai pas du tout envie de retourner à l'école.
03:36Je pense qu'à une chose, c'est aller sauter en parachute.
03:39Et en fait, assez rapidement, j'ai voulu arrêter les cours parce que j'avais envie de faire que de
03:44sauter, quoi.
03:45Il décide d'abandonner son BTS Action Commercial pour se consacrer pleinement à sa passion, contre la vie de ses
03:51parents.
03:52À la fin des années 90, toujours à la recherche de nouvelles sensations fortes, il se lance dans le Free
03:57Fly.
03:57Une nouvelle discipline dérivée du parachutisme et qui se développe en France.
04:01Le Free Fly, c'était vraiment une évolution de la chute libre dans le sens où on pouvait voler dans
04:06toutes les dimensions,
04:07la tête en bas, la tête en haut, sur le dos, sur le ventre.
04:10C'était vraiment un mélange de toutes les positions et c'était en fait maîtriser le vol dans toutes ces
04:14positions-là
04:15et enchaîner des figures en passant d'une position à l'autre, en fait.
04:19Et ça, c'était vraiment nouveau.
04:22Le Free Fly devient sa nouvelle passion.
04:24Il multiplie les sauts et pour les financer, il continue de plier des parachutes.
04:28C'est à ce moment-là qu'il fait une rencontre déterminante avec un ado de 14 ans, Vincent Ruffet.
04:34Lui arrive sur le centre de paras avec son père et lui ne saute pas à l'époque.
04:39Il a 14 ans, sauf qu'il vient avec son père sur le centre de parachutisme le week-end.
04:43Il arrive sur la bâche de pliage là où je pliais le client du centre et il commence à plier
04:48gratuitement
04:50des gars qui me payaient moi pour que je les plie en fait.
04:53Et du coup, je le dégage en lui disant, vas-y, tu ne peux pas plier gratos, ça c'est
04:57mon taf.
04:57Et en gros, je le dégage.
05:01Un an plus tard, donc en 2000, on a un ami commun qui arrive sur le centre ce week-end
05:06-là
05:06et qui me dit, je suis avec un petit jeune, il a 15 ans, il vient de commencer à sauter,
05:12tu vas voir, il est super bon.
05:13C'est marrant, viens sauter avec nous, ça va être cool.
05:16Donc je dis, ok, moi à ce moment-là, j'ai 20 ans, j'ai fait 1000 sauts d'avion
05:19déjà.
05:20Et je me rappelle en chute libre me dire, il a du talent, parce que pour le peu de sauts
05:25qu'il avait, il volait bien.
05:26L'année suivante, Fred intègre les rangs de l'équipe de France de Free Fly.
05:30En 2002, il devient champion de France et deux ans plus tard, Vincent le rejoint.
05:35On a gagné six titres, six années d'affilée, donc trois titres de champion du monde,
05:40deux titres au World Games, une coupe du monde.
05:43Et en fait, de 2004 à 2009, on est resté invaincus sur le circuit de la compétition en Free Fly.
05:50Ça ne s'était jamais fait et ça ne s'est jamais refait depuis.
05:54Nous, on était les seuls à rester aussi longtemps en équipe ensemble
05:57et à accumuler en fait une expérience qui permette de remporter des titres
06:03comme ça pendant autant d'années d'affilée.
06:09Mais le Free Fly reste un sport précaire et peu médiatisé.
06:12Malgré leur titre de champion du monde, les deux hommes doivent donc trouver un autre moyen de gagner leur vie.
06:18Toutes ces années-là, on participe à des événements, on fait sauter les gens en groupe ou en cours particulier.
06:23Et en fait, c'est vraiment ce qui nous a permis de payer le loyer et de se payer à
06:27bouffer
06:27parce que finalement, les sauts, ils sont payés par la Fédération de Parachutisme.
06:31Les déplacements sur les compètes internationales, ils sont payés aussi par la Fédé.
06:34Mais on n'a pas de salaire pour vivre, on donne des cours de parachutisme.
06:38En 2009, après avoir remporté une médaille d'or au World Games,
06:42un événement qui regroupe les sports non-olympiques tous les quatre ans,
06:45Fred et son coéquipier commencent à se lasser.
06:48Ils découvrent d'autres sports extrêmes et décident donc de se lancer dans un nouveau projet.
06:52On est dans une routine.
06:54J'ai envie de faire plus de base jumps, j'ai envie de faire plus de wingcute,
06:56j'ai envie de faire plus de speed riding, j'ai envie de faire plus de...
06:59En fait, toutes ces disciplines qu'on faisait à côté, j'ai envie d'en faire plus.
07:03Et puis au bout d'un moment, il me dit « Non, mais tu sais quoi, si t'arrêtes,
07:06moi je veux pas continuer sans toi en fait, donc si t'arrêtes, j'arrête aussi. »
07:11On était en appart ensemble, on était dans la coloc et puis on se pose tous les deux sur le
07:15canapre
07:15en se disant « Bon, qu'est-ce qu'on fait ? »
07:17On réfléchit puis on se dit « Mais pourquoi on reprendrait pas l'équipe ? »
07:20L'équipe, c'est les Soul Flyers, un collectif créé en 2003 par 4 sportifs de l'extrême.
07:26Ensemble, ils ont voulu quitter le monde formaté de la compétition
07:29pour aller repousser les limites de leur discipline.
07:32C'est ce projet-là que veulent reprendre Fred et Vincent.
07:35Ils demandent la permission à l'un des fondateurs, Loïc Jean-Albert, qui accepte.
07:39Pour leur premier défi, ils font cap au nord, en Norvège,
07:42pour se mesurer au troll wall, la plus haute paroi rocheuse verticale en Europe.
07:47Habitués jusque-là à sauter d'un avion pour réaliser leur chorégraphie,
07:50ils s'élancent cette fois du haut d'une falaise.
07:52Une performance jamais réalisée avant eux.
07:55Et là, on part en camping-car de Annecy,
07:58et on conduit au travers l'Europe, et on va jusqu'en Norvège,
08:01et on arrive là-bas et on voit les grosses falaises norvégiennes.
08:04Et là, on saute tous les jours et on fait des sauts.
08:06Et finalement, on sort cette année-là nos premières vidéos, on va dire, entre guillemets,
08:12professionnelles, avec des vrais montages.
08:13Oh, c'était pur, les gars !
08:15Avec des caméramans, donc Dino et un autre pote, Philippe, qui nous avaient suivis,
08:19et qui, eux, nous filmaient depuis le sol, depuis le haut de la falaise, etc.
08:22Donc, il n'y avait pas que les caméras embarquées.
08:25Et voilà.
08:26Mais on sort ces vidéos de Free Fly Base,
08:28ce qu'on appelle Free Fly Base, en fait, qui était vraiment un mélange de Free Fly et de Base
08:32Jump.
08:33Et là, du coup, c'est vous les pionniers de cette discipline-là, en quelque sorte ?
08:36C'est vous les premiers qui avez fait ça ?
08:38Voilà. Alors, en fait, nous, on a vraiment développé le truc.
08:40C'est nous qui avons donné un nom à cette discipline.
08:43Et voilà, on a lancé le move.
08:46Le 23 octobre 2011, un de ses meilleurs amis se tue lors d'un saut en Base Jump.
08:50Il s'était lancé sur un saut que moi, je ne connaissais pas,
08:52mais un saut qui était trop dur pour lui.
08:56La veille, on était encore au téléphone tous les deux le soir.
08:59J'essayais de le convaincre d'ailleurs d'aller dans un autre endroit pour venir sauter avec moi.
09:02Et puis, il ne voulait pas, il voulait absolument aller là-bas.
09:05Et ouais, pendant plusieurs mois, je n'ai pas ressauté.
09:08J'étais un peu sous le choc de l'accident, ce qu'on avait vécu.
09:12Ce n'est pas des moments faciles.
09:13Quand tu perds un pote proche, on va dire que ça m'avait...
09:17Je n'avais pas envie de sauter pendant plusieurs mois.
09:21Fred continue de pratiquer plusieurs sports extrêmes.
09:23Avec Vincent, il se passionne de plus en plus pour la wingsuit,
09:27une combinaison remplie d'air qui leur permet de voler à seulement quelques mètres du sol.
09:31Voilà, avant de partir, le moment, il est assez intense.
09:34Dès qu'on est parti, dès qu'on fait la bascule, ça y est, c'est parti.
09:37Il y a ce moment où on pousse sur les jambes et on se jette.
09:41Et à ce moment-là, il n'y a pas encore l'air.
09:42Donc, il y a une accélération et on sent la pression de l'air qui se construit sur le corps.
09:46Et on sent, on entend le bruit du vent.
09:49Et le décor commence à défiler assez rapidement.
09:53Au bout de trois secondes, une fois que la combinaison est gonflée et qu'on est en vol,
09:57là, c'est vraiment parti.
09:58On est dans le pilotage avec les épaules, avec les bras, avec le buste, avec tout le corps,
10:03en fait, qui bouge pour piloter l'aile et donner l'angle et suivre le relief.
10:08Et on peut vraiment choisir de piquer si on a envie de suivre une pente qui est plus raide
10:13ou de planer un peu plus si la pente, elle devient un petit peu plus plate.
10:17Et puis, faire des gros virages et puis suivre la pente.
10:20Et on est vraiment très précis dans le pilotage.
10:22En fait, on n'a pas d'instrument quand on est en vol.
10:24Donc, c'est vraiment tout est lié aux sensations qu'on a à ce moment-là.
10:27C'est-à-dire la vitesse du sol qui défile, la pression de l'air qu'il y a dans
10:31la combinaison,
10:32le bruit aussi de l'air.
10:34Et toutes ces sensations, elles font que ça nous donne des indications sur le pilotage.
10:38Et donc, des attitudes à adopter sur la combinaison.
10:41Quand on est en vitesse moyenne, on est autour des 200 km heure.
10:44Mais si on prend de la vitesse, on peut passer les 250, 280.
10:47Donc, ça va très vite.
10:49Et puis ensuite, quand on arrive à la fin du saut, là, on fait ce qu'on appelle une ressource
10:52pour ralentir, perdre de la vitesse et ouvrir le parachute.
10:56Et à ce moment-là, au moment où on ouvre le parachute, tout se ralentit jusqu'à se poser.
11:01Et là, c'est fini.
11:02Et là, t'es content et t'as envie d'y retourner.
11:10Fred et Vincent multiplient les projets fous.
11:12En 2014, ils sautent en wingsuit du Burj Khalifa, la plus haute tour du monde à Dubaï.
11:17La même année, ils établissent un record du monde en effectuant une chorégraphie de freefly au-dessus du Mont-Blanc.
11:23Et en octobre 2017, ils parviennent, grâce à leur wingsuit, à rentrer dans un avion en plein vol.
11:29Leur vidéo fait plus de 260 millions de vues et marque durablement les esprits.
11:33En parallèle du wingsuit, les Soul Flyers se familiarisent avec le Jetman,
11:38une aile qui les propulse à plus de 400 km heure dans les airs, comme dans un film de super
11:42-héros.
11:44Jetman, c'est une aile rigide équipée de 4 mini-réacteurs qui permet de voler comme un avion en utilisant
11:50simplement son corps pour se déplacer.
11:53Voilà.
11:53Donc, il n'y a pas de commande.
11:55La seule commande qu'on a, c'est un accélérateur qui est dans la main, qui permet de contrôler la
11:59puissance des réacteurs.
12:00Mais tout le pilotage se fait avec le corps, avec les épaules, qu'avec le corps.
12:08Avec Yves Rossi, son inventeur, Fred et Vincent sont les seuls à pouvoir maîtriser ce prototype volant.
12:13C'est ce qui va leur permettre d'accomplir un rêve inavouable, voler côte à côte avec les Alpha Jet
12:19de la Patrouille de France.
12:20Le simple fait de voir les avions de chasse bleu-blanc-rouge de la Patrouille de France,
12:25quand t'es français, de voler à côté d'eux comme ça, on était des petits moucherons à côté d
12:30'eux.
12:30Genre en l'air à côté d'un avion qui est aussi gros que ça.
12:33Et là, on était au-dessus d'eux.
12:34Et là, le gros drapeau bleu-blanc-rouge en dessous de nous.
12:36Et tous les avions qui volent et la fumée top.
12:39Et pam ! On balance la fumée tous ensemble.
12:41Je l'ai dit, c'était complètement taré.
12:43Voler comme un Iron Man, tu vois, à côté de la Patrouille de France.
12:47Moi, j'ai les larmes qui sont montées dans le casque.
12:49Et je me suis dit, mais tu ne peux pas pleurer à ce moment-là parce que après, tu ne
12:53vas plus rien voir.
12:54Et tout, tu vois, j'étais là, genre, je ne pleure pas, tu vois.
12:56Et je me retenais pour ne pas pleurer.
12:57Mais c'est quelque chose, on n'aurait même pas pu rêver de ça.
13:01Je veux dire, je n'arrivais même pas à y croire, quoi.
13:03J'étais en l'air, je me disais, mais comment c'est possible d'être là, quoi ?
13:07Comment c'est possible d'être là ?
13:12On a été invités dans leurs locaux pour passer une petite soirée et fêter ça.
13:16Bon, nous, on arrivait là-bas très impressionnés.
13:19Tu sais, quand tu arrives dans les locaux de la Patrouille de France,
13:21tu es avec tous les pilotes, ils ont les casques et tout.
13:23Enfin, tu vois, c'est le truc, c'est hyper impressionnant.
13:25Et en fait, eux, ils nous ont regardés comme des extraterrestres, tu vois.
13:29Ils nous ont dit, mais les gars, vous êtes des fous, quoi.
13:31Et c'est ça qui m'a choqué le plus, c'est que je n'aurais jamais pensé que ça
13:36les impressionnerait autant.
13:37Les mecs, ils me disaient, mais tu te rends compte, j'étais dans l'avion et là, à côté, je
13:41vois un mec à poil.
13:42Ils disaient, un mec à poil.
13:43Tu sais, genre, j'ai juste un mec avec une combinaison, comme nous, on était avec une toute petite elle
13:46et des tout petits réacteurs, tu vois, comme on a.
13:47Il y avait vraiment un grand respect mutuel et c'était fou.
13:51Fred Fugin passe de plus en plus de temps à Dubaï, avec Vincent Roffet et Yves Rossi, afin de travailler
13:56sur le projet Jetman.
13:58Mais le 17 novembre 2020, lors d'un vol d'entraînement, Vincent Roffet perd le contrôle de l'appareil et
14:04s'écrase au sol.
14:05Il meurt sur le coup.
14:07Selon l'enquête réalisée après l'accident, il n'aurait pas réussi à ouvrir son parachute de secours, sans que
14:12l'on sache pourquoi.
14:14Quand on est revenu de Dubaï, après l'accident, j'ai eu envie de ressauter rapidement.
14:21Il faisait beau.
14:22J'avais envie de retourner à ce sol-là, qui était le dernier saut qu'on avait fait avec Vince
14:25en Haute-Savoie.
14:26Pour, voilà, pour, je ne sais pas.
14:29Franchement, je n'ai pas d'explication à ça.
14:31Le 28 novembre 2020, lors des funérailles de Vincent Roffet à la Clusa, en Haute-Savoie, Fred s'élance d
14:37'un hélicoptère.
14:38Quand il y a eu une cérémonie avec sa famille et ses amis à la Clusa, on a fait un
14:43saut d'hélico avec ses cendres, qu'on a lâchées dans le ciel de la Clusa.
14:5220 ans d'équipe ensemble, 20 ans à faire toutes sortes de projets, 20 ans à être tout le temps
14:57ensemble, c'est beaucoup.
14:59Je suis dans une phase, on va dire, de reconstruction, où j'essaye de retrouver un équilibre, parce que mon
15:06équilibre, il était calé avec Vince, en fait.
15:09On était tout le temps ensemble.
15:10Donc là, je suis clairement en train d'essayer de retrouver un équilibre, puisque mon binôme n'est plus là.
15:16Pour toi, c'est quoi un homme libre ?
15:18Un homme libre, c'est quelqu'un qui peut faire ce qu'il veut, quand il veut.
15:23C'est-à-dire, moi, j'ai la sensation d'être libre, parce que pouvoir aller au bout de mes
15:27rêves et vivre de ma passion, ça, c'est une forme de liberté.
15:31On n'est pas forcément obligé de suivre le chemin, tu vois, prédéfini de la société, genre, il faut faire
15:38ci, il faut faire ça.
15:38On peut aussi se lancer dans des trucs fous.
15:40Et ça, c'est une forme de liberté aussi, d'être capable d'aller au bout de ses rêves.
15:52Raphaël, on sent que Frédéric Fugin est encore, bien sûr, très touché par la mort de son ami Vincent Refait.
15:58Oui, il est très touché.
16:00Ce qui m'a marqué durant l'interview, c'est qu'ils aient des allers-retours entre « je »
16:04et « on ».
16:05En fait, avec Vincent, ils avaient pour habitude de faire toutes leurs interviews ensemble, et ils disaient toujours « on
16:11».
16:11Et là, ils se retrouvent aujourd'hui à dire « je ».
16:14Et donc, c'est vrai que pour lui, c'est très compliqué aujourd'hui d'aller de l'avant, de
16:20continuer ses projets sans son frère de vol qui est maintenant disparu.
16:23J'imagine qu'il ne regrette rien de la vie qu'il a choisie ?
16:26Non, il ne regrette rien. Il ne regrette pas d'avoir arrêté ses études pour se consacrer à sa passion,
16:31le parachutisme.
16:32Il a vécu des émotions incroyables avec son compagnon de vol, Vincent Refait, et si c'était à refaire, il
16:38le referait.
16:38Il conseille même aux autres gens de le faire, en fait.
16:40Il conseille surtout aux gens de suivre leurs rêves, de prendre des risques, de se lancer à fond dans leur
16:45passion.
16:46Est-ce qu'ils gagnent assez d'argent avec ses sponsors pour se consacrer à ses passions ?
16:50Alors, au tout début, quand ils ont trouvé leurs premiers sponsors, Red Bull ainsi que Jules Beaux,
16:55ils ne pouvaient pas complètement vivre de leur passion, donc ils devaient faire des conférences, être aussi instructeur de vol
17:02en parachutisme.
17:03Mais depuis quelques années, il arrive à se dégager un salaire qui lui permet de vivre convenablement grâce à ses
17:09sponsors.
17:10On a bien compris qu'il est en train de se reconstruire après la mort de son ami Vincent Refait.
17:14Est-ce qu'il a quand même de nouveaux projets ?
17:16Oui, il a beaucoup de projets en tête.
17:18En fait, avec Vincent Refait, ils avaient fait toute une liste de projets auxquels il rêvait et qu'il voulait
17:24accomplir.
17:25Et donc, du coup, il est en train de réaliser un à un ses projets pour rendre hommage à Vincent.
17:31Merci Raphaël Pueyo.
17:32Codesources est le podcast d'actualité du Parisien, disponible sur leparisien.fr et toutes les plateformes audio.
17:39Pour ne rater aucun épisode, abonnez-vous sur n'importe quelle application de podcast.
17:43Cet épisode de Codesources a été produit par Thibault Lambert et Clara Hage.
17:47Réalisation, Julien Moncouquiol.
17:49Si vous aimez Codesources, dites-le nous en laissant des petites étoiles ou un commentaire sur votre application préférée.
17:54Vous pouvez aussi nous écrire directement codesources.fr et au nom de toute l'équipe de Codesources, je vous souhaite
18:02un très bel été.
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