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En 2016, il a été l’un des premiers à dévoiler sa dépression, dans un livre. Aujourd’hui, alors que plusieurs autres sportifs de haut-niveau disent être victimes de ce mal qui les rongent, Pascal Papé a accepté de revenir sur son histoire au micro de Raphaël Pueyo.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : France 2, RMC Sport.

#rugby #depression

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le 5 janvier, le Parisien a consacré un dossier à la question des dépressions dans le rugby professionnel.
00:18Les joueurs pros vivent des montagnes russes émotionnelles, victoires, défaites, des blessures
00:23qui éloignent parfois des terrains pendant des mois,
00:25et à la fin, des retraites sportives souvent vécues comme une petite mort.
00:30Principal témoin de ce dossier du Parisien, Pascal Papé, 42 ans, une star du rugby,
00:35ancien joueur international, qui a fait deux tentatives de suicide.
00:39Il veut alerter aujourd'hui sur le fléau des dépressions dans son sport.
00:44Pascal Papé a accepté de revenir dans Codesources sur son parcours personnel et sportif.
00:49Il est au micro de Raphaël Pueillot.
00:59Le stade Pierre-Ajon est une arène de près de 10 000 places à Bourgouin-Jalieu,
01:03une commune située en Isère, entre Lyon et Grenoble.
01:07Ce stade est le cœur battant du CSBJ, un club qui a vu passer plusieurs grands noms du rugby français,
01:12comme Morgane Parra, Sébastien Chabal ou encore Pascal Papé.
01:16C'est avec lui, l'ancien deuxième ligne et aujourd'hui directeur sportif du club,
01:20que j'ai rendez-vous ce vendredi matin.
01:22Du haut de son maître 95, Pascal Papé n'a rien perdu de sa carrière de rugbyman.
01:28Il m'accueille avec une franche poignée de main et un large sourire.
01:31Il a les cheveux courts, arborbe une barbe fournie
01:34et ses oreilles en chou-fleur témoignent de la dureté des combats qu'il a livré durant toute sa carrière.
01:40Nous nous installons dans son bureau, situé aux abords du stade,
01:42et il commence à me raconter son histoire.
01:46Pascal Papé, de son vrai nom Pascal Bardon, est né le 5 octobre 1980 à Lyon.
01:51Il ne connaît pas son père et il se retrouve seul avec sa mère dans un petit appartement d'une
01:57tour HLM de la cité des Etats-Unis.
01:59C'est une femme au parcours difficile et instable psychologiquement, qui s'occupe peu de lui.
02:04Je suis arrivé dans un monde avec une maman biologique qui souffre de pas mal de problèmes psychologiques
02:14qui est dépendant de l'alcool et de la drogue et qui n'est pas forcément très bien encadrée
02:19et qui arrive à gagner un peu d'argent en vendant son corps, comme on dit.
02:24Donc ma mère n'était pas forcément apte à pouvoir élever un enfant.
02:31Donc je suis resté après la naissance un peu trop longtemps dans l'appartement où elle vivait
02:37sans forcément être nourrie et soignée, comme on dit.
02:41Donc à force de cris et de pleurs, les voisins ont alerté la police qui a enfoncé la porte
02:46et qui m'a récupéré pour m'emmener à ce qu'on appelait à l'époque la DAS,
02:50pour avoir les soins nécessaires.
02:52À force d'avoir tellement poussé des cris, j'avais une hernie vraiment imposante sur les abdos,
02:59j'avais la jaunisse, enfin bref, je n'avais pas été du tout vacciné comme j'aurais dû l'être
03:03nourrisson.
03:04Donc je n'étais pas très bien en point.
03:06Donc un départ de vie vraiment, on va dire, cabossée,
03:10où je me retrouve très vite à l'âge de 3 mois ou 4 mois, je crois,
03:14avec les services sociaux de la DAS.
03:17Pascal reste 4 mois à la DAS de Vénitieux, où il est nourri, soigné et vacciné.
03:23Et un matin du printemps 1981, alors qu'il n'a que 7 mois,
03:27Jean-Pierre et Françoise Papé se penchent au-dessus de son landau.
03:31Ils vont le ramener chez eux à Vernaison, un petit village au sud de Lyon,
03:35et devenir sa famille d'accueil.
03:36Ils élèvent Pascal comme leur propre fils, aux côtés de leurs 3 filles,
03:40Céline, Sophie et Estelle.
03:43Moi j'ai eu deux naissances, une naturelle, on va dire, avec ma mère biologique,
03:48puis une deuxième, je pense, le jour où j'ai passé le pas de la maison familiale,
03:54où je suis rentré vraiment de plein pied dans cette famille,
03:57faite de bonheur, d'amour, etc.
03:59Donc c'est vrai que ce que je ressens encore,
04:03c'est d'avoir eu la chance d'arriver dans une famille comme ça.
04:08Enfant, quand il est à l'école, Pascal se bat régulièrement avec d'autres élèves.
04:12Alors pour le canaliser, Jean-Pierre et Françoise décident de l'inscrire au judo et au rugby.
04:17Et quand il a 6 ans, Pascal fait ses premiers pas dans le club de rugby de Givor.
04:22J'étais assez turbulent quand j'étais petit,
04:24donc l'idée ça a été de m'inscrire dans un maximum de sport à ce moment-là.
04:29Ça a été aussi quelque chose qui m'a vraiment relié et connecté avec mon père,
04:35parce qu'on avait cette passion pour le sport ensemble.
04:39On est devenus passionnés tous les deux vraiment de rugby.
04:41et il est devenu dirigeant du club où j'étais, etc.
04:44Donc aller régulièrement à l'école de rugby, faire des tournois et partager des moments importants avec mes copains.
04:52C'était vraiment un ballon d'oxygène où là, j'oubliais tout en fait.
04:56J'oubliais mon nom, ma situation, mes rendez-vous à venir, etc.
05:02Pascal s'épanouit chez les papés, mais il est encore suivi par les services sociaux et des psychologues.
05:07Il me raconte sa peur, enfant, d'être rattrapé par sa vie d'avant et d'être arraché à sa
05:12famille d'accueil.
05:13Pascal ne peut pas encore changer de nom, il s'appelle Bardon,
05:16et les assistantes sociales lui rappellent qu'à tout moment,
05:18si l'état de santé de sa mère biologique s'améliore,
05:21il devra retourner vivre chez elle, dans son petit appartement de la cité des Etats-Unis.
05:26On va dire que c'était une enfance qui était quand même heureuse,
05:29mais toujours avec cette part d'ombre et cette part d'insécurité à un moment
05:34qui planait au-dessus de ma tête, mais où mes parents n'y étaient pour rien.
05:38C'était vraiment, à tout moment, je pouvais repartir.
05:41Donc c'est compliqué quand on est un jeune garçon,
05:44parce qu'en fait, on ne peut pas se projeter.
05:47On ne peut pas se projeter quand on entend des choses qu'on ne doit pas entendre,
05:50comme l'assistante sociale qui dit à ma mère,
05:53il faut éviter de trop l'aimer, parce qu'on ne sait pas ce qui peut arriver demain,
05:56ou il ne faut pas l'appeler, ou moi, je n'avais pas le droit de les appeler papa et
05:59maman.
06:00Ça, quand tu l'entends que tu es jeune, ça perturbe psychologiquement, forcément,
06:04et tu ne te construis pas forcément de la même manière et de la manière dont on devrait.
06:09Les services sociaux l'obligent contre sa volonté à garder un lien avec sa mère biologique.
06:14Plusieurs fois par mois, Pascal a donc rendez-vous dans son ancien quartier,
06:18avec une assistante sociale, pour lui rendre visite.
06:21Pendant une heure, deux heures, voire plus parfois,
06:24il reste assis face à elle, silencieux, sans prononcer un mot.
06:28Dans une salle bien... qui ne donne pas envie du tout d'y rester, d'ailleurs,
06:32c'était des murs qui étaient faits de moquettes, en fait.
06:34Ça ne donnait pas du tout envie de rester dans ce lieu,
06:36et puis, en face de moi, quelqu'un qui n'a pas forcément grand-chose à me dire,
06:41et puis moi, je n'ai rien à lui dire non plus,
06:43parce qu'encore une fois, pour moi, c'est quelqu'un qu'on me force à voir.
06:46Voilà, des fois, c'est deux heures de rendez-vous, voire plus,
06:50où on se regarde dans le blanc des yeux et on n'a rien à se dire, quoi.
06:54Là, j'étais rentré dans un mutisme total,
06:57parce qu'en face de moi, j'avais des gens qui ne me comprenaient pas,
07:00donc je ne voulais plus leur parler aussi.
07:02Donc, c'est pour ça qu'on m'appelait régulièrement le mur,
07:06parce que je pouvais rester une heure en face du psychologue,
07:08et il regardait dans les yeux, et il me posait des questions,
07:10et je ne balançais pas un seul mot, ou une seule émotion,
07:14où mon visage restait vraiment très stoïque.
07:22À l'adolescence, j'ai commencé à montrer un peu mon mal-être, quelque part,
07:25mais aussi par la force des choses,
07:27et puis, quand on a un corps qui se développe, qu'on commence à être grand, etc.,
07:31on vous écoute bizarrement, on vous écoute un peu plus.
07:33Puis, vers 15-16 ans, j'ai carrément dit, je ne veux plus y aller.
07:36À partir de ce moment-là, il entame des démarches administratives,
07:39mais ce n'est que le jour de sa majorité, le 5 octobre 1998,
07:44qu'il peut enfin demander à changer de nom.
07:47Ce jour-là, Pascal Bardon devient officiellement Pascal Papé,
07:50et Jean-Pierre et Françoise deviennent devant la loi ses parents adoptifs.
07:54Pour autant, il n'explique à personne, ni à ses amis, ni à ses coéquipiers,
07:59les raisons de ce changement de nom, et reste très secret sur son enfance.
08:02À 18 ans, Pascal est l'un des meilleurs joueurs de rugby de la région.
08:06Il commence sa carrière professionnelle à Bourgouin-Jalieu, à 20 ans,
08:10et 4 ans plus tard, il est sélectionné par Bernard Laporte, en équipe de France,
08:14pour disputer son premier match en bleu.
08:16Le 14 février 2004, face à l'Irlande,
08:20Pascal fait ses débuts dans le tournoi des 6 nations.
08:22De retour ici, au Stade de France,
08:24où les joueurs vont bientôt retrouver les vestiaires avant de revenir pour les hymnes.
08:28Pascal est debout, entouré de ses coéquipiers, sur la pelouse du Stade de France.
08:41La Marseillaise retentit, et ses parents sont là, dans les tribunes, pour assister au match.
08:47Pascal rentre bien dans son match,
08:48et après la pause, les hommes de Bernard Laporte mènent 11 à 3.
08:53Gale à 50ème minute de jeu.
09:04Les Bleus s'imposent 35 à 17,
09:06et ce jour-là, grâce à son essai, Pascal se fait remarquer.
09:10Dans les années qui suivent, il se fait un nom en équipe de France,
09:13et devient l'un des joueurs clés de Bernard Laporte.
09:16Il remporte le tournoi des 6 nations à 4 reprises,
09:19porte à plusieurs occasions le brassard de capitaine,
09:21et en 2011, il échoue d'un rien en finale de la Coupe du Monde face aux All Blacks.
09:26En parallèle de son parcours chez les Bleus,
09:28il intègre en 2007, après une saison à Castres,
09:31les rangs du Stade français, le club de Paris,
09:33où il s'installe avec sa femme, Magali,
09:36et leurs trois fils, Louis, Thomas et Luc.
09:38L'équipe de France ouvre son tournoi des 6 nations 2013 à Rome,
09:42au Stadio Olimpico,
09:44et espère poursuivre sa belle série de 4 matchs sans défaite.
09:47Le 3 février 2013, la France affronte l'Italie dans le tournoi des 6 nations.
09:52A cette occasion, Pascal est choisi par le sélectionneur
09:55pour être le capitaine des Bleus durant toute la compétition.
09:59Mais à la 55ème minute de jeu,
10:01après un choc violent avec un autre joueur,
10:03Pascal s'effondre sur le terrain,
10:05et reste de longues minutes au sol.
10:06Et on soigne aussi Pascal Pappé.
10:08Pascal Pappé est resté depuis quelques minutes maintenant,
10:11et Paris-Yves du 5er, 2.
10:12Ça ressemble à une blessure sérieuse pour Pascal Pappé.
10:15J'ai pris un coup de genou involontaire dans le dos,
10:18et ça m'a fait sentir vraiment d'une vertèbre,
10:21et donc j'ai vraiment plus senti ma jambe droite
10:23pendant plusieurs instants.
10:24On m'annonce que j'en ai pour un minimum 6 mois,
10:27que j'ai un disque qui est complètement mort,
10:28et une vertèbre qui est abîmée.
10:31On est capitaine de l'équipe de France,
10:33et en quelques heures, on n'est plus rien.
10:35Plus un appel, plus un coup de fil.
10:37L'équipe de France qui continue sa route sans moi,
10:42je suis anéanti en fait.
10:43Je ne suis plus là, je ne mange plus, je ne dors plus.
10:46En plus la douleur au dos, qui est intense.
10:49Le fait d'avoir aussi des sensations,
10:51d'avoir régulièrement un membre fantôme,
10:54ça c'est horrible.
10:54Plus les cachets qui sont énormes pour la douleur,
10:57parce que la douleur est intense.
10:59Tout ça a fait que ça a fait un cocktail très puissant,
11:03où d'un coup on perd pied,
11:05quelques semaines après,
11:07avec l'insomnie, le questionnement,
11:09tout remonte.
11:11Ça faisait partie de moi d'avoir peur de l'abandon.
11:15Là on allait encore m'abandonner une fois,
11:17une fois de plus.
11:20On ne trouve plus de sens
11:23à cette existence-là,
11:25à ce qu'on a fait,
11:26à ce qu'on fait.
11:28Pour moi je suis une,
11:30excusez-moi du mot,
11:31mais une grosse merde à ce moment-là,
11:32puisque je n'ai plus rien.
11:34Alors que quelques semaines avant,
11:37je suis capitaine de l'équipe de France,
11:40visible,
11:42bien aimé par mes coéquipiers,
11:44par tout le monde.
11:45Je sens que je suis quelqu'un.
11:48Et là d'un coup,
11:50on n'est plus personne,
11:51donc on est laissé un peu seul aussi.
11:53Ça c'est terrible.
11:58Plus d'un mois après sa blessure,
12:00sa femme Magali lui annonce
12:01qu'elle va demander le divorce.
12:03Dans la nuit,
12:04il fait une tentative de suicide.
12:07Il s'en sort indemne
12:08et décide de se reprendre en main.
12:10Alors dès le lendemain,
12:11il retourne vivre chez ses parents,
12:12dans la maison qu'il a vu grandir,
12:14pour commencer sa rééducation.
12:16Les semaines passent,
12:18et malgré l'aide de ses parents,
12:20Pascal continue de sombrer dans la dépression,
12:21sans en parler à personne.
12:23Un soir,
12:24dans son lit d'enfant,
12:26il tente de nouveau
12:26de mettre fin à ses jours.
12:28Je dors tellement plus
12:29à cause de la douleur
12:30et des cachets
12:30que j'ai juste envie de dormir
12:32pour toujours en fait.
12:33C'est ce que je vais ressentir
12:35à ce moment-là
12:35et c'est là où je vais prendre
12:36un maximum de cachets
12:37pour justement me dire
12:38je veux dormir maintenant
12:39et qu'on me laisse tranquille.
12:41Moi j'avais l'impression
12:42de me regarder d'en haut en fait.
12:43Je me rappellerais toujours
12:44d'être en hauteur dans ma chambre,
12:47en train de me voir faire les choses
12:48mais je n'avais pas la sensation
12:50que c'était moi
12:50qui le faisait.
12:52J'ai réussi à envoyer un message,
12:55je vais vous le dire
12:55au revoir à mes fils,
12:57voilà,
12:57par message.
12:58c'est là où ça a déclenché
13:00un peu le tout.
13:03Alerté par sa femme Magali,
13:05les parents de Pascal
13:06font irruption dans sa chambre
13:07et le retrouvent inconscient.
13:09Son père, Jean-Pierre,
13:11le porte jusqu'à sa voiture
13:12pour l'emmener aux urgences.
13:14Une fois tiré d'affaires,
13:16il passe trois semaines
13:16dans une clinique psychiatrique
13:18à l'ouest de Paris.
13:19Isolé de tout,
13:20sans télé ni téléphone,
13:22il commence à écrire.
13:25Quelque part,
13:25ça a été une vraie thérapie
13:26en plus de toutes les thérapies
13:29que je pouvais avoir là-bas
13:30avec des ressources humaines
13:31qui étaient hyper bien
13:33et voilà,
13:33bizarrement,
13:34c'était les premières fois
13:34où j'ai pu me livrer
13:36à ce genre de personnes-là
13:37alors que toute mon enfance,
13:38ils avaient un mur devant eux.
13:40Donc c'est là où j'ai compris
13:41que j'étais en train de m'accepter
13:43et que j'étais sur la bonne voie.
13:45Voilà,
13:46contrairement à moi avant,
13:47je sais aimer,
13:47je sais le dire
13:48beaucoup plus qu'avant
13:49parce que j'ai compris
13:50qu'en fait,
13:50on me l'avait interdit
13:52pendant toute ma jeunesse
13:53mais qu'aujourd'hui,
13:54c'est plus interdit.
13:56Après ces trois semaines
13:57passées dans cette clinique psychiatrique,
13:59Pascal accepte de se faire aider
14:00par Meryem Salmi,
14:01une psychologue
14:02qui s'occupe des sportifs
14:03de haut niveau.
14:04La saison suivante,
14:05il revient à son meilleur niveau
14:06avec le stade français
14:07et en 2015,
14:09il décroche le titre
14:09de champion de France.
14:11Finalement,
14:11je suis revenu
14:13à mon meilleur niveau
14:14voire à un meilleur niveau
14:16encore
14:17où vraiment,
14:18j'ai pris beaucoup de plaisir
14:19à jouer
14:19et puis je jouais différemment.
14:22plus libéré,
14:24moins ce poids présent
14:26tout le temps
14:26et puis
14:28il y a tout
14:29qui s'est réaligné.
14:31Ma vie est acceptée,
14:33ce que je suis,
14:34je l'ai accepté
14:35et j'en suis fier.
14:40Le 13 octobre 2016,
14:42alors qu'il entame
14:43sa dernière saison
14:44en tant que rugbyman
14:45professionnel,
14:46il publie son livre
14:47Double Jeux
14:47dans lequel il raconte
14:49pour la première fois
14:49son histoire.
14:50En se confiant
14:51sur sa dépression,
14:52il est l'un des premiers
14:53à assumer en souffrir
14:54et veut alerter
14:55le grand public
14:55sur ce mal
14:56qui ronge les sportifs
14:57de haut niveau.
14:57C'est vraiment
14:58quand j'ai décidé
14:59de faire ma dernière
14:59année de rugby
15:00où je me suis dit
15:01c'est le moment
15:01parce que j'ai envie
15:03en étant joueur encore
15:04de montrer
15:04à mes adversaires,
15:06à mes partenaires
15:09qui j'étais vraiment
15:09en fait.
15:11Tout de suite
15:11on m'a dit
15:11oula,
15:12non mais t'es encore joueur,
15:13fais gaffe,
15:13ça peut poser des problèmes
15:14sur le terrain
15:15et tout,
15:16pas du tout,
15:17au contraire,
15:17je crois que
15:18pour moi j'étais sûr
15:20que ça allait bien se passer
15:21et que de toute façon
15:22j'avais envie de le faire
15:24et donc après
15:24j'ai eu que des retours positifs
15:27de la part des adversaires,
15:29des joueurs.
15:29C'est là où j'ai senti
15:31que le monde du rugby
15:32était un monde
15:34qui était fait
15:34de beaucoup de respect
15:35et je pense que
15:37j'ai surpris
15:37plus d'un coéquipier
15:38en sortant ce livre
15:40parce que j'ai tellement
15:41toujours très bien
15:42caché ma vie
15:43que pas grand-midi
15:45on était au courant
15:46et forcément
15:47ça a interloqué
15:48certains,
15:49ça a même choqué
15:49d'autres
15:50qui se disaient
15:50mais j'ai rien vu
15:51à ce moment-là
15:52mais pour vivre heureux
15:54ça a fait partie
15:55du processus.
15:57A l'été 2017,
15:58Pascal prend sa retraite sportive
15:59et il est nommé
16:00à la tête du centre
16:01de formation
16:02du Stade français
16:02mais le 24 novembre 2020
16:04il est rattrapé
16:06par un terrible drame
16:07le suicide
16:07d'un de ses anciens
16:08coéquipiers
16:09en équipe de France
16:10et au Stade français.
16:118h08
16:12la terrible nouvelle
16:13a laissé le monde
16:13du rugby à terre
16:14KO.
16:15Oui la disparition brutale
16:16de Christophe Dominici
16:1748 ans
16:18victime d'une chute mortelle
16:20hier dans un parc
16:21près de Paris
16:21l'enquête devra déterminer
16:23si le Toulonais
16:24est mort accidentellement
16:25ou s'il a choisi
16:25de mettre fin à ses jours.
16:27Ce joueur en palmarès
16:28exceptionnel
16:29était aussi un écorché vif
16:30il laisse une femme
16:31deux enfants
16:32et la famille du rugby
16:33orphelin
16:34sur RMC ce matin
16:35l'émotion de
16:35Vincent Moscato
16:36son copain
16:37ancien coéquipier
16:38là c'est notre ami
16:39qui est parti
16:40et c'est une violence terrible
16:41parce que je crois
16:42qu'on a pas mesuré
16:42dans quel tracas
16:43il était
16:44pour en arriver
16:44jusqu'à
16:45cette violence ultime
16:46tu peux avoir
16:47des difficultés
16:48on a tous
16:48des difficultés
16:49des fêlures
16:49dans notre vie
16:51mais rien
16:52de laisser penser
16:53à l'imprévisible
16:54rien
16:54vraiment rien
16:57Christophe je le connaissais bien
16:58c'était quelqu'un
16:58qui était plein de vie
16:59mais on ressentait
17:00cette fragilité aussi
17:01qu'il avait
17:03comme beaucoup
17:03d'entre nous
17:05en fait j'ai compris
17:07j'ai compris
17:07parce que je suis passé
17:08aussi par là
17:09et je me suis dit
17:09que Christophe
17:12en pouvait plus
17:12je pense
17:13et qu'il a voulu
17:14tout arrêter aussi
17:17la fin de carrière
17:18doit être vraiment
17:18aujourd'hui
17:19un sujet
17:20dans tous les clubs
17:21la reconversion
17:24le sens que le joueur
17:26va donner après
17:26dans sa deuxième vie
17:28tout en sachant
17:29qu'on vivra plus
17:29tout à fait
17:30les mêmes émotions
17:31ça devient un sujet
17:32aujourd'hui
17:33c'est ça qui est
17:33une bonne chose
17:34c'est que
17:35ce n'est plus un secret
17:37mais maintenant
17:37il faut mettre
17:37des choses en place
17:38voilà
17:38et ça doit être
17:39le sujet de tout le monde
17:46c'est ce que je dis
17:47régulièrement
17:48à mes jeunes
17:49ou aux joueurs
17:50c'est qu'à un moment donné
17:52ça n'allait qu'être
17:53qu'une partie
17:54de leur vie
17:54le rugby
17:55et que derrière
17:56il faut construire
17:56des choses
17:57la tenue du gladiateur
17:59il faut la laisser
17:59sur le pas de porte
18:01quand on rentre chez soi
18:01parce que
18:03parce que c'est jamais bon
18:04de mélanger les deux
18:13Raphaël
18:14est-ce qu'il se sent
18:14à l'abri d'une rechute
18:16aujourd'hui ?
18:16je pense que oui
18:17puisque quand il a commencé
18:18à raconter son histoire
18:19et en particulier
18:20son enfance
18:21juste après sa dépression
18:23il m'a dit qu'il pouvait
18:24enfin s'assumer
18:24qu'il pouvait enfin
18:25être lui-même
18:26qu'il pouvait enfin dire
18:28je t'aime à ses proches
18:29qu'il ne le faisait pas avant
18:30et donc aujourd'hui
18:31il est totalement épanoui
18:32dans sa nouvelle vie
18:33à Bourgouin
18:34avec sa nouvelle femme
18:35Barbara
18:36Pascal Papé
18:37Pascal Papé lui est donc
18:37directeur sportif du club
18:39de Bourgouin-Jalieu
18:40depuis 2021
18:41qu'est-ce qu'il met en place
18:42au niveau psychologique
18:44pour ses joueurs ?
18:44Comme lui il a été touché
18:45par cette dépression
18:46il est vraiment attentif
18:47à ce que peuvent ressentir
18:49les joueurs sur le terrain
18:50et en dehors du terrain
18:50et donc du coup
18:51il fait intervenir
18:52un happiness manager
18:53alors c'est quelqu'un
18:54qui va s'occuper
18:55du bonheur des joueurs
18:56donc il va les accompagner
18:58dans leurs projets sportifs
18:59dans leur après-carrière
19:00mais aussi dans leur vie familiale
19:01et donc Pascal Papé
19:03il fait très attention
19:03à tout ça
19:04et surtout quand un joueur
19:05ne va pas très bien
19:05il ne le fait pas jouer
19:07il le laisse de côté
19:08et vraiment il va accompagner
19:09chacun de ses joueurs
19:10Raphaël
19:10on parlait dans ton sujet
19:11du suicide de Christophe Dominici
19:13un autre joueur de rugby
19:15s'est donné la mort
19:16en janvier 2022
19:17un joueur de Rouen
19:18Jordan Michalet
19:19il avait 29 ans
19:21et il souffrait de dépression
19:22Le monde du rugby
19:23a été très choqué
19:24par ce drame
19:25et quelques semaines après
19:27il y a eu le canal Rugby Club
19:28qui a consacré une émission
19:29justement
19:30à la dépression dans le rugby
19:31donc il y avait la femme
19:33de Jordan Michalet
19:34qui était là pour témoigner
19:35mais il y avait aussi
19:36d'autres joueurs
19:36et d'autres joueuses
19:37il y avait notamment
19:38Mathieu Bastaro
19:40joueur de Toulon
19:41et puis il y avait
19:41Marie Alissier
19:42qui est l'ancienne capitaine
19:44de l'équipe de France
19:45féminine
19:45et puis du coup
19:46ça a ouvert la parole
19:47voilà d'autres
19:47par exemple
19:48en janvier
19:49dans le Parisien
19:50il y a eu
19:50Paul Allo-Emile
19:51qui est le capitaine
19:52du stade français
19:53qui a témoigné
19:54justement de sa dépression
19:56donc il y a de plus en plus
19:57de joueurs
19:57et de joueuses
19:58qui en parlent
19:58et donc la parole se libère
20:00merci Raphaël Puyot
20:02Code Source
20:03est le podcast quotidien
20:04d'actualité du Parisien
20:05n'oubliez pas de vous abonner
20:07pour ne rater aucun épisode
20:08vous pouvez nous écrire
20:09codesource
20:10at leparisien.fr
20:12Cet épisode de Code Source
20:13a été produit par Thibaut Lambert
20:15réalisation
20:16Julien Moncouquiole
20:17Le Parisien vous propose
20:19un deuxième podcast
20:20depuis décembre
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20:24chaque samedi
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20:26vous raconte
20:26une grande affaire criminelle
20:27avec l'expertise
20:28de Damien Delseny
20:30le chef du service
20:31police-justice du Parisien
20:32Crime Story
20:33est disponible
20:34sur toutes les plateformes audio
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