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  • il y a 10 heures
A son lancement en 2007, il représentait la promesse d’une mobilité douce censée faciliter les déplacements des parisiens et des parisiennes. Pourtant, aujourd’hui, le vélo en libre-service jouit d’une mauvaise réputation. Récit.


Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Raphaël Pueyo et Ambre Rosala - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian


Archives : INA, BMF, France Bleu.

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News
Transcription
00:02Bonjour, je suis Thibault Lambert et vous écoutez CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Les Vélib connaissent un immense succès en région parisienne.
00:16Avec plus de 400 000 abonnés l'an dernier, on n'avait jamais vu autant de personnes les emprunter pour
00:22leur trajet occasionnel ou quotidien.
00:24Pourtant, ces deux roues en libre-service présentent de nombreux dysfonctionnements, au point d'agacer régulièrement les usagers et les
00:33responsables du service.
00:35Biclou, la série vidéo du Parisien consacrée au vélo, s'est récemment penchée sur le problème Vélib, enquête signée par
00:42la journaliste Claire Duhamel.
00:44Aujourd'hui dans CodeSource, elle revient sur les raisons de ce fiasco, avec Sébastien Compagnon en charge des sujets de
00:51transport aux Parisiens.
00:57Claire Duhamel, avant d'entrer dans les détails, en résumé, qu'est-ce qui ne va pas avec ces nouveaux
01:02Vélib ?
01:03Alors, ce qui ne va pas, vous en avez sans doute déjà fait l'expérience, moi aussi.
01:07Le problème, c'est que parfois on prend un premier Vélib et il ne marche pas, un deuxième Vélib qui
01:11ne marche pas forcément non plus, et le troisième peut-être fonctionne.
01:14Il y a même une petite tradition entre Vélibistes qui est que quand tu reposes ton vélo, si ce Vélib
01:19était vraiment bien, vraiment fonctionnel,
01:21tu dis à la personne d'après qui arrive, celui-ci fonctionne bien, vous pouvez le prendre.
01:24C'est un petit peu un gag et une petite entraide qui se crée entre les gens qui font du
01:29Vélib pour contrer justement ce problème de fiabilité.
01:31Sébastien Compagnon, vous couvrez les sujets liés à la mobilité aux Parisiens.
01:36Le Vélib aujourd'hui, il a mauvaise réputation ?
01:38En fait, il y a un sentiment de trahison autour de Vélib qui était un service qui fonctionnait très bien
01:42jusqu'en fin 2017.
01:44La promesse n'est plus tenue, c'est-à-dire qu'on ne sait pas du tout si en arrivant
01:47sur une station, on va trouver un Vélib qui fonctionne,
01:50si on ne va pas avoir un problème de pneus crevés, un problème électronique.
01:54Je pense que beaucoup d'usagers se sentent un petit peu trahis depuis 2018.
01:58Pour comprendre les raisons de cette déception, on va remonter dans le temps.
02:02En 2007, l'arrivée du Vélib à Paris est un événement.
02:06Bertrand Delanoé, tout sourire, 10 000 Vélib à Paris.
02:10Mi-juillet, l'équipe municipale débarque en escadron devant les caméras.
02:13Tout le monde revendique son petit bout de Vélib.
02:16Claire Duhamel, vous vous souvenez de l'arrivée du Vélib à Paris ?
02:19Oui, je m'en souviens. C'était l'été 2007, j'avais 11 ans.
02:23Et je me rappelle dire à mon père, c'est quoi tous ces vélos ?
02:26Mais où est-ce que vont se garer les voitures ?
02:28A l'époque, dans mes yeux d'enfance, ça me paraissait vraiment exotique de mettre autant de vélos en libre
02:33-service pour tout le monde.
02:34Pour moi, le vélo, ce n'était pas égal à Paris.
02:38Vélib était vraiment montré comme un symbole d'une ville, une métropole qui évolue, qui change avec plus de mobilité
02:43douce.
02:44Tout le monde a un petit peu envie de l'essayer, les visiteurs, les touristes, ça attire beaucoup de curiosité.
02:49Le vélo redevient un objet cool et urbain qui facilite le déplacement.
02:58Sébastien Compagnon, qui gère ce service à l'époque ?
03:00A l'époque, c'est le groupe JC Decaux, un des leaders mondiaux du mobilier urbain et de l'affichage
03:06publicitaire.
03:07JC Decaux a obtenu la gestion du marché publicitaire, environ 60 millions d'euros par an,
03:12contre le fait d'opérer complètement la gestion des vélos, des stations, la maintenance, la régulation du parc.
03:19Donc c'est un système qui paraît assez innovant et assez gagnant-gagnant,
03:23puisque le contribuable parisien à l'époque n'a pas à payer vraiment la totalité du coût de ce nouveau
03:28service.
03:28C'est un succès au fil des années ?
03:31Oui, très rapidement. Dès l'été 2007, il y a vraiment un engouement pour le Vélib.
03:35Le nombre d'utilisateurs augmente très vite.
03:38Ça rentre très vite dans les mœurs parisiennes.
03:41Quand on termine une soirée et qu'il n'y a plus de métro, le Vélib est toujours là.
03:45Il y a des gens qui font tous leurs déplacements quotidiens à Vélib, le matin, le soir pour entrer du
03:51travail.
03:51Donc il y a un vrai succès.
03:53Le contrat de JC Decaux expire en 2018. Qu'est-ce qui se passe à l'approche de cette date
03:59?
03:59En 2017, un nouvel appel d'offres est publié pour étendre le service Vélib au-delà de Paris
04:06et surtout introduire des modèles à assistance électrique, ce qui est une réelle nouveauté.
04:11Il y a aussi un autre aspect important.
04:13L'appel d'offres demande un système plus sûr qui permet de limiter les coûts liés au vandalisme,
04:18qui avait été un point de tension très fort entre la ville de Paris et JC Decaux.
04:24Donc les candidats doivent apporter des nouvelles solutions pour lutter contre les dégradations et le vol de Vélib.
04:30C'est le syndicat Autolib Vélib Métropole, le SAVM, qui doit désigner le prestataire des 15 prochaines années.
04:38Il regroupe une centaine de collectivités, dont la ville de Paris.
04:42En avril 2017, l'entreprise Smoove & Go, qui s'était présentée face à JC Decaux, remporte l'appel d
04:50'offres.
04:50C'est une surprise ?
04:51C'est un peu un coup de tonnerre, puisqu'on a d'un côté JC Decaux alliés à la SNCF
04:57et la RATP,
04:58donc vraiment des géants du transport, face à ce consortium Smoove & Go,
05:04composé de plusieurs grands actionnaires, comme Mobivia, qui est la maison mère de Noroto, ou Midas,
05:11et Smoove, qui est une société basée près de Montpellier, une petite société.
05:17Donc la victoire de Smoove & Go, c'est vraiment un petit peu la victoire du petit contre le gros.
05:21C'est assez étonnant, mais on apprend aussi que c'est parce qu'ils ont proposé une offre 28%
05:26moins chère que JC Decaux,
05:28qu'ils ont emporté ce marché de Vélib.
05:29Claire Duhamel, à quoi il ressemble ce nouveau vélo ? Qu'est-ce qu'il a de différent ?
05:34Alors déjà, le vélo qu'ils proposent, c'est en fait deux vélos.
05:36Donc il y a deux couleurs de vélo, le vert c'est le mécanique, et le bleu c'est l
05:39'électrique.
05:40Alors la différence majeure avec le Vélib d'avant, c'est que ce sont des vélos qui ont beaucoup plus
05:45d'électronique.
05:46C'est-à-dire que pour le déverrouiller, il y a un petit écran, il faut faire un code,
05:49alors qu'avant c'était uniquement la carte sur la borne.
05:52Le Vélib Smoove & Go est un petit peu plus léger que celui d'avant.
05:55Il se verrouille aussi à l'avant au niveau de la roue, et non plus sur le côté,
05:59ce qui est censé pouvoir aider à lutter contre le vandalisme.
06:03Et puis sinon c'est à peu près tout, globalement, c'est pas non plus si différent que le Vélib
06:06d'avant.
06:07C'est un design différent.
06:09Sébastien Compagnon, le Vélib deuxième génération, est mis en place le 1er janvier 2018,
06:15mais son déploiement à Paris et dans les autres communes connaît beaucoup de retard.
06:20Des stations Vélib entièrement vides, ou même pas du tout construites.
06:25Pour les cyclistes urbains, l'installation du tout nouveau vélo parisien vire au cauchemar.
06:29Ça se passe très très mal, c'est-à-dire qu'au 1er janvier 2018, il n'y a pratiquement
06:34aucune station opérationnelle,
06:37puisque il faut savoir quand même que renouveler 1400 stations dans Paris et proches banlieues,
06:42ça veut dire faire des tranchées, refaire les réseaux, connecter les nouvelles stations au réseau électrique, au réseau de télécom.
06:51Tout ça, visiblement, a été très mal planifié, puisqu'on se retrouve pendant des semaines avec des tranchées dans les
06:57rues de Paris,
06:58pour un service qui ne fonctionne pas.
07:00Il a buggé, en fait, on a vu un message d'erreur, et bien carrément de redémarrer.
07:03On a vu le logo, redémarrage, starting.
07:06On s'arrache les cheveux pour essayer de retirer un vélo.
07:09On peut tester l'ensemble des vélos de station sans y arriver.
07:13Ensuite, les vélos se montrent quand même beaucoup moins robustes que le Vélib d'avant.
07:17Ils sont en plastique, il y a l'électronique, le panier semble un petit peu fragile, les câbles sont apparents.
07:24Donc tout de suite, les usagers se sentent vraiment trahis et n'ont pas confiance dans ce nouveau Vélib.
07:28Très rapidement, le nombre d'abonnés chute.
07:32On passe en gros de 290 000 abonnés en 2017 à à peu près 150 000 un an plus tard.
07:39Donc la moitié des abonnés Vélib se sont évaporés.
07:45Comment réagit le syndicat Vélib Métropole ?
07:48Anne Hidalgo ou la présidente du syndicat Vélib Métropole disent qu'ils vont mettre la pression sur l'opérateur pour
07:55que tout ça soit amélioré rapidement.
07:57Oui, bien sûr que nous tapons du poing sur la table auprès de cette société qui a gagné un marché
08:03conformément à la loi et qui doit assurer un service pour qu'elle assure ce service au niveau auquel elle
08:09doit l'assurer.
08:09Mais très rapidement, ce Move & Go réplique en disant qu'ils ne sont pas totalement responsables de la situation
08:16et accusent leur propre client, le donneur d'ordre, le syndicat Vélib Métropole, d'avoir très mal préparé cette transition,
08:24de ne pas du tout avoir respecté les délais, la planification.
08:27Donc ils disent qu'ils sont victimes aussi d'un manque de pilotage politique de ce transfert.
08:33Des opposants politiques parlent le même à ce moment-là d'un Vélib Gate. Ils sous-entendent que les élus
08:38ont accordé trop vite le marché à ce Move & Go.
08:41Ça fait un peu grincer des dents parce que tout le monde rappelle que ce Move & Go a obtenu
08:46le marché en 2017 justement parce qu'il proposait une offre 30% moins chère que JC Decaux.
08:53Donc certains disent qu'une fois de plus, ce marché avait été mal préparé, c'était sous-financé et qu
08:59'on est obligé de corriger le tir un peu en catastrophe au bout de longues semaines, voire plusieurs mois.
09:05En avril 2018, le réseau est complètement paralysé par une grève du personnel de ce Move & Go.
09:12Oui, alors c'est surtout le fait d'une partie du personnel qui était anciennement salarié de JC Decaux, de
09:17sa filiale Cyclocity.
09:18Ils ont été un petit peu obligés de les reprendre et rapidement, ces salariés cessent de travailler parce qu'on
09:25leur a supprimé la plupart de leurs acquis sociaux.
09:28On demande à se reposer le week-end ou se reposer deux jours consécutifs parce que travailler jusqu'à dix
09:34jours de suite, on est KO, KO, KO.
09:37C'est vrai qu'on dénigrait JC Decaux les années précédentes, mais on voit à quel point que JC Decaux
09:43était beaucoup plus généré que ces petites bandes de voyous qui veulent grimper sur nos dos.
09:49Ils décident de se mettre en grève et ils bloquent l'entrepôt de Villeneuve-la-Garenne, ce qui fait qu
09:54'aucun Vélib ne peut rentrer et sortir.
09:56Donc les Vélib cassés ne peuvent pas être réparés, les Vélib réparés ne peuvent plus aller dans les stations.
10:00Donc ça s'ajoute à toute une série de problèmes techniques qui avaient démarré dès le mois de janvier.
10:06Mais voilà, c'est un peu le bouquet final de cette crise du premier semestre 2018.
10:13En 2018 et en 2019, Smooth & Go n'arrive toujours pas à remplir les objectifs qu'elle s'était
10:19fixée et l'entreprise est sanctionnée.
10:22Le contrat qui lie Smooth & Go au syndicat mixte de Villeneuve-Métropole court sur une durée de 15 ans.
10:29Et il y a un système évidemment de pénalité au cas où l'opérateur ne remplit pas ses obligations contractuelles,
10:36notamment le nombre de stations, le nombre de vélos déployés.
10:40Et donc au terme de l'année 2018, le bilan est catastrophique.
10:44La plupart des stations promises n'ont pas été construites ou ne sont pas opérationnelles.
10:49Donc le syndicat fait jouer les termes du contrat et ne paye pas pour tout ce qui devait être fait,
10:56la création de stations,
10:57et inflige aussi des pénalités pour le manque de services, pour un total de 22 millions d'euros.
11:02Ce qui fait que Smooth & Go, au lieu de toucher 40 millions d'euros la première année, n'en
11:06touche que 19.
11:07Et que répond justement Smooth & Go ?
11:10Après avoir répliqué au début de l'année 2018, ils font un petit peu amende honorable.
11:15Ils ne peuvent que constater que la moitié des abonnés ont disparu.
11:19Mais il continue à l'époque, le dirigeant de l'époque a une communication assez agressive, où il est un
11:24peu dans le déni.
11:25Il sort des chiffres, il parle du taux de disponibilité de vélos, mais qui ne correspond pas du tout au
11:31ressenti des usagers.
11:33Et au milieu de tout ça, il y a les clients qui attendent toujours un système qui fonctionne.
11:52Sébastien Compagnon, on arrive au début de cette année 2021.
11:56Ça a l'air d'aller mieux pour Smooth & Go.
11:58Oui, il y a eu une certaine amélioration de la fiabilité grâce à un processus industriel.
12:04Ils ont injecté des vélos neufs depuis un an.
12:06Et puis l'année 2020, c'est évidemment une année du boom du vélo, où les nouvelles pistes cyclables ont
12:12amené énormément de nouveaux usagers.
12:14Donc le nombre d'abonnés a fortement progressé.
12:16On est passé de 300 à plus de 400 000 abonnés en un an.
12:19C'est du jamais vu pour Vélib, avec des pics d'utilisation en septembre 2020 à plus de 200 000
12:25courses par jour.
12:25Le Vélib, c'est un outil formidable. Il apporte du piment dans nos trajets quotidiens, des couleurs dans la ville.
12:32C'est donc en ce début d'année, Claire Duhamel, que vous commencez votre enquête pour Biclou sur l'état
12:38des vélos en location.
12:39Et les usagers vous font part de nombreux dysfonctionnements.
12:43Je me rappelle d'un monsieur, Yvan, qui me raconte par exemple qu'il décroche un Vélib électrique.
12:48Il pensait qu'il avait de la batterie. En fait, non.
12:50Il essaye de le reposer pour en trouver un autre, mais sur le chemin, il n'en trouve pas.
12:53Donc il se retrouve à faire ses 10 kilomètres avec un vélo qui pèse une vingtaine de kilos, sans assistance
12:58électrique.
12:59Et c'était en plein été. Il me raconte qu'il avait eu très très chaud.
13:02Et il y a aussi plein de petits dysfonctionnements à cause de fragilité du vélo.
13:06Moi, ce qui me marque le plus, c'est le bruit des vélos électriques qui crisse très très fort.
13:09C'est insupportable.
13:15Il y a aussi d'autres problèmes de pneus crevés, de celles qui ne peuvent plus vraiment se remonter et
13:19redescendre.
13:20Tous ces petits soucis cumulés les uns aux autres font que c'est difficile d'avoir réellement un Vélib sur
13:25lequel c'est agréable de rouler.
13:29Vous partez en reportage de nuit avec les employés de Smooth & Go qui sont en charge de récolter les
13:36vélos endommagés.
13:38Racontez-nous comment ça se passe.
13:40Du coup, j'ai suivi une patrouille de Smooth & Go qui travaille la nuit de 21h à 1h30 du
13:45matin à peu près.
13:47Ils arrivent de l'entrepôt de Smooth & Go avec un camion rempli de Vélib neufs qui ont été réparés
13:53par les autres équipes quelques jours auparavant.
13:56Ils vont dans les stations où il y a beaucoup de départ le matin et ils chargent ces stations de
14:00nouveaux Vélibs pour être certains que ceci fonctionne.
14:03Ensuite, avec leurs camions vides, ils vont dans plusieurs stations et ils récupèrent ceux qui sont trop abîmés pour être
14:09réparés sur place.
14:10Des pannes qui pourraient vraiment mettre les gens en danger.
14:13Je ne sais même pas comment ils font pour les casser.
14:16Des vélos, en fait, vraiment, ils ont fait du mal.
14:18Sans roues, des freins cassés.
14:21Ils récupèrent les vélos, ils le mettent dans le camion et ces vélos rentrent dans la boucle, seront réparés et
14:26puis redéposés au fur et à mesure.
14:27Il y a un chiffre qui résume à peu près ça, c'est que chaque nuit, ils enlèvent entre 500
14:32et 800 vélibs cassés.
14:33Vous parlez avec les employés de cette patrouille, qu'est-ce qu'ils vous disent ?
14:36Alors, leur problème numéro un, c'est le vandalisme.
14:39C'est ce que m'explique Rachid, le monsieur que je suis.
14:42Même s'ils pensent, c'est ce qu'ils me disent, que ça s'est un petit peu amélioré par
14:45rapport à il y a quelques années,
14:47encore aujourd'hui, le souci principal du Vélib, c'est que les personnes qui les utilisent n'en prennent pas
14:51suffisamment soin.
14:53Il y a des exemples un petit peu extrêmes.
14:54En même temps, Rachid me racontait que parfois, il retrouve des vélibs dans la Seine ou dans le canal de
14:59l'Ourque.
15:00On ne sait pas exactement comment ils arrivent là, on ne sait pas qui les casse, on ne sait pas
15:03comment.
15:03Mais le fait est que la casse, c'est un problème qui coûte très très cher pour cette entreprise Smooth
15:08& Go.
15:09Vous suivez cet employé, Rachid, jusqu'au dépôt de Villeneuve-la-Garenne, dans les Hauts-de-Seine.
15:15Je filme Rachid, il me raconte son travail, il me raconte comment il récupère les vélibs cassés.
15:20Et au moment où nous arrivons par la fenêtre, je vois derrière lui une immense marée de vélibs.
15:26On s'arrête, il dépose les vélibs qu'il a récupérés dans son pick-up.
15:30Et il y a vraiment à peu près, je dirais, 1000 vélibs classés selon la gravité de la panne.
15:38Donc à droite, les petites pannes où il faut juste changer une pièce, les roues crevées.
15:41Et puis au fond, on voit des vélibs vraiment complètement détruits, des carcasses de vélibs.
15:47Et en fait, ils utilisent ces cadavres de vélibs pour récupérer uniquement certaines pièces qui permettent d'en réparer d
15:52'autres.
15:53C'était assez impressionnant parce que visuellement, on voit les conséquences de ces vélos cassés.
15:58On voit la masse de travail qu'il faut achever pour avoir un système de vélibs qui fonctionne et qui
16:04se renouvelle.
16:06Et il n'y a pas que le vandalisme qui pose problème ?
16:09L'autre problème qui est vraiment très fort aujourd'hui pour Vélib, c'est la surexploitation.
16:15Puisque le nombre d'abonnés Vélib augmente très fortement.
16:18Il y a un chiffre qui résume bien ça.
16:20Un Vélib électrique, aujourd'hui, il est pris en moyenne 15 fois par jour.
16:24Et ces 15 fois par jour, ça lui fait parcourir environ 45 km.
16:2845 km par jour pour un vélo, c'est énorme.
16:31Comme le Vélib électrique est très très utilisé, en fait, il n'a quasiment jamais le temps de charger complètement.
16:36A peine il est reposé, quelqu'un d'autre le prend.
16:38Donc ça, couplé au fait que ce sont parfois des Vélibs pas forcément de très bonne qualité, avec des matériaux
16:44un peu faibles,
16:45ça fait que c'est normal qu'ils s'usent très vite et que par conséquent, ils doivent être réparés
16:51très souvent.
16:51Mais il y a une cause encore plus profonde, Claire Duhamel, que vous évoquez dans votre enquête.
16:56C'est celle du modèle économique du Vélib.
16:59En clair, il faudrait que le vélo coûte beaucoup plus cher.
17:02Oui, le Vélib, c'est un service peu cher, très peu cher pour l'utilisateur, mais c'est en fait
17:06un service qui coûte très cher.
17:08Ce n'est pas l'utilisateur qui paye la plus grande partie des frais de fonctionnement de ce service,
17:13car le service Vélib est financé à peu près aux deux tiers par les pouvoirs publics, par les collectivités,
17:19c'est-à-dire les métropoles et les mairies.
17:21Et seulement un tiers par les utilisateurs, donc les prix de l'abonnement.
17:24Et c'est cette équation économique très complexe qui permet au service Vélib de fonctionner,
17:30tout en restant peu cher pour les utilisateurs.
17:32C'est-à-dire, ça leur coûte combien de louer un de ces vélos ?
17:35L'abonnement le plus cher mensuel est à 8,30€.
17:38Et après, c'est échelonné en fonction de la durée de la course.
17:418,30€, c'est très très peu cher quand on compare par exemple au prix d'un pass Navigo,
17:45qui est de 70€ par mois à peu près pour une personne adulte dont l'employeur ne paye pas le
17:51pass Navigo.
17:52Sébastien Compagnon, on pourrait se dire qu'avec la hausse des abonnements,
17:55Smooth & Go fait donc plus de profits et a donc plus de moyens pour assurer son service.
18:00Mais ce n'est pas le cas.
18:02Et non, ce n'est pas le cas parce que, contrairement à la première époque de Vélib avec JC Decaux,
18:07Smooth & Go ne tire pas ses financements du marché publicitaire parisien.
18:11Il a un contrat sur 15 ans où la collectivité lui verse chaque année la même somme de 40 millions,
18:18quel que soit le nombre d'utilisateurs.
18:20Et du coup, s'il y a une hausse forte des usages et des coûts opérationnels,
18:23il n'est pas compensé par un financement supplémentaire.
18:27Donc ça coince puisque notamment les Vélib électriques coûtent beaucoup plus cher à l'entretien.
18:33Début février, vous révélez dans Le Parisien que Smooth & Go va obtenir une rallonge budgétaire.
18:40Oui, en fait, Smooth & Go, dès la fin de l'année 2020, a tiré la sonnette d'alarme
18:43en expliquant aux syndicats mixtes qu'au train où ça allait, c'était un gouffre financier pour eux,
18:50qu'ils perdaient beaucoup trop d'argent et qu'ils ne pouvaient pas faire face aux coûts opérationnels
18:55et qu'ils envisageaient même de jeter l'éponge.
18:57Et donc il y a un bras de fer pour obtenir un peu plus que ces 40 millions d'euros
19:02par an
19:02qui ne sont pas suffisants pour amortir un petit peu ces investissements.
19:06Et donc on apprend, après plusieurs semaines de négociations assez âpres,
19:12que le syndicat mixte a noué un accord, a signé un avenant avec l'opérateur Smooth & Go
19:18pour augmenter chaque année pendant 3 ans son financement d'environ 4 millions d'euros.
19:23Donc ça fait quand même une augmentation d'environ 10% du budget accordé à Smooth & Go
19:29pour faire face à cette révolution des usages et au coût de l'électrique.
19:34Les utilisateurs de Vélib, ils vont devoir payer plus cher ?
19:38Alors oui, c'est ce qui est en cours de réflexion mais qui est quasiment acté.
19:43C'est qu'à partir du mois de mars, de nouveaux tarifs vont être introduits.
19:48On se dirige vers une augmentation du tarif pour les Vélib électriques.
19:53Sébastien Compagnon, le contrat de Smooth & Go se termine en 2033.
19:57Après tout ce qu'on a évoqué, est-ce que le service peut vraiment s'améliorer d'ici là ?
20:02C'est en tout cas le discours affiché par le nouveau dirigeant de Smooth & Go,
20:06qui s'appelle Stéphane Volant.
20:08Faire en sorte que chaque usager trouve un Vélib en bon état, à la bonne heure, dans la bonne station,
20:14c'est la promesse.
20:15Mais peut-être qu'ils vont devoir à un moment changer complètement pour obtenir un service enfin fiable.
20:48Sous-titrage Société Radio-Canada
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20:58Et puis dites-le nous en laissant des petites étoiles ou un commentaire sur votre application préférée.
21:03Vous pouvez aussi nous écrire codesourceatleparisien.fr
21:08Sous-titrage Société Radio-Canada
21:10Sous-titrage Société Radio-Canada
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