Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 9 heures
Après de nombreux problèmes financiers, le groupe sino-espagnol a été écarté par la Ligue, signant l’arrêt de sa chaîne 100% football. La fin d’un feuilleton aux lourdes conséquences pour les clubs français. Pour Code source, deux journalistes du Parisien, Benoît Daragon et Frédéric Gouillard reviennent sur ce fiasco, et cette aventure Téléfoot, qui n’aura duré que quatre mois.


Code Source est le podcast d’actualité du Parisien disponible chaque soir du lundi au vendredi.


Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Conception et préparation : Nathan Chatelain - Journalistes : Marion Bothorel et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian


Archives : RMC Sports, Téléfoot.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12En 2018, une entreprise espagnole inconnue en France, Mediapro, achète les droits de diffusion à la télé du championnat de
00:19France de football.
00:20Montant de la transaction, près de 800 millions d'euros, beaucoup trop cher, estime alors l'opérateur historique Canal+.
00:28Cette année, en août, Mediapro a lancé une chaîne pour diffuser les rencontres, mais l'aventure va s'arrêter, la
00:33chaîne va fermer,
00:34parce que Mediapro n'a pas les moyens de payer le montant annoncé.
00:39Dans Codesources, deux journalistes du Parisien prennent le temps de nous raconter le fiasco Mediapro, Benoît D'Aragon et Frédéric
00:47Goyard.
00:58Benoît D'Aragon, vous êtes journaliste média au Parisien, un fiasco comme celui qu'on va raconter aujourd'hui.
01:03On avait déjà vu ça en France ?
01:04Oui, il y a eu la 5, je ne sais pas si vous vous souvenez, cette chaîne dans les années
01:0790 qui avait duré 4 ans.
01:09Il y a eu beaucoup, beaucoup d'argent perdu pour son créateur, Silvio Verlusconi.
01:13Mais une chaîne qui dure 4 mois, qui a été lancée avec autant d'ambition et qui périclite aussi vite,
01:18on n'a jamais vu ça.
01:19Frédéric Goyard, vous êtes journaliste au service des sports du Parisien.
01:23Dans cet épisode, on va beaucoup parler de la Ligue de football professionnelle, la LFP,
01:27qui organise les championnats de France de 1ère et 2ème division.
01:31Et en 2017, ces dirigeants ont la pression pour faire fructifier les droits télé de diffusion du foot.
01:39Oui, parce qu'à l'époque, il faut se souvenir, les dirigeants du foot français, les présidents de clubs, ne
01:44sont pas contents en fait.
01:45L'ancien appel d'offres, celui de 2016 à 2020, avait en gros rapporté un peu plus de 700 millions
01:52d'euros.
01:52Et pour eux, ce n'était pas assez.
01:53Donc ils avaient un objectif à ce moment-là, c'était que le foot français puisse prospérer sur cette somme.
01:59Ils veulent 1 milliard d'euros. Pourquoi ce seuil ?
02:01C'est un peu symbolique.
02:03Il faut se souvenir qu'à l'époque, le foot anglais génère 5 milliards de droits télé, ce qui est
02:08énorme.
02:09C'est le foot anglais, c'est le sport le plus populaire en Angleterre et c'est le championnat le
02:14plus connu.
02:15Dans le monde, le foot allemand est à un peu plus d'un milliard aussi.
02:18Donc les Français se disent, pourquoi pas nous, quoi, finalement.
02:24À partir de là, les décideurs de la Ligue de football professionnel vont tout faire pour atteindre cet objectif.
02:30Oui, alors il faut savoir qu'en France, les droits du foot, ce qu'on appelle les droits télé du
02:35football,
02:36sont remis sur le marché tous les 4 ans.
02:38Et la Ligue a le droit de lancer un appel d'offres pour que ces droits soient acquis par des
02:44chaînes de télévision quand elle le souhaite.
02:46À ce moment-là, nous sommes fin 2017 et finalement, les décideurs de la Ligue vont lancer cet appel d
02:52'offres
02:52parce qu'ils estiment qu'à ce moment-là, il y a une vraie tension sur le marché, il y
02:56a une vraie compétitivité du foot français.
02:57Rappelez-vous, c'est l'époque où Neymar est arrivé, il y a un momentum, disent-ils, c'est-à
03:02-dire un moment fort du foot français.
03:04Donc il faut lancer l'appel d'offres à ce moment-là.
03:06Qu'est-ce qu'ils font d'autre pour essayer de faire monter les enchères ?
03:08Ils vont innover, c'est-à-dire qu'ils vont créer ce qu'ils appellent une sous-licence.
03:12C'est-à-dire que pour attirer le plus de candidats potentiels,
03:17ils créent la possibilité pour l'acquéreur de revendre ses droits à un autre opérateur lorsqu'il les aura acquis.
03:24Bono Dargon et les dirigeants du foot vont essayer aussi d'aller démarcher des clients potentiels.
03:28Bien sûr, ils vont sonder le marché, donc quelle est la stratégie de Canal, quelle est celle de BIN, quelle
03:32est celle de Eurosport aussi.
03:34Et puis ils vont regarder, ils vont aller taper à la porte d'Amazon, peut-être de Netflix qui n
03:37'est pas très intéressé par le sport.
03:39Voilà pour savoir un peu qui pourrait participer à cet appel d'offres et essayer de voir si la barre
03:43du milliard va être atteinte ou pas.
03:45Frédéric Goyard, le jour de cet appel d'offres arrive, c'est le mardi 29 mai 2018, on est à
03:50Paris.
03:51Comment sont organisées les enchères concrètement ?
03:53Tous les décideurs de la Ligue sont réunis au cabinet d'avocats Clifford Chance qui se trouve pas très loin
03:58de l'Elysée.
03:59Les portables, on les laisse à l'entrée, ça c'est question de confidentialité.
04:04Et dans un bureau vont être décachetés les enveloppes pour chaque lot des différents candidats avec la somme inscrite, par
04:12exemple Canal+, telle somme, Mediapro, telle somme, etc.
04:16Et donc c'est là qu'on voit qui a enchéri le plus, c'est ça ? Qui va décrocher
04:20les lots, c'est ça ?
04:21Exactement. Alors là, encore une fois, les dirigeants de la Ligue ont créé une petite nouveauté, c'est-à-dire
04:27qu'il y a un droit, ce qu'ils appellent le match-up.
04:29C'est-à-dire qu'à partir du moment où un candidat a, entre guillemets, donné le meilleur prix pour
04:35un lot, on appelle un candidat concurrent et on lui donne le droit d'enchérir sur cette somme.
04:40Et ce ne sont pas les diffuseurs habituels, Canal+, Bein ou SFR qui remportent la principale enchère.
04:46Canal+, perd la Ligue 1 puisque la plupart des lots importants ont été achetés par Mediapro.
04:53Mediapro, un groupe sino-espagnol qui va acquérir 80% des droits de la Ligue 1.
05:01C'est un coup de tonnerre parce que personne ne s'y attendait, surtout pas Canal+, qui n'avait
05:05pas vu venir ce futur concurrent et qui repart bredouille de cet appel d'offres.
05:13Benoît D'Aragon, Canal+, perd tout, Maxime Saada, le PDG de l'entreprise, est très amer.
05:18Ah oui, il fulmine. Je me souviens de ce 29 mai 2018, on l'a au téléphone, tard le soir,
05:23il est très très en colère en disant
05:25à ce prix-là, Mediapro ne pourra jamais rentabiliser les droits de la Ligue 1.
05:28La question c'est combien il est possible pour un acteur en France, compte tenu aujourd'hui du nombre de
05:32fans de la Ligue 1, de rentabiliser.
05:34On a misé beaucoup d'argent.
05:35Vous n'avez pas de regrets sur la stratégie des enchères ?
05:37Aucun regret, à plus de 60%, ce n'était pas possible pour Canal.
05:40Et pardon, j'ai la conviction, ce n'est pas possible pour Mediapro non plus.
05:43Frédéric Goyard, quel est le montant qui a été atteint ?
05:45Alors pour Mediapro, c'est 780 millions d'euros.
05:48C'est énorme, surtout qu'il faut bien comprendre qu'à ce moment-là, Mediapro n'a pas tous les
05:53droits de la Ligue 1,
05:54puisque BIN, la chaîne qatarienne, a acquis un lot pour plus de 300 millions d'euros.
05:58Donc les deux cumulés, on est à plus d'un milliard, tout simplement.
06:01C'est une victoire donc pour les dirigeants de la Ligue de foot ?
06:03Ah oui, c'est une victoire totale.
06:06Didier Quillot, qui est à ce moment-là le directeur général délégué de la Ligue,
06:10c'est lui qui devait dépasser ce fameux milliard.
06:14Ils y sont arrivés.
06:15Les présidents de clubs aussi sont ravis à ce moment-là.
06:19D'ailleurs, on se souvient de Jean-Michel Aulas, le président de Lyon,
06:22qui parlait d'un jour béni pour le football français.
06:24Benoît D'Aragon, Mediapro, c'est une entreprise que l'on connaît peu à ce moment-là en France ?
06:29Même pas du tout.
06:30En fait, on en a très peu parlé, même dans le Parisien.
06:33On en a parlé une fois parce que Mediapro a produit des films de Woody Allen,
06:37Vicky Cristina Barcelona et surtout Minuit à Paris.
06:40Donc c'est pour ça qu'on connaît Mediapro.
06:42C'est une boîte qui produit du cinéma, beaucoup de captations de matchs, notamment de football.
06:48Et en Espagne, ils sont connus parce qu'ils diffusent la Liga,
06:51le championnat de foot espagnol et aussi la Ligue des champions.
06:53C'est une chaîne qu'ils font avec Bein Sport.
06:55Donc ils ne sont pas tout seuls à l'affaire, mais en tout cas, ils assurent notamment toute la captation
06:59de la Liga.
07:01Mediapro est dirigé par l'homme d'affaires catalan Romero Ress.
07:04Vous le rencontrez dans un grand hôtel parisien, juste après cette enchère victorieuse pour Mediapro.
07:09Il est comment ?
07:09Oui, le lendemain de la victoire, il nous convoque au Bristol, plusieurs journalistes.
07:13Eh bien lui, il ne sourit pas.
07:15Il est assez taciturne.
07:16Et voilà, c'est un homme qui a aujourd'hui 70 ans, qui est chauve, qui a des petites lunettes,
07:21qui n'aime pas les cravates, il a un pull avec une fermeture éclair.
07:24Donc on n'est pas du tout sur le cliché de l'homme d'affaires du banquier richissime.
07:28C'est un troskiste, indépendantiste catalan.
07:32Et voilà, il n'a pas du tout le profil des patrons de médias qu'on a l'habitude de
07:35croiser.
07:37Frédéric Goyard, à peine quelques jours plus tard, le 5 juin 2018, le groupe espagnol se voit refuser l'acquisition
07:44des droits de diffusion du championnat italien,
07:46la Serie A, en raison de garanties financières insuffisantes.
07:51Est-ce que ça alerte les dirigeants du foot français ?
07:53Pas vraiment. En réalité, cette affaire italienne est balayée d'un revers de main par les dirigeants du football français.
08:01Ils se disent à ce moment-là que ce n'est pas vraiment la solidité financière de Mediapro qui est
08:06en cause,
08:07mais plutôt des affaires internes au football italien.
08:10Finalement, ça n'alerte pas tant que ça les décideurs français.
08:13Mais par contre, les concurrents de Mediapro, Canal+, Binsport, nous alertent, journalistes médias,
08:18en disant « Regardez ce qui se passe en Italie, il y a quelque chose de grave et d'inquiétant
08:22qui est en train de se dérouler là-bas. »
08:23Quelques mois plus tard, le 12 décembre 2019, Mediapro présente son plan à la Ligue.
08:28Oui, Rores vient lui-même à la Ligue, devant l'Assemblée Générale de la Ligue,
08:33pour raconter un peu comment il voit cette chaîne.
08:36Il annonce que ce sera une chaîne 100% foot français, ce sont ses mots.
08:40Il parle aussi de son business plan.
08:43Il parle d'une chaîne avec 3,5 millions d'abonnés, une offre à 25 euros par mois.
08:49Et ce jour-là, se font jour les premières questions sur la solidité financière du groupe.
08:54C'est-à-dire qu'il y a des personnes de la Ligue qui lui posent des questions.
08:58Est-ce qu'ils seront capables de payer, en gros ?
09:00Et là, il s'agace et il répond « Mais est-ce que vous avez posé les mêmes questions à
09:04Canal+, il y a quelques années ? »
09:06Et ce jour-là, il répète qu'il ne vendra pas les droits de la Ligue 1.
09:09Parce que depuis le début, il y a une suspicion qui est qu'il les a achetées pour les revendre
09:13encore plus cher à Canal+.
09:14Et à ce moment-là, en 2019, on sent que Canal+, ne veut pas les acheter, ne les achètera
09:19pas.
09:19Et que Rourez va être obligé de lancer cette chaîne de football français.
09:23Dans les mois qui précèdent le lancement de la chaîne de médias pro, c'est le mystère.
09:28On ne sait pas où en est cette nouvelle chaîne qui doit retransmettre le foot français.
09:31Oui, alors là, c'est le temps des questions.
09:33On n'a pas d'informations sur cette chaîne, son nom, quels seront les journalistes, comment elle le retransmettra.
09:40C'est-à-dire qu'on n'a vraiment aucune information.
09:42Rourez, ça a disparu du paysage.
09:45Donc, personne n'a d'informations sur cette chaîne.
09:47Donc, on se dit « Il attend quoi ? »
09:49Est-ce qu'il attend le dernier moment pour monter cette chaîne un peu au dernier moment, en dernière minute
09:53?
09:53Ou est-ce qu'il veut revendre ?
09:54Quelle est sa stratégie ?
09:56Clairement, il a beau l'expliquer, on ne la comprend pas, on ne le croit pas.
09:59Et on en vient à 2020.
10:01Le 2 juin, Médiapro annonce finalement le lancement de sa chaîne.
10:04Et elle va s'appeler « Téléfoot », comme l'émission historique de TF1.
10:08Oui, il a signé un accord de marketing avec TF1.
10:11Ce qui fait que TF1 lui loue le nom « Téléfoot ».
10:14Dans le milieu de la télévision, tout le monde se dit « Ah, c'est malin d'avoir appelé ça
10:17« Téléfoot »
10:18parce que ça apporte la crédibilité un peu de TF1, comme si c'était un patronage, un espèce de haut
10:22patronage de TF1.
10:23Et là, on se dit « Bon, ça y est, les choses concrètes commencent, la chaîne va pouvoir démarrer ».
10:28Grâce à ce partenariat avec TF1, arrivent sur Téléfoot Grégoire Margoton et Bichent Elisa Razou,
10:34le duo de commentateurs des matchs des Bleus sur la Une.
10:37Voilà, on a enfin deux têtes d'affiches qui permettent d'identifier la chaîne.
10:41Et en même temps, Rourez, en faisant ça, s'achète une crédibilité, une fiabilité.
10:47Ce sont deux institutions, Elisa Razou et Margoton.
10:51Ce sont les deux personnes qui commentent les matchs de l'équipe de France.
10:55Donc effectivement, ils s'achètent une fiabilité, tout simplement.
10:58Courant juin, beaucoup de journalistes et de consultants rejoignent Téléfoot.
11:02Parmi eux, des noms connus dans le milieu, comme Anne-Laure Bonnet, venue de Be In,
11:06ou encore Christophe Jallet, l'ancien joueur du PSG notamment.
11:09Et le 6 août, quelques semaines avant le lancement de la chaîne,
11:12Médiapro, au nord, sa première échéance.
11:14Il faut savoir que les diffuseurs, donc là, en l'occurrence Médiapro,
11:20règlent des échéances à la Ligue.
11:22À chaque fois, c'est un peu plus de 150 millions d'euros environ,
11:25tous les deux mois à peu près.
11:27Ce qui fait qu'à la fin de l'année, le diffuseur a réglé la totalité de sa note,
11:33j'ai envie de dire, c'est-à-dire les fameux 800 millions d'euros dont on parlait tout à
11:36l'heure.
11:36Et là déjà, il y a un petit retard d'une journée.
11:38Oui, c'est un léger retard.
11:39Alors, il n'y a rien de grave, puisqu'ils vont payer rubis sur long cette première traite.
11:44Donc, on peut considérer que c'est la première fois, c'est un nouvel entrant,
11:49c'est une nouvelle chaîne, donc qui a un jour de retard.
11:51Ce n'est pas vécu comme une alerte par la Ligue, en tout cas.
11:55Benoît Daragon, Téléfoot, ouvre finalement son antenne le vendredi 21 août,
11:59le week-end du début de la saison de Ligue 1 2020-2021.
12:02Et ça commence mal, parce que le match inaugural de la saison de Ligue 1 est annulé pour cause de
12:07Covid,
12:08parce que les joueurs qui devaient rentrer sur le terrain ont le Covid, donc le match est reporté.
12:11Donc déjà, on se dit, bon, petit chat noir, pour commencer, c'est évidemment une situation sanitaire très compliquée,
12:16donc on ne leur reproche pas.
12:17Bienvenue sur Téléfoot, la chaîne du foot.
12:21À quoi ressemble la chaîne ?
12:22Elle ressemble à une chaîne de sport normale, ça ressemble à Beansport.
12:25Vous avez un plateau dans lequel ils font des spéciales quand il y a des matchs qui sont commentés en
12:28direct,
12:29et puis il y a des talkshows, on débriefe les matchs.
12:31Bienvenue, bienvenue à toutes et à tous, je suis absolument ravi de vous accueillir à côté de ce logo mythique,
12:37ce logo iconique Téléfoot.
12:38Avec des plateaux qui sont plutôt réussis, qui sont plutôt élégants.
12:41Vous le savez, en France, on va vous proposer la Ligue 1, la Ligue 2, la Ligue des Champions.
12:46Romero Reyes visait 3,5 millions d'abonnés à terme, on sait combien il y en a à ce moment
12:50-là à l'ouverture ?
12:51À l'ouverture, pas beaucoup, puisque la chaîne part de zéro, mais très vite, on parle de 300, 400 000
12:56abonnés,
12:57donc c'est un lancement correct, mais on est très, très loin de l'objectif.
13:01Et dans le petit milieu, on sait que pour avoir 3,5 millions d'abonnés, ça va prendre 2 ans,
13:043 ans, peut-être 4 ans.
13:05Autre problème, Benoît Dragon, parmi ses abonnés à Téléfoot, beaucoup sont en fait passés par une offre conjointe.
13:11Oui, Médiapro, pendant les semaines avant le lancement, a fait des accords de distribution.
13:15Ça veut dire qu'ils sont allés voir SFR, ils sont allés voir Bouygues, ils sont allés voir Free,
13:18en disant à quelles conditions vous distribuez notre chaîne.
13:20Et dans ces cas-là, évidemment, l'opérateur Télécom touche une petite commission sur chaque abonnement vendu.
13:26Donc il y a beaucoup d'abonnés à Médiapro qui sont passés par ces distributeurs.
13:30Du coup, Médiapro ne touche pas les 25 euros par abonné qu'elle espérait.
13:34Que se disent les amateurs de foot en ce début de saison ?
13:36Les amateurs de foot, ils commencent à être habitués à changer d'opérateur tous les 2 ans,
13:39donc ils en ont un peu marre.
13:40Là, c'est le début de saison.
13:42La Ligue des Champions qui va être diffusée sur Médiapro, on en est au tout début,
13:45donc ils ne se précipitent pas sur Médiapro.
13:46Ils parlent beaucoup du prix, 25 euros, pour une chaîne de foot qui diffuse la Ligue 1.
13:52Les amateurs de foot, à ce moment-là, trouvent que c'est un prix beaucoup trop conséquent.
13:578 matchs, la Ligue 2, 25 euros.
13:59Moi, je dis qu'on court à la catastrophe.
14:01En gros, ils vont avoir quoi ?
14:022 fois PSGOM, 2 fois PSG Lyon, 2 fois Lyon-Marseille.
14:06Ça fait 10 affiches de prestige.
14:08Mais les mecs, ils vont aller au Café du Coin pour aller regarder les 10 affiches de prestige.
14:11Frédéric Goyard, le 24 septembre, Médiapro demande à la Ligue de football professionnelle du temps
14:17avant de régler la deuxième échéance prévue pour le 5 octobre.
14:20Et il demande aussi un rabais.
14:21Il considère qu'avec la crise sanitaire, avec les stades vides,
14:26il diffuse un spectacle dégradé, si l'on peut dire.
14:29Donc il demande à payer des droits minorés sur cette première saison,
14:33ce que la Ligue va refuser.
14:35Le 5 octobre arrive et Médiapro ne paye pas.
14:38Un coup de tonnerre total, parce qu'évidemment, on avait des doutes sur la fiabilité de Médiapro,
14:42sur sa solidité financière.
14:44Mais là, le premier signe de faiblesse arrive deux mois après le début du championnat.
14:48On a le milieu du foot français et le milieu des médias
14:50et complètement estomaqué par ce qui se passe.
14:52La Ligue de football professionnelle essaie de mettre en demeure Médiapro,
14:56mais la société est protégée par les ordonnances Covid
14:59qui gèlent les actions contre les entreprises en difficulté.
15:02Benoît D'Aragon, au sein de la chaîne Téléfoot, que se disent les salariés ?
15:06Ils sont très inquiets, ils se demandent s'ils vont être payés à la fin du mois.
15:09Ça, on les rassure assez vite.
15:10Et puis, ils commencent à se dire, est-ce que j'ai fait le bon choix ?
15:12Est-ce que j'ai bien fait de quitter ma chaîne, de quitter mon CDI pour cette chaîne
15:16qui commence à montrer des signes de faiblesse alors que je viens juste de commencer ?
15:21Le 5 décembre, sans surprise, une seconde échéance n'est pas payée.
15:24Et au total, ce sont environ 300 millions d'euros qui n'ont jamais été versés.
15:28Oui, c'est terrible pour le football français.
15:30Alors, effectivement, la Ligue a quand même contracté un prêt de 120 millions d'euros
15:34au mois d'octobre pour parer au plus pressé, pour le reverser au club de Ligue 1.
15:38Mais c'est de l'argent qu'il va falloir rembourser dès 2021.
15:42Les clubs ont déjà eu un manque à gagner lors du premier confinement.
15:45Et surtout, là, les clubs se retrouvent face à un manque à gagner d'environ 300 millions d'euros.
15:51Quelles sont les conséquences financières pour les clubs français ?
15:53C'est terrible pour eux parce qu'en France, les clubs français, les budgets des clubs français
15:59reposent essentiellement sur les droits télé.
16:00Imaginez un club comme Reims, par exemple, c'est plus de 50%.
16:03Et ça va impacter non seulement les joueurs de foot,
16:07mais aussi les personnels administratifs qui travaillent dans ces clubs.
16:10À ce moment-là, que fait la Ligue de football vis-à-vis de Mediapro ?
16:12La Ligue est engagée depuis quelques semaines dans une conciliation avec Mediapro.
16:18C'est-à-dire que les deux parties discutent sous l'égide d'un conciliateur désigné par la justice.
16:23pour essayer de trouver une issue favorable à cette crise.
16:26À l'issue de ces discussions, la Ligue de football annonce avoir pris une décision le vendredi 11 décembre.
16:31Oui, il y a ce jour-là un conseil d'administration à la Ligue de football.
16:35Et le président de la Ligue, Vincent Labrune, annonce qu'ils ont trouvé un accord avec Mediapro.
16:40C'est-à-dire que la Ligue va pouvoir récupérer ses droits télé.
16:44En échange de ça, Mediapro va verser à la Ligue 100 millions d'euros.
16:48Et la Ligue abandonne toute poursuite judiciaire contre le groupe espagnol.
16:54Benoît D'Aragon, ça veut dire que Téléfoot s'arrête ?
16:57Alors, il s'engage à continuer tant que la Ligue n'a pas retrouvé un nouveau diffuseur.
17:01Donc, ce sera peut-être pendant les fêtes ou début janvier.
17:04Mais voilà, ça veut dire que dans quelques jours, Téléfoot fermera.
17:07Comment réagissent les journalistes ou les consultants de Téléfoot ?
17:10Très mal. Après, ils avaient compris déjà dès le mois d'octobre que c'était terminé
17:15et que ça allait sans doute mal se passer pour eux.
17:17Alors là, ils ont fait quelques blagues, ils continuent à commenter des matchs.
17:19Donc, ils font leur travail de façon très professionnelle.
17:23Après, voilà, ils commencent à se lâcher un peu, à critiquer un peu leur patron.
17:27Mais ils sont là et ils seront là jusqu'au bout à commenter les matchs jusqu'à la fin.
17:33Et comment réagissent les abonnés ?
17:35Les abonnés, tout de suite, ils se demandent comment ils vont pouvoir interrompre leurs abonnements.
17:39Quand on a abonné, qu'on paye tous les mois, c'est relativement facile.
17:41Il suffit d'enlever son autorisation de prélèvement.
17:44Par contre, ceux qui l'ont mauvaise, c'est ceux qui avaient réglé une année d'un coup
17:47et qui vont perdre 150 euros.
17:49Frédéric Goyard, que va-t-il se passer maintenant ?
17:52Eh bien, on attend maintenant la décision de la justice.
17:55Mais selon toute vraisemblance et selon ce qui a été acté par les deux parties,
17:59la Ligue va récupérer ses droits TV.
18:02Elle va pouvoir les remettre sur le marché.
18:05Et il se dit que Canal+, serait certainement le futur acquéreur de ses droits
18:11pour la période qui reste maintenant, c'est-à-dire jusqu'en 2024.
18:15Mais on sera sans doute très loin du fameux milliard dont on parlait au début.
18:17Ah oui, Canal+, profite de la situation pour faire baisser les prix de la Ligue 1.
18:21Évidemment, il n'y a qu'eux qui peuvent acheter la Ligue 1, peut-être avec Bein Sport.
18:25Et les baisser sacrément.
18:26Donc c'est là où la Ligue, qui se réjouissait d'avoir dépassé la barre du milliard,
18:31finalement va se retrouver avec des prix les plus bas depuis 10 ans.
18:36Frédéric Goyard, en 2018, la LFP avait été trop gourmande en visant ce fameux milliard d'euros ?
18:42Non, je ne pense pas. Je pense même qu'ils auraient peut-être pu atteindre ce milliard d'euros,
18:47même si Mediapro n'avait pas candidaté, on va dire, à cet appel d'offres.
18:52En revanche, là où la Ligue a été trop légère, on va dire, c'est sur le business model que
18:57présentait à cette époque-là Mediapro.
18:59Ils ne tenaient pas la route.
19:01Il y avait à ce moment-là des alertes, il y avait des économistes, des analyses financiers
19:05qui disaient que ce que présentait Mediapro avec cette offre à 25 euros, 3 millions et demi d'abonnés,
19:10ça ne tenait pas la route.
19:11Et ça, malheureusement, la Ligue n'a pas voulu le voir.
19:14On sait ce qui s'est passé au fond.
19:15Pourquoi Romer Oures a voulu acheter les droits télé du foot français ?
19:18Non, on ne sait pas bien.
19:18On a beaucoup de questions.
19:19Est-ce qu'en fait, il les a achetés pour les revendre, même s'il a toujours dit que ça
19:23n'était pas le cas ?
19:24Est-ce qu'il a eu des problèmes de trésorerie, c'est-à-dire qu'il pensait qu'il avait
19:27plus de cash
19:28et que la crise du Covid a baissé son cash ?
19:30Est-ce que l'abonnement était trop cher ?
19:32On a beaucoup de questions qu'on aimerait pouvoir lui poser.
19:34Pourquoi il a investi sur le marché du football français ?
19:39Pourquoi il est venu en dépensant autant d'argent ?
19:43Ce sont des questions qui restent en suspens aujourd'hui.
19:57Merci à Benoît Daragon et Frédéric Goyard.
20:00Cet épisode a été conçu et préparé par Nathan Châtelain.
20:03Production Marion Bottorel et Thibaut Lambert.
20:07Réalisation Julien Moncouquiol.
20:09Code Source est le podcast d'actualité du Parisien, disponible chaque soir du lundi au vendredi.
20:15N'hésitez pas à nous écrire, codesource.leparisien.fr.
20:18Si vous aimez Code Source, abonnez-vous pour ne rater aucun épisode sur Apple Podcast ou Google Podcast.
20:24Et puis dites-le nous en laissant des petites étoiles ou un commentaire sur votre application préférée.
Commentaires

Recommandations